‹ Daniel Vierge, sa vie, son œuvreChapitre 2 sur 31 · SOLO · texte numérisé non relu

SOLO

apprendra à

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Tolède, en une maisomuttc qn

plus heureuses années de sa vie dre sa quatorzième

retour, connue Daniel, qm vient u

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année, a une fort jolie voix et de naturelles dispositions musicales en même temps qu’un coup de crayon déjà plein de promesses, son père lui donne le choix entre son entrée au Conservatoire ou à l’Ecole des Beaux-Arts. Daniel se décide pour la peinture et M. Urrabieta le confie à la fois à Frederico Madrazo, portraitiste ordinaire de S. M. la reine Isabelle, peintre de personnalités froidement distingué, fonctionnaire plutôt qu’artiste, coloriste discret, dont tous les personnages sourient pareillement, car le doux maître, mort en 1894, vit toujours tout en rose, et à Carlos Haes, officiel paysagiste de la Cour.

Don Quichotte, qui semble s’y connaître mieux en coups de lance qu’en coups de pinceaux, déclare gravement quelque part que, « lorsqu’un peintre veut devenir célèbre dans son art, il essaye d’imiter les originaux des meilleurs peintres qu’il connaisse », opinion vers laquelle, en son for intérieur et poussé par nature, inclinait peut-être bien un peu l’habile Madrazo, mais opinion contre laquelle le naissant génie de Vierge, aussi entier qu’un magarato, se révolte aussitôt, bandant son arc contre tout le convenu accepté du vulgaire troupeau incapable de parler cette langue qu’il ignore, truchement personnel dont on doit soi-même établir grammaire et syntaxe et qui a nom l’Originalité.

Voici donc l’adolescent lancé dans l’existence, à l’Ecole des Beaux-Arts où son caractère gai et charmant lui fait des camarades,

Villegas, Rico, Pradilla, jeunes gens de valeur et de talent, qui resteront ses amis, le voilà au\J./(' travail, auquel il donne toute sa fiévreuse iougue, toute sa passion, toute sa joie, aussitôt remportant de sérieux succès d’élève, le voilà visitant le Prado.

Pour les écoles étrangères, s’il s’arrête à Albert Dürer, à Jordaëns, à Van Dyck, si Le Triomphe de la Mort du vieux Brueghel l’étonne, si Les Grâces de Rubens le charment , si le Charles-Quint et le Philippe II du Titien l’intéressent, d’instinct, fermé à toute convention et surtout à l’allégorie, souvent obscure, toujours froide, il ne rencontre pas là cette âpre vérité qui pour lui est le seul idéal, et Navarrete, el Greco, Zurbaran, Cano, Ribera, Martinez, Murillo, dûment étudiés et admirés, il sent qu’il sera plutôt de la famille de ces prestigieux improvisateurs de fresques brossées à la détrempe sur des serges tendues dans les rues, les palais et les cathédrales, pour la réception d’augustes personnages, les pompes royales, les grandes cérémonies religieuses, perspectives savantes, arcs de triomphe, salles de fêtes, théâtres irradiés par les Alfian, les Barroso, les Becerra, les Berruguete, les Bordona, les Vargas, les Iglesia, les Goya, les Vélazquez...

Vélazquez, qui dut tout d’abord l’absolutisme de son originalité à son ignorance absolue des écoles italiennes, l’incomparable, l’inimitable Vélazquez qui, lui, n’a pas fondé d’école, le voilà, le sincère et simple observateur de son goût, de son irrésistible prédilection, l’improvisateur au génie inépuisablement varié qui, avec Goya l’impressionniste, le captive tout entier. A ces deux là vont ses enthousiasmes; car, avec eux, il se sent en communion directe; en eux, il trouve des cousins germains.

Et, d’après Velâzquez, son dieu, il fait toute une série de copies et d’études remarquables par leur précision, ou bien, s’inspirant de Goya, sa fertile imagination se donne libre carrière à la création de curieuses scènes de Sorcières et de Sabbats, très fouillées, très justement devinées, esquisses puissantes où il se révèle, montrant là le coloriste qu’il sera plus tard, bientôt, maître de la lumière — et la lumière, c’est tout.

Entre temps, aussi, il seconde son père, illustrant quelques romans de dessins sur bois, qu’il signe alors Daniel Urrabieta.

Du même instant de sa vie des paysages, à l’aquarelle ou à l’huile, déjà fort intéressants et dont quelques-uns se pourraient retrouver à la maison de campagne de Getafe, comme on y pourrait retrouver aussi le carton à dessins, stigmatisé du sabot d’un cheval qui, sur la Calle de Alcala, renversa un jour l’élève sortant de San Fernando, l’Ecole des Beaux-Arts.

Mais c’est surtout dans la rue que, suivant l’excellent conseil paternel, il couvre mille petits cahiers de croquis, d’esquisses, de notations saisies sur le vif et dont il précise ensuite l’impression sur de plus grands albums, qu’on doit également pouvoir retrouver, consacrant surtout ses soirées à portraiturer père et mère, dont il use comme de modèles donnés par la nature.

Car, si profondes et si vives soient ses admirations, le musée, ce musée où le jour fait défaut, après tout, c'est le passé, hiers pétrifiés, tandis que les gens de maintenant, tandis que la rue, c’est la source de vie ! Entre l’herbier et la forêt, comment hésiter ?

Je voudrais bien savoir où est l’école où l’on apprend à sentir, se demande l’auteur du Neveu de Rameau ?

Et Daniel, comme Véronèsë, épris d’air et de lumière, retourne dans la rue, dans la rue, son vrai maître, dans la rue où l’appelle et le guide son impérieuse, sa despotique indépendance en matière

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