‹ Daniel Vierge, sa vie, son œuvreChapitre 22 sur 31 · CP · texte numérisé non relu

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les lagunes de Ruidera suivi, voici F unique et sauvage rue de Ruidera, traversée par 38 degrés à l’ombre, mais d’ombre il n’y a pas car les arbres sont bas à prendre des airs de troupeaux. Tout en écoutant la chanson des sauterelles, après avoir « brûlé » Osa de Montiel, rendons-nous à la fameuse Caverne de Montesinos, mine de cuivre abandonnée depuis les romains, et constatons à quel point Cervantes, comme Homère, se montre toujours méticuleusement exact en ses descriptions, rendues tangibles grâce à Vierge dont le crayon court partout, varié, souple, nerveux, amusant, qu’il nous révèle bicoques ou clochers, Villaliermosa, en dépit de son nom , village sordide , où l’importante ruine du farouche castel de Montiel évoquant la lutte monstrueuse de Pierrele-Cruel et de Transtamarre, les arbres torturés par les autodafés du soleil ou la fertile vega, féconde... comme Lope de Vega, pourquoi non ? qu’il nous introduise dans la venta de Qnesada, par Don Quichotte prise pour demeure seigneuriale et où il passe sa veillée d’armes avant d’être fait chevalier des mains de l’hôtellier, de l'amo railleur et matois, qu’il nous promène dans Herencia, dont l’église est consacrée au patron de l’Espagne, chevalier des escadrons du Christ , Saint-Jacques Matamoros , autrement dit Tue- Mores, l’un des plus vaillants saints qu’ait possédés le monde et que possède maintenant le ciel, affirme Don Quichotte, ou bien qu’il nous entraîne jusqu’à Alcazar de San Juan, centre de chevalerie devenu centre vinicole, toujours il peuple ses croquis de personnages typiques, hommes des champs et des monts continuant de se vêtir comme Sancho, et comme Sancho s’exprimant en gnomiques proverbes.

Après les rues en zig-zag de Campo de Crijitano, où se dressent trente à quarante moulins, ceux-là précisément combattus par Don Quichotte, village par Quevedo invoqué, et dans les rues

duquel se font remarquer quelques fenêtres vitrées, luxe rare, car, au temps de Cervantes, il n’y en avait guère qu’aux palais des rois et des grands, est-ce mirage, féerie ou bien réalité, fleur au milieu de plaine tannée comme désert, un village apparaît et ce village est propre et, miracle, tout en ce village est propre, propre jusqu’à l’élégance ! C’est Toboso, dont Cervantes nous a décrit l’église, nous a inventorié tuiles et pavés, Toboso, patrie de Dulciné. Saluons, tout en nous ressouvenant qu’une manière de clarinette basque est nommée Dnlsinya. Pourquoi non?

Puis excursion dans la Sierra Morena, ces monts bizarres aux escarpements en arrêtes de poissons, de murènes. Les sites deviennent improbables jusqu’au fantastique , les villages s’appellent Valdepenas, « vallée de pierre », tout est cruellement sauvage et l’on s’explique qu’aux âpres déserts de Los Molinos aient pu se cacher, même à l’Inquisition, les malheureux qui en fuyaient l’horreur. Et voici, démesurée chute de rochers aux formes impossibles, voici le Canon de Despenaperros, sombre défilé où finit la Ciiidad Real, la Mancha, porte d’enfer ouvrant sur cet éden, l’Andalousie, qui voit fleurir le cactus et le gascon d’Espagne.

C’est joyeusement que l’artiste a passé par où a passé Don Quichotte, Rastrea mi suerte ! s’est promené en cette rude Mancha où l’art profond de Cervantes a placé son action parce qu’en ce pays où il n’y a rien, l’imagination de son personnage, assoiffé d’idéal, peut tout voir, peuplant le désert de ses visions.

Ce délicieux volume que, de nos deux yeux, l’œil qui lit, l’œil qui regarde, nous venons de parcourir ensemble, Au pays de Don Quichotte, publié d’abord en 1897 dans Le Tour du Monde, n’est qu’une manière de Prologue, d’Avant-propos, de Préface à la grande et superbe édition du roman que prépare la maison Hachette, monument à la gloire de Cervantes, magnifié de deux

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