‹ Daniel ToussainChapitre 20 sur 33 · DEUXIÈME MINISTÈRE A ORLÉANS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME MINISTÈRE A ORLÉANS

L'Eglise d'Orléans venait à peine de se recueillir ; malgré la paix de Saint-Germain, les réformés ne purent rentrer à Orléans, ni surtout y exercer leur religion. Le peuple de cette ville, toujours intraitable et tout entier à la dévotion de ses prêtres, s'y opposait ; et les vexations continuaient. Au mois de janvier 1571, les notaires protestants, par ordre du roi, durent quitter leurs fonctions ou abjurer : deux seulement abjurèrent, six préférèrent la destitution. Au mois de juillet, le prévôt d'Orléans, Germain Rebours, ayant appris que des assemblées se tenaient à l'Isle chez l'ancien bailli, Gérôme Groslot, eut l'audace de lui faire défendre de continuer à recevoir dans sa maison les réformés réunis pour leurs prêches (1).

Mais, à cette époque, l'amiral Coligny, qui voyait la cour adopter ses généreux projets politiques, revint à Paris, auprès du roi, dont il recouvra toute. la faveur. Il employa son nouveau crédit à faire exécuter les clauses de l’édit de paix (2). Grâce à lui et à Jérôme Groslot, l’église d'Orléans

(1) Recherches historiques, 1571.

(2) Le roi avait autorisé les Eglises réformées à réunir un Synode nationa! ; il fut tenu à La Rochelle (2-11 avril 1571), et présidé par Th. de Bèze.

Lab

obtint la liberté de célébrer les offices de son culte. Malgré la défense du prévôt, les fidèles avaient continué à s'assembler, et dès qu'ils jugèrent les chances de succès de leurs réclamations certaines, ils appelèrent leur ministre. Au mois d'octobre 1571, on leur accorda enfin la liberté de célébrer leur culte, mais non pas toutefois dans la ville ; ils durent se contenter du château de l'Isle, situé à deux petites lieues d'Orléans. C’est là que Daniel Toussain vint les retrouver. Cette liberté, précieuse sans doute, mais bien relative, bien faible, eut pourtant le don d’exaspérer les catholiques. Ceuxci coururent de nouveau sus aux protestants, et firent tant et si bien qu'on dût suspendre le culte pendant quelque temps, environ quatre mois. Nous avons une lettre de Daniel Toussain à Th. de Bèze, dans laquelle il lui raconte les commencements de son ministère extra-muros à Orléans, les violences des catholiques, et lui donne aussi quelques échos du Synode de La Rochelle. Nous entrevoyons par cette même lettre que les divisions et les disputes n'étaient point le monopole exclusif des églises du Wurtemberg, et que la discipline calviniste avait aussi ses moments d’intolérance. Il semble que les querelles, les déboires qu'avait éprouvés Daniel Toussain à Montbéliard, lui aient aigri le caractère ; il nous apparaît à son tour, autoritaire et violent, résultat funeste de l’exclusivisme religieux, qui croit que la vérité divine est le lot de quelques-uns, et qu'elle a besoin de leurs armes pour se défendre.

Voici la lettre dont nous parlons :

qui proposa de choisir quelques hommes capables pour répondre à ceux qui écrivent contre la Sainte Doctrine. Daniel Toussain fut au nombre de ceux qu’on désigna. Assistait-il lui-mème à ce Synode ?

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Au raès iucusrre TH. pe Bèze, Ministre DE GENÈVE, MAITRE ET PÈRE VÉNÉRABLE,

De même, homme illustre qu’en hiver, il n’est pas rare que, par le ciel le plus serein, il se lève subitement une forte tempête ; de méme on a déjà vu en France une perturbation imprévue surgir au milieu des circonstances heureuses et prospères. Lorsque récemment je t'écrivais, les choses en étaient à ce point, et l'Amiral était si bien recu à la cour, que rien ne paraissait manquer à notre bonheur. Or, à peine avais-je prêché trois fois dans notre ile (1}, devant une nombreuse assemblée, que les Orléanais, occupant le pont et les abords de la ville, se ruèrent sur nous, outragèrent indignemént plus de cent femmes, en dépouillant plusieurs et blessant quelques-unes, et frappèrent même quelques hommes. L'impunité ne tarda pas à augmenter l'audace de ces séditieux, car on les accusa non de témérité, mais de vertu, et l'on ne fit subir aucune peine aux criminels. On ordonna, au contraire. aux nôtres, de ne pas s'assembler en l’île avant que le roi eût pris ample connaissance de l'affaire. L’'Amiral, selon sa piété, exhorta le roi, par plusieurs lettres, à faire son devoir, mais en vain jusques à présent, car il n'y a plus personne à la cour qui défende nos intérêts. En attendant, on nous recommande d’avoir bon espoir jusqu’à ce que la reine de Navarre et l'Amiral arrivent à la cour, ce qui n'aura pas lieu avant Noël. Il en résulte que, dans l'incertitude, tout reste en suspens, car les Guises, entourés de beaucoup de noblesse, sont aussi rappelés à la cour. Beaucoup de gens du peuple ne songent qu’à la guerre. Et apparemment, la corruption domestique ou le respect dû aux lois pendant la paix en amènent beaucoup à désirer des luttes criminelles. D'autre part, les fourbes, La Haye et les autres, qui remuent ciel et terre pour répandre leurs opinicns ou plutôt leurs fureurs, ne sont pas oisifs. Ecebolius se transforme à l'instar d'un polype, au point que ni cet ancien La Rivière, ni quelques autres, ne craignent de s'entretenir avec lui. Et plusieurs ont assez de

(1) Voyez Registre de Famille.

Ad

condescendance pour s’imaginer qu’on doit taire les iniquités de ces gens. Ce qui contribue surtout à entretenir l'audace de ces schismatiques, c'est que quelques-uns des pasteurs qui assistèrent au Synode de La Rochelle se plaignent que chacun n’a pas été libre de dire son sentiment. Puis Colladon a écrit à quelquesuns pour se plaindre amèrement de l'injustice qu'il prétend lui avoir été faite. J'ai rappelé à l’ordre plusieurs des anciens, dont la plupart pensent que le Synode devrait se réunir en plus grand nombre possible pour que les parties y fussent derechef entendues et l'affaire ensuite terminée, Mallot t'en veut de ce que tu ne lui écris pas. Il n’admet pas ton excuse. Telle est l'exigence de ceux qui aiment. Notre insulaire te salue. Les papistes orléanais sont de nouveau en armes. Et nous, nous nous appuyons sur le nom du Seigneur et sur les prières des fidèles. Veuille encore nous considérer comme recommandé aux tiennes. De notre île, le 4 décembre 1571.

A toi de cœur, D. Toussaix (1).

« Ce fut cette dernière prise d'armes, rapportée ici, qui provoqua sans doute ces «édits extorqués », par lesquels on obtint la suspension du culte, du mois de décembre au mois d'avril. Le roi fit rétablir les privilèges et les libertés qu'il avait accordés, mais « la fureur de cette populace papistique et acharnée, ne s’appaisait point : tellement, qu'au lieu d’avoir pitié d’un cinq ou six cents personnes qui sortaient ordinairement le dimanche pour ouïr l'exhortation, femmes et enfants, jeunes et vieux, et, ce souvent, par mauvais temps et par un chemin assez long, les recevaient ordinairement à coups de pierres avec fange et injure et toutes sortes de dérisions que les pauvres fidèles, même les femmes sup-

(1) Voyez texte et notes dans le Bulletin, t. XXXII, p. 2{0ss.

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