NOPCES
A quelque temps de là, lans arriva le soir dans la ville de Bruxelles, et se dirigea vers la petite maison habitée par sa mère. A sa grande surprise, il vil la maison fermée : tout semblait annoncci- qu'elle n'était plus habitée»
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Il frappa néanmoins à la porte; personne ne répondit.
Plein d'inquiétude, il demanda à un voisin les motifs de cette solitude.
— Voici bientôt un mois que la veuve ne demeure plus dans celte maison ; nous ignorons ce qu'elle est deveue. Un malin, on a trouvé la porte close comme vous le voyez.
lans se rendit plein de trouble chez s©n ancien maître : celui-ci sauta au cou du voyageur, r
— Sois le bien-venu, mon garçon, car c'est aujourd'hui fêle au logis, <'i nous n'ai-
tentions plus que toi. Du reste, nous (^lions prévenus de ton arrivée.
— Ma mère? qu'est devenue ma mère?
— Tu vas la voir, sois sans inquiétude. Mais j'espère que tu ne comptes point te présenter un jour de fête, dans ma maison, avec des vêtements poudreux de voyageur? Entre dans ma chambre, pare-toi de tes meilleurs habits et dépêche-toi, car ta mère, ta sœur, ton frère, et ma fdle t'attendront pour t' embrasser, dès que tu seras prêt.
Quelques minutes suffirent à lans pour changer de costume; quand il revint, maître Kindt le prit par la main et le mena dans une grande pièce qui, suivant l'usage du temps >
servait à-la-fois de salon et de salle à manger. Là, Theiireux jeune homme trouva sa mère , sa sœur et son frère qui lui sautèrent au cou et Tentourèrent de leurs tendres étreintes.
— Maintenant, dit maître Kindt, quand, les yeux humides de larmes, ils eurent enfin uns trêve à ces ferventes caresses, maintenant, lans, il faut que tu saches les motifs de la fête..., et que tu nous les apprennes , car tout le secret de notre réunion se trouve renfermé dans cette lettre. H y a huit jours, elle nous a été apportée cachetée par un messager de Sa Majesté le roi d'Espagne et des Pays-Bas , notre gracieux monarque. La venaison, les hors-d'œuvre du banquet, les vins, les desserts, et jusqu'aux services en argenterie, ont été déposés ici par des in-
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connus qui ont refusé de dire leur nom et de révéler qui les envoyait.
lans décacheta la lettre, et voici ce qu'elle 10 menait :
« Notre volonté royale est que maître Kindt, « fabricant de toile à Bruxelles, donne en « mariage sa fdle Bellaà lans Crumbbrugghe, <( et que la cérémonie nuptiale, pour laquelle « se trouvent ci-jointes les dépenses néces- « saires, soit célébrée aujourd'hui même et « sur l'heure. Les prêtres attendent les fu- « turs en l'église de Sainte-Gudule.
Signé Carolus, rejc. »
— Le roiî tu connais le roi? s'écrièrent
^^tupéfaits les témoins de cette scène. Allons, il faut obéir à Sa Majesté. Rendons-nous à l'église Sainte-Gudule.
lans, qui croyait faire un rêve, fut entraîné par sa mère.
L'église était parée comme pour un jour de fête. Maître lacobs, accompagné de trois autres compagnons de la hanse des tisserands, attendait, dans le chœur, les fiances.
— Nous sommes tes témoins, dit-il solennellement.
Le mariage se célébra avec pompe; et les nouveaux époux, tout surpris d'être unis l'un
à l'autre, revinrent au logis de maître Kindt. Là, à l'élonnement général, quatre tonnes grossières, pleines de goudron et garnies de larges cercles de fer, se trouvaient dressées sur la table, étayée par-dessous au moyen d'énormes poutres. Sur ces tonnes on lisait ces mots ;