GUSTAVE FLOURENS
D, c> mouvement est sortie la France d’aujourd'h...
,)U.OB le veuille ou non, France redressée , forte, pa*’ que, mûri: aile - définitive.
Ce nu avement, c’est la Commune.
U comme. 10. dont on peut aujourd'hui raconter thurt»’’ de sang-froid, comme Renan a raconte la gu* ne uvi e <M
Jérusalem assiégée par Titus.
Deuv mois de lutte acharnée, de sang et de flamme, pour pu, :
. 1 : débâcle hou
teuse, pour secouer la lorpeur nationale, pour effacer la tache. . la Commune, c’esl. après le cauchemar, te réveil.
Avant de protester et de contester, pour la première fois, pénétré et à trente-six ans de date, regardez-y, regardez-y de p,v . rega'rdez-v de sang-froid, « de bonne foi », connue le ferait un ilontaignv, en philosophe assagi, que les faits ni les mots n avarient ni n’épouvantent. Le but atteint vous apparaîtra.
Nous v, nous de voir à l’œuvre ce que nous appellerons, s, vous v consentez, la guerre couronnée, « Pénélope imbécile occasion à d’éternelles revanches successives, - A toi™ moi l« paille de fer ! - guerre où nu seul monsieur force tout un peuple . q„’il dit sien - à en exterminer un antre, qui ne lu. voulu. •
de noblesse, de lui voler sa terre et son or; nous pouvons bien regarder la lutte d’un peuple désintéressé, en seule et unique volonté de secouer une obédience, servitude volontaire .e conüa, ,,„ant à subir un individu quelconque, toujours susceptible d êt e
Tibère ou Philippe II, et quelquefois pire.
La première de ces deux guerres n’est qu’une odieuse et sien,*
; ..ers les âges, a, à peu près partout, créé cet universel prog. -
eFiaauo-H hvateuo
social qui, un jour, fera l’avenir humain moins désolé, moins injuste.
Or, on condamne le vol et on absout le duel.
Des inutiles grandes pages historiques que les rhétoriques intéressées appellent encore la gloire militaire, tout s’évanouit, fumée de canons. Que reste-t-il des cent trente-et-un départements du Gouvernement Provisoire de Napoléon Ier ? Deux provinces prélevées cinquante-cinq ans plus tard sur notre ancien territoire.
Le peuple ne se bat, lui, pour aucune conquête à effet ou dynastique, mais simplement pour l’acquêt de la paix intérieure, paix morale, aspirant à l’état de peuple sans histoire, c’est-à-dire, si nous en croyons Montesquieu, de peuple heureux.
89 se contente de raser la Bastille pour que le bon plaisir d’aucun passant, fût-il prodigieux, n’y puisse plus enfermer personne.
71 supprime les Tuileries, pour que le fanatisme intéressé d’aucun parti n’y puisse plus héberger personne.
De sorte qu’aujourd’hui où la barricade même, mise à l’index, est remplacée par le bulletin de vote, il ne reste plus qu’à condamner à mort la guillotine, pour épargner à l’humaine justice de commettre encore l’assassinat légal.
— Mais la crise fut épouvantable...!
Le fait n’est jamais beau que par son résultat. De l’accouchement sort une âme, peut-être Socrate, peut-être Shakespeare, peut-être Vincent de Paul.
Oui , de cette dernière et géante convulsion volcanique, de ce tremblement d’humanité , est sortie la liberté ; oui ,
il a fallu deux mois de 93, notre 1649, pour arriver à pouvoir enfin continuer 89, notre 1642 — pacifiquement.
Il a surtout fallu Paris.
Paris ! On lui a demandé sa confiance, on lui a demandé sa patience, on lui a demandé son labeur, on lui a demandé son or, on lui a demandé son sang. Il a tout donné, généreux, prodigue, sans compter. On fa trompé, bâillonné, volé, obéré, trahi. Il a tout repris. Juste retour...
Entraîné à la guerre par le garant de la paix, conduit à la ruine par le répondant de la prospérité, mené à la défaite par les fanfarons du sabre, livré à la capitulation par les soutiens de la gloire, sa foi, éclairée, est morte.
Désormais, résolu à tenir lui-même la barre de sa nef, Paris, vieux nautonier, signifie aux réactions de partout que leurs tentatives seront autant d’avortements.
Paris est curieux. A l’avenir, il se refusera à tout escamotage. Il ne permettra plus que personne lui cache rien.
Comme Hercule, Paris est le grand justicier. Or, à certaines heures de tempête sociale, l'injustice devient la seule justice juste.
Paris va perdre la France, disait-on alors, c’est l’ombre! Fiat nox !
Erreur. Myopie.
Le feu purifie.
Paris a sauvé la liberté universelle, c’est la lumière. Fiat lux !
On préserve un arbre par le renouvellement, en en coupant les mauvaises branches, cela s’appelle émonder, parfois en le sciant au ras du sol. L’arbre repousse alors plus vigoureux que jamais.
La France est un vaisseau qui a pour pilote la tempête, a dit Guez, seigneur de Balzac.
Maintenant, regardons les images.
Comme le veut Delacroix, en ces dessins, comme en ceux déjà signalés, nous allons retrouver la même unité d’impression toujours augmentée par l’accessoire, composer étant associer avec science, car
il n’y a pas de hasard de talent, et le sujet c’est l’artiste, l’artiste qui doit regarder en lui avant de regarder autour, ayant deviné, compris, vu à fond, en naissant, les lois incodifiables du Beau pour arriver à faire penser en créant l’inoubliable.
Et, par cette exploration à travers la folie militaire à propos d’art, c’est le cas de placer ici la boutade du maître : « On voit de mauvais généraux gagner des batailles ; on ne voit jamais de mauvais artistes faire de beaux ouvrages ».
Nous sommes en février, déjà le printemps sourit. La population en profite, si longtemps enfermée, pour respirer un peu, en deux scènes esquissées de large coup d’œil, foule manifestant, du 24 au 28, au pied de la Colonne de Juillet puis à l’Arc de Triomphe, dont les sculptures sont protégées contre les barbares, et brûlant les derniers vestiges du siège. Vierge se montre ici pittoresque et fantaisiste, avec une délicieuse légèreté de touche, comme la nature savant au contraste des lignes, perspecteur-né, mathématicien idéal.
Et l’un de ces jours où, pour voir, Daniel avait risqué vingt fois de se faire tuer, surpris en flagrant délit de dessin par les fédérés au milieu desquels il s’était glissé, il est appréhendé sous inculpation d’espionnage et écroué, en attendant qu’il soit statué sur son cas.
Peut-être pensez-vous qu’il se trouble, qu’il a crainte ? Que non pas I Tranquillement, il continue de dessiner, croquant ceci, esquissant cela, tout ce qu’il voit, ses gardiens, ses co-détenus, le décor.
Cependant on l’interroge. La langue française lui est peu familière encore. Son affaire prend mauvaise tournure quand, cinq heures après son arrestation, Charles Yriarte, inquiet de ne pas le voir revenir au Monde Illustré, d’où il est parti le matin, après l’avoir cherché partout, le découvre enfin, explique tout et remmène son cher chroniqueur qu’il adore et qui le chérit, prêt à se mettre au feu pour lui.
La note anonyme et manuscrite nous fournissant ce renseignement s’indigne véhémentement de la barbarie des Communards, oubliant qu’en tous les pays, tout individu surpris en train de prendre
des notes quelconques aux abords d’une place-forte est aussitôt conduit à qui de droit. Pareille mésaventure est advenue à notre ami Henri Detouche en juillet 1898. Au temps de la guerre hispanoaméricaine au sujet de Cuba, se trouvant à Cadix la Blanche, comme il esquissait la silhouette de la vieille cathédrale Sainte-Croix-surles-Eaux, sans avoir pris garde qu’assis sur un canon, il se trouvait dans la zone du fort Santa-Catalina, il se vit arrêté comme espion, son œil clair et sa barbe blonde aggravant son cas en lui donnant quelque apparence anglo-saxonne, mauvais pas dont il ne se tira que grâce à la courtoisie éclairée du gouverneur militaire, le duc de Najera. — Toutes les autorités militaires ne sont-elles pas tenues aux mêmes légitimes précautions ?
Boulevard Montmartre, centre de mouvement, d’esprit, de gaieté, te voici, morne dans la nuit noire, tragiquement désert, animé seulement par une cavalière patrouille, déambulant devant les Variétés. Tout dort. Non. La revendication veille, couve et fermente.
Et les barricades poussent, faites, comme en 48, au son des orgues de Barbarie. En voici une à Belleville, puis une à Montmartre. A tout passant, injonction de concourir à son édification.
— Citoyen, ton pavé!
Bon gré mal gré, le « citoyen » s’exécute. Et l’édifice monte, monte, monte !
Le 2 avril, entre Français ayant l’honneur d’appartenir à l’armée et Français ayant l’honneur d’appartenir à la Fédération, grave et sanglante collision, les premiers à Courbevoie, sur la rive gauche, les seconds à Neuilly, sur la rive droite, séparés seulement par ce trait d’union qu’est un pont, pont à chaque extrémité fermé par une barricade. Il pleut des bombes ; des blessés, des cadavres jonchent le pavé sanglant.
La preuve ici s’impose que toute guerre est tellement contre
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nature que, pour s’y reconnaître en tirant les uns sur les autres, les hommes sont obligés de se différencier par la convention de l’uniforme. Donnez à tous les peuples un identique accoutrement, vous supprimez peut-être la guerre. A telles dates on tue tel ou tel costume, quels que soient les figurants. En 1855, nous avons tué la capote russe. Aujourd’hui...
Tableau de maître. A Montmartre, — toujours! — au petit cimetière Saint-Vincent, généralement peu connu de la population, deux femmes, deux deuillantes, souffrent près d’un tombeau, celui des généraux Clément Thomas et Lecomte. Et l’on frissonne.
Même frisson devant les corbillards des gardes nationaux tués à Courbevoie. Les morts vont vite, la Ballade, décidément, est bien allemande.
Sur un ciel aux légers nuages courant dans l’azur strié de lointaines fumées, Vierge nous montre tout Paris vu de la butte sacrée,
pendant les engagements de Neuilly et d’Asnières. Et nous remarquons à quel point l’artiste a la science parfaite des architectures logiques et solides, bien que résumées en quelques traits.
Le dessinateur, maintenant affranchi des formules du « métier », a conquis tout son talent, large et délicat. Ses croquis sont la vie prise sur le fait. Rien de comparable à la vérité de mouvement de ces habitants de Neuilly profitant d’une suspension d’armes, ici pour rentrer dans la ville par la porte des Ternes, ici pour arriver au palais de l’Industrie. Il faut avoir vu cela pour se rendre compte du degré d’exactitude atteint. On sent qu’autant qu’avec le crayon. Vierge dessine avec la pensée.
Pendant la Commune, il demeure rue de Lille. Il est donc tout porté pour nous en montrer l’aspect lugubre et désolé, écrivant une de ses plus belles pages.
D’une ironie sans méchanceté, deux scènes « bien parisiennes », malgré la terreur de l’instant, le concert du 6 mai, dans la salle des maréchaux, et quelques étrangers, dont un Anglais délicieux, achetant sur place d’authentiques débris des ruines fumantes de la grande cité. Le rire ne perd jamais ses droits.
Hélas I c’est le temps des funérailles , petites et grandes , luxueuses ou misérables I Sur le quai des Augustins, avec la silhouette de Notre-Dame faisant toile de fond, saluons les chars funèbres de Monseigneur Darboy et de l’évêque de Sura, fusillés à Mazas comme otages.
Devant les évènements exceptionnellement extraordinaires dont le crayon magique de Daniel Vierge vient de témoigner, la chronique nationale lui remonte au souvenir, lui remémore l’impolitique expulsion des Morisques, espagnole révocation d'Edit de Nantes de Philippe III, à qui la toujours implacable Eglise fit perdre près de deux millions de sujets utiles, et surtout cette journée de Villalar,
où la Santa Junta , la «. Sainte Alliance », dont l’évêque de Zamora commande un bataillon de prêtres armés, toute frémissante, toute bouillonnante de l’esprit de liberté, est écrasée avec l’armée des Comuneros castillans, tandis que son chef, le vaillant Juan Padilla, avant d’être décapité, en une lettre sublime, « lègue son âme à sa femme », Maria Pacheco, celle-ci, pendant près d’un an, continuant à Tolède la lutte héroïque du droit contre ceux-là qui toujours violent toute promesse et, sous prétexte de tout pacifier, détruisent sans merci ce qui peut porter ombrage à l’absolutisme.
L’instant appartenant aux rois et les siècles au peuple, la même chronique nationale lui rappelle également la plus récente association des « Fils de Padilla » dont le chef, Francisco Ballasteros, travaillant pour la souveraineté du peuple, commença la révolution de 1820 en ouvrant toutes grandes les portes des cachots de l’Inquisition — ce qui, bien entendu, lui valut l’honneur de mourir en exil à Paris, en 1832.
Là même est la raison pourquoi certains purent reprocher à l’Espagne son généreux accueil aux fugitifs proscrits de 1871.
Nous insistons sur cette série des premiers dessins de Vierge pendant la double guerre, parce que, publiés en des jours où ils furent regardés uniquement, quand ils le furent, pour l’intérêt actuel du fait qu’ils notaient, leur valeur artistique passa inaperçue, échappa au plus grand nombre, alors que celte partie peu connue de son œuvre, outre ses qualités intrinsèques et son intérêt documentaire, nous
révèle la caractéristique de sa manière et comment la philosophie pratique du jeune penseur armé d’un simple crayon l'a amené à être un vrai peintre d’histoire, à l’œil impartial, autrement fidèle et intéressant en ses improvisations d’intuitif témoin où tout, pris sur le vif, bouge, frémit et respire, que les grandes tartines frappées, méthodiquement composées après coup, selon la formule glaciale chère aux officiels médaillés.
Vierge , Espagnol épris de grandeur tragique , de drame pantelant, même de cruauté, comme tous les grands de son école nationale, fresquiste toujours, sachant trouver partout le plus grand effet, voulait de la réalité, Goya et ses Désastres de la guerre ne lui suffisaient pas !
En Espagne comme en France, à Madrid comme à Paris, où nous venons de le suivre, évènements, catastrophes l’ont copieusement servi, à satiété.
Maintenant, il va pouvoir remonter vers l’azur, s’envoler au pays du rêve, se retremper dans l’idéal.
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