‹ Daniel ToussainChapitre 28 sur 33 · FLORET · texte numérisé non relu

FLORET

À Montbéliart le dix-septième du mois d'octobre mil cinq cens septante, de la part de nos seigneurs les gouverneurs et conseil dudit lieu, par les tabellion et procureur général du nombre dudit conseil, les remontrances, réquisitions et prières suivantes ont estées faites à Monsieur messire Daniel Tossainct en présence de Monsieur messire Pierre Toussainct, son père, en sa résidence, en mesmes motz que s’ensuyvent, par la voix dudit procureur général; assavoir :

Monsieur Daniel Tossainct, puisqu'il à pleu à Dieu vous ramener par desçà pour visiter et consoler Monsieur vostre père en sa vieillesse et attendu la débilité de sa personne, de laquelle debvez être en aide et confort humain, aussi la nécessité de ceste esglise, mes seigneurs les gouverneur et conseil de ce lieu, vous requièrent de la part de nos très redoubtez princes et seigneurs, et prient de la leur au nom de tout le peuple de ceste ville, vuillez pour quelque tempsestre en aideet coadjuteur à vostre dit père, en lacharge de son ministère jeusques à ce qu'il plaise à Dieu ordonner et disposer aultrement les esglises de la France, ce faisant, ferez choses agréable à Dieu, à nos dits redoubtez princes, aux dits seigneurs gouverneur et conseil, comme aussi audit peuple de ce lieu plaisirs; s’asseurant mesdits seigneurs que à ceste leur réquisition et raisonnable prière vous conformerez et satisferez, respectant aussi vostre debvoir envers vos princes naturels père et patrye.

Le

Auxquelles remonstrances, réquisitions et prières, ledit sieur Daniel Tossainct à respondu comme s’ensuvt :

Messieurs,

Monsieur le gouverneur, Messieurs du conseil; les Bourgeois, et vous aussy maintenant qui de leur part me portés ceste parole, me faites beaucoup d'honneur de penser qu'il y ait en moi chose qui puisse estre emploiée au service de ceste église, sachant bien les grandes affaires qui s'y présentent ordinairement et ne me sentant done pas les grâces qui y sont requises. Cependant je vous remercie tous très humblement de vostre bonne affection envers moi et vous particulièrement de la peine qu'il vous a pleu prendre de venir icy. Quant au devoir, je confesse qu'outre l’obligation naturelle que j'ai à la patrie et à mon père, les bienfaits si abondants de Messeigneurs nos princes, et la parfaite amitié qu'un chascun de vous m'a toujours porté, me rendent grandement obligés à faire à ceste ville, voire au moindre village de la Seigneurie, tout le service qui m'est possible. Comme aussi je puis bien asseurer que ce que plus tost n’en avez peu percevoir les fruits, n’est pas que la souvenance de mon devoir ne me soit toujours demourée imprimée au cœur, mais pour ce que Dieu qui dispose de nous et de nos actions selon sa providence à la grande nécessité des Eglises de France, s'est servi de moi en Ja ville d'Orléans et y a bénit et fait prospérer mon labeur qui est cause que pour l'ordre des Eglises, et ma réputation

envers icelles, et n'aiant eu congé que pour trois mois de visiter mon père et ma patrie, sans le bon gré, sceu et vouloir de ladite Eglise d'Orléans, ne saurois me lier ailleurs : sinon qu'avec cette condition comme vous requérés, que ce soit pour un temps et tant que ceux d'Orléans se voudront et pourront passer de moi. Je m'offre et soubmets, puisque mesdits Seigneurs du Conseil et Bourgeois le trouvent bon de faire en ceste Eglise, selon ma vocation et devoir du ministère, tout le service et confort à mon père en ladite charge qu'il me sera possible, priant Dieu qu'il me face la grâce de pouvoir faire chose, pendant que jy serai, qui soit à sa gloire et à la consolation de mon dit père et au bien et salut de toute l'Eglise.

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