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Comme ledit presche second était achevé et le pseaume susmentionné se chantait, voici, après quelques pierres ruées contre l'assemblée, une esmeute de peuple qui lors accompagnoit une procession que se faisoit tout exprès, laquelle se jetant sur l'assemblée, qui estoit belle, d’une furie extrême, eust assommé toute la troupe si ce bon Dieu n’eust suscité quelques soldats estrangers, qui se montrèrent plus humains que ces citadins altérés du sang de leurs concitoyens, et couvrirent une partie de l'assemblée de laquelle cependant tant de morts que de blessés y eut plus de sept vingc; et l'après-dinée la populace non assouvie de cruauté, mit en plein jour le feu au temple de l’Estape, avec toutes sortes d’insolences et de desbordements, menacant lanuit de ce jour-là de faire un sac par toutes les maisons de la Religion, pendant lesquelles tempestes Dieu conserva miraculeusement les ministres qui estoient lors au nombre de cinq et mesme les deux qui ce jour-là avoient presché comme dit a esté ci-dessus (1).
Privés définitivement de temples, les protestants n'en continuèrent pas moins à se réunir. Ils s’assemblaient dans des maisons particulières, dans les maisons de leurs conducteurs. Nous savons que la maison de l’un d’eux, Antoine Chanorier, recevait ce troupeau sans abri; mais la fureur populaire vint l'en déloger encore. Une nouvelle émeute réduisit la maison en cendres etun grand nombre de fidèles y furent égorgés (2).
Jusqu'ici « les ministres, nonobstant les dangers esquels ils se trouvoient, avoient courageusement et par l'avis du Consistoire et de tous les principaux de l'Eglise continué en leur charge.
(1) Préface. — Ces cinq pasteurs étaient : Antoine Chanorier dit Desméméranges, Nicolas des Gallars, Robert lé Macon, dit la Fontaine, Pierre Baron et Daniel Toussain,
(2) Bulletin, t. XXX VIII, p. 5.
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Mais cette fureur étant ainsi enflambée, toute l'Eglise en désarroy, la guerre allumée sur toute la France... lors avec grandissimes difficultés, les ministres furent tirés de cette fournaise et conduits en sauveté, pour estre les portes très étroitement gardées, et embuscades par tous les chemins et mesme par tous les carrefours des rues (1). »
Les protestants venaient d'être mis hors la loi et la religion réformée interdite dans le royaume; les pasteurs devaient quitter la France dans les quinze jours. Cette fois, ces derniers n'avaient plus rien à attendre ni à espérer. Quelques fidèles réussissent à les faire évader tous pendant la nuit, à travers les bois ; on ne voulait tolérer dans la ville aucun de ceux de la Religion et on refusait de les en laisser sortir. Des cinq pasteurs fugitifs trois seulement purent atteindre Montargis et profiter de l'hospitalité et de la protection de la duchesse de Ferrare : Chanorier, Pierre Baron et Des Gallars; Daniel Toussain et Robert le Macon furent repris et avec eux un ami de Toussain, Mathieu Béroalde, professeur d’hébreu (26 septembre 1568) (2). La femme de Toussain, qui était restée dans la ville, ne se laissa point abattre par une aussi triste nouvelle; elle n'eut point de repos jusqu'à ce qu'elle eût obtenu la liberté de son mari, mais non pas cette fois sans avoir associé à sa cause,
« Quelques notables et bien affectionnées personnes de l'Eglise qui voyant, dit D. Toussain, qu'on était tous les jours sur le point de nous noyer ou massacrer et que leur
(1) Préface.
(2) Un édit venait d'imposer aux membres des universitts le serment de catholicisme. :
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