I.e liavail t ht le bonheur
L union fail la force.
La (luuleitr a deux devient légère,
La prospérité à deux est plus douce ;
Les oiseaux vont par bandes dans le ciel;
Les poissons se réunissent pour traverser les murs.
Le truvail est le bonheur, L'union Init la force.
Si lu veux être bon compagnon,
Si (u veux que la hanse soit Gère de toi ,
Sois le plus habile ouvrier.
Le camarade le plus loyal et le plus fidèlt
1,0 travciil est le bonheur, ]>' union fait la fore».
Il (aiit rire au nez do la fatigue.
Souffleter et chasser la parcsse,
Kcraser sous le talon les mauvaises pensées,
KIrver son imc à Mini pI vider fjaîment son vrrr»
Lo travail csl le bonlicnr I/union fait la force.
l.e corninerce f!st comme la voùle du ciel Il couvre et il féconde la terre.
Partout où il laisse tomber sa rosée, La fécondité naît comme un bel arbre.
Le travail est le bonheur.
L'union fait la force.
Marchons donc la tête levée , G)mpagnons, braves compagnons de la hanse ; Car aucune association n'a la force de la hanse , Nulle part on ne trouve des bras aussi habiles.
Le travail est le bonheur, L'union fait la force.
Nulle part on ne trouve des cœurs, Aussi purs, aussi braves, aussi loyaux.
Oui fiiil pai tic tir' la liause
l'eut marTlior la tête lovée,
Mcinc eu présence des rois ;
Il ne (toit s'humilier que devant Dieu.
Le travail est le bonheur.
L'union fait la force.
Quand on vit lans près tic suffoquer, on le descendit à terre, et on lui versa sur la tête douze grands pots d'eau , puisée à douze tonnes différentes. Après quoi, on le félicita sur le courage avec lequel il avait supporté les épreuves, et on lui permit de rentrer chez
lui et d'y prendre du repos.
Le lendemain, au point du jour, les syndics vinrent le chercher au logis de Siegbrit. Ils le firent monter silencieusement dans une
barque, cl le coiuluisirenl en pleine mer. FjM, loul-à-couf) on le poussa dans l'eau, et on le laissa s'y déballre, sans lui porter de secours. Quand il voulut regagner la chaloupe, les syndics déployèrent de larges fouets, et lui en assénèrent des coups, de manière à lui couvrir de larges coutures tous les membres. Après cette flagellation, ils consentirent à le recevoir à bord et à le ramener sur le rivage.
On s'attendait à voir ïans, suivant l'habitude des néophytes, se retirer chez lui et se mettre au lit. Loin de là, il déclara l'intention de travailler, comme s'il n'eût supporté ni fatigue ni douleurs. Cette résolution énergique lui valut les éloges des syndics, et servit sans doute à rendre moins cruelle pour lui la troi-
sième et dernièio épreuve, la plus difiicile à supporter.
Elle consistait ù passer jiar les verges, et à recevoir , les yeux bandés , un coup de baguette asséné tour à tour par chacun des compagnons de la hanse. Siegbrit voulut elle-même donner la main à lans durant ce supplice véritable ; grâce au crédit dont elle jouissait, on ne frappa qu'avec ménagement son protégé. Un seul des compagnons, cependant, montra contre le novice une violence et un acharnement qui excitèrent les murmures. Mon-seulemenl il frappa lans à tour de bras, mais il dirigea son bâton sur sa poitrine. Le patient tomba sans connaissance aux pieds de son bourreau.
— Christian, s'écria la vieille Siegbrit, tu
m'as désobéi; la vengeance ne tardera point à venir! lu le sais, la mère Willems ne pardonne jamais.
— Au diable votre protégé! au diable vousmême , mère Willems. Depuis que ce jeune blanc-bec est arrivé à Berglien, vous n'avez de soins et d attentions que pour lui.
— Embrassez ce jeune homme, et demandez-lui pardon, dirent tous les témoins de la scène. L'hanséate qui hait mérite la haine. Embrassez -le, ou la hanse vous chassera de son sein.
— Eh bien! au diable la hanse avec h reste !
T. II. i4
Un se jehi sur rinipruilent, et Dieu sait quels Irailements il eût éprouvés, (juoiqu'il lirai son poignard et qu'il se montrai disposé à l'aiie bonne résistance. Mais lans, revenu loul-à-fail à lui, se jeta entre les compagnons et celui qui l'avait si indignement traite.
— J'ai le droit , comme nouvel haoséale, de vous requérir une grâce, s'écria-t-il. Pardonnez à Christian. Je le demande comme mon droit
Tous les assaillans quittèrent à l'instant le coupable, que le péril n'avait fait ni pâlir ni trembler. Jl reçut le témoignage de générosité de lans avec une sorte de dédain, et sortit de Tassenjblee à pas lents, sans adresser un mot de biiinveillance à son libérateur.
On approiidra , loul-à-riieiire quels luotif's de liainr Clnistian nourrissait confrf fans.
Le compagnon Christian, qui, lors de la réception de lans de Crumbbrugghe, avait montré tant de haine contre ce dernier, habitait Berghen depuis quatre mois environ. Un des plus riclips négocians danois de la lianse l'a-
vait pi'ésenlé aux Sennem des diverses coiporations d'ouvriers, pour le faire recevoir conipngnon dans chacune d'elles-, les personnes riches et destinées à exercer en grand le commerce, on agissaient toujours ainsi.
On s'attendait donc à voir Christian franchir avec rapidité le rôle de compagnon , et postuler le grade de Maître. A la surprise générale , une fois admis dans la corporation des tisserands, il s'y établit comme s'il n'eût point voulu aller au delà. Un changement remarquable s'opéra dans ses manières. En arrivant à Berghen , malgré le costunie et les allures d'artisan qu'il alfectait, il avait prodigué l'or à pleines mains, de façon à se rendre faciles, et pour ainsi dire purement déforme, les épreuves du noviciat. Non - seulement on
ne 1 avail point obligé à fabriquer sous les yeux tles syndics sa toile de réception; mais, au lieu <!e l'enfumer, de le jeter à la mer, de le battre de vergés, on s'était contenté de l'as seoir sur la chaise volante, de lui tremper les pieds dans l'eau, et de poser les baguettes sur ses épaules sans lui causer la moindre douleur. On pensait généralement qu'il allait s'associer avec le négociant danois qui lui avait servi de parrain ] mais il prit le tablier, ouvrit un atelier de tisserand, et alla, comme les autres ouvriers , prendre ses repas chez la Mère de la corporation, dame Siegbrit Willems.
S'il se labri(|uait des toiles dans l'atelier de Christian , elles étaient l'ouvrage i\c si's apj)renlis, et non le sien, car on le trouvait sans ttsse hors de son logis : la seule njanière de
le rencoulicr ciail <le se ioirIic an càbai el cic !u vieille aubergiste. A I exemple (ie certains <le ses compagnons, il nc^ venait cependant point s'y attabler pour boire et se livrer à des excès. Au contraire , Clirislian se montrait •sobre, et semblait même éviter les occasions de partager les débauches de ses camarades; on ne pouvait l'accuser que de paresse. Chacun dans la ville s'étonnait de la façon dont il faisait le commerce; il donnaità ses apprentis un salaire double du prix ordinaire, et vendait toujours ses marchandises meilleur marché que ses confrères. Néanmoins, ce qui aurait ruiné tout autre semblait lui réussir ; l'argent ne lui manquait jamais, enlin ses magasins regorgeaient toujours de marchandises , quoique les ouvriers qu'il employait chez lui, n'étant jamais surveillés, en pris-
sent à l'aise et produisissent fort peu de besogne.
Une telle conduite excitait au plus haut point la curiosité de ces braves gens, occupés exclusivement de gagner, à la sueur de leur front et au travail de leurs bras, le lucre le plus considérable possible. Elle déconcertait toutes leurs idées, et faisait regarder Christian comme un fou ou comme un voleur : d'autant plus qu'à cette époque les vols, dont les hanséales étaient en tous temps victimes, semblaient devenir encore plus audacieux et plus considérables. Jusqu'au jour de la réception de lans, et de l'indigne cruauté de Christian envers le novice, on n'avait parlé de ces soupçons qu'tà voix basse, mais alors l'indignation générale les fit éclater hautement et sans rèserve.
— D'où vient-il? que l'ait-il parmi nous?
— Comment la paresse lui réussit-elle mieux qu'à nous autres le travail ?
— Il faut l'obliger à rendre compte de sa conduite , comme les réglemens de la hanse le veulent.
— Il faut le mettre en jugement devant le Maître et les syndics hanséates.
En jugement !
— En jugement Christian I cria-t-on de toutes paris.
Ces cris devenaient lelleiiient énergiques et unanimes, que le Maître de la eorporation, le vieux laeobs éleva en l'air la grande canne blanche, symbole de son grade.
A ce signe chacun se découvrit et se lut.
— Y a-t-il parmi vous quelqu'un qui demande la mise en jugement du compagnon Christian ?
— Tous 1 tous 1 Nous la demandons tous.
— Douze compagnons demandent- ils la mise en jugement du compagnon Christian, et allirmont-ils qu'en leur conscience et sur leur part de paradis, ils la croient une juste, équitable cl mile mesure ?
Douze compagnons des plus âgés sorlireiit
des rangs, s'agenouillùrenl, et la main sur la poitrine prononcèrent solennellement la foimule suivante:
— Sur notre foi, et sur notre part de paradis, nous estimons qu'il y a lieu, pour r honneur de la corporation hanséate des tisserands, de mettre en jugement le compagnon Christian.
Le Maître planta en terre son bâton blanc, et dit d'une voix grave et lente :
— Le compagnon Christian est mis en jugement! Qu'il comparaisse demain à pareille heure !
Quand le Maître eut prononcé cet arrêt, un chariot oriié de feuillage , et tiré par quatre bœufs, savança devant la cour de la corpora-
tion des tisserands. Le Maître, suivi de deux syndics, de deux compagnons et de deux apprentis, vint prendre lansCrumbbrugghepar la main et le conduisit au chariot, sur lequel ils le placèrent debout; alors des fanfares éclatèrent de tous côtés. Des hourras se firent entendre; les tisserands s'organisèrent en cortège, et le char se mit en mouvement au milieu des cris de :
— Vivat lans Crunibbrugghcî
Après avoir parcouru, suivant la coutume, les différents quartiers de la ville, la procession se rendit à l'auberge de Sicgbrit, où se trouvait servi, sous un immense hangar destiné à cet usage, le banquet de réception. An nionienl où les compagnons prenaient place,
on Nit avec autant de surprise que d'indignation Christian entrer et se mettre à table. Son air était hautain et plein de provocation. Comme le dernier compagnon reçu, il devait se mettre à table près du récipiendaire. Il le fit avec une telle insolence que des cris unanimes s'élevèrent pour lui ordonner de sortir.
— Depuis quand les compagnons de la hanse des tisserands méconnaissent-ils le privilège qu'ils octroient? dit-il sans se déconcerter, sans témoigner la moindre émotion. Pour vous, un accusé est-il un condamné? Vous m'avez appelé en jugement, soit; mais jusqu'à ce que vous ayez rendu la sentence, je suis un innocent. Holà! eh! ma belle Duyvecke, ma charmante colombe au bec rose, versez-moi à boire, et vive la joie!