MES PREMIÈRES CROISIÈRES
départ, non pas à lYxtrémilé du champ libre dont je viens de parler, mais h l'extrémité justement contraire. Ainsi, mon ballon, actionné par le propulseur contre le vent debout, pourrait sortir aisément du champ libre ; car, dans ces conditions, la vitesse relative de l'aéronef devait représenter la différence entre sa vitesse absolue et la vitesse du vent, de sorte qu'en allant contre le courant j'aurais tout le temps de m'élever et de passer par-dessus les arbres. Évidemment, c'eût été une faute que de placer l'aéronef à l'endroit indiqué pour un ballon ordinaire n'ayant ni moteur ni propulseur.
Et ce fut pourtant à cet endroit que je le plaçai, non certes de mon plein gré, mais par la volonté des aéronautes professionnels venus se mêler à la foule pour assister à mon expérience. En vain expliquai-je qu'en me propulsant avec le vent je courrais infailliblement le risque, en traversant le champ libre trop vite, de jeter l'aéronef sur les arbres avant d'avoir pu m'élever au-dessus d'eux, la vitesse de mon propulseur étant supérieure à celle du vent. Tout fut inutile. Les aéronautes n'avaient jamais vu partir un dirigeable, lis ne pouvaient admettre pour son lancement d'autres conditions que pour le lancement d'un ballon sphérique, quelles que fussent entre les deux les différences essentielles. Seul contre tous, j'eus la faiblesse de céder.
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Je partis de l'endroit qu'ils m'indiquèrent, et, dans la seconde même, mon aéronef, ainsi que je l'avais craint, allait se déchirer aux arbres.
L'accident prouva, du moins, à ceux qui en doutaient auparavant, l'efficacité de mon moteur et de mon propulseur.
Je ne perdis pas de temps en regrets. Deux jours plus tard, le 20 septembre, je partais du même champ libre, mais, cette fois, après avoir choisi moi-même mon point de départ.
Je franchis sans mésaventure les cimes des arbres et commençai tout de suite à évoluer autour d'eux, pour faire la démonstration de l'aéronef aux Parisiens accourus en foule. J'eus alors, comme je les ai eus sans cesse depuis, leur sympathie et leurs applaudissements; car mes efforts ont toujours trouvé dans le public parisien un témoin complaisant et enthousiaste.
Sous l'action combinée du propulseur donnant son mouvement h l'aéronef, du gouvernail lui donnant sa direction, du guide-rope que je déplaçais, des deux sacs de lest que je faisais glisser, h ma fantaisie, tantôt à l'avant, tantôt a l'arrière, j'eus la satisfaction d'évoluer en tous sens, à gauche et h droite, de bas en haut et de haut en bas.
Un tel résultat m'encourageait; le manque d'expérience me fit alors commettre une faute grave :
MES PREMIERES CROISIERES
je m'élevai à 400 mètres, altitude insignifiante pour un ballon sphérique, mais absurde et inutilement dangereuse pour un aéronef en essai.
Premier voyage du Santos-Dumonl N° 1 (20 septembre 1898).
De cette hauteur, je voyais se dérouler sous moi le panorama des monuments de Paris. Je poursuivis mes évolutions dans la direction de Thippodrome de Longchamps, que je choisis dès lors comme théâtre de mes expériences aériennes.