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aiant déclaré vostre intention et cela estant certain qu'au principal article de la Cène du Seigneur, vous estes discordant et comme départy aulcunement du vrai sens de la Confession d'Augsbourg receu par l'Allemaigne, il n'a pas semblé auxdits Seigneurs curateurs être chose loisible, contre les décrets et l'Empire, de vous permettre cy-après la chaire, que jusques à présent n'avez eu ceste Eglise en aultre charge sinon que par emprunt et comme adjoint de votre père. Et pourtant en cestes leurs Seigneuries vous défendent le ministère et ordonnent que vous ne faciés assemblées et vous déportiés de illicites colléges ou compagnies. Au reste ils vous offrent toute bénévolence et office sans déroguer à ce décret des Princes curateurs.
Copie et translation de la Réplique ou réponse du dit Daniel Toussain, faite verbalement et depuis rédigée par escrit el
présentée à Messieurs le 23 d'août.
Très honorés Seigneurs. Puisqu'ainsy est que copie m'a esté accordée et exhibée de ce décret leu en vos présence par Monsieur le Chancelier au lieu de la Chancellerie, et que bénignement m'avés octroyé de le considérer et de dire là-dessus ce que m'en sembloit, je vous supplie très humblement, veu qu’en toute ceste affaire je n'ai esté ouy des très illustres princes curateurs, qu'il vous plaise avec toute débonnaireté ouir mes remonstrances et réplique sur ce décret.
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Or, en premier lieu, ma conscience me rend le bon tesmoignage de l'honneur, recongnoissance et respect que j'ai porté jusques aujourd’hui aux très illustres princes de Wirtemberg, mes très gracieux seigneurs, lesquels, autres fois, ont aidé mes estudes, moi estant aux escholes, et aussy incontinent qu'il a pleu à Dieu me ramener en mon pais, et que Messieurs du Conseil m'ont requis de faire service à ceste Eglise, incontinent m'y suis employé avec telle fidélité et diligence qu'il m'a esté possible; quant à ce que ne suis comparu à Stuttgard, y estant mandé par le Sénat, je m'en suis excusé par lettre envers eux, leur mettant en avant de grandes raisons, desquelles j'ai toujours pensé que le dit Sénat se contentait, veu que depuis, ils ne m'en ont fait aulcun reproche, et aussy que Messieurs du Conseil de ceste ville m'ont aussy, par lettres, excusé envers ceux de Stuttgard, auxquels, de ma part, j'ai toujours escrit avec toute humilité et révérence, telle que je. devois. Pour le regard des théologiens, qui dernièrement vindrent en ceste ville, vrai est que du commencement leur parole estoit fort gracieuse et qu'ils nous ascusaient de ne vouloir rien troubler ou innover en ces églises. Mais, veu qu'ils ont fait tousjiours des inquisitions odieuses contre les Toussain, qu'ils ont forclos de toutes leurs délibérations les ministres ordinaires de ceste ville et ordonné que ceux qui ne voulaient promptement s'accorder à tout ce qu'ils vouloient fussen démis de leurs charges, nous avons eu souvent occasion de désyrer en eux cette humanité de laquelle on les recommande. Touchant la Cène de Notre Seigneur, j'ai ouvertement et franchement respondu en vos présences au docteur Jacob Andreæ que je n’avois jamais, en ce point-là, ensei-
gné chose discordante de l’article qu'en est couché en la Confession d'Augbourg, veu qu’en la Cène je recongnoissois non seulement les signes et la chose terrestre, mais aussy les signes et la chose signifiée et céleste, ascavoir le corps et le sang du Seigneur ou la communion de son corps et de son sang, desquelles paroles use saint Paul aux chrétiens de la f'° aux Corinth. Mais ledit docteur n’estant content de ma simple response et faisant instance sur la façon de la présence du corps et définissant un tel corps en la Cène qui ne soit rien de corporel ny de naturel, mais lequel soit partout et comme spiritualisé et receu tant des bons que des infidèles, j'ai nié et constamment nie encore une telle présence, pour ce qu’en la Cène Jésus fait mention de son vrai corps naturel, qui a ésté crucifié pour nous, et n'en fait pas mention simple, mais en tant qu'il a esté donné pour nous, et, pourtant (comme tesmoigne l'Apologie de la Confession d'Augsbourg), il fault nécessairement que ce mystère soit reçeu avec foi pour croire en celui qui s'est donné pour nous. Et, oultre plus ce fondement du docteur Jacob touchant la présence substantielle du corps de Christ en tous lieux, en vertu de sa majesté, est combattu et rejeté par la plupart des Eglises et Universitez mesmes de l'Allemagne. Quant au Concordat de Luther et de Bucer, le dict docteur me lut seulement les articles de Luther sans l'interprétation de Bucer, comme si mon père eut reçeu simplement les dits articles de Luther sans l'exposition et modification de Bucer : ce qui n’est pas, et fut lors que je dis qu'encore que mon père eut signé les dicts articles simples que j'avois ma conscience et que la foi n’estoit héréditaire. Cependant,
mon père n’a jamais signé les dicts articles qu'avec l'expo-
sition de Bucer. Puis, après, en l’aultre conférence que j'eus avec le docteur Jacob en présence de Monsieur le Gouverneur et du sieur Graseck, je remonstrai au docteur que je trouvois estrange qu'il s'aidoit du Concordat de Bucer, veu que Bucer avoit toujours eu ce but, d'accorder les deux opinions sans condamner ceux de Suysse; mais lui, au contraire, condamnoit tout à plat les Zwingliens et Calvinistes qu'ils appellent. Après, Bucer:dit en son Concordat que les Infidèles ne sentent et ne reçoivent rien en leur Cène, sinon le pain et le vin, chose qui n’accorde point avec la doctrine du docteur Jacob, lequel veut que les Infidèles mesmes de la bouche recoivent le corps du Seigneur. Voilà ce que j'ai bien voulu respondre sur ce décret, ce que j'ai discouru un peu plus au long, affin que, ou les très illustres princes, ou le Sénat de Stuttgard, ou vos Seigneuries entendent que je ne congnois aulcunes causes légitimes pour lesquelles le ministère me doive estre défendu en ces lieux. Que si ne
puis obtenir ces miennes justes remonstrances VOUS COn-
tentent, il y a plusieurs saintes Eglises en la chrétienté au jugement desquelles je m'en remettrai, me disposant de servir à la gloire de Dieu quelque part qu'il m'appelle, lequel je supplie, Messeigneurs, vous donner toute prospérité.
De Montbéliard, ce 23 août 1571.
Daniel Toussax.
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