‹ Daniel ToussainChapitre 12 sur 33 · ER | QE · texte numérisé non relu

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avions rendu fidèle service, jusqu’à toute extrémité nous rachetèrent des mains des soldats » (1).

Délivrés le 15 octobre « après très éminents dangers », les prisonniers gagnèrent Montargis.

Le pauvre troupeau sans berger fut décimé de plus belle.

On ne cessa tantôt par les rues, tantôt par les maisons de tuer quelques-uns des fidèles, de piller leurs maisons, les tirer avec cordes par les rues, ne les voulant ni laisser sortir de la ville ni les souffrir en vie en ladite ville (2).

A leur tour la femme de D. Toussain et celle de Des Gallars voulurent gagner Montargis et rejoindre leurs maris. Déguisées toutes les deux elles furent reconnues et la dernière, Perrette Curtet, paya de sa vie sa tentative d'évasion (3). La fémme de Toussain fut plus heureuse ; amenée en présence du gouverneur, sa situation lui valut la faveur et la protection de la femme et des filles de ce dernier qui consentit à leur prière à lui accorder non seulement la hberté mais lui facilita même les moyens de rejoindre son époux. Elle atteint elle aussi le port; c'est à Montargis qu'elle mit au monde un enfant que Renée de France voulut présenter au baptème (15 mars 1569) (4).

Daniel Toussain resta pendant une année auprès de la

duchesse de Ferrare, sans doute comme chapelain ; elle ui

(1) Préface. — Registre de Famille. — Six années plus tard on réclamait à Daniel Toussain le montant de cette rançon, indépendamment de 609 livres qu’on se refusait à lui rendre, Voyez, Bulletin, t. XXXIT. p. 210. ss.

(2) Préface.

(3) Crespin, IListoire des Martyrs, t. UT, p, 652.

(1) Registre de Famille.

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faisait une pension depuis quelque temps déjà et recevait en retour les services de son ministère. Il faut croire qu'il était arrivé dénué de tout, comme du reste la plupart de ces fugitifs, puisque nous voyons la duchesse subvenir à ses besoins les plus ordinaires: on lit dans lelivre des comptes à la date du mois de novembre 1568 : « à M. de Beaumont pour acheter du bois et le chauffer, 15 livres » (1). La duchesse de Ferrare s'était attachée à cet homme de Dieu plein de courage et de dévouement qui joignait aux qualités du cœur celles de l’esprit. Elle semble l'avoir distingué et estimé plus qu'aucun de ses collègues, et nous ne sommes pas très éloignés de penser que malgré son jeune âge, et peut-être même à cause de cela, il s'était plus fortement et plus profondément associé à la vie de cette Eglise naissante d'Orléans ; les difficultés survenues de bonne heure n'avaient fait que resserrer ce lien d'affection réelle, et maintenant son influence paraît déjà prépondérante : il est devenu l'intermédiaire obligé entre l'Eglise d'Orléans et la duchesse; tandis que les autres ministres, qui se sont enfuis avec lui, quittent Montargis et s'éloignent d'Orléans, il reste à proximité du troupeau dispersé, et, grâce à la bonté de sa protectrice, il sera le premier et longtemps le seul à lui porter secours, lorsqu'il lui sera possible de reparaître en public. Peut-être est-ce pendant son séjour à Montargis qu'il écrivit et fit paraitre à Saumur la première forme de son récit des persécutions endurées par les fidèles d'Orléans et en particulier des massacres de septembre. Ce récit devait être accompagné de méditations et

(1) Rodouarachi, Renée de France, p. 450; p. 418 ss. et 156 et dans le Bulletin, t. XXX VIII, p. 7 ss., setrouvent des extraits du livre des comptes

de la duchesse.

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de prières appropriées aux tristes événements qui effrayaient encore tous les esprits. Cette dernière partie faisait le gros de l’ouvrage, dédié à l'Eglise d'Orléans. Ce fut là, sans nul doute, sa première publication, elle ne nous e$t pas parvenue sous cette forme primitive, nous ne la connaissons que pour autant que nous arrivons à la distinguer des additions que l’auteur y apporta lui-même plus tard (1).

Quelle que füt la cordialité de l'hospitalité de Montargis, elle dut souvent peser comme une lourde captivité à Daniel Toussain. Il n'était pas assez éloigné d'Orléans pour ignorer ce qui advenait aux fidèles qui y restaient encore, et pas assez assuré du succès de son entreprise, pour céder chaque fois qu'il avait la tentation de voler à leur secours. Les difficultés matérielles : les chemins occupés par les ennemis, l’animosité soupconneuse des populations surexcitées, les conséquences désastrèéuses d’un zèle intempestif, étaient autant de choses qui l’obligeaient à la plus extrême prudence. Il dut se hasarder plus d'une fois pourtant à visiter ses courageux paroissiens dans le courant de cette année. Ceux-ci, après les massacres de septembre, l'incendie des lieux de culte, la fuite de leurs conducteurs, furent quelque temps avant de se ressaisir, puis parvinrent à se réunir de nouveau, mais cette fois en dehors: de la ville. L'ancien bailli, Jérôme Groslot, prêtait sa maison de l'Ile, près d'Orléans. C'est là que Toussain retrouvait ses auditeurs du temple de l’'Estape. La ville appartenait décidément aux adversaires ; elle était redevenue catholique et royale. Charles IX et sa cour y firent un séjour en juin 1569; la

(l Préface; Guyon, Histoire de l'Eglise et du diocèse d'Orléans, Orléans, 1650, p. 419 ss.

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présence du roi n'était point pour calmer les esprits etarrèter les troubles: il s'amusait lui-même du massacre de ses sujets et assistait en curieux au spectacle des rixes ensanglantées entre les papistes et les huguenots. Lottin (1) rapporte qu'il assistait un jour (42 juin 1569), au retour de ces derniers de leur prèche de l'Ile. Ce jour-là, on ne se borna pas à les accueillir à coups de pierre et avec des insultes. C'était un dimanche, et la communauté était en fête : plusieurs couples de jeunes époux avaient reçu la bénédiction nuptiale à l'occasion du service divin, présidé par un pasteur, probablement par Daniel Toussain. Le roi avait voulu voir passer les jolies huguenotes ; les jeunes seigneurs, pleins d'insolence, voulurent lever les voiles des jeunes femmes ; une rixe violente s'éleva, plusieurs huguenots furent tués et jetés à l'eau. Cette journée fut-appelée la journée des Grands Chaperons, parce que les hnguenotes portaient ce genre de coiffure.

Comme récompense de ce haut fait, les catholiques d'Orléans obtinrent du roi l'autorisation de former entre eux une sorte de garde municipale, pour obvier aux luttes civiles et se défendre contre les protestants qui eussent pu vouloir se venger de la journée des Grands Chaperons (5 juillét 1569) (2). L’artifice n'échappait à personne, aux réformés moins qu'à d’autres ; ils ne demandaient plus que le droit de vivre et la liberté de prier Dieu à leur facon ; ils se sentaient devenus les plus faibles, numériquement et moralement. On avait pris nettement parti pour ou contre eux et plutôt contre eux qu'en leur faveur ; ils perdaient du

(1) Recherches historiques, juin 1569.

() Recherches historiques, ibid.

terrain dans toutes les provinces. Ils n'avaient pas été compris ; la nation n’était point mûre encore pour le libre examen et la piété personnelle. Ils étaient réduits à n'être qu'une minorité, minorité d'élite sans doute, mais minorité qui se contenterait désormais de la tolérance (1). Les coups les plus terribles venaient de les frapper: la mort du prince de Condé, la mise à prix de la tête de Coligny ; c'était la défaite, la déroute de la « Cause » ; on pressentait que la force brutale et l'ignorance auraient bientôt raison de la valeur morale et de la lumière de l'Evangile.

La proclamation de la mise à prix de la tête de l'amiral fut faite à Orléans, le 7 juillet. Si l’on traitait ainsi celui qui incarnait la piété huguenote que n'était-on pas en droit d'infliger au menu peuple du parti ? On le lui fitbientôtentendre. À quelque temps delà, le gouverneur d’Entragues fit enfermer les réformés dans les prisons de la ville, prétextant qu'ils troublaient le repos public, mais que, pour lui, il voulait bien user d'humanité à leur égard, les soustraire aux mauvais traitements auxquels ils s’exposaient de gaité de cœur, et les tenir en lieu sûr. L’odieux guet-apens réussit : soit qu'ils s’y fussent rendus de plein gré, soit conduits par la force, les fidèles se trouvèrent au nombre de plus de 140 dans les prisons de Martainville et des Quatre-Coins. Ils étaient là attendant leur sort « persévérant dans l'invocation du nom de Dieu et la pureté de son service », quand le 21 août 1569, la foule excitée par les moines et les prêtres, et qui savait que les protestants avaient aban-

(1) Voyez G. de Félice, Histoire des protestants de France. Toulouse, 18:38, p. 200 et suiv.

donné leur prèche de l’Ile-Groslot, se précipita vers les prisons où l'on avait entassé ces malheureux. Elle réussit à forcer la première et massacra impitoyablement tout ce qu'elle y rencontra; mais la deuxième l'arrêta; furieuse de ne pouvoir continuer directement son œuvre d'extermination si bien commencée, elle eut recours à un moyen pius sommaire et également radical. Elle mit le feu à la prison et, faisant cercle autour des murs, elle recevait au bout de ses piques et de ses hallebardes ceux qui tentaient d'échapper aux flammes en se jetant par les fenêtres. Ceux qui n'étaient pas brûlés étaient égorgés; tous périrent et parmi eux des femmes et des enfants. Rien n'attendrissait ces bourreaux : une partie des victimes fut vue, dit Crespin, « joignant les mains dedans le feu et ouïe invoquant le Seigneur à haute voix » (1).

La sûreté de la ville n'était pas encore garantie, semblet-il, car une nouvelle boucherie eut lieu, au dire de Daniel Toussain. Bien que l’on hésite à enregistrer ces honteux carnages, le témoignage de Daniel Toussain ne nous parait pas devoir être mis en doute; une autre troupe de 80 personnes, des notables, pour la plupart bourgeois de la ville, furent mis dans la grosse tour de la ville. On feignait les vouloir mettre en justice, quand ils furent tués à coups de dague. L'Eglise fut dispersée pour plusieurs années.

Daniel Toussain se voyait lui-même contraint de s’éloigner encore et d'abandonner son asile de Montargis. Le roi de France venait de forcer sa tante, la duchesse de Ferrare,

(1) Préface. — Recherches historiques, 1569.— De Thou, Histoire de son temps, |. XLV,p. 586. — A. d'Aubigné, Histoire universelle, éd,ite Ruble. Paris, 1889, tome III, p. 85.

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