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par le zèle de la maison de Dieu (1). Le mariage eut lieu à Orléans, le 19 mars 1565. Marie Couet donna à Daniel Toussain deux enfants pendant leur séjour à Orléans, une fille, Marie, née le 21 juillet 4566, et un fils, Daniel, né le 28 novembre 1567, et qui mourut à Heidelberg en 1575 (2). C'est également à cette époque, en 1566, que Daniel Toussain obtint de son Eglise un congé pour aller visiter les siens. Nous ne savons rien de son passage à Monthébard, ville qui dut figurer au premier plan sur le programme de ce voyage, lequel ne put d’ailleurs pas être d’une bien longue durée. Son absence se faisait sentir à Orléans et lui-même souffrait d’être éloigné de son Eglise qu'on persécutait de nouveau. A son retour, la paix qui subsiste encore est une paix sans cesse violée. Les catholiques, mécontents, disent qué Charles IX a porté atteinte à l'autorité royale en permettant l'exercice d’une autre religion que la catholique; la reine mère et le jeune roi parcourent les provinces pour réchauffer le zèle des catholiques et intimider les réformés; sous prétexte d'interprétation on ‘apporte des restrictions à l’édit d’Amboise; regrettant d’avoir trop accordé, on s'efforce de tout ressaisir. Les réformés craignent de tout perdre; ils voient disparaître une à une les concessions qu'on leur a faites et ne peuvent obtenir justice du meurtre des leurs, et ces crimes se multiplient. Le rapprochement de la cour et de l'Espagne catho-
(1) Vitae et obitus D. T. narratio, p.9et 10.
(2) Registre de Famille. — Ce sont des notes rédigées en latin sur les deux feuillets de garde d’un exemplaire de la Vulgate; elles sontde la main de D. Toussain et relatent les principaux faits de sa vie, avec leurs dates. Voyez Bulletin de l'histoire du Protestantisme Français, t. XXXVII,
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lique assure de l'impunité. Orléans voit bientôt apparaître l'armée de La Noue, qui vient prendre possession de la ville au nom de son parti; celui-ci, tenu en éveil par les armements de la cour, s'est enfin décidé à ouvrir les hostilités (4). Les réformés, maîtres de nouveau d'Orléans, exaspérés des vexations qu'ils ont subies et de la mauvaise foi de leurs adversaires, obligent ces derniers à quitter la ville en même temps qu'ils se ruent dans leurs églises et renversent les autels et les images qui venaient d'être relevés. À cette époque de guerre civile, ilse trouvait toujours, dans un parti comme dans l’autre, des esprits violents et grossiers pour exciter et entrainer la foule; celle-ci cédait d'autant plus facilement qu'elle croyait témoigner de son zèle religieux en détruisant les objets ou les lieux qui servaient à un culte impie et idolâtre à ses yeux ; et puis, toute cette soldatesque recrutée un peu partout n'était point elle-même d'un tempérament à s'opposer à cela, elle n’obéissait guère plus à ses chefs, lorsque ceux-ci ne la conduisaient pas eux-mêmes au pillage que les populations ne se rendaient aux recommandations de leurs pasteurs. Orléans, devenu place forte et capitale des réformés, s’emplissait de gens de toutes sortes; c'était un lieu de refuge, mais l’ivraie y étouffait parfois le bon grain, car quelqu'ait été le déchaîinement des passions populaires, on se refuse à croire qu'il ne s’y soit point trouvé un noyau resté sain pour protester avec les pasteurs contre ces violences.
L'entrée des troupes protestantes avait heureusement délivré les réformés d'une nouvelle conspiration des catho
(1) Septembre 1567.
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liques enhardis; et jusqu'à la paix de Lonjumeau (mars 4568), la ville resta un refuge. L'habile Marie’ de Médicis avait su, par ruse, imposer cette paix aux chefs huguerots, que la fortune des armes semblait favoriser. Aux termes de ce traité, les protestants rendraient toutes les places qu'ils occupaient etl'édit d'Amboise serait rétabli sans restriction. Les réformés, trop crédules, ajoutèrent foi aux promesses de la cour. Orléans fut évacué puis occupé par un gouverneur et une garnison entièrement dévoués à la cause catholique (1).
On laissa enfin tomber le masque; la reine-mère fit comprendre qu'elle était décidée à en finir avec cette guerre sans cesse renaissante et à écraser les réformés. Les chaires catholiques retentissaient d'imprécations et d'anathèmes ; on préchait le massacre des hérétiques comme une œuvre pie. Sous l'influence de ces dispositions générales, le premier fruit de la paix, à Orléans, fut l'incendie d'une grange qui servait de temple, dans la rue d'Illiers (11 avril 1568). Les catholiques n'eurent point de peine à se mettre au ton du reste du royaume, et à se liguer, eux aussi, à l'exemple
(1) Vitae et obitus D. T. narratio, p. 12, (3.— Préface. — La France protestante raconte qu’ «après la prise d'Orléans par La Noue, Toussain partit pour Dieppe, d'où les ministres s'étaient enfuis. Il y tint quelques assemblées secrètes; mais bientôt découvert, il fut arrêté et enfermé au château d'Arques, d’où i! ne serait sorti que pour marcher au supplice sans la paix de Lonjumeau. » Nous ne savons où la France protestante à puisé ce renseignement, qu’elle ne donne, d’ailleurs, qu'avec beaucoup de réserves. Nous n'avons trouvé nulle part la mention d’un voyage de Daniel Toussain à Dieppe. Ajoutons qu’il ne nous paraît pas probable que Daniel Toussain, qui vient de rentrer dans son église, l'ait abandonnée aussitôt et en pleine période de guerre. Nous le voyons toujours sur la brèche, comme un fidèle pasteur qui se doit à ceux qui lui sont confiés, surtout aux heures difficiles, et qui ne l?s quittera que lorsqu'il sera littéralement chassé.
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de plusieurs villes et provinces, pour la défense de leur foi. Ils avaient à cela des raisons toutes particulières; ils gardaient une violente raneune du succès répété des armes protestantes dans leur cité. Leur joie paraissait sans mélange : ce roi qui, si longtemps, avait fait leur désespoir et qu'on menaçait couramment d'enfermer dans un couvent, ilrevenait enfin à de bons sentiments; il venait de disgracier le chancelier L'Hôpital et tenter de s'emparer de Condé et de Coligny. Un exemple donné de si haut ne pouvait manquer d'être compris et suivi. L'ardeur du nouveau gouverneur, le comte d'Entragues, et de ses satellites les encourageait et les excitait. Les protestants perdaient, de jour en jour, de leur influence ; ils cessaient d'être des adversaires pour devenir des vaincus.
C'était surtout aux pasteurs que l’on en voulait : on les recherchait pour les égorger. Pendant cinq mois pourtant, après l'incendie du temple de la rue d’Illiers, ils prêchèrent encore en belle assemblée et à la vue des soldats que la douceur et l’innocence des victimes avaient touchés et qui, souvent, étaient plus favorables que les citoyens papistes.
« Mais ce n'était pourtant pas sans danger, dit Daniel Toussain lui-même, la ville était en ce temps tellement gardée, que ni bourgeois ni bourgeoise de la religion, ne pouvaient passer une porte qu'avec mille difficultés; que nos maisons étaient tous les jours fouillées, les portes de nos assemblées environnées par des troupes de soldats ennemis, et que pour présidents, pour manière de dire, en nos Consistoires, avions des capitaines reniens Dieu, et autres tels gens qu'il plaisait au gouverneur d'y envoyer » (1).
(1) Préface.
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Daniel Toussain et ses collègues, qui payaient d'audace et dont le zèle ne se démentit pas un seul instant, furent plus d’une fois en danger. La sollicitude de Daniel Toussain était double et ses appréhensions multipliées ; outre ses paroissiens, il avait le souci de sa femme et de deux jeunes enfants, qu'il laissait dans sa maison ; quand il partait pour l'assemblée, ilne savait si lui-même en sortirait vivant et s’il retrouverait encore à son retour sa petite famille. Il dut changer à plusieurs reprises de demeure, sans doute, pour se soustraire aux insultes et aux attaques d'une populace fanatisée. Il lui arriva un jour (11 juin 1568) d’étre reconnu et fait prisonnier par des soldats qui se disposaient à l'entraîner hors de la ville, afin de pouvoir le traiter comme bon leur semblerait : le mettre à mort et le dépouiller ensuite, ce qui lui fût advenu si sa femme n’eût, quoique enceinte, tenté les plus pénibles démarches auprès du gouverneur, dans le but d'obtenir qu'il restât dans la ville. Cela lui fut accordé et lui valut la vie de son mari (1).
Déjà, on prévoyait une issue fatale à ces persécutions qui allaient s’accentuant sans cesse, malgré la protection de la bonne et pieuse duchesse de Ferrare ; celle-ci espérait couvrir les protestants d'Orléans de sa faveur en assistant aux prêches; elle intercédait auprès du gouverneur pour cette église, aux destinées de laquelle elle s'intéressait depuis fort longtemps (2). Une lettre que Daniel Toussain lui adresse nous apprend que les ministres ne se faisaient
(1) Vitae et obitus D. T. narratio, p. 13.
(2) Rodocanachi, Renée de France, duchesse de Ferrare, p, 550. Toussaia jouissait d’une grande faveur auprès de la duchesse. Dès 1564, il figure parmi ses pensionnaires ; il rédigea son testament religieux.
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aucune illusion sur la gravité de la situation présente et qu'ils avaient conscience de leur tâche.