‹ Daniel (volume 2)Chapitre 12 sur 18 · A COPENHAGUE · texte numérisé non relu

A COPENHAGUE

lans élail encore là sur le rivage, debout ei consterné, quandles compagnons tisserands arrivèrent , suivant l'habitude , |»our faire le repas d(3 midi. Le (Gantois leur raconta la scène (îoiit il venait (rèhc à la (ois \o témoin

el l'un t'i's acl(!urs. En apprenaiil l'enlèvoiiKiit de Sic'gbrit el du Duyvecke, ies lisselands, indignés, résolurenl d'aller demandoisur-le-champ justice au grand-maître de la hanse, et ils se rendirent en corps ciiez lui. Là, le vieux lacobs, comme chef du Serment, porta plainte contre Christian, et réclama la justice de la hanse, si honteusement outragée.

Le Maître de la hanse , riche négociant, dont la puissance égalait presque celle d'un souverain, et qui se montrait, d'ordinaire, ri ^ goureux niainteneur des droits et des privilèges qui faisaient sa puissance, parut plus soucieux qu'indigné en apprenant ce qui venait de se passeï'. Il interrogea lans , cherrlia à diminuer la gra\ité des faits, et linit

par conclure ([iie tout cela était la l'aule de Siegbrit el (!c Duyvecke.

— Où les femmes se raèleiu, dit-il par une conclusion peu galante, le désordre ne larde point à paraître. Si \ous m'en croyez, vous retournerez à vos métiers, et vous ne vous occuperez plus d'une vieille sorcière el d'une jeune folle.

— Siegbril est notre mère, Duyvecke est Tcnfanl d'adopliou (!e la hanse des tisserands. Nous manquerions à noire devoir si nous ne réclamions pas votre protection pour eux; comme vous ne tiendriez pas vos serments, si vous nous refusiez votre aide quand nous la it'clamons.

Mrs niaiircs. n'|nit cr-lni qu ils près-

saieiil (le la sorte, d'ordinaire' je ne recule pas «levant de pareilles offenses, vous le savez. Mais à vous dire le vrai, en celte occasion, j'aimerais autant que Jes choses en restassent là. J'ai peur que les doigts de la hanse ne se lu ûlent en louchant à cette affaire.

— Justice! il nous faut justice! crièrent d'une voix unanime les tisserands.

— Eh bien ! puisque vous l'exigez , je vais rassembler les maîtres des cinquante-deux corporations qui forment la hanse , et les consulter sur ce qu'il convient de faire. Maître lacobs , votre chef, prendra naturellement part à celle ilélitK'ralion ; vous entendrez ensuite son avis. *

La délibération eut lieu en effet. Lorsque

inaîlp»' lacobsen sorlil, il tenait la lêle basse, et jiaraissait triste et inquiet.

— Mes enfants, dit-il aux tisserands qui se pressaient autour de lui , l'avis unanime du conseil a été de ne point pousser plus avant eette affaire , qui n'a déjà été que trop loin. Il y a un mystère caché qui rend difficile la position delà hanse. Tenons-nous cois, faisons le moins de bruit possible, ot que Dieu nous protège !

lans Oumbbrugghe se leva :

— Eh bien ! s'écria-t-il , puisque chacun abaiidonne Duyvecke et Siegbrit; puisque les tisserands, sur une parole de leur Maitre , perdent l'ardeur «piils montraieul pour If

maintien de leurs droits, et qu'ils^ paraissent <lisposés à soulfrir paisiblement le souiflet donné sur leur joue; puisqu'ils trouvent bon enfin qu'on enlève leurs femmes et leurs filles, je ne suis qu'un pauvre ouvrier , mais je jure par l'évangéliste mon patron , par le nom de mon père, et par le salut de mon ame, de ne prendre ni trêve ni repos avant d'avoir tiré satisfaction de l'outrage fait à celles que nous devons protéger. Que Dieu , la Vierge et les saints me soient en aide î

— Il a raison, ajoutèrent les plus jeunes de la hanse; il a raison. Il ne faut point , par crainte ou par intérêt, forfaire à nos devoirs. Si les quarante-neuf hanses nous refusent leur aide, eh bien ! il y a assez d'or dans la

bourse (les tisserands, et assez de courage dans leur creiir, pour venger une insulle.

Un violent tumulte s'éleva dans l'assemblée, et le couvre-feu put seul mettre fin au désordre de la discussion.

Le lendemain matin , on proclama , à son de trompe, dan» tous les carrefoursde Berghen, un édit du roi de Danemark , qui frappait d'un droit considérable l'entrée , dans son royaume , de toutes les toiles de fils , quelles que fussent leur qualité et leur nature.

Cet édil ruinait le commerce des tisserands. On peut se lij^urer l'agitation «ju'il produisit

parmi la corporaiion dont maître lacobs était k maître.

— Mes enfants, je vous ai engagés hier à la modération , dit ce dernier quand ïl vit tous les ouvriers venus à lui^ je ne puis vous répéter, aujourd'hui, que les mêmes paroles. Au lieu de nous révolter contre la main qui nous frappe, il faut tâcher de la fléchir.

— La fléchir? murmurèrent quelques-uns de ceux qui l'écoutaient.

— Si vous connaissez un autre moyen de sortir d'embarras, dites-le-moi, mes maîtres. Tout ce que je puis ajouter, c'est que nous

voici réduits à la misère. Les Pays-Bas et la France produisent plus de toile qu'ils n'en peuvent consommer , et ils ont le privilège presque exclusif d'en fournir l'Allemagne. Il ne reste guère aux tisserands de la hanse que la Norwége , et surtout le Danemark. Si le dernier de ces pays nous manque , si son gouvernement favorise à notre détriment les fabricants de la France et des Pays-Bas , que voulez-vous faire ? Je vous le répète , il faut fléchir le roi de Danemark , que nous avons otVensé sans le vouloir. Peut-être une députation de notre hanse obliendra-t-elle de lui des conditions moins dures , et même la révocation du funeste édit.

Âpres bien des discussions , la majorité décida qii'oii suivrait l'avis de maître lacobs.

el qu'une dépulation sérail envoyée au roi «le Danemark.

On tira au sort le nom des membres qui composeraient cette députation. Le premier billet désigna lans Crunibbrugglie.

Le maitre le prit à pai-l.

— Si tu étais sage et prudent, lui dit-il tout bas , tu renoncerais à une mission qui peut être dangereuse pour loi, et fatale à notre corporation. Prends-y garde , lans ! crois-en la vieille expérience et l'amitié de ton supérieur.

— J'ai fait serment de me dévouer au salut

de Siegbrit et Uiiyvccko , répliqua lans ; si .^ comme je le soupçonne , ces deux femmes se trouvent en Danemark, c'est un motif de plus pour que je désire, pour que je persiste à m'y rendre. Il y a trop de mystères dans tout ceci ; je veux les éclaircir. Malheur à Christian s'il n'a pas tenu ses serments envers Duy vecke ; ma vengeance l'atteindra , fût-il assis sur les marches du trône de Danemark 1

— Je l'ai prévenu ; tu veux courir à ta perle ; que Dieu te protège ! Tu as besoin de son aide pour sortir sain et sauf de ta folle entreprise.

Le lendemain malin , la dèputation de la hanse des tisserands, composée de huit membres, se mit en route pour Copenhague.

Eu airivuiil , après un long cl pémblc voyage , dans la capitale du Danemark , le premier soin des députés fut d'aller demander l'hospilalilé aux membres de la hanse des tisserands qui habitaient Copenhague. Ciiacun d'eux fut reçu et hébergé chez un de ses confrères; lans Crumbbugghe échut en partage à un riche marchand de toiles.

Le premier soin du jeune homme fut de questionner son hôte sur le tisserand Christian ; personne ne le connaissait , et aucun ouvrier, qui maniait la navette, ne portait ce nom. lans pensa être plus heureux dans les faubourgs et dans les villages voisins de la ville. Sans s'inquiéter de la démarche que devaient tenter le lendemain les députés près du roi, il fil serment de ne point abandonner

les recherches qu'il allait coinmencer , avant (l'avoir découvert Duvvecke.

Malgré ses efforts, malgré ses interrogations aux habitants de chaque quartier , il rentra triste et découragé au logis de son hôte, lorsque sonnait le couvre-feu.

— Jeune homme, lui dit ce dernier , vous commenciez à me causer de vives inquiétudes. Prenez-y garde; la police de Copenhague ne ressemble point à celle des villes hanséatiques. A Berghcn, chaque ouvrier est un peu roi. Ici, les bourgeois les plus riciies et les seigneurs les plus haut placés doivent s'agenouiller et trembler devant la volonté royale. Tout étranger et tout envoyé hanséale que vous êtes, si Ton vous surprenait dans la rue

après riieurc du cou mh; feu, ihousadviciuirait malheur. La tlagellalion , le carcan et la prison puniraient \olrc inlraclion aux règlement du bourgmestre et aux ordres du roi. Hâtez donc le pas, désormais, dès que vous entendrez les premiers sons de la cloche qui tinte le signal de la retraite.

Le lendemain malin, au point du jour , lans recommença ses recherches inutiles.

Debout au bord de la mer , et le cœur douloureusement serré , il déplorait le malheur de Duyvecke, et se livrait aux appréhensions les plus vives sur le sort de la pauvre fille , lorsque lout-à-coup une barque passa rapidement devant lui, et disparut avec la promp titude d'une flèche, grâce aux quatre rameurs qui la menaient. îans jefa un cric de joie ,

car il avait reconnu Siegbrit et Duyvecke dans i'enibarcalion.

Il suivit du regard le canol, et le vit se diriger vers la petite île d'Amak (1), qui se trouve en face de la ville. Aussitôt, il se jeta dans une barque de pêcheur, amarrée sur le rivage, et se fit conduire dans l'ile.

\ peine débarqué , il chercha la demeure des deux femmes. A sa grande surprise, l'ile, de peu d'étendue d'ailleurs, n'avait qu'une seule maison entourée de magnifiques jardins; cette demeure était presque un palais. Interdit et déconcerté, lans restait sur le seuil

I Anjiiiiid'hiii I lie ci Ainack osl rounip a la mIIp par un

sans oser entrer; il ne pouvait croire que Duyvecke habitât un pareil séjour, et il craignait de commettre quelque méprise. Mais bientôt il n'hésita plus , car il entendit la voix de Duyvecke-, elle chantait un de ces airs naïfs et doux que le tisserand avait entendus, si souvent et avec tant de bonheur, 9 Berghen. Aussitôt il agita le marteau de cuivre de la porte. Un domestique vint ouvrir. Sans répondre aux questions de cet homme , il le repoussa , s'élança dans l'intérieur de la maison, et se trouva devant Duyvecke et Siegbrit, assises près d'une fenêtre , et qui se livraient paisiblement à des travaux de broderie.

Elles parurent plus surprises que charmées, de l'arrivée imprévue du jeune homme, et lui firent un accueil assez, froid.

— lans Cninibbrugghe, dit Siegbrit, avant de s'introduire chez une jeune femme, il faut du moins s'enquérir si pareille démarche ne saurait déplaire à son mari.

(Juand à Duyvecke, elle se leva poursortii-

-- Restez, s'écria lans. Restez . madame ! Vous êtes heureuse; vous n'avez ])as besoin de l'airle que je venais vous offrir, même au péril de ma vie , s'il l'eût fallu... C'est à moi de quitter la place.

• — Christian a épousé Duyvecke le jour

même de notn^ arrivée en Danemark. Il se

conduit envers oll<; coinmc un mari bon ,

loyal, et éperdùmrni ;îMu»iircu\. Il prodigue

son immense fortune à salisfhirc nos moindres caprices. Merci, lans, de vos intentions dévouées; vous le voyez , elles sont inutiles , comme vous venez de le dire. La fille de ma pauvre Marguerite a maintenant sur la terre un protecteur.

lans, sans répondre, sortit de la maison de Duyvecke, se jeta dans la barque qui l'avait amené, et regagna Copenhague, où il trouva ses compagnons prêts à se rendre à l'audience du roi de Danemark. Il les suivit machinalement, la mort dans le cœur, et presque sans savoir ce qu'il faisait. Le bonheur de Duyvecke causait plus de tristesse encore au Gantois, que ne lui en donnait auparavant le malheur dont il la croyait victime.

Arrivé au palais du roi , on fil traverser aux députés de longues files de soldats, la

l.allebarcie au poing. Après quoi, on les inlroduisil dans une salle immense, où des olliciers du palais demandèrent les pouvoirs en vertu desquels les hanséates sollicitaient une audience du roi. Cette vérification terminée , un huissier , après avoir recommandé aux liuil tisserands le plus profond silence, marcha devant eux jusqu'au momentoùil futarrivc devant une petite porte basse. Là, il leur recommanda de s'agenouiller et de se prosterner dès qu'ils se trouveraient en présence du monarque, et il gratta doucement à la porte, qui tourna sans bruit sur ses gonds. Il fil signe de le suivre.

Tout-à-eoup les ouvriers se trouvèrent en présence du roi , assis sur son trône , revêtu d'un costume éblouissant , et entouré des

grands de s;i roui-.

Les linnséales n'euicnt pas besoin , pour se prosterner , fie se rappeler les leçons de l'huissier.

— Que veulent les gens de la hanse de Berghen à Sa Majesté Christiern , roi de Danemark et de Norwége? demanda une voix.

Maître lacobs, comme le doyen de la députation, chercha à s'armer de toute sa présence d'esprit, leva la lête pour répondre à cette question et exposer la requête dont il était chargé. A peine eut-il porté ses regards vers le monarque, qu'il ne put retenir un cri de surprise, étoulTé aussitôt par le respect.

Ses compagnons , qui l'avaient imité, ne

témoignèrent pas moins cl'clonnement , el lans pensa défaillit .

Dans le roi , dans le prince tout-puissant , assis sur son trône , et duquel dépendait en ce moment le sort do la hanse des tisserands, ils avaient reconnu le compagnon Christian.

— Êtes- vous muet, mon maître? demanda le roi d'un ton sévère.

lacobs, un peu remis de son émotion, exposa, dans les termes les plus humbles et les plus suppliants, la requête de la hanse des tisserands et leur prière de lever l'impôt dont l'entrée des toiles venait d'être frappée en Danemark.

— Tisserands de la hanse, répliqua Christiern d'un Ion sévère, j'ai moi-même été dans la ville de Berghen étudier vos mœurs et m'inilier à vos coutumes. Je connais les ressources de vos métiers , j'ai entendu vos discours , et plus d'une fois il m'est arrivé aux oreilles des discours railleurs contre le roi de Danemark lui-même , et sur la bonhomie avec laquelle il favorisait, à son détriment , les intérêts de la hanse. J'ai voulu cesser d'être dupe , j'ai imposé les toiles de vos fabriques, comme il était utile et juste de le faire. Reportez mes paroles à ceux qui vous envoient!. . .

— Mais, Sire, c'est notre ruine que vous accomplissez, reprit lacobs; il ne nous reste plus qu'à mendier el a tendre la main pour nous et pour nos familles.

llelournez à Bergen. Parlez aujourd'hui , à l'instant; heureux encore que je vous laisse la liberté et la vie sauves. Savez-vous , mes maitres , qu'il y a un espion parmi vous? Que sous prétexte de servir votre cause, un traître est venu à Copenhague pour y surprendre mes secrets, et peut-être pour s'y livrer à des tentatives plus criminelles encore? Mais la vie de cet homme m'appartient; il a pénétré furtivement tout-à-l'heure dans une de mes habitations royales ; il faut qu'il subisse les conséquences et le châtiment de «e crime de lése-majesté.

— Il n'y a point de traître parmi nous, répondit hardiment lacobs, nous sommes venus à Votre Majesté sous la sauvegarde des privilèges hanséatiques, qui accordent la liberté et la \iu (rancheà tout député envoyé vers vous.

Si vous ne respectez point les engagements jurés, Dieu et la hanse jugeraient entre nous.

— Oh! oh! raon maître, vous le prenez sur un ton bien haut. Levez-vous, lans Crumbbrugghe, et parlez sans mentir. Mes paroles sont-elles vraies?. .. Éloignez-vous tous, messieurs , et laissez-moi avec cet homme.

On obéit, et lans resta seul avec le roi.

. — Sire , dit-il , personne n'est , parmi les députés , coupable de trahison et d'espionnage. J'avais juré aide et secours à une jeune fille que je croyais sans appui 5 je suis venu vers elle pour tenir mon serment; elle m'a dédaigneusement repoussé. . . Et elle a bien T. n. 18

fhit, car elle n'a ptus besoin de moi ! La mission que je voulais remplir est terminée! Puisse le bonheur dont Duyvecke jouit ne pas se dissiper comme un rêve!

— ^ Maître lans, sans doute, pense que ma femme aurait été plus heureuse en épousant un compagnon tisserand?

— Voire femme , Sire? Elle est votre femme! Dieu vous bénisse pour la parole que vous venez dédire.

— Oui, lans, j'ai épousé secrètement Duyvecke, mais elle ignore mon rang, mon nom, ma puissance. Retirée dans l'île d'Aniak, où je vais la visiter chaque jour , personne ne

peut lui révéler mon secret , car personne n'aborde dans l'île sans ma permission. Si lu as lrouv(' une barque pour t'y conduire, c'est que je l'avais ordonné ainsi. Siegbrit seule connait tout. Que pense mon rival de ce qu'il vient d'entendre?

— Sire, répliqua lans en t0Hd3ant à genoux, n'ajoutez pas à ma confusion; mon amour a fui bien loin de mon cœur depuis que j'ai reconnu dans Votre Majesté...

— Le compagnon Christian , n'est-ce pas , parle sans crainte. Écoute maintenant : tu t'es montré dévoué pour Duyvecke; tu m'as tiré à Berghen d'un péril que tu croyais sérieux; le roi Chrisliern de Danemark veut payer le^ dettes dn tisserand Christian.

il ne laut pas que lu puisses avoir regret de m'avoir rencontré sur ton passage.

Pars aujourd'hui même pour Bruxelles 5 un navire l'attend dans le port... Fais-moi, avant tout, le serment de ne jamais rien révéler du secret que je l'ai permis de connaître.

— Je vous le jure par le nom de mon père , et par mon salut en ce monde et dansTautre.

— C'est bien.

Le roi tira un son aigu du sifflet d'or qu'il portait à sa ceinture : aussitôt la cour rentra dans la salle et entoura le trône.

— Mes maîtres, dit le roi aux tisserands ,

coinbion donnorail la liaiise pour racheler Irj droit «l'entrée (jwc jo viens d'établir sur vos loi les ^

— Quatre tonnes d'or, Sire

— Eli bien! je fais don des quatre tonnes d'or à lans Crunibbrugghc. C'est en ses mains que vous verserez cette somme. Allez! le droit < l'entrée sur les toiles est aboli.

Les députés de la hanse sortirent du palais dans un état de trouble et d'agitation impossible à décrire.

— Explique - nous tout ce mystère , demandèrent-ils à lans. ÎNous to croyions perdu; le roi t'accusais d'espionnage ; maintenant le

voilà gratifié de quatre tonnes d'or que nous payons pour racheter le droit d'entrée!

— Mes amis, répondit Je Gantois, vous n'aurez pasgrand'peine à payer cette somme ; car je vous en fais remise. Je ne veux pas d'une fortune acquise à vos dépens, et que je n'ai point gagnée. Gardez seulement un bon souvenir du compagnon que ^ous avez accueilli comme un frère dans votre hanse* Adieu.

— Tu nous quittes? ni \oux le séj)arer de nous? lu ne veux pas recevoir l'expression de la reconnaissance de nos compagnons de Berghen ? car si nous acceptons ton généreux refus, c'est à la condilion que la hanse s'acqiiilliM':» envers loi ...

— Un vaisseau m'atlend clans le port pour me ramener dans le Pays-Bas. J'ai juré de partira l'inslant même. Adieu, frères.

Les sept tisserands embrassèrent fans.

Quand ce fut au tour de maître lacobs :

— Tu sais donc ce qu'est devenue Duyvecke? Le roi t'a donc confié ce qu'il en avait fait? Peut-être vas-tu la retrouver à Bruxelles? Tu peux tout me confier à moi qui suis discret.

— Je le suis autant que vous, mon digne parrain ; excusez mon silence 5 mais j'ai fait un serment, et il faut que je le tienne. Adieu.

La (igure de lacobs exprima d'abord le mé-

contentement et la déconvenue; mais bientôt il reprit sa bonhomie habituelle.

— Tu as raison, mon garçon : tu m'as répondu comme il faut. Adieu; et si lu as jamais besoin à Bergben des services d'un ami, pense à ton vieux camarade lacobs.

Ils se séparèrent , et quelques instants après, lans , debout sur le pont d'un navire (|ui mettait à la voile, échangeait des signaux d'adieux avec les députés hanséales.

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