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Ni les effets de ces déclarations ne tardèrent à se manifester, ni les prévisions des pasteurs à se réaliser. La Cour défend de molester et de poursuivre ceux de la religion qui se sont assemblés, le 8 avril 1561, chez un marchand nommé Jean Dalibert. Les maisons sont trop petites pour contenir le flot toujours croissant des auditeurs ; on se transporte dans des granges qui, à leur tour, deviennent insuffisantes ; le premier mai, on décida qu'on prêchera « en l'assemblée générale et à huis ouverts, en la grande cour du logis où pend l'enseigne du Renard ». Le succès dépassa l'attente. Le concours du peuple fut tel que les prédicateurs durent reprendre leur sermon pour ceux qui n'avaient pu l'entendre, et l'autorité se contenta de constater que tout s'était passé sans bruit ni désordre. Dès lors, les assemblées continuèrent à être publiques. Pour éviter des troubles, les processions de la Fête-Dieu sont interdites; le bailli d'Orléans fait pendre trois catholiques coupables d’avoir causé la mort d'un réformé et insulté les protestants.
Malgré les vives recommandations de leurs pasteurs de se conduire dignement et sans violences à l'égard des catholiques, en plusieurs endroits du royaume, les protestants, enhardis par leur nombre et se sentant soutenus en haut lieu, se laissèrent aller à s'emparer des couvents et des églises. Ceux d'Orléans voulurent, à leur tour, comme ceux de Blois et de Tours, avoir quelque grande Eglise pour leurs prêches; au mois de décembre 1561, ils s’emparèrent du couvent des Carmes où ils célébrèrent le culte; mais ils se virent contraints de l’évacuer quatre jours après. Tout semble cependant s'être fait ici sans violence. L'édit de janvier 1562 vint consacrer les libertés conquises par les
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protestants (1). À Orléans, les pasteurs ne suffisent plus à la tâche : les membres de l'Eglise augmentent dans des proportions considérables. Les catholiques accourent en foule aux assemblées: ils demandent à être instruits, finissent par confesser qu'on calomnie les réformés, et abandonnent leurs superstitions. C’est dans ces circonstances tout à fait encourageantes, que Daniel Toussain inaugura son ministère. Tout semblait autoriser les plus grandes espérances: et les hautes qualités du jeune ministre et le champ d’activité dans lequel elles allaient se développer; on espérait et on attendait un ministère béni et glorieux. Certes, ces prévisions n'étaient qu'à demi fausses : l’auréole réservée à Daniel Toussain n'était pas celle du succès, mais celle du dévouement, de la souffrance, celle que donne la persécution: son ministère allait être une bénédiction pour plusieurs par le spectacle de son désintéressement et de son courage, et sa gloire sera celle d'une vie consacrée à rendre un témoignage vivant et constant à la vérité de l'Evangile du Crucifié.
L'heure du triomphe des idées nouvelles n'était, en effet, pas encore sonnée en France. La conciliation préconisée par quelques âmes généreuses était prématurée : elle indispose tout le monde. L'opposition s'organise : les Guises s'appuient sur le catholicisme militant; le roi de Navare fait défection; François de Guise, le maréchal de Saint-André et le connétable de Montmorency forment le triumvirat pour la défense de la religion catholique menacée. Bientôt les partis prennent une attitude de plus en plus hostile; on
(1) Histoire ecclésiastique, p. 7138-41. — Lottin. Recherches historiques, 1560 -'562. — Ziistoire générale.
s’arme de côté et d’autre. Déjà on en vient aux mains : les populations du Midi saccagent et pillent les maisons des catholiques; là où les protestants sont en minorité, ils sont les victimes, comme à Paris. Le massacre de Vassy fut le signal de la guerre ouverte. Dans les premiers jours d’avril, Condé s'empare d'Orléans dont il fait la principale place forte du parti (1).
L’horizon s'était tout à coup obscurci; Daniel Toussain, à peine installé, se vit aux prises avec des difficultés qu'il n'avait pas soupçonnées. Il est vrai qu'il avait le précieux avantage de pouvoir profiter de l'expérience et des conseils de ses collègues, tous hommes pieux et dévoués. Nous n'avons rien de bien précis sur les premières années de ce ministère. La parole et l’action étaient alors beaucoup plus aux capitaines qu'aux pasteurs; la lutte avec les ennemis extérieurs de l'Eglise faisait reléguer la vie religieuse au deuxième plan, non que celle-ci fût négligée, loin de là, mais le bruit des armes couvrait la voix des prédicateurs. Sans aucun doute, Daniel Toussain s'associa aux diverses mesures prises par les pasteurs de la ville dans l'intérêt politique et religieux de la communauté ; avec eux, il désapprouva la profanation et le sac des églises catholiques par le peuple d'Orléans, contre le zèle duquel luttait en vain le prince lui-même; il assista peut-être au troisième Synode national tenu le 25 avril 1562, à Orléans, il en suivit certainement les débats. Daniel Toussain parait, dès le commencement, s'être distingué dans les discussions théologiques de l'époque et dans la réfutation des erreurs doctrinales ou
(1) Ilistoire générale. p. 121 ss — Recherches historiques, 1561-1563.
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de discipline. Il stimula le zèle de ses paroissiens afin de les amener à faire les sacrifices nécessaires à l'entretien de la guerre, lorsque les trésors des églises catholiques de la ville furent épuisés, ainsi que les ressources provenant des biens ecclésiastiques, et qu'il ne resta plus de cloches à fondre pour créer de l'artillerie; il applaudit au sermon que fit Th. de Bèze dans ce même but, le 16 juin 1562, en l'église de Sainte-Croix et qui fit, paraît-il, une profonde impression (1). Pendant que le prince de Condé se prépare à soutenir un siège qu'il prévoit imminent, et qu'il ordonne aux catholiques de quitter la ville, la peste sévit cruellement, faisant de nombreuses victimes (juillet à novembre). Émus à juste titre, les pasteurs, réunis en assemblée, décident que le 12 du mois d'octobre « on célébrerait un jeûne public, et le 47 la Cène du Seigneur; l'un pour témoignage de ceux qui délibéraient se mettre aux champs bientôt à la suite du prince, l’autre pour s'humilier devant Dieu à bon escient, l'ire duquel semblait journellement s’enflamber à l'encontre des Eglises, ayant fait prospérer grandement les ennemis d'icelles et frappant la ville d'Orléans d'une peste si àpre et si longue » (2). Les pasteurs se multipliaient auprès des malades, et c'est vraiment un miracle qu'aucun d'eux ne paraît avoir été atteint; mais ils veillaient aussi à ce que l'honneur de Dieu fût sauvegardé en toutes choses et en tous, et particulièrement chez les hommes de guerre, faisant
pour ce remontrances au prince,
Qu'il tachât en toutes sortes de répurger ses bandes de toutes
(1) Histoire ecclésiastique, p. 31, 32, 33, 31; 34 ss.. 118, 150: 149, 102. — Chronique historique, p. 85.
(2) Iistoire ecclésiastique, p. 10, 119.