‹ Daniel ToussainChapitre 7 sur 33 · PS CE · texte numérisé non relu

PS CE

les champs de bataille, grâce surtout aux circonstances qui suivirent, il obtint pourtant une paix favorable, qui fut signée à Amboise, le 19 mars 1563. Le culte réformé était autorisé dans les maisons nobles, dans les domaines des seigneurs justiciers, et dans une ville par bailliage.

Les catholiques qui, de plein gré ou par contrainte, avaient quitté Orléans pendant les troubles, y rentrèrent en foule, une fois les hostilités terminées. Redevenus maitres de la ville, ils comptaiént se venger, à brève échéance, des vexations subies, et obtenir une bonneréparation pour leurs églises dévastées et profanées, leurs autels détruits, leurs cloches fondues ; ils n'avaient garde d'oublier le pillage du trésor et la confiscation des biens ecclésiastiques, et, pardessus tout, les mauvais traitementsinfligésaux prêtres. Ils se préparaient à purifier la ville souillée par le triomphe momentané de l’hérésie. Ils ne pensaient à rien moins, nous dit Lottin, qu'à massacrer tous les protestants. La découverte de la conjuration empêcha le sang de couler. Les réformés comprirent immédiatement dans quel esprit allait se faire la restauration du catholicisme, et comment l'on entendait observer les édits royaux ; fort heureusement pour eux, la présence du roi Charles IX dans la ville vint apaiser les esprits et calmer les exaltés. Ce ne fut cependant que deux années plus tard, en 1565 (1), que, conformément aux dispositions de l’édit d'Amboise, les protestants obtinrent de célébrer leur culte dans une des églises de la-ville, dans l'église Saint-Sauveur; encore le durent-ils bien certai-

(1) On trouve dans les livres de compte de la duchesse de Ferrare, la note suivante: « À une pauvre femme qui a nettoyé le temple où l’on prèche aux faubouras d'Orléans, 50 sols. Janvier 1564. Bulletin, t. XXX VIIL, p. {1, note 3.

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nementàla bienveillance des autoritéslocales eten particulier du bailli de la ville, Jérome Groslot, que Francois Iavait fait emprisonner autrefois, sous l'accusation d'intelligences avec le parti réformé (1). C'est grâce à cette protection que les protestants purent profiter de la paix et se défendre contre les tracasseries incessantes des catholiques. Pendant les années 1563 à 1567, on ne signale aucun trouble sérieux à Orléans. Sous la direction deses pieux et dévoués pasteurs, l'Eglise retrouva quelque repos et revint à des vertus moins guerrières. On revint aux vertus chrétiennes par excellence : à la patience, au support, à l'espérance, à la fidélité dans les petites choses; les occasions de cette fidélité ne devaient point faire défaut, car, d'un côté et de l’autre, on se résignait plus à cette paix relative qu’on ne l'acceptait. Personne n'était satisfait. Les protestants eussent voulu davantage ou tout au moins la stricte observation des articles de la paix; les catholiques n'acceptaient la situation faite aux protestants que comme provisoire; ils cherchaient, par tous les moyens, à annuler les concessions faites et appelaient de tous leurs vœux le moment où l’on en finirait avec l'hérésie qu'on ne tolérait, dans leur esprit, que pour la mieux anéantir. Ils identifiaient la fidélité à l'évêque à celle due au roi; ils savaientet sentaient que leur cause était celle dela majorité de la nation; comme tous les catholiques du royaume, Philippe II leur apparaissait comme le roi idéal, etils ne se faisaient point faute de le donner en exemple au Roi très Chrétien. La voix des parlements les encourageait, et ils

(1) Condamné à mort par les inquisiteurs, il s'était caché dans son château de lIs'e, après la mort du roi.

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s'atlendaient àchaque instant àêtre relevés du devoir de tolérance. C’est ainsi qu'ils décourageaient les bonnes volontés et effrayaient les esprits larges et ouverts. Dans cette ville d'Orléans qui, à chaque trouble, devenait un centre protestant, sitôt que les hommes de guerre en étaient sortis, le petit troupeau, quelque nombreux qu'il fût, redevenait l’objet du mépris et de la haine populaires, tant était grande l'ignorance et les préjugés indéracinables. Les protestants ne purent garderlongtemps l'usage de l'église de Saint-Sauveur, car nous les voyons bientôt obligés de recourir aux granges, comme lieu de culte, tandis que le culte catholique se rétablissait dans toutes les églises de la ville.

Daniel Toussain profita de cette accalmie pour se marier. L'église de Paris émigrait sous le coup des persécutions violentes et sans cesse répétées d’une populace fanatisée, Orléans recueillit beaucoup de ces réfugiés, et, parmi eux, Marie Gohory, la veuve de Philibert Couet du Vivier, avocat au parlement de Paris et maître des requêtes de la reine; elle était venue à Orléans dans l'intention de suivre plus librement la religion à laquelle elle s'était rattachée, elle et ses filles. Ce fut l'une de ces dernières, Marie, que Daniel Toussain choisit pour être sa compagne; iln’eût pu faire un choix plus heureux, au dire de Paul Toussain, qui fait des vertus de sa mère un touchant tableau et qui ne parait nullement forcé.

Elle était une femme de sens pratique, aussi bonne ménagère que bonne mère de famille; âme discrète et pure, bienveillante, hospitalière et d'un commerce facile, elle donnait à tous l'exemple d’une piété profonde ; d’un dévouement à toute épreuve, elle était, comme son époux, dévorée

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