LE LENDEMAIN DES NOCES
Le lendemain, Catherine pâle, accablée, et les yeux rouges de larmes, se tenait tristement à la fenêtre de sa petite chambre. Elle regardait, au-dessous d'elle, sans voir, et se laissait assourdir par les bruits tumultueux
qui monlaient de la rue. Ils produisaienl une sorte d'ivresse engourdissante qui lui faisait bien, car elle la soustrayait à ses pensées. Tput-à coup, elle se releva avec vivacité : par un mouvement instinctif de femme, elle rassembla ses cheveux épars sur ses épaules et rajusta le fichu qui couvrait négligemment sa poitrine. Des tambours battaient, des fanfares résonnaient, et déjà bruissaient au loin ces tintements sourds d'armes et ces piétinements de pas qui accompagnent un corps militaire en marche. C'étaient des soldats ! c'était peut-être le régiment de celui qu'elle aimait! En effet, bientôt elle put distinguer le auméro du corps, car déjà les premières compagnies passaient sous la fenêtre. Voici les voltigeurs 1 Voici la deuxième compagnie : celle de Jean. Mais Jean, où est-il? mon Dieu! Elle ne le voit pas.
Tandis que, penchée, elle ciierchail ;'i reconnaître son mari, loul-à coup, par un mouvement unanime, et avec la régularité d'une manœuvre, chacun des voltigeurs de la seconde compagnie leva la tête vers la fenêtre, et regarda (curieusement, avec je ne sais quelle expression goguenarde. La pauvre fille s'empressa de rentrer, rouge de honte, et se cacha le visage. Malheur et désespoir! Elle ne pouvait en douter ; Jean avait conté sesamours et son mariage secret à toute la compagnie! Jean s'était vanté de son bonheur à ses camarades. Oh î c'est mal, bien mal!
Tandis qu'elle se livrait à un légitime sentiment d'indignation contre l'indiscret soldat, elle entendit r=u-dessous d'elle, à l'étage inférieur, des curieux que le désir de voir passer le régiment avait fait venir également à la fenêtre.