‹ Daniel (volume 2)Chapitre 17 sur 18 · MO · texte numérisé non relu

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h Suède lui jMivoyail, mit le si(^go devant Stockholm, s'en empara, Ht assassiner l'adminislraleur Stuie, jeta sa veuve en prison, remplit la ville de carnage, et porta une main sacrilège jusque sur des prêtres et sur des ministres de Dieu. Ce fut ainsi que périt l'évêque de Skara; le saint prélat monta sur l'échalaud en dénonçant la perfidie de Christiern à la justice divine et à la vengeance du peuple... Grâce à la cruauté du roi, et aux moyens que je mettais en œuvre, Lubeck vint en aide à la Suéde; le duc de Holstein, neveu du roi, prit parti contre lui ; Gustave Vasa leva l'élendard de la révolte; le Jutland suivit cet exemple. Enfin , un jour, Copenhague retentit de cris menaçants : c'était le peuple qui demandait la tête de Christiern. Il demandait aussi celle de Siegbrit; mais le roi n'avait garde de lui livrer uuo si fidèle conseillère !

fi'imlu'cilc', il no soupçomiail mémo pas *juc ma main soiilo lo renvorsail du Irôno, el lo Ihisait chasser de son royaume, comme un valot, à coups de pieds!

Le roi, pour éviter la morl, dut s'embarquer, la nuit, en secret, avec sa femme, ses enfants el moi.

Quand le bâtiment eut mis à la voile pour Cuir Copenhague, la nature sembla s'unir à moi pour venger la mort et l'oubli de Duyvecke. Le vent souffla avec fureur, les vagues de la mer s'émurent, un orage horrible éclata. Le bâtiment sur lequel se trouvait la reine Isabelle et ses enfants fit naufrage sous les yeux de Christiern, sans qu'il pût lui porter çecours. Alors il se nùt à pleurer, à tendre les

mains au ciel, à implorer la miséricorde di vine... Moi , je riais, je battais des mains, je criais à ce malheureux.

« Console-toi; il te reste assez d'or 'pour devenir encore bourgmestre d'Amsterdam, n

Ici 8iegbrit s'interrompit; elle croisa sur sa poitrine de longs bras décharnés, et tourna vers lans de$ regards qui firent pâlir de terreur le marchand. On aurait dit ceux d'un tigre qui vient de dévorer sa proie, ei qui promène sa langue sur ses lèvres sanglantes. Elle reprit :

— Après mille périls, nous arrivâmes dans les Pays-Bas. Là, j'appris, non sans désespoir, (|UL' la loino ;iN;>il «'chappé avec ses en-

faiils à la nidit... llélas! j'eus ensuite la douleur de les \o\v reunis à Chrisliern, Ma vengeance était presque détruite!

Désespérée, j'appelai de nouveau à mon aide le démon, et, grâce ;\ l'ascendant que j'exerçais sur l'esprit faible de Christiern, je lui persuadai de rentrer en Daneniarck, et d'y reconquérir son trône. Il me crut comme il m'avait crue quand je lui conseillai de pousser son peuple au désespoir et à la révolte, en l'accablant d'impôts et d'injustices, en le décimant par la hache du bourreau. Il partit à la tête d'une armée navale : je savais quel sort l'attendait. Il fut repoussé, vaincu, fait prisonnier , et enfermé dans le donjon du château de Soenderbourg, sans autre compagnon d'infortune qu'un nain stupideet moi.., fAi ce nioinont, il gémit encore dans ce trou

in[i!ct, dont on ;i muré la porte, et que gariteni deux mille soldais, sans cesse sous les armes^ sans cesse la mèche allumée, et prêts à faire feu à la moindre tentative d'évasion.

Une fois Christiern réduit au degré de misère sous lequel je voulais l'écraser, je jetai tout-à-fait le masque; je lui appris que moi seule j'avais préparé et provoqué sa ruine, pour venger Duyvecke, pour le punir d'avoir épousé celle qui avait causé la mort de mon enfant. 11 passa quatre années face à face avec sa mortelle ennemie, à subir mes sarcasmes, à sentir ma main impitoyable retourner dans son ame le désespoir que j'y avais enfoncé comme un poignard aigu! Une nuit pourtant je le quittai, et je pris la fuite... Les Payslias m'attendaient avec Isabelle... Isabelle a été enterrée, il y a quinze jours, dans le (;lià-

leau de l'abbé de Saint-Pierre, à Zwynacrde, prés de Gand (i), après avoir pleuré sur le cadavre d'un de ses enfants comme j'avais pleuré sur Du} vecke.

Tu le vois , ma vengeance est accomplie, terrible et implacable... Satan m'a tenu ses promesses; il ne me reste plus qu'à remplir la mienne et à lui livrer mon ame !

— Ne dites point de telles paroles , Sieg^ brit, ne repoussez point l'espérance et le repentir ; une pensée a suffi pour sauver le bon larron expirant sur la croix; imitez-le, tendez les bras à Jésus-Christ : il a versé son sang pour le salut des hommes; il vous sauverai

(-1) La reine Isabelle trépassa seule, dans un grand abandon, cl loul-à-fait négligée de son frère Charles-Quint, qui (lit en apprenant sa mort : « La tombe convient mieux que l'oxil à une reine déchue. »

— INe |jarle pas de pardon à celle qui n'a jamais pardonné. J'appartiens à Satan; Satan ne lâche point sa proie ; à minuit il viendra la saisir.

— Espérez, Siegbrit, le ciel m'inspire une pensée qui vous arrachera à vos idées funestes, et qui repoussera le démon , même si le pacte que vous dites avoii- contracté avec lui n'est pas un rêve de votre imagination malade. Viens, Marie, viens, ma fille; agenouilletoi près de cette pauvre lemme qui souffre bien ; unis tes petites mains l'une à l'autre; fais le signe de la croix et récite VAvc Maria; cette oraison (|ui rend favorable à ceux qm la disent, ta divine patronne, la mère du Sauveur.

L'enfant obéit, S(^ signa et commença d'une \o\\ iUnu'c et claire VAve Maria.

Siegbrit tomba à genoux : ses lèvres essayèrent de répéter les paroles de la prière, à mesure que la petit fille les articulait; mais jamais elle ne le put. En vain elle joignait ses mains centenaires, en vain elle les passait sur son front ridé par les passions frénétiques de la vengeance; sa mémoire restait morte et sa bouche muette. Bientôt même un frisson convulsif parcourut tous^ses membres.

— Assez! dit-elle à Marie, assez, enfant! Tais-toi! tes paroles me font mal; elles appellent ici les anges, et moi qui appartiens au démon, je souffre; oh ! je souffre bien de leur présence invisible! Tais-toi! et quitte ces lieux. Il ne faut pas que ta jeune mémoire puisse garder le souvenir de ce qui va se passer, ians, emmène la fille et conduis-la à. sa

mère; dis-leur qu'elles se mettent à prier, car je ne veux pas attirer le malheur sur la maison hospitalière dont le maître n'a point repoussé ma tête maudite.... Toi, qui es un homme, un homme courageux et fort, reviens près de moi, Fans Crumbbrugghe!

Elle parlait encore quand le petit tintement sec et plaintif de l'aiguille do la pendule sonna le (|uai'l avant minuit. Le bedroi de la ville répondit par un sourd gémissement, auquel se mêlèrent les voix de (iivorses cloches devenues plus ou moins conl'uses par l'éloignenienl. Au même insta^it, le tonnerre comtnença à gronder, et un éclair resplendit.

lans se signa dévolemeni, et, plein de 1er-

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