PAT ER
jusqu'au ‘moment où la guerre civile, renaissant ouvertement, rompit tout frein et emporta toutes les hésitations. Les catholiques qui, cette fois, restaient maîtres de leur cité, espéraient qu'à leur tour ils allaient pouvoir user enfin de cette liberté d'action qu'’accorde la guerre, et dont, par deux fois, ils avaient subi les épouvantables conséquences. Ils ne voulurent point perdre de temps : la vengeance s’annonçait facile et agréable. Les réformés n'avaient plus qu'un lieu de culte, situé sur la place de l’Estape ; c’est là qu'on les trouverait sûrement et là qu'on allait les surprendre.
Le 5 septembre une procession s'organise quisedirige vers la place de l’Estape ; les circonstances la favorisèrent, audelà de ses espérances peut-être, car, en arrivantsur la place ce n'était plus qu'une foule houleuse, que finit d’exaspérer le chant des psaumes.
Car ce jeur-là qui estoit dimanche, moy ayant fait le presche de six heures en l'Estape, lequel lieu seul nous restait alors et ayant (trop à propos hélas!) en ce dernier presche, exposé ce passage du seizième de saint Marc sur l’histoire de là passion : « Mon Dieu, mon Dieu. pourquoi m'as-tu laissé ? » car jusque-là en estais-je venu en l'exposition de saint Marc : Monsieur des Gallars, lors aussi ministre de ladite Eglise, ayant faict le presche de huit heures au mesme lieu, et suivant l’ordre des pseaumes qu’on chantoit, ayant chanté ce pseaume funèbre et lamentable, qui venoit à prospos, sans toutesfois qu'on l'eust choisi, le pseaume 88° qui est le dernier qui a été chanté dans Orléans en l'assemblée de l'Eglise, où entre autres choses il est dit :
« Je suis entre les morts transi Franc et quitte de cette vie Item Tes fureurs ont sur moy passé Avec ses épouvantements terribles... »