LETTRE DE FLORET EN FAVEUR DE D. TOUSSAIN
A très prudents. très honorés seigneurs les gouverneur,
chancelier, conseillers et aultres officiers de Montbéliard
‘Très honorés seigneurs, André Floret, diacre en ce lieu, vostre humble serviteur, vous remonstre en toute humilité et deue révérence : que les charges de ceste église sont si grandes, que Monsieur Tossain,nyle ditsuppliant n'y peuvent deuement satisfaire, tant à cause de la vieillesse de lung qui est telle qu'ung chascung sçait assez, que de l'incapacité del’autre. Caren une telle ville que ceste-cy, limitrophe, fréquentée par tant d'estrangers, et où résident de si scavants personnages oyans les presches, est requis ung homme qui soit docte et scavant, pour satisfaire en preschant aux auditeurs, pour les résouldre des difficultez qui peuvent survenir en lisant les Escriptures : et mesmes pour respondre promptement et proprement aux adversaires de nostre religion, si besoing fait, ce que les susnommez ne peuvent faire, tant pour les raisons prédites qu'à cause de la peine qu'ils ont (à vos seigneuries assez notoire) en faisant les presches ordinaires et extraordinaires, baptesmes, visitations des malades de ceste ville et des cinq villages de la paroisse d’icelle, assavoir Grand et Vieux-Charmont, Charmontey, Sochaulx et Arbouhans, et plusieurs autres affaires qui surviennent journellement, joinct aussy que M. Tossain en ceste sienne vieillesse doibt estre respecté et soulagé, ne
pouvant plus satisfaire qu'avec grand détriment et préjudice de sa santé, à la charge qu'il luy convient encore supporter; ce qui doit susciter et esmouvoir vos seigneuries à pourveoir de bonne heure à ceste église.
Or est-il que, si jamais occasion propre el convenable s’est présentée, c'est maintenant que le Dieu vivant a gardé et préservé ce grand et excellent personnage Monsieur maistre Daniel Toussain, au milieu de tant de maux qui ont régné ces années passées au Royaume de France et non seulement préservé et tiré de très grandz dangers, mais aussy (chose remarquable) conduit et rendu dedans vostre ville, non pour autre chose comme il est bon à veoir, que pour secourir la vieillesse de Monsieur son père, et en la secourant et consolant, faire prouffiter les grands et excellens talentz que le Seigneur luy a eslargis ce qui, à mon jugement, ne doit estre (4). . . . . raisons, cy après escriptes et. . . . . scavent trop mieux. Premièrement, pour ce qu'il est homme vrayment craignant Dieu et de bonne vye, doux, humain, affable et débonnaire ; secondement, pour ce qu’il a tout ce qui est requis à ung théologien tel que sainct Paul le deppaincet escrivant à Thimothée, et qui plus est, il a la cognoissance de cinq langues assavoir : de lhébraïque, grecque, latine, germanique et françoise : non pas une cognoissance telle et quelle, mais parfaite et accomplie, comme sa promptitude le vous monstre ; tiercement, pour ce qu'il est propre à enseigner l'Escripture saincte tant à cause qu'il la sçait sur l’ongle que pour ce qu'il est admirablement versé es escripts dans anciens pères; quartement,
1) Original détérioré.
EN À "se
pour ce que,par ce moyen, la vieillesse de son dit père s'esjouyra et sera consolée, ayant auprès de soy celuy auquel il pourra communiquer seurement tous ses affaires ; cinquiesmement, pour ce qu'il sçait comme il faut régir et gouverner une Eglise, que n’est pas ung petit scavoir veu l'importance du faict. Finalement, pour ce qu'il est de ce lieu et fort aymé et honoré de tous les bourgeois et habitans, tant grandz que petitz, chose qui est merveilleusement propre, car Quintilien dit qu'il est impossible de proufliter | de quelque science que ce soit, sinon qu'il y ait amour el concorde mutuelle et réciproque entre le précepteur et le disciple. Et pour tant le dit suppliant supplie très humblement vos seigneuries qu'il leur plaise lui faire ce bien et faveur que de retenir le dit maistre Daniel Tossain et l’instituer ministre pour la nécessité de ceste Eglise et soulagement de la vieillesse de Monsieur son père, le plus tost qu'il sera possible, en considération qu'il est fort caduque et que sa veue et mémoire se diminuent de jour en jour et qu'il est impossible au dit suppliant de pouvoir satisfaire aux charges de ceste Eglise. Quoy faisant le tout redondera à l'honneur et gloire de Dieu, édification de son Eglise et contentement de vos seigneuries. Et pour ung tel bénétice, il priera à jamais l'Eternel qu'il vous augmente ses gràces.
À Montbéliard, le VIIIme d'octobre 1570.