‹ Dans l'air;Chapitre 15 sur 35 · CONSTRUCTION DES DIRIGEABLES J · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION DES DIRIGEABLES J

Faérostation dirigeable devait toujours être : « Descendre sans sacrifier de gaz, monter sans sacrifier de lest ».

Au cours de ces évolutions sur le Champ-de- Mars, mon esprit ne s'arrêta pas spécialement à la Tour Eiffel. Tout au plus me sembla-t-elle un monument intéressant à contourner, et je la con-

Catastrophe du H mai 1899 (b).

tournai, en effet, plusieurs fois, à une sage distance. Puis, sans songer le moins du monde à ce que me réservait l'avenir, je pris tout droit la direction du Pare-des-Princes, presque sur la ligne exacte quiy deux ans plus tard, devait marquer la route dans répreuve du prix Deutsch.

Je me rendis au Parc-des-Princes parce que c'est, là aussi, un bel endroit ouvert. Quand j'y fus arrivé, cependant, je n'eus pas envie de descendre. Je fis donc un crochet, et mis le cap sur le champ de manœuvre de Bagatelle, où j'atterris enfin, en souvenir de ma chute de Tannée précédente. C'était presque à cette même place que des enfants qui jouaient au cerf-volant avaient tiré sur mon guide-rope et m'avaient ainsi préservé d'une fâcheuse secousse. On se rappelle qu'à ce moment ni l' Aéro-Club ni moi-même ne possédions de parc à ballon ni de garage d'où partir et où retourner.

Je calculai que dans cette ascension, si l'air avait été calme, ma vitesse relativement au sol eût atteint 25 kilomètres à l'heure. En d'autres termes, je réalisais dans l'air cette vitesse, le vent étant fort, mais non pas violent. Donc, même si des raisons sentimentales ne m'avaient fait atterrir à Bagatelle, j'aurais hésité à revenir avec le vent à la station de Vaugirard, petite, difficile d'accès, entourée par les constructions de toute nature

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Catastrophe du 11 mai 1899 (c).

d'un quartier très actif. L'atterrissage dans Paris est généralement dangereux, pour quelque ballon que ce soif, parmi les tuyaux de cheminées qui menacent de déchirer son flanc, et les tuiles toujours prêtes à choir sur les têtes des gens qui

passent. Plus tard, quand les aéronefs seront d'un usage aussi commun qu'aujourd'hui les automobiles, il faudra bien construire pour eux, dans les divers quartiers de Paris, des plates-formes d'atterrissage publiques et particulières.

Ces plates-formes, M. Wells les a déjà prévues dans son étrange livre : Quand le dormeur s'éveille.

Des considérations de cet ordre firent naître chez moi le désir d'un matériel qui m'appartînt en propre. J'avais besoin d'un bâtiment où loger mon aéronef dans les intervalles de mes petits voyages. Jusqu'ici, j'avais, au retour de chaque voyage, vidé le ballon de tout son gaz. C'est une nécessité où Ton est soumis avec les ballons sphériques. J'entrevoyais aujourd'hui la possibilité d'en user très différemment avec les dirigeables. Remarque significative : mon ballon, à la fin d'une première sortfe de longue durée, avait perdu assez peu de gaz — si seulement il en avait perdu — pour être en état, après une nuit passée au garage, de repartir le lendemain.

Je ne gardai plus dès lors le moindre doute sur le succès de mon invention. Je reconnus que j'allais pour la vie me donner à la construction des aéronefs. Il me faudrait avoir mon atelier; mon garage aéronautique, mon appareil à hydrogène, et un embranchement qui reliât

Catastrophe du 11 mai 1899 (finale).

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