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que vous fortifiant journèlement en toute force corporèle et spirituèle, il vous maintienne en longue et très heureuse vie. De l'Isle les Orléans, ce 15 avril 4572. :
De vostre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur. » D. Toussain.
Ce calme inattendu était commandé ; il précédait l'orage le plus terrible. C'est par dissimulation que ce peuple tant séditieux commence à s'apprivoiser. Il est difficile de croire que ceux qui promettaient d'incendier la maison de Groslot avec ceux qu’elle contenait (1) se fussent sitôt, presque du jour au lendemain, et si raisonnablement, départis de leurs menaces, par bonne et franche humanité.
En même temps, en effet, que le roi leur faisait défendre d'inquiéter les huguenots et de les empêcher de s’assembler, illeur envoyait son prédicateur, Arnaud Sorbin, partisan du massacre en masse des hérétiques, pour expliquer à ce peuple impatient «ce qu'il y avait de momentané dans les faveurs accordées aux huguenots », pour lui «donner des preuves du zèle persistant et toujours bien intentionné du roi», pour « étudier sur place les dispositions des Orléanais, préparer les voies à l'accomplissement des grands desseins - qui se tramaient, former les cadres de la nouvelle armée d’assassins, endoctriner ses chefs, et en général, faire prévoir, sinon positivement annoncer, le massacre général des réformés dans la métropole protestante du centre de la France ; en un mot, préparer ce qui devait être la Saint-Barthélemy (2). » Les dernières menaces étaient déjà des indiscré-
(1) Vitae et obitus D. T. narratio, p. 176 (2) Quelques mots sur la préméditation, De Félice : Bulletin, t. XXX, p. 420, ss. Voyez Jbid, 1. XXXI, p. 31, ss. et 429, ss.
tions que l'on se hâta de réparer. On trouva un prétexte, en apparence plausible, à la venue de ce grand personnage de la cour : il précha un carème, puis, feignant de repartir, il se fit rappeler par les échevins qui demandèrent au roi, pour lui, l'ordre de rester encore trois mois. Jl ne se retire que le 18 juillet : les craintes des catholiques étaient calmées, et l'entente entre la cour et la magistrature de la ville suffisamment assurée. Désormais, les catholiques n’avaient plus lieu de jalouser l'influence de Coligny à la cour; l'apogée du parti réformé ne troublait plus personne. Ô
Tandis que le troupeau se croit dans une parfaite sécurité, le roi fait envoyer quatre-vingts hommes pour aider le chevalier du guet et ses archers dans l'œuvre sanguinaire. Plus tard, on dut prier le roi de retirer cette troupe devenue inutile. Enfin, quelques jours avant le 24 août (date qui paraît avoir été connue à Orléans, car on avait pris soin de donner un remplaçant à Sorbin, un certain moine Hillaret), les magistrats d'Orléans envoyèrent un capitaine des archers, Gaullier, et un nommé Poppe, courrier, prendre les derniers ordres de la cour sur ce qu'ils avaient à faire contre ceux de la prétendue religion — qui allaient prendre les armes,
ajoutait-on, pour donner déjà au massacre l'apparence
d’une répression de rébellion qui n'existait pas.
Dans la nuit du 24, le massacre commençait à Paris par le meurtre de l'amiral. Dans la même nuit, les magistrats d'Orléans, avertis sans doute par les messagers qu'ils ont envoyé au roi, se réunissent à l'hôtel de ville et jurent de n’épargner personne ; le lundi 25, dans l’après midi, les nouvelles du massacre de Paris arrivent à Orléans avec des lettres de
Sorbin qui donnent l'ordre de commencer le carnage. Les
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autorités orléanaises prennent leurs dispositions et font défendre aux réformés de sortir de leurs maisons sous aucun prétexte ; un teinturier, qui voulut se livrer à son travail et se hasarda à traverser la rue, fut immédiatement et impitoyablement mis à mort; il n’y eut pas d’autres victimes jusqu'au lendemain mardi, à quatre heures du matin, heure à laquelle commença le massacre.
Daniel Toussain habitait alors avec sa famille au château de Jérôme Groslot, en l'Isle. Le 23, vers la fin de la journée, on avait reçu la nouvelle du massacre de Paris, peut-être de la mort de Groslot et des dispositions prises à Orléans ; le danger était imminent.
Il se trouvait en ce moment,au château de l'Isle,un gentilhomme catholique, du nom de Chanceus ; il était, semb'et-il, en route pour Paris et s'était arrêté à l'Isle, pensant trouver déjà chez la femme de Jérôme Groslot quelques nouvelles de ce qui se passait à Paris. Lorsqu'on apporta la nouvelle qu’on tuait les protestants dans cette ville, il lui vint à l'esprit que ces derniers, qui étaient très nombreux à Paris, à l’occasion du mariage du roi de Navarre et de la sœur de Charles IX, ne se laisseraient point ainsi égorger, qu'ils se soulèveraient en masse et se précipiteraient sur les catholiques. Aller à Paris, c'était aller au devant de la mort. Il jugea donc prudent de rebrousser chemin et de rentrer se cacher chez lui. La veuve de Jérôme Groslot et Daniel Toussain, qui ne partageaient point sans doute les craintes du gentilhomme, mais par contre, étaient désabusés sur la bonne volonté des catholiques, consentirent, pour échapper à une mort certaine, à s'enfuir chez cet ami catholique: ils se servaient de garantie réciproque. Ils partirent de l'Isle
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le 25, dans la soirée, et ce ne fut pas sans danger qu'ils arrivèrent à Charny, au château de leur protecteur.
Le lendemain, la foule arrivait à l'Isle. Dans sa fureur de voir lui échapper ceux qu’elle cherchait, elle massacra les quelques servantes qui étaient restées dans la maison, dont elle avait d’abord forcé l'entrée; puis elle anéantit tout ce qu'elle rencontra (1). Daniel Toussain avait dû fuir et abandonner son mobilier et sa bibliothèque; le tout fut perdu.
Les protestants d'Orléans étaient encore au nombre d’environ trois mille. Le chiffre des victimes de la Saint-Barthélemy varie, d’après les relations, entre sept cents et deux mille; des autres, quelques-uns échappèrent au couteau, Où réussirent à s'enfuir; le reste abjura (2).
Toussain ne se trouvait pas assez en sûreté dans la maison d’un papiste, étant donné surtout que ce refuge se trouvait au milieu des forêts. Il partit donc pour un autre château des environs, qui lui était connu et où il aurait plus de garantie, pensait-il, de n'être pas trahi ou surpris; mais là même il ne resta que quelques jours, préférant se retirer à Montargis, où il trouverait l'hospitalité de la duchesse de Ferrare. Sa pauvre femme avait dù le suivre à travers ces périlleuses courses, une seconde fois dans les conditions les plus désavantageuses et les plus pénibles, car elle était
(1) Vitae et obitus D. T. narratio, p. 18.
(2) On possède trois récits des tueries-d’Orléans, auxquels nous renvoyons pour plus de détails : le récit d’un pasteur protestant, inséré au tome I" des Mémoires de Charles IX, et rapporté par Lottin; la Relation des massacres dans la ville d'Orléans en août 1572, par Jacques Denain, chanoine, chancelier de l’Université, rapporté par Crespin, la France protestante et Lottin; le récit d'un étudiant allemand, Jean de Botzheim, Bulletin, t. XXI, p. 345 ss. È