I.—La science spirite
A mesure que l'homme avance à / pas lents dans le chemin de la connaissance, l’horizon s’élargit et des perspectives nouvelles s’ouvrent devant lui. Sa science est bornée, mais la nature est sans limites.
La science n’est que l’ensemble des conceptions d'un siècle que la science du siècle suivant dépasse et submerge. Tout en elle est provisoire et incomplet. Elle étudie les lois du mouvement, les manifestations de la force et de la vie; cependant, elle ne sait rien encore des causes agissantes, rien de la force et du mouvement en leur principe. Le problème de la vie lui échappe et l’essence des choses reste pour elle un mystère impénétrable.
lO
DANS L’iNVISIliLE
Malgré les négations obstinées et l’aveuglement de certains savants, chaque jour leurs vues se trouvent démenties sur quelque point. C’est ce qui arrive aux représentants des écoles matérialistes et positivistes. L’étude et l’observation des phénomènes psychiques viennent bouleverser leurs théories sur la nature et la destinée des êtres.
L’âme humaine n’est pas, comme elles l'affirmaient, une résultante de l’organisme, s’évanouissant avec lui; c’est une cause qui préexiste et survit au corps.
L’expérience nous démontre chaque jour que l’âme est pourvue d’une forme fluidique, d’un organisme intime et subtil, dont elle est inséparable. Cet organisme impondérable, qui a ses sens propres, distincts des sens corporels, est seul en jeu quand elle exerce ses pouvoirs supérieurs. Grâce à lui, l’âme peut, pendant la vie et durant le sommeil, se dégagerde l’enveloppe physique, pénétrer la matière, franchir l’espace, percevoir les réalités du monde invisible. De cette forme fluidique se dégagent des radiations, des effluves qui peuvent s’extérioriser en couches concentriques au corps humain (1), et même, en certains cas, se condenser à des degrés divers et se matérialiser au point d’impressionner des plaques photographiques et des appareils enregistreurs (2).
L’action d’une âme sur une autre à distance est établie par les phénomènes télépathiques et magnétiques,
(1) Voir de Rochas, Extériorisai ion de la sensibilité , motricité , passim.
(2) Voir docteur Baraduc, L’Ame humaine , ses mouvements , ses lumières , passim.
LA SCIENCE SPIRITE
la transmission de la pensée, l'extériorisation des sens et des facultés. Les vibrations de la pensée peuvenCse propager dans l'espace, comme la lumière et le son, et impressionner un autre organisme lluidiqueen affinité avec celui du manifestant. Les ondes psychiques se propagent au loin et vont éveiller dans l'enveloppe du sensitif des impressions de nature variée, suivant son état dynamique : visions, voix ou mouvements.
Parfois, Pâme elle-même, pendant le sommeil, quitte son enveloppe matérielle et, sous sa forme lluidique, apparaît à distance. Certaines apparitions ont été vues par plusieurs personnes à la fois; d’autres ont exercé une action sur la matière, ouvert des portes, déplacé des objets, laissé des traces de leur passage. Quelques-unes ont impressionné des animaux (l).
Les apparitions de mourants ont été conslatées des milliers de fois. Les procès verbaux de la Société des recherches psychiques, de Londres, les Annales des sciences psychiques , de Paris, en signalent un grand nombre. M. Flammarion, dans son beau livre l'Inconnu et les problèmes psychiques, en relate une centaine de cas, avec coïncidence de mort, ce qui ne permet pas de voir en eux de simples hallucinations, mais des faits réels, avec relation de cause à effet.
Ces phénomènes ont été constatés si souvent, ils s'appuient sur des témoignages si nombreux et si importants, que des savants d’une prudence excessive, comme M. Ch. Richet, de l’Académie de médecine de
(0 Proce?(linys of lhe Sociely for psychical research , 1882 à
lÇ ( 02.
Paris, ont pu dire : « On trouve une telle quantité de « faits impossibles à expliquer autrement que parla « télépathie, qu'il faut admettre une action à dis-
« tance. le fait semble prouvé et absolument
« prouvé. »
Dans ces phénomènes, nous trouvons déjà une démonstration positive de l'indépendance de l’âme. En elîet, si l'intelligence était une propriété de la matière et devait s’éteindre à la mort, on ne pourrait s’expliquer qu’au moment où le corps s’affaisse, où l'organisme cesse de fonctionner, cette intelligence se manifeste parfois avec une intensité plus vive, avec une recrudescence d’activité.
Les cas de lucidité, de clairvoyance, de prévision de l’avenir, sont fréquents chez les mourants. Dans ces cas, le dégagement de l'enveloppe ouvre à l’esprit un champ nouveau de perception. L ame se révèle, au moment de la mort, avec des facultés, des qualités supérieures à celles qu’elle possédait dans la vie normale. 11 faut voir là une preuve que notre personnalité psychique n’est pas une résultante de l’organisme, étroitement liée à lui, mais qu’elle jouit d’une vie propre, différente de celle du corps, celui-ci étant plutôt pour elle une prison temporaire et une entrave.
Cette démonstration se fait plus évidente encore lorsque, après la mort, l'esprit désincarné peut trouver dans l’enveloppe physique des médiums les éléments nécessaires pour se matérialiser et tomber sous l'action des sens.
On peut constater alors, à l’aide de balances munies d'appareils enregistreurs, que le corps du médium
TA SCIENCE SPIIUTE
perd une partie de son poids, et la différence se retrouve dans l’apparition matérialisée (1).
D’année en année, les faits se multiplient, les attestations s’accumulent, l’existence du monde des esprits s’affirme avec une autorité et une puissance grandissantes. Depuis un demi-siècle, l’étude de l’âme est passée, du domaine de la métaphysique et des purs concepts, à celui de l’observation et de l’expérience.
La vie se révèle sous un double aspect : physique et supra-physique. L’homme participe à deux modes d'existence. Par son corps physique, il appartient au monde visible ; par son corps lluidique, au inonde invisible. Ces deux corps coexistent en lui durant la vie. La mort en est la séparation.
Au-dessus de notre humanité matérielle s’agite une humanité invisible composée des êtres qui ont vécu sur la terre et ont dépouillé le vêtement de chair. Au-dessus des vivants, incarnés dans un corps mortel, les survivants poursuivent, dans l’espace, la vie libre de l’esprit.
Ces deux humanités se renouvellent l’une par l’autre, au moyen de la naissance et de la mort. Elles se pénètrent, s’influencent réciproquement et peuvent entrer en rapport au moyen de certains sujets, doués de facultés spéciales, nommés médiums.
i) Voir \V. Crookes, Recherches expérimentales sur le spiritualisme, pp. i 5 cj et suiv. ; A. Russell-Wallace, Les Miracles et le moderne Spiritualisme , pp. 325 i et suiv.; Aksakof : Animisme et spiritisme, chap. I er .
DANS L’iNVISIDLE
De chaque âme, incarnée ou désincarnée, émane et rayonne une force, productrice de phénomènes, que l’on nomme force psychique.
L’existence de cette force est établie par de nombreuses expériences. On peut en constater les effets dans les soulèvements de tables, les déplacements d’objets sans contact, les cas de lévitation, etc.
L’action des invisibles se révèle dans les phénomènes de l’écriture directe, les cas d’incorporation, les matérialisations et apparitions temporaires, les photographies et les moulages.
Des apparitions matérialisées ont été photographiées en présence de nombreux témoins: tel l’esprit de Katie King chez \Y. Crookes, les esprits de Yolande et Lélia chez Mme d’Espérance ; celui d’Abdullah, fixé sur la plaque sensible par Aksakof ( t).
Des empreintes et moulages de mains, pieds, visages, laissés dans des substances molles ou friables par des formes matérialisées, ont été recueillis par Zœllner, astronome allemand, par les professeurs NY. Denton et Wagner, les docteurs Woliï, Friese, etc. Les moules, d’une seule pièce, reproduisaient les inflexions des membres, les détails de la structure et les altérations accidentelles de la peau (2).
Cette action se manifeste encore dans les phénomènes d’incorporation, comme ceux qu’a signalés le docteur Hodgson dans son étude sur la faculté de-
(1) Voir W. Crookes, loc. cil.; E. d'Espérance, Au Pays de l'Ombre, p. 194 • Aksakof, loc. cil .
(2) Voir Aksakof, Animisme et Spirilisme , pp. 127 à 138.
LA SCIENCE SPIRITE
Mrs Piper (l). L’auteur, adversaire déclaré de la médiumnité dans toutes ses applications, avait commencé son enquête dans le but de démasquer ce qu’il considérait comme une imposture. Il déclare avoir poursuivi ses observations pendant douze années, en de nombreuses séances, au cours desquelles centvingt personnalités invisibles se manifestèrent, entre autres George Pellew, son ami d’enfance, membre comme lui de la Psychical research society, décédé depuis plusieurs années. Ces personnalités lui révélèrent des faits inconnus de tout être vivant sur la terre. Aussi dit-il : « La démonstration de la survivance m’a été faite de façon à m’ôter même la possibilité d'un doute i2). »
Les professeurs Ch. W. Elliot, président de l’Université d’IIarward ; \V. James, professeur de psychologie à la même Université; Newbold, professeur de psychologie à l’Université de Pensylvanie, et d’autres savants ont participé à ces expériences et contresigné ces déclarations.
Dans un ouvrage plus récent (3), le professeur Hyslop, de 1 Université de Columbia, New-York, se prononce dans le même sens au sujet de Mrs Piper, qu’il a observée pendant de nombreuses séances. Celles-ci ont été menées dans le plus grand secret. Le professeur était présenté sous le nom de Smith. II portait un
(1) Proceedings s psychical P. S. P t. XV. Voir aussi M. Sage, Madame Piper (Leymarie, éditeur), passim.
(2) Proceedings, 1897.
( 3 ) Rapport du professeur IIyslop, Proceedings; G. Delanne, Recherches sur la Médiumnité, p. 355 .
masque noir qui eut empêché son plus intime ami de le reconnaître, et il s'est abstenu de prononcer une seule parole, de sorte que Mrs Piper, ni aucune autre personne ne pouvait être mise sur les traces de son identité.
C’est dans ces conditions que le professeur obtint, avec ses parents morts, au moyen des organes de Mrs Piper entrancée, des entretiens pleins de détails précis, de particularités, oubliées par lui, de leur vie intime. Aussi conclut-il en ces termes :
« (*)uand on considère le phénomène de Mrs Piper, il faut éliminer et la transmission de pensée et l’action télépathique. En considérant le problème avec impartialité, il n’y a pas d’autre explication que l’intervention des morts. »
Au cours de l'année J900, du sein des assemblées savantes, d'imposants témoignagnes se sont élevés en faveur du spiritisme. Une place considérable lui a été faite dans les programmes et les travaux du Congrès de psychologie de Paris, par les représentants de la science officielle. Les communications et les discussions dont il a été l’objet ont été pour lui une sorte de consécration, et désormais il sera impossible de l’éliminer du plan d’études adopté par ces assemblées.
Le 22 août, une séance plénière, toutes sections réu nies, était consacrée à l’examen des phénomènes psychiques. L’un des présidents d’honneur du Congrès, Myers, professeur à Cambridge, justement célèbre, non seulement comme expérimentateur, mais encore comme philosophe et moraliste, y donnait lecture d’un
LA SCIENCE SPIRITE
travail sur la « (rance (1) ou médiumnité à incorporations » (2).
Après avoir énuméré « toute une série d’expériences attestées par plus de vingt témoins compétents, qui assurent que les faits à eux révélés par Mrs Thompson,entrancée,étaient absolument inconnus d’elle et suggèrent le caractère et la mémoire de certaines personnes mortes, desquelles les messages obtenus affirment provenir », il conclut ainsi :
« J’affirme que cette subslilution de personnalité ou contrôle d'esprit ou possession marque bien un progrès dans l’évolution de notre race. J’aftirmc qu’un esprit existe dans l’homme, et qu’il est salutaire et désirable que cet esprit soit, de par ces faits, capable de se dégager partiellement et temporairement de son organisme, ce qui le favoriserait d’une liberté et d’une vision plus étendues, en même temps que cela permettrai! à Vesprit d‘un décédé de pouvoir faire usage de cet organisme laissé temporairement vacant, pour entrer en communication avec les autres esprits encore z’/zcarnés sur cette terre. Je prétends que beaucoup de connaissances dans cette voie ont déjà été acquises et qu’il en reste encore beaucoup d’autres à acquérir dans l’avenir. »
Dans la cinquième section de ce Congrès, trois séances furent consacrées aux mêmes études. Les docteurs
(i Nous adoptons pour ce mot l'orthographe anglaise, le mot français transe ayant un tout autre sens.
(2) Voir Compte rendu des séances du IV 0 Congrès international de psychologie, pp. n 3 à 121, reproduit par la Revue scien' tifique et morale du spiritisme, octobre 1900, p. 2i3 ; septembre 1902, p. 108.
Paul Gibier, directeur de l’Institut antirabique de New-York, Dariex, directeur des Annales des sciences psychiques , Encausse, Joire, Pascal,etc., envoyèrent ou présentèrent eux-mêmes des travaux très documentés établissant la réalité des phénomènes psychiques et la communication possible avec les décédés.
Un institut international pour l’étude des phéno mènes psychiques, entre autres, ceux delà médiumnité, a été fondé à l’issue du Congrès de psychologie. Parmi les membres du Comité de direction, nous trouvons, pour la France, les noms de MM. Ch. Richet, professeur à la Faculté de médecine, directeur de la llevue scientifique , le colonel de Rochas, C. Flammarion, docteur Duclaux, directeur de l'Institut Pasteur, Sully-Prudhomme, Fouillée, Bergson, Séailles, etc. ; pour l’étranger, tout ce que l'Europe compte de plus illustre parmi les représentants de la science psychique : \Y. Crookes, Lodge, Aksakoî, Lombroso, docteur Ochorowicz, etc.
Les savants français montreront-ils l'indépendance de vues nécessaire à la réalisation du programme tracé? sauront-ils se désintéresser des opinions préconçues qui régnent dans certains milieux, faire bon marché des préjugés, des traditions routinières, et avancer d’un pas résolu dans les voies ouvertes par quelques-uns d’entre eux? C’est ce qu’un prochain avenir nous dira.
D’autres attestations importantes, en faveur du spiritisme, se sont produites au cours de l’année 1900. Le docteur Bayol, ancien gouverneur du Dahomey, communiquait au Congrès spirite et spiritualiste, réuni en
LA SCIENCE SPIRITE
septembre à Paris, toute une série d’expériences de matérialisations allant depuis l'apparition d une forme lumineuse jusqu’au moulage dans la paraffine d’un visage d’esprit qu'il dit être celui d’Acella, jeune fille romaine, morte à Arles, au temps des Antonins. Les docteurs Bonnet, Chazarain, Dusart, de la Faculté de Paris, apportèrent des témoignages de même nature et des preuves d’identité d’esprits (1).
Aiusi, de jour en jour, les expériences se répètent, les témoignages deviennent plus nombreux. Dans leur ensemble, tous ces faits constituent déjà une science nouvelle, basée sur la méthode positive. Pour édifier sa doctrine, le spiritualisme moderne n’a pas eu besoin de recourir à la spéculation métaphysique; il lui a suffi de s’appuyer sur l’observation et sur l’expérience. Les phénomènes qu’il étudie ne pouvant s’expliquer par des lois connues, il les a longuement et mûrement examinés, analysés, puis, par un enchaînement rationnel, il est remonté des effets aux causes. L’intervention des esprits, l’existence du corps fluidique, l’extériorisation des vivants n’ont été affirmés que lorsque les faits sont venus par milliers en démontrer la réalité.
La nouvelle science spiritualiste n’est donc pas une œuvre d’imagination ; elle est le résultat de longues et patientes recherches, le fruit de nombreuses investi -
(i) Voir Compte rendu du Congrès spirite et spiritualiste de 190a (Leyrnarie, édit.), pp. 241 et suiv.
gâtions. Les hommes qui en ont pris l’initiative sont connus dans tous les milieux scientifiques. Ils portent des noms célèbres et respectés.
Des enquêtes ont été poursuivies pendant des années par des commissions de savants de profession. Les plus connues sont l’enquête de la Société de dialectique. de Londres ; celle de la Société des recherches psychiques, qui dure depuis vingt ans et a donné des résultats considérables ; plus récemment, celle de M. Flammarion. Toutes ont recueilli des milliers d’observations, soumises à un examen sévère, à un contrôle des plus rigoureux.
Quelle que soit la part que Ton ait pu faire aux exagérations, aux fraudes, aux supercheries, il se dégage de l’ensemble de ces études un nombre si imposant de preuves et de faits qu’il n’est plus permis, après cela, à un ami du vrai de rester indifférent ou silencieux. Le temps des ironies faciles est passé. La raillerie n’est pas une solution. Il faut que la science se prononce ; car le phénomène est là, revêtant tant d’aspects, se multipliant tellement, qu’il s’impose à son attention. L’âme, libre et immortelle, s’affirme, non plus comme une vague et idéale entité, mais comme un être réel, associé à une forme, à une substance, producteur d’une force subtile dont la constante manifestation sollicite l’attention des chercheurs.
Depuis les coups frappés et les simples faits de typtologie jusqu’aux apparitions matérialisées, le phénomène spirite s’est déroulé, dans sa gamme ascendante, sous des formes de plus en plus puissantes, portant la