‹ Daniel (volume 2)Chapitre 8 sur 18 · I. ne i'<>i>t !! itir( III , la populace ne s arrél · texte numérisé non relu

I. ne i'<>i>t !! itir( III , la populace ne s arrél

|)oint facilement, et ne rentre dans l'ordre qu'après avoir assouvi de toutes les manières sa soif de destruction. Quand les Gantois eurent vu s'éteindre le bûcher sur lequel ils avaient fait périr l'échevin, ils mirent au pillage les nombreuses maisons qu'il possédait dans la ville, les démolirent de fond en comble, brûlèrent les marchandises qui se trouvaient dans les magasins et déchirèrent les livres de commerce. Par bonheur, la femme et les quatre enfants du doyen des tisserands avaient pris la fuite, car sans cela, ils eussent été assassinés comme l'infortuné Crumbbrugghe.

Le lendemain , les magistrats de la ville , qui, faute de forces militaires suffisantes pour arrêter de si funestes désordres, n'avaient pu y opposer que d'inutiles remontrances, reçu-

rent un renfort considérable de troupes; mais ces troupes ne trouvèrent plus rien à réprinaer. Chacun était retourné chez soi et à son travail^ tous ces forcenés étaient redevenus des pères de famille paisibles et laborieux. On rechercha les principaux coupables; la justice fit des enquêtes ;. comme il arrive d'ordinaire dans les émeutes, il ne se trouvait point de chefs; cliacun avait agi sous une impulsion fiévreuse et spontanée. Quant au j)ersonnage mystérieux que l'on avait vu au milieu de cette fatale agitation,, personne ne le connaissait > et.i>ersonne n'avait vu les traits de son visage. Il n'en devint pas moi^ns le bouc expiateur de la révolte; on le condamna par contumace à la torture et à la mort, et on le somma de comparaître devant la justice. Les sommations, ridiculement adressées à un homme dont on ne savait même pas le nom, restèrent, vous le

comprenez, sans effet, et bientôt l'on ne parla plus dans la ville du funeste événement que pour plaindre Crumbbrngghe et sa mailieureuse famille.

En effet, le crime imputé à l'échevin se trouvait enveloppé de tant d'inexplicables circonstances , que l'on regardait l'infortuné comme innocent. On s'appitoyait donc sur son sort, et surtout sur celui de sa famille, car les enfants et la veuve de Grumbbrugghe étaient passés tout à coup d'une granile fortune à une affreuse misère; la démolition des maisons qui leur appartenaient, la destruction des marchandises, et la perte du négociant habile, qui manquait tout à coup à la direction des nombreuses affaires qu'il avait entreprises, ne leur laissaient aucune ressource.

Gomment connaître les débiteurs, puisque

les livres de commerce , la correspondance , tous les papiers avaient éié anéantis? Comment répondre aux créanciers qui se présentèrent avec des titres en règle et qui s'emparèrent du peu qui restait ?

Il fallut que la veuve et les enfants de l'échevin se retirassent dans une petite maison du faubourg de Bruxelles , où les reçut une vieille parente , elle-même presque sans fortune. Dame Crumbbrugghe mit ses enfants en apprentissage chez des ouvriers , car elle n'avait rien voulu accepter des amis qui lui restaient à Gand, et elle avait repoussé arec indignation une rente viagère offerte par les échevins.

Je ne veux pas le prix du sang de mon

mari, avaii-elle répondu. Ceux qui l'ont laissa assassiner par faiblesse sont aussi coupables que ceux qui ont fait ce crime par fureur.

t. II. 12

U>S CKLMBBRLG^ilIK.

L'aîné des fils de la digne veuve se nommail lans. Age de quinze ans, il quitta tout à coup les allures d'un enfant pour devenir un homme sérieux et plein d'amour du travail. Le tisserand chez lequel il était entré

coimiic apprenti se plaisait à rendre une grande justice à l'activité, à l'intelligence et au bon sens commercial de son élève : il n'eut point, durant trois années qu'il le garda dans sa maison , un seul reproche à lui adresser. Ce temps écoulé, il lui dit :

— lans , vous voici devenu un habile ouvrier ; il ne vous manque maintenant que l'expérience des aflaires. Prenez cette somme d'argent, elle vous servira à gagner les villes anséatiques. Vous irez à Berghen ; là, vous vous ferez recevoir par l'un des Sermens d'ouvriers, qui forment dans l'Europe commerciale la vaste association sans laquelle la fortune n'est plus possible aujourd'hui. Au bout de deux années, vous reviendrez à Bruxelles; j'espère alors pouvoir vous donner des preuves de l'intérêt que je vous porte.

— Mcn (iigne maître, vos oiTics me touclicnl, reprit le jeune liomme; mais ma mère, ma sœur et mon frère, dont les faibles ressources se trouvent épuisées, n'ont plus d'autre moyen d'existence que mon travail ; vous le voyez, je ne puis partir.

— Sois sans crainte , lans : ta mère el ta sœur recevront, chaque semaine, de quoi vivre à l'aise; quant à ton frère, le voici en âge de te remplacer chez moi ; il deviendra mon apprenti. A Ion tour, tu m'indemniseras de ce que j'aurai fait pour eux. Si lu ne revenais [)as, eh bien, je suis père, et j'aurai fait pour ta f;wnille, ce que je voudrais (jue le bon Dieu fît faire ))Our la mienne, si le malheur venait à me IVapper.

Tans ;>lla donc embrasser sa mère, cl partit

le leiulemain pour iu ville de Bergiien.

Bergliei), capitale de la Norwège, servait de comptoir principal aux hanséales, et comptait dans SCS rues tortueuses et enfumées (!es marchands de tous les pays. Elle formait alors le centre de la vaste association (!ont il est important, avant d'aller plus loin, d'a|)prendre en quelques mots l'histoire.

Hanse vient des mots allemands anz-set, ou bord de la mer. La hanse est une association qui remonte, dit-on, au dixième siècle, et qui eut pour but, dans le principe, de proléger la navigation contre les |)iralcs qui désolaient la Baltique.

Elle se conq»osa d'abord de (pieUpies \illes

situées sur les côtes de la mer, depuis le golfe de Finlande jusqu'à l'embouchure du Rhin. Les villes confédérées prirent le nom de villes hanséatiques. Leur nombre s'élevait déjà i\ soixante-quatre à la fin du quatorzième siècle. La hanse avait des flottes, une armée, an trésor , et tout ce qui constitue un gouvernement. Elle se divisait en quatre membres ou quartiers. Le premier avait pour mé tropole Lubeck , et s'appelait le Vendate; il comprenait les villes hanséatiques , depuis Hambourg jusqu'à l'extrémité de la Poméranie; le second, appelé le Rhin , avait pour chef-lieu ou métropole Cologne; le troisième, \e Saxon , métropole Brunswick, comprenait plusieurs villes de la Saxe et de la Westphalie; le quatrième, le Prussien, métropole Hanlzig, se composait des villes confédérées <\c h Prusse o[ Ac la F.i\onie. rihacune de

ces métropoles avait une charge et un titre à part. Berghen était le chef de la confédération lianséatique ; Dantzig, \e chancelier ou orateur; Brunswick, le maréchal ou curateur; Cologne, le trésorier. Les assemblées générales (le la liguese tenaient tous lestroisans à Lubeck. Chaque quartier di\ ait son assemblée particulière annuelle dans la métropole. La Hanse était parvenue , au commencement du quinzième siècle, à son apogée de puissance et de prospérité. Elle exploitait exclusivement le commerce de la Baltique; elle équipait de grandes flottes, et guerroyait avec les princes du nord qui contrariaient ses spéculations où prétendaient porter atteinte à ses privilèges,

La hanse, qui devait sa force et sa richesse à l'association , favorisait donc l'association par tous les moyens possibles et l'encoura-

geait parmi les siens. Il existait dans chacune des villes hanséatiques une sorte de franc-maçonnerie dont les initiés devaient traverser un ;i un les grades. La fortune et le rang n'exemptaient personne des épreuves à subir. Une fois admis , les compagnons trouvaient aide et secours parmi les hanséates; dans les crises difficiles on leur prêtait les capitaux d'un fonds commun; on prenait soin de leurs veuves, et on mettait en apprentissage leurs orphelins; quand ils tombaient malades el devenaient incapables de diriger leurs affaires, on choisissait parmi les plus habiles de la hanse quelqu'un pour les remplacer. Du reste, il n'était pas permis au j)remier venu d'entrer dans cette association , les épreuves (|uo devaient subir les néophytes ne contribuaient pas médiocrement :i en restreindre II' nondtrr.

lans, en arrivant à Berghen , resta d'abord étourdi du tumulte et de l'agitation qui se faisaient dans celte ville. Habitué au calme des rues de Bruxelles, il faillit deux ou trois fois se faire écraser par les innombrables voitures chargées de marchandises, qui parcouraient en tous sens les différents quartiers. Aussi l'apprenti se hâta d'entrer dans une petite auberge qui se trouvait à l'entrée du faubourg.

— Pouvez-vous me loger chez \ous? demanda-t-il à l'hôtesse qui trônait dans le comptoir.

A la vue de lans, la vieille aubergiste parut éprouver une vive émotion. On aurait dit que les regai(is cl l;i voix du jeune houiine

lui causaient une impression douloureuse.

— Passez votre clieniin , répliqua-t-clle brusquement, toutes les chambres de ma maison sont occupées.

— Tant pis, répliqua Jans, car je suis étranger dans Berghen; j'y arrive accablé de fatigue, et je ne sais où trouver un logement, ma bonne femme. Pouvez-vous au moins m'indi- (juer une auberge voisine ?

— D'où venez vous? reprit l'aubergiste. Je reconnais à l'accent de votre voix (pie nous êtes Flamand.

— J'arrive (oui droit dr l>rii\('lle.s.

— De Bruxelles? votre pioiioiicialion ;iiinonee un (iantois.

— Je suis né en effet dans celle ville.

— El quel est \olre nom?

— lans.

— Le nonj de voire famille?

— lans Crumbbriigghe.

A ce nom, la vieille laissa échapper le pot «l'étain qu'elle venait de remplir de bière.

— Ouc venez- vous f'aii'e à Berglien?

— Je siens pour m'} l'aire recevoir compagnon de la hanse.

— Et vous comptez arriver sous peu au grade de maître ?

— Non, il n'appartient pas à un pauvre ouvrier comme moi d'aspirer si haut, répliqua lans en soupirant.

— Vous n'êtes donc pas riche ?

— (Juani on a perdu depuis longtemps son père, on n'est jamais riche. Que Dieu me donne la force de gagner mon pain et celui de ma mère, c'est tout ce rjijc je demande à sa miséricorde.

-- Ce soni là de bons selltimel)^. dil I ;iii-

borgisU^ visiblemcnl ému, cl [>\iis(jiie \0U8 êtes un ouvrier laborieux el bon fils , vous trouverez asile chez moi : je vous faciliterai les moyens d'être admis au noviciat de la hanse. Les compagnons tisserands ont choisi mon auberge pour lieu de leurs réunions. Je suis leur Mère. Quittez votre havre -sac, asseyez-vous à cette table, et si votre bourse est vide, la mère Willeras vous fera crédit.

— Je n'ai , grâce à Dieu, besoin du crédit de personne , interrompit ïans en tirant de sa poche une bourse de cuirassez rondelette encore.

— Duyvecke! s'écria la vieille, holà, Duyvocke! apportez à déjeunera ce jeune homme.

A cet appel, une jeune fdle montra sa jolie

lèle ;i la porlo do rarrière-boulique, regaida l'aubergiste et lans, disparut et revint quelques instants après. Ses petites mains blan ches, gantées d'une raitaine de laine rouge, qui laissait nus le pouce et les autres doigts, tenant un inimense plat d'étain. Elle le plaça devant le nouveau venu, et tandis que ce dernier commençait à faire honneur à l'excellent rôti qu'on \enait de lui servir, elle alla puiser, au robinet d'un tonneau placé dans la boutique même , un pot de bierre brune et mousseuse qu'elle mit sur la table à côté du plat.

Tout en appaisant le rude appétit que lui avait donné le voyage, lans considérait la jeune (ille qui venait de le servir, et que l'aubergiste appelait du joli nom de Duv vecke ,

nom liollan<lais qui signifie, vous le savez, potilf colouibo.

Elle paraissait âgée tic quinze à seize ans tout au plus. Une jupe de laine rouge tombait jusqu'à ses chevilles, et laissait voir deux souliers mignons à talons élevés, et dont une large boucle (l'argent couvrait le cou-de-pied cambré. Un corset de velours noir, brodé en or et ouvert sur la poitrine, montrait une chemisette de fine batiste plissée à petits plis. Cette sorte de veste à larges basques laissait nus le cou et la poitrine; les manches étroites ne descendaient que jusqu'aux coudes.

Ot ajustement coquet de Duyvecke se complétait par une coiffure pleine d'originalité et de grâce. C'était une sorte de grand voile de

dentelle qui retombait sur ses épaules, et que pressaient contre le front des plaques d'argent rehaussées de pierreries, telles qu'en portentencore, de nosjours,lesferamesdela Frise. Sous ce diadème brillaient deux grands yeux noirs , et s'entr'ouvrait une petite bouche fraîche et rieuse que lans ne put s'empêcher de comparer à deux cerises.

En voyant l'étranger la regarder avec tant d'attention, la jeune lille, qui semblait habituée aux hommages rendus à sa beauté, remplit de bière, jusqu'au bord, le gobelet que sa pratique laissait vide, et, suivant la coutume du temps, porta à ses lèvres la mousse du breuvage.

— A votre santé, dit-elle; Dieu vous donne la réussite de vos projets.

— h'wu vous entende! reprit-il. Puissiexvous être la colombe qui m'apporte dans sou joli bec rose, le rameau d'olivier de l'espérance et du bonheur!

Il porta le gobelet à ses lèvres et le vida d'un seul trait. L'allusion à son nom fit sourire la jeune fUle.

— Buvez à ma àanté , dit-elle; je prierai Dieu pour vous, et je ferai une neuvaine à Notre-Dame de Berghen, afin d'obtenir qu'elle vous protège.

— Et maintenant, jeune homme, dit l'aubergiste, il laul vous occuper de votre réception parmi les compagnons de la hanse. Voici

firécisénieiillacobs, le maître des compagnon» tisserands.

Elle présenta le jeune homme à l'ouvrier. Celui-ci était un vieillard à la mine sévère et aux traits durs.

— Vous voulez entrer parmi les compagnons hanséates? demanda-t-il. Voyons d'abord si vous réunissez les qualités requises pour le noviciat. Savez-vous manier la navette et fahricjuer les pins fines batistes?

— Je crois, sans vanité, pouvoir défier les plus habiles tisserands.

— ^ous verrons bien. Êtes- vous né légitimement do père et mère légitimes?

— Oui.

— Vos père el mère n'ont-ils jamais éprouvé de condamnations infamantes; le fer du bourreau ne les a-t-il point marqués du fer rouge? jN'a-t-il point œupé leur nez ou leurs oreilles; enfin la hart ou le bûcher n'ont-ils point mis fin à leurs jours?

— Mon père a péri victime de la fureur populaire; mais aucun arrêt n'avait flétri son honneur.

— Son père était innocent, dit l'aubergiste, j'en donnerai les preuves à la hanse, maître lacobs.

— Du moment où vous êtes disposée à pro-

— im —

noncer los serments d'usage, dame Willems je n'ai plus rien à dire, répliqua l'ouvrier.

— Mon père! Vous avez connu mon père?

Vous avez les moyens de prouver son innocence! Oh! parlez! parlez!

— Jeune homme , Siegbrit Willems a été chassée de Gand par l'ordre de l'échevin votre père. H l'a l'ail condamner comme sorcière; il a ordonné de démolir sa maison de fond en comble; et pourtant, celle qu'il accablait ainsi était innocente. Crumbbrugghe pouvait facilement en acquérir la preuve, il ne l'a point fait. Le talion l'a frappé; innocent, il a été condamné; le bûcher qu'il me destinait l'a dévoré; ses maisons ont été démolies comme la mienne : c'était justice. Mais la vengeance

et l'expiation ne doiveiit pas aller au-delà de la tombe Siegbrit attestera par serinent, (Jevant la lianse, que votre père était innocent, et elle servira de protectrice au fils de son ancien ennemi. De Profundis pour le repos de son aine.

Elle prit un chapelet à sa ceinture, en plaça le crucifix devant ses yeux et récita les prières des morts, tandis que lans et le compagnon hanséate, la tête découverte, répétaient à voix basse les versets du psaume.

— Amen! dit la vieille en finissant. Que maître Crumbrugghe me pardonne dans le ciel comme je lui pardonne sur la terre!

— Si mon père a eu des torts envers vous,

je vous prie en son nom de les lui pardonner; je suis prêt à vous offrir telle réparalion que vous exigerez, dit lans.

— Taisez-vous, jeune homme, ne rappelez pas les souvenirs du passé î interrompit Siegbrit. Taisez-vous! ou plutôt, quand vous prierez Dieu , demandez à votre père, qui doit être dans le paradis , car sa mort a été un martyre, demandez -lui qu'il ôte le remords du cœur de ceux qui ont causé son trépas! I.a vengeance est un fruit doux à manger, ajouta-t-elle, mais qui laisse une éter nolle nmcrlnme aux donts qui l'ont écrasé.

— \uriez-\ous pris pari à la rnoil de mon l)erc? s'écria Ions on reculant de terreur.

— - Jo viens de prier Dieu pour lui, dit Siegbrit d'un ton solennel; je me porte garant de son innocence ; je serai désormais l'appui et la mère de son fils; voilà tout ce que vous devez savoir, et tout ce dont je veux me souvenir moi-môme.

— Oui, la mère Willems a raison, jeune homme! elle a plus d'esprit et de bon sens que les plus capables et les plus riches négociants de la hanse. Ce qu'elle dit, tous les compagnons l'écoutent et le pratiquenlcomme parole d'Évangile. Venez donc me trouver ce soir; je vous mettrai à l'épreuve, et si vous saver disposer habilement les fils sur le métier, si vous lissez une toile de batiste bien régulièrement, de manière à rivaliser avec les plus habiles ouvriers, votre noviciat ne serfi

pas fong, car maître lacobs se fera volrc répondant et votre parrain.

Le lendemain en effet, lans, qui avait fabriqué une toile d'une finesse et d'une régularité remarquables, fut présenté aux syndics de la hanse des tisserands par le vieil ou- MÏer qu'il avait rencontre chez l'aubergiste.

— Or çà, lui dirent les chefs de l'association, écoutez bien ce <|ui va vous être dit, ïaiis Crumbbrugghe, vous qui vous présentez au noviciat de la h;wise dos tisserands.

La hanse ne doit pas se composer seulement d'ouvriers habiles, il faut encore qu'ils puissent apporter on dot. à la société qu'ils

épousent, uno naissance légitime, un nom pur et sans tache, un corps robuste, un courage éprouvé, un esprit patient et un caractère énergique. Vous sentez-vous capable de donner des preuves de toutes ces conditions et de toutes ces qualités?

— Je tâclierai d'acquérir celles qui me manquent. Qui veut peut.

— C'est répondre comme il faut. La légitimité de votre naissance et la pureté de votre nom sont alfirmées sous serment par dame Siegbrit Willems, Mère de la hanse des tisserands. Voici une toile fine et belle que vous avez tissé(^ sous les yeux de notre maître ?acobs. Préparez - vous à subir la première épreuve aujourd'hui ; demain viendra la se

coude; In iroisième se célébrera dans quinze jours.

Le doyen des syndics, après avoir fini de parler, prit lansparla main et le conduisit dans une vaste cour où se trouvaient réunis tous les compagnons de la hanse des tisserands, c'est-à-dire environ trois cents personnes. Il conduisit le jeune homme sur une chaise disposée au milieu d'un échafaudage de bois à jour, cl alla prendre place lui-même au milieu des autres syndics, sur des fauteuils disposes en face.

Toul-à-coupj il frappa des mains; la chaise sur laquelle se trouvait assis lans s'éleva brusquement à douze ou quinze pieds de terre, par le moyen de cordes et de |X)ulies, que

mirent en mouvement six hommes. \u mémo instant, on alluma à terre, sous le néophyte, un amas de goudron, ue plumes, de cornes de bœuf et de pieds de cheval. Une fumée pestilentielle enveloppa tout de ses nuages étoiiffans, et on se mil à descendre et monter la chaise, sur laquelle le néophyte devait se tenir cramponné avec force, sous peine decheoir dans le feu. Tantôt on le faisait tournoyer sur lui-même, d'autres fois on plongeait ses pieds dans le brasier.

Tandis qu'il subissait ce supplice véritable, les compagnons de la hanse chantaient les couplets suivants, qu'a tracés et publiés le poète danois Holberg.

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