‹ Dans l'invisibleChapitre 38 sur 57 · ÉCRITURE DIRECTE OU PSYCIIOCRAPIIIE · texte numérisé non relu

ÉCRITURE DIRECTE OU PSYCIIOCRAPIIIE

male, elle doit être non moins bien douée sous le rapport de la moralité et avoir horreur du mensonge. Comment admettre alors que, chaque fois qu’elle se manifeste, elle se fasse un malin plaisir de nous tromper ?

La théorie d’un être collectif conscient, créé par les intelligences des personnes participant aux expériences, ne répond pas davantage à la réalité des faits. Elle est détruite par les oppositions de vues et les cas d’identité qui se révèlent fréquemment dans les manifestations.

W. Crookes, si prudent en toute chose, s’est prononcé sur ce point d'une manière précise (l).

« L’intelligence qui dirige ces phénomènes est parfois manifestement inférieure à celle du médium et elle est souvent ^n opposition directe avec ses désirs. Quand une détermination a été manifestée de faire quelque chose que I on ne peut •considérer comme raisonnable, j‘ai vu donner de pressants messages invitant à réfléchir de nouveau. L’intelligence est parfois d’un tel caractère qu’elle nous porte à croire qu’elle n’émane d’aucune des personnes présentes. »

Toutes les explications que l’on a voulu donner de Tensemble des manifestations, en éliminant 1 intervention des esprits, n'ont pu résistera la puissance des faits accumulés, ni aux procédés d’une sévère critique et d’un rigoureux examen. Elles ont seulement réussi àdémontrerl’insuffisancedes recherches etdes observa-

(1) \V. Crookes, Recherches sur les phénomènes du spiritualisme , p. i fi7-

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tions de leurs auteurs. La théorie spirite, seule* s’adapte à l’immense majorité des faits. Elle présente deux avantages incontestables : celui de rendre compte de tout à l’aide de principes simples, clairs, facilement compréhensibles; et cet autre, nonmoinsconsidérable, de n’avoir pas été conçue par des expérimentateurs bénévoles, mais d'être constamment et invariablement formulée parla cause intelligente des phénomènes.

Ceci dit, passons à l’examen des faits.

Les faits d’écriture médianimique sontaussi anciensque l’histoire. L’antiquité et le moyen âge en fournissent de nombreux exemples.

Retiré au fond d une caverne, Mahomet, d’un mouvement fébrile, couvre de caractères des feuilles qu’il rejette au hasard. On réunit ces feuilles éparses, on les coordonne, et que trouve-t-on ? Le koran ! Le Christ, lui même, interroge la pensée suprême et écrit la réponse sur le sable, à certaines heures, par exemple, dans le cas de la femme adultère. Jérôme Cardan (1) déclare que ses œuvres ont été exécutées avec la collaboration d’un esprit.

Presque tous ceux qui ont jeté dans le monde des ferments de progrès, de justice, de vérité, ont été les intermédiaires de l’au-delà, comme des miroirs en qui se réfléchissait le rayonnement de la pensée supé rieure. Leur nombre serait plus grand encore, si notre

(1) Cardan, De Rerum varielate , VIII, passirn.

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état d’infériorité ne rendait ces hautes manifestations difficiles à réaliser dans notre monde matériel. La part à faire à chaque médiumnité, en ce domaine, ne saurait être précisée; l’intuition s’y mêle étroitement à lautomalisme.

Dans les temps modernes, la faculté d écrire sous une impulsion occulte s’est révélée avec plus de netteté chez certains individus. Citons les cas les plus célèbres :

Hudson Tuttle, de Cleveland (Ohio), était, à 18 ans, un simple garçon de ferme, sans éducation, ni instruction, occupé tout le jour aux pénibles travaux des champs. 11 écrivit, pendant la nuit, sous l’inspiration des esprits, un livre admirable : Arcanes de la Sature* qui devançait de beaucoup les connaissances scientifiques du temps. Il n’avait à sa portée ni livres, ni bibliothèque, car ses parents demeuraient dans les bois et ne s'occupaient que d'agriculture. L’ouvrage fut publié en 1860, avec un appendice indiquant son ori gine. Il eut trois éditions en Amérique, fut réédité depuis en Angleterre, traduit en allemand par le docteur Aschenbrenner et publié à Leipsick.

Détail curieux, le docteur Hüchner, chef de l’école matérialiste allemande, lut l’ouvrage sans prêter aucune attention à l'appendice, crut qu’il émanait d un homme de science et y puisa de nombreuses citations qui figurent dans son livre célèbre: Force et Matière ; sans désignation d'auteur.

Le docteur Cyriax en fit la remarque, et lorsque Buchner alla en Amérique faire une série de conférences, il passa à Cleveland et demanda à voir Hudson

IUNS I. INVISIBLE

Tuttle, « désireux qu'il était », disait-il, « de faire la connaissance d’un homme qui lui avait été d'un si grand secours pour son ouvrage ».

Le médium lui fut présenté lors d'un banquet. Mais le désappointement de Uüehner fut grand lorsqu’il vit le jeune homme; et. lorsqu’il apprit de quelle façon. les Arcanes avaient été écrits, il crut à une farce. Le docteur Cyriax et M. Teime, éditeur du journal allemand de C.leveland, eurent beaucoup de peine à le dissuader (1).

l'n fait bien remarquable et que nous ne pouvons passer sous silence, quoiqu'il ait été l'objet d’une très large publicité, est celui-ci : le dernier ouvrage de Ch. Dickens, le célèbre romancier anglais : The Mt/sfery of Edivin Drnod, interrompu par sa mort, survenue en 1870, a pu être terminé, en Amérique, par le médium James, sous la direction de l’auteur défunt.

James était un jeune ouvrier mécanicien sans éducation, sans goût pour la littérature, absorbé pendant dix heures par jour'par ses occupations professionnelles. Vers la fin d’octobre 1872, dans une séance spirite, il reçut une communication de Ch. Dickens qui exprimait le désir de terminer, avec son aide, l’œuvre inachevée. Ce travail dura sept mois, du 25 no vembre 1872 jusqu'en juillet 1873, et produisit douze cents feuillets manuscrits représentant un volume in-8° de 100 pages. L’écriture ressemble à celle du rô¬

ti) Cari du Prêt, Der Spiritismus, p. f,\. Cité par Aksakof, Animisme et spiritisme , p. 325.

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inaiicier. Ou y trouve des fautes d’orthographe particulières à Dickens. Enfin, le roman contient une description de Londres dénotant une connaissance topographique dont James était dépourvu.

Chaque soir, vers sept heures, le médium voyait apparaître l’ombre de Dickens qui posait sa main flui diquesurla sienne et le travail automatique commençait. Il se prolongeait au delà du coucher du soleil, malgré l’obscurité, avec la même netteté. Pendant l’hiver, toutes les séances se tinrent dans les ténèbres (1). Les feuilles remplies étaient jetées au hasard. On les retrouvait après les séances, sur le plancher, sans aucun numéro d’ordre et il fallait les classer d'après le texte.

Le révérend Stainton Moses, pasteur de l’église anglicane, savant et penseur estimé, très imbu des dogmes de la théologie protestante, devint médium écrivain mécanique. Dans son ouvrage : Enseignements spiritualistes, il expose l état d’esprit dans lequel il accueillait les communications du monde invisible. Les idées, pour lui nouvelles, que les messages contenaient, sou levaient ses protestations, et ce fut après bien des luttes intérieures qu'il finit par les adopter comme étant plus conformes à la justice et à la bonté de Dieu.

Il prit toujours une peine extrême pour éviter que ses propres pensées exerçassent une influence quelconque sur les sujets traités, jusqu’au point de s’appli-

(i) Voir pour les détails : Aksakof, Animisme et Spiritisme , pp. 328 à 33 i.

quer à lire, dans le texte même, des ouvrages grecs, au moment où sa main subissait l'impulsion.

11 existait entre lui et ses instructeurs spirituels, connus sous les noms d’Imperator, Hector et Prudens, une telle divergence de vues, qu'il n'est vraiment pas possible d’attribuer ces personnalités distinctes à des dédoublements inconscients du médium.

Stainton Moses affirme que ces esprits lui ont souvent révélé des faits absolument inconnus de toutes les personnes participant aux séances, faits reconnus exacts ultérieurement. Voici un de ces cas, extrait de l’ouvrage indiqué plus haut 1) :

« Le 29 mars 1894, une communication fut écrite dans mon cahier. L'écriture m’était inconnue, très tremblante et heurtée; elle paraissait tracée par une personne extrêmement faible et âgée. La signature resta une énigme jusqu’à ce quelle fut déchiffrée par l’esprit-controle. Ce message émanait d une vieille femme dont je n’avais jamais entendu parler; elle était morte à plus de 90 ans, dans une maison peu éloignée de celle où notre cercle se réunit. Le nom de la résidence où s’étaient écoulées les premières années de cette dame, son âge, la date du décès, furent donnés très exactement. L'esprit avait quitté la terre depuis quelques mois. A son réveil dans l'espace, sa vieille demeure l'avait attirée, puis le cercle qui se trouvait dans le voisinage immédiat. »

Nous retrouvons les mêmes faits en France. Un

(i) Enseignements spiritualistes, section IV, p. 57. Leymarie, édit. Voir aussi Revue scientifique et morale , août et dé cembre 1899, et Revue spirite, juin 1902, trad. Dusart.

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