‹ Daniel Vierge, sa vie, son œuvreChapitre 13 sur 31 · I . t . ou Vierge et son père s n sé · texte numérisé non relu

I . t . ou Vierge et son père s n sé

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Pauvre Daniel ! Dalloz qui l’aime et l’admire, pour une édition projetée de Gil Blas , l’envoie se documenter au pays natal. Il en rapportera d’innombrables croquis, études prises sur le vif, sites pittoresques, physionomies locales, costumes nationaux, types popu-

laires, scènes caractéristiques, de quoi hispaniser à souhait les cent vingt-huit chapitres du roman français, ce qui ne sera point superflu, car, entre nous, Le Sage, nom résumant bien son titulaire, enfant de Vannes, de Vannes-la-Belle, mais surtout l’humide, Venise de Thulé en partie bâtie sur pilotis, n’est qu’un Espagnol du Morbihan, où le soleil — el sol ! — se noyé en cette fine pluie — la Iluvia — qui fait aux oiseaux l’aile mouillée.

Aussi, — nous anathématisent Voisenon, François de Neufchâteau, Malitourne, Audiffret, Villemain, Jean Aicard et même Walter Scott, nous avons pour nous Charles X qui ne put jamais lire quatre pages de Gil Blas sans s’ennuyer — aussi, quand, de froide patience, l’élève de père Bochard et de l’abbé de Syonne ne trouve plus de quoi s’inspirer chez les picaresques péninsulaires, recourt-il sans hésitation

au madaurien Apulée, — tout son premier livre, Rencontre de Gil Blas avec les brigands, est généreusement puisé au quatrième livre de L’Ane d'or — auteurs « auxquels il ne doit que le fond et les détails, tout le reste lui appartenant en propre », dit ingénument un de ses admirateurs, et que, sans nul artistique souci du délicat goût de terroir, il a volontairement congelés en imposant à leurs libres récits de sac et de corde — de montagne à pays plat ! — ce monstrueux « bon goût», Fulbert de tous les Abailard, qui, à une vibrante satire de Régnier oppose et préfère une Ode glacée à la Malherbe (lequel ne lisait point Homère), ce monstrueux « bon goût », qui l’a tout d’abord décidé, instinct littéraire le guidant, à traduire, non pas le Don Quichotte de Cervantes, — les faits sont les faits — mais l’informe, la plate et misérable, l'insipide, la pédantesque et obscène Suite de l’anonyme plagiaire, moine voleur et lâche, caché sous le nom supposé d’Avellaneda, entre le Cid de Gilhen de Castro et celui de Diamante n’hésitant pas à choisir le second, libre admiration qui nous paraît significative et concluante, sans qu’il soit besoin d’insister sur la façon dont il a défiguré Boyardo, toujours au nom du même « bon goût ».

Pourtant, — avec Florian il y aura du pire — excusons Le Sage et son Espagnol de 1715, écolier bourgeois pas beaucoup plus faux après tout que le jeune Grec de Fénelon, que l’ambassadeur Persan reçu à la cour de France au mois de février de la même année et que la fortune du grand roi consistant en une double dette révélée à sa mort, en septembre, dette privée de deux milliards soixante-deux millions , dette publique de quatorze milliards . Nul n’échappe à son temps.

C’était l’époque du bon goût, du bon goût dont Voltaire (qui na jamais soufflé mot de Cervantes), parle sans cesse et qu’il affirme en donnant à Othello ce correctif : Zaïre.

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