‹ Dans l'air;Chapitre 20 sur 35 · CONSTRUCTION DE MON NUMÉRO · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION DE MON NUMÉRO

Le soir même de ma chute sur le toit des hôtels du Trocadéro, je fournis la description complète d'un Santos-DumonL N° 6. Après vingt-deux jours d'un travail ininterrompu, il était achevé et gonflé. Le nouveau ballon avait la forme d'un ellipsoïde allongé. Il mesurait 33 mètres à son grand axe, 6 mètres à ses petits axes, et il se terminait en cône à l'avant et à l'arrière.

Fio. 10.

Je donnai cette fois le plus grand soin aux * organes chargés d'assurer en permanence la rigidité du ballon. Si j'étais allé tomber sur le toit des hôtels du Trocadéro, c'était par la faute de la plus petite pièce, et la plus insignifiante, de tout mon mécanisme, — une valve affaiblie qui laissait fuir l'hydrogène. D'une manière tout à fait analogue, la chute de mon premier aéronef avait ' eu pour cause la défection d'iine petite pompe à air!

Sauf dans le ballon à forme épaisse de mon iN° 3, j'avais beaucoup compté sur le ballon compensateur à air intérieur (fig. 5, page 122) alimenté par une pompe à air ou un ventilateur rotatoire. Cousu comme une poche sans issue au fond et à l'intérieur du grand ballon, il devait rester plat et vide aussi longtemps que le grand ballon lui-même resterait tendu par le gaz. Quand, de temps en temps, les changements d'altitude détermineraient une condensation de l'hydrogène, la pompe à air, actionnée par le moteur, commencerait à gonfler le ballon compensateur, de sorte qu'en se dilatant à l'intérieur du grand ballon il le maintiendrait tendu.

A l'intérieur de mon N° 6, je fis donc coudre un ballon compensateur, d'une capacité de 60 mètres cubes. Le ventilateur chargé de l'alimenter faisait, pratiquement, partie intégrante du moteur. Tour-

avec l'atmosphère. Supposons maintenant qu'après une certaine condensation de mon hydrogène le compensateur intérieur se fût partiellement rempli de Fâir fourni par le ventilateur et gardât ainsi au ballon sa forme rigide : bientôt après, par suite d'un changement de température ou d'altitude, l'hydrogène commençant à se dilater de nouveau, ou bien il lui faudrait trouver une issue, ou bien il détruirait le ballon, en amenant une explosion « froide ». Cette issue, qu'est-ce qui devait la lui procurer tout d'abord? Evidemment, ma valve à air peu résistante (valve à air, fig. 10). En laissant fuir tout ou partie de l'air du ballon intérieur, elle diminuerait la tension produite par l'hydrogène dilaté. Et c'est alors seulement que, si besoin était, les valves à gaz, plus résistantes, laisseraient fuir du précieux hydrogène.

Les valves étaient toutes trois automatiques et s'ouvraient du dedans au dehors sous une pression donnée. Une des hypothèses par lesquelles peut s'expliquer le terrible accident survenu au Pax\

1. Le. 12 mai 1902, de grand matin, M. Auguste Severo, accompagné de son mécanicien, M. Sachet, partait de Paris pour son premier essai du Pax, dont il était l'inventeur et le constructeur.Le Pax s'éleva tout de suite à une hauteur presque double de celle de la Tour Eiffel. Soudain, il fît explosion et vint s'écraser sur le sol avec ses passagers. Les corps des malheureux expérimentateurs, quand on les releva, n'étaient plus que des masses informes.

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