‹ Daniel ToussainChapitre 9 sur 33 · A MADAME LA DUCHESSE DE FERRARE · texte numérisé non relu

A MADAME LA DUCHESSE DE FERRARE

Madame, combien que parmy beaucoup de danger et de traverses ce bon Dieu nous ait fait subsister jusques à présent toutefois, la condition du temps s’empirant de jour en jour et les choses s’acheminant à guerre ouverte, nous voions tout à clair la dissipation de cette poure église prochaine, aulcun danger bien éminent de nos personnes, tellement que nous avons recongnu une providence de Dieu netable en ce qu'il luy a pleu vous inspirer d’escrire en nostre faveur à Monsieur le gouverneur.Cependant, Madame, nous pensons avoir une obligation si estroite à cette église que, jusques à ce qu'il y ait persécution ouverte, nous ne délibérons pas désemparer cette ville, espérant que le Seigneur des armées nous tiendra en sa protection, ou s’il lui plait, se servir de nous pour sceler de nostre sang sa vérité que nous annoncons, il nous fera srand honneur de nous appeler au rang de ses martirs. Or, Madame, remerciant très humblement Vostre. Excellence du soin qu'il luy plaist avoir de nous, nous vous prierons de continuer en cetle bonne volonté au cas même que l'exercice nous fut défendu ou que nos personnes fussent en danger. Nous vous recongnoissons tous comme une mère tutrice que Dieu a suscitée à son Eglise, et en cela, nous voions l’accomplissement de ce que dit Esaïe au 49° chapitre: «Les princesses seront tes nourrices». Nous supplierons donc ce grand Dieu, Madame, qu'avec la lorigue vie, il octroye toujours à Vostre Excellence toute bénédiction et prospérité.

D'Orléans, ce 27 d'aoust 1568. De Vostre Excellence le très humble et très obéissant serviteur au nom et pour tous ses com-

pagnons ministres, BEAUMONT.

Cette protection de la duchesse de Ferrare fut certainement souvent efficace, et peut-être, en cette circonstance,

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obtint-elle encore quelque adoucissement au sort du troupeau et de ses conducteurs; ces derniers eussent pu trouver les portes moins fidèlement gardées s'ils n'eussent résolu de rester à leur postes et ne point « désemparer la ville». Le moment était critique, la situation extérieure se tendait de jour en jour. Les réformés se voyant une fois de plus indignement trompés, refusaient de rendre les villes qu'ils occupaient, suspendaient l'exécution de l'édit de Lonjumeau. On n'entendait parler que d'émeutes, de sévérités exercées par les officiers royaux contre les meurtriers appartenant au parti réformé, tandis qu'on laissait impunis les catholiques, qui se souvenaient de s'être vantés hautement de faire main basse sur les huguenots lorsqu'ils auraient achevé les moissons et les vendanges. Ceux-ci se sentaient partout le couteau sur la gorge et à la merci de leurs adversaires. Orléans se préparait à faire bonne figure à l'heure de l'extermination. Il ne semble pas que, lors de l'incendie du temple de la rue d'Iliers, il y ait eu des victimes: ce n'était qu'un essai. Si les chefs du troupeau, à travers mille dangers de mort, avaient jusqu à présent échappé aux pièges qu'on tendait sous leurs pas, il n’en était pas allé de même des membres du troupeau. Les émeutes, en se multipliant, s'aggravaient.Ilne se passait plus de jour où l'on n'apprîit qu'un attentat, presque toujours mortel, avait été commis sur l’un des fidèles. «On cheminait comme en l'ombre de la mort et au milieu d’arquebusades et infinité de détresses (1). On harcelait le troupeau sans relâche, on le décimait petit à petit, au jour le jour,

(1) Préface.

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