‹ Dans l'invisibleChapitre 42 sur 57 · ÉCRITURE DIRECTE OU PSYCHOGRAPH1E · texte numérisé non relu

ÉCRITURE DIRECTE OU PSYCHOGRAPH1E

étaient familières et leur avaient été inculquées profondément et dès l'enfance.

Ces manifestations étaient souvent confirmées par la vue et la description des esprits qui se tenaient près des sensitifs, les dirigeant et les inspirant. Dans ces conditions, le médium voyant complétait le médium écrivain. Il est bon d’avoir ainsi, dans un groupe, plusieurs sujets dont les facultés diverses se contrôlent réciproquement.

La médiumnité intuitive, disions nous, ne doit pas être dédaignée, car par l’usage, elle s’augmente et se précise. Toutefois, il ne faut jamais négliger— et c’est le cas pour toutes les productions médianimiques, — d’en passer les résultats au crible de notre raison et de notre jugement.

La crédulité n’est pas un moindre mal que le scepticisme intransigeant. Le discernement, une certaine éducation scientitique, sont nécessaires pour déterminer l’origine véritable et la valeur des communications, pour faire la part des différentes causes en action dans le phénomène.

L’authenticité des messages est parfois difficile à établir. L’abus de noms célèbres, de personnalités honorées parmi les hommes se présente fréquemment et devient un élément de doute et de trouble pour les observateurs. Certaines productions, d’une banalité déplorable et d’un style incorrect, signés de noms illustres, éveillent la suspicion et portent bien des hommes à considérer le spiritisme comme une grossière mystification. Pour l'examinateur froid et impartial, ces abus démontrent simplement une chose.

2<‘>8 DANS L I.NVISIBU:

C'est que l'auteur du message n’est pas toujours ce qu’il dit être. Dans le monde invisible, comme parmi nous, il y a des esprits trompeurs, toujours prêts à se parer de titres ou de mérites, auxquels ils n’ont aucun droit, afin d’en imposer au vulgaire.

Il faut donc s'attacher bien plus au fond même de la communication qu'au nom qui la termine. A l’œuvre on juge l’ouvrier. Les esprits élevés, pour se faire reconnaître, au lieu des noms qu’ils portaient sur la terre, adoptent volontiers des termes allégoriques.

En principe, les noms et les titres n’ont pas, dans l’au-delà, 1 importance que nous y attachons. Les jugements de l’espace ne sont pas ceux de la terre, et bien des noms qui brillent dans 1 histoire humaine s’éclipsent dans l’autre vie. Les œuvres d’orgueil y tiennent peu de place ; seules, les œuvres de dévouement, de charité et d’amour y constituent des titres durables. Ceux qui les ont éditiées n'ont pas toujours laissé leur nom dans la mémoire des hommes. Ils ont pu passer obscurs, presque inconnus ici-bas, mais la loi divine a consacré leur existence et leur âme rayonne d'un éclat que bien des esprits, réputés grands parmi nous, sont loin de posséder.

Il y a, dans les basses régions de l’espace, comme sur la terre, des esprits sophistes qui aiment à présenter leurs conceptions sous le couvert de noms retentissants. Chez eux, l’erreur se dissimule sous des formes graves ou séduisantes, qui font illusion et n’en sont que plus dangereuses. C est surtout dans ces cas que notre jugement doit s'exercer. Nous ne devons pas adopter les vues d’un esprit, simplement parce qu’il

éciurum: diiu:ctk ou psycuouk \phie 2(m)

est esprit, mais seulement si elles nous paraissent justes et bonnes. Nous devons discuter et contrôler les productions de Tau delà avec la même liberté d’appréciation que celles des auteurs terrestres. L’esprit n’est qu’un homme délivré de son corps charnel ; par la mort, il n’acquiert pas l’infaillibilité. L’espace qui nous entoure est peuplé d'une foule invisible peu évoluée. Mais au-dessus d’elle, il est de hautes et nobles intelligences dont les enseignements doivent nous être précieux. Nous pouvons les reconnaître à la sagesse qui les inspire, à la clarté et à la grandeur de leurs vues.

Une objection nous est faite quelquefois. Plusieurs groupes évoquent le même esprit et obtiennent, au même moment, des messages signés de lui. Faut-il toujours voir là une supercherie? Non ! nous savons que la puissance de la pensée s’accroît avec l’élévation de l’esprit et son rayonnement peut embrasser une vaste étendue. L’âme, parvenue à un haut degré d’avancement, devient un foyer puissant dont les radiations peuvent pénétrer partout où un appel, une évocation se produit. C’est ce quia du faire croire, en certains cas, au don d’ubiquité.

L’insuflisance de certaines communications ne provient pas seulement de ceux qui les dictent ; on peut encore l’attribuer au manque d’aptitude, de savoir, de connaissances du médium qui les reçoit. Des esprits de réelle valeur se trouvent parfois réduits à employer des instruments très imparfaits, au moyen desquels nous ne percevons que des manifestations affaiblies de leur pensée, de faibles rellets de leur génie.

Dans la généralité des cas, des médiums impar fails ne réussissent à transmettre que des communications imparfaites, sous le rapport du langage et de la richesse des idées, mais il est aussi d’admirables organisations médianimiques qui se prêtent avec une facilité tenant du prodige aux intentions de l'esprit. Nous avons vu à Paris, chez la duchesse de P... et en d’autres milieux, un jeune médium féminin, M IIe J. L). qui. dans une obscurité presque complète, couvrait, en un temps très court, de nombreuses pages d’une écriture rapide et serrée. Ces messages avaient toujours Irait aux plus hautes questions de philosophie et de morale. Dans un style plein de grandeur, ils exprimaient les plus nobles pensées. C’était un charme profond d’en entendre la lecture et, quoique toute signature en fut absente, ils émanaient, à n’en pouvoir douter, des plus brillantes intelligences de l’espace.

Les contradictions que présentent certains messages entre eux et la rareté des preuves d’identité sont aussi de grandes causes d’incertitude. Par exemple, des communications signées de nos proches n’offrent pas toujours le caractère d’authenticité qu’on aimerait à y rencontrer. Beaucoup d’incohérences doivent être attribuées aux obstacles rencontrés par les manifestants,, bien plus qu’à l’intention de tromper. Si ceux que nous appelons manquent d’aptitude, ils doivent recourir à des intermédiaires, à des esprits pi us expérimentés, qui prendront leur nom afin de rendre la communica tion plus intelligible ou plus efficace. De là, certaines inexactitudes ou défectuosités imputables aux transmetteurs.

Nos moyens de perception, d’investigation, de contrôle, sont encore faibles et, dans la plupart des cas, nous ne faisons rien de ce qui est nécessaire, comme méthode d’entraînement psychique et moral, pour établir la communication dans des conditions plus par faites.

Chez le médium inspiré, la raison doit faire équilibre à l'intuition. Celle ci est toujours sure et féconde, quand elle provient des âmes élevées ; elle est parfois décevante et dangereuse, lorsqu’elle émane d’esprits d’ordre inférieur dont les idées et les jugements sont erronés.

En ceci, comme en tout ce qui concerne nos rapports avec le monde occulte, il n'est qu’une règle : se spiritualiser.

La matière est comme un mur qui se dresse entre nous et l’invisible. Par tous les moyens, cherchons à en atténuer l’opacité. Pour cela, il faut faire appel aux Êtres supérieurs, et, par les radiations de nos âmes, faciliter la communion avec eux. N’usons qu’avec les pect et désintéressement des facultés qui nous sont accordées, c’est-à-dire ne les utilisons jamais pour des causes ou des intérêts matériels, mais seulemeut en vue de notre bien moral. Plus le médium se détache des influences terrestres, plus ses facultés grandissent et s'affinent.

L’écriture médianimique revêt parfois les formes les plus bizarres. Alors qu’en dehors de l’influence occulte.

fêj '!•

DANS LÏWISIBLK

les médiums seraient incapables d’écrire dans ces conditions, certains obtiennent de récriture renversée, autrement dite « écriture en miroir », lisible seulemeni au moyen d’une glace. D’autres écrivent à rebours, de telle sorte qu’il faut lire leurs productions en sens inverse, les phrases commençant par la dernière lettre et finissant par la première.

A cet ordre de phénomènes se rattache tout un en semble de travaux que nous ne saurions passer sous silence. 11 s’agit de dessins exécutés, soit à la plume, soit au crayon, par des personnes n'ayant aucune notion du dessin. Elles couvrent le papier de feuilles, de tleurs étranges et gracieuses, aux teintes éclatantes, d’arabesques, d’animaux, tantôt de pure fantaisie, tantôt imitant la llore ou la faune de planètes lointaines.

Victorien Sardou obtint des gravures représentant des constructions idéales. Hugo d’Alési crayonna des portraits de défunts reconnus ressemblants. M mc Thérèse Vallant, Aline Tessier, R osa Agullana, Segundo Oliver, obtiennent des dessins troublants, des ornements, des Heurs, des ligures bizarres ou exécutent des travaux charmants. On peut dire que la médiumnité se prête à mille œuvres variées, Un bon médium est comme une lyre qui vibre sous l'impulsion des esprits.

Au congrès spirite tenu à Paris, en septembre 1900, rue d’Athènes, un certain nombre de ces œuvres avaient été groupées dans une salle spéciale et soumises à la curiosité du public.

Une série de portraits obtenus automatiquement par M. Fernand Desmoulins, peintre de talent, très connu dans le monde parisien, attiraient particulièrement

l'attention. Il y avait là des figures de rêve et d’épouvante, dont la vue causait un certain malaise ; des pro lils délicieux, au mélancolique sourire; des têtes de suppliciés, exprimant une douleur horrible ; des visages d’une intensité d’expression extraordinaire, aux regards interrogateurs ou suppliants.

Ces dessins avaient été exécutés, tantôt de biais, plus souvent à l’envers, quelquefois dans 1 obscurité ou les yeux fermés, sous l’empire d'une volonté étrangère, celle d’un invisible qui signe : « l’instituteur. »

M. Desmoulins met de dix à vingt minutes à terminer ces dessins, alors qu’il lui faut cinq ou six jours pour composer un des siens. Sa main crayonne avec une rapidité vertigineuse, sans qu’il ait la moindre conscience de ce qu'il fait. Il la regarde aller, curieusement. il le dit lui-inême(i) :

« Elle travaille à la manière de Rodin. Souvent, elle est entraînée avec la rapidité de l’éclair, dans une sorte de tourbillon ou de giration fulgurante. Courbes, volutes et lignes droites ; yeux, nez. bouche et cheveux, tout est tracé, dessiné, ombré en un rien de temps. Un portrait fait à l’envers représente une vieille femme au visage contracté, appuyant sa main sur son front. Or, je commençai par dessiner le bras à l’envers et comme il m’était naturellement impossible de reconnaître que je dessinais un bras, je cherchai quel pouvait bien être l’objet que je crayonnais. »

« (Juand l’esprit veut procéder, par notre intermédiaire, à certaines retouches, voici comment il s’y prend : Mon crayon,

|i) L'Eclair y du 10 octobre 1900.

inconsciemment, trace d'abord un petit cercle sur une partie déterminée du visage, celle <fiTil désire modifier, puis la pointe de mon crayon se trouve conduite en dehors de la parlie dessinée, dans un coin du papier où elle écrit: efface. Je sais ce que cela veut dire; avec ma gomme j’elTace la partie entourée d’un cercle et je reprends mm crayon. »

« Il aime surtout à m’étonner. (Test ainsi qu’il m’a lait exécuter plusieurs fois, devant des tiers, des portraits de personnes que je n’avais jamais vues, et qui se trouvaient ctre, soit des parents, soit des amis (défunts) des gens qui m’entouraient et qui m’imputaient, non sans étonnement, ces sortes d'instantanés de l’invisible. »

« Je n’ai, moi 1 exact et le scrupuleux, aucun rapport avec cet « instituteur » extravagant qui fait un portrait en commençant par où on finit, sans se soucier où il mettra les yeux. Je nez et la bouche. »

Ainsi s’affirme, sous mille formes, étranges, variées, inattendues, la communion du visible et de l’invisible, la collaboration de l’homme et de l’esprit. Et pir là, nous apprenons que la mort est vaine. Toutes les âmes agissent et travaillent, aussi bien hors de la chair que dans la chair. La vie a des aspects différents, mais pas -de fin !

MX. — Trance et Incorporations.

L état de trance (1) est ce degré du sommeil ma-

(i) Nous rappelons que nous adoptons pour le mot trance forthographe anglaise, le mot français transe ayant une signification •différente.

TltANCE ET INCOHPOn VTIONS

gnétique qui permet au corps iluidique (le s’extérioriser, de se dégager du corps charnel, et à l’âme de revivre un instant de sa vie libre, indépendante. La séparation, toutefois, n'est jamais complète; la séparation absolue serait la mort. Un lien invisible continue à rattacher Lame à son enveloppe terrestre. Semblable au fil téléphonique qui assure la transmission entre deux points, ce lien fluidique permet à Pâme affranchie de transmettre ses impressions par les organes du corps endormi. Dans la trance, le médium parle, se déplace, écrit automatiquement; mais, de ces actes, aucun souvenir ne subsiste au réveil.

L’état de trance peut être provoqué, soit par l'action d'un magnétiseur, soit par celle d’un esprit. Sous l’influx magnétique, les liens qui unissent les deux corps se relâchent. L'âme, avec son corps subtil, s’émancipe peu à peu ; elle recouvre l'usage de ses puissances cachées, comprimées par la matière. Plus le sommeil est profond, plus le dégagement s’accentue. Les radiations de la psyché s’accroissent et s’étendent ; un état de conscience différent, des facultés nouvelles apparaissent. Toutun monde desouvenirs et deconnais sances, ensevelis dans les profondeurs du moi, se réveillent. Le médium peut,sous l’empire d une volonté supérieure, se reconstituer dans une de ses existences passées, la revivre dans tous ses détails, avec les attitudes le langage, les attributs qui caractérisent cette existence. En même temps, les sens psychiques eut renl en jeu. La vision et l'audition à distance se produisent, d’autant plus claires et plus précises que la sortie de l'organisme est plus complète.

Dans le corps du médium, momentanément abandonné, une substitution d’esprit peut se produire. C’est le phénomène des incorporations. L ame d’un défunt, même Lame d’un vivant endormi, peut prendre la place de l’esprit du médium et se servir de son organisme matériel pour communiquer par la parole et le geste avec les personnes présentes.

Des savants éminents témoignent de la réalité de ces faits. Le docteur Olivier Lodge, dans son discours à la Royal Society, de Londres, le 31 janvier 1902 (i), s’exprime ainsi :

« Une machine élaborée comme le sont nos corps peut être employée, dans le cas de trance, non seulement par l’intelligence qui 1 a fabriquée, pour ainsi dire, mais tout aussi bien par d’autres intelligences, auxquelles on permet d'en faire usage. Naturellement, cela ne se réaliserait que pour un certain temps et avec assez de difliculté. »

Dans sa communication au congrès officiel de psychologie de Paris, 1900(3), le professeur Myers, de Cambridge, était encore plus affirmatif. Après avoir énuméré les phénomènes obtenus à l’état de trance par M m * s Piper et Thompson, phénomènes qu’il étudie depuis 23 ans, le professeur concluait ainsi :

«La plupart des faits énoncés suggèrent le caractère et la mémoire de certaines personnes mortes.

«Je suis convaincu que cette substitution de personnalité

(r Revue des Etudes psychiques, 1902, p. 71.

(2) Revue scientifique et morale du spiritisme /octobre 1900,p. 2i3

TU AN CE ET INCORPORATIONS

« ou contrôle d'esprit , ou possession , est un progrès sensible « dans l'évolution de noire rare. »

Pendant la trance, l'esprit du médium s’éloigne peu. Il reste presque toujours mêlé au groupe spirituel qui entoure son enveloppe terrestre. Parfois, son influence se fait encore sentir sur le corps, vers lequel le ramènent ses habitudes. Son action devient alors une gêne, une entrave pour les communiquants.

Quand la force occulte est insuffisante et la trance peu profonde, le dégagement reste incomplet; les personnalités se mêlent. Le médium résiste h l’action extérieure de l’esprit qui fait effort pour prendre possession de ses organes. Ses radiations psychiques se confondent avec celles du manifestant. De là, dans des proportions variables suivant les cas, deux parts à faire dans les manifestations : celle du médium et celle de l’esprit, opération délicate, qui exige une connaissance approfondie des personnalités en présence et des conditions du phénomène.

L’état de trance facilite la suggestion. Dans les phénomènes de l’écriture et de la table, le médium reste en pleine possession de son moi, de sa volonté, et pourrait rejeter les inspirations qu’il reçoit. Dans le dégagement, il n’en est plus ainsi. L’âme s’est retirée et le cerveau matériel reste livré à toutes les influences. Lorsqu'il est insuffisamment protégé, le médium peut subir aussi bienles suggestions d'un magnétiseurque celles des assistants ou celles d’un esprit. C’est ce qui jette parfois une certaine confusion dans l’interprétation des faits et nécessite, de la part des

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expérimentateurs, une grande prudence. EH tel cas, il est difficile de distinguer la nature réelledes influences agissantes. Hudson Tutlle, médium lui-même, le fait remarquer dans son livre : Arcanci of sjnritualism :

« Les groupes spirites sont fréquemment les jouets d'une illusion, trompés par leurs propres forces positives. Ils éloignent les messages spirites en leur substituant l’écho de leurs propres pensées; et alors, ils constatent des contradictions et des confusions qu’ils attribuent complaisamment à l’intervention d’esprits malveillants »

C’est pourquoi il est préférable de laisser les esprits agir seuls sur le médium en s’abstenant de toute intervention magnétique humaine. C’est toujours ce que nous avons fait au cours de nos études expérimentales. Dans les rares circonstances où, la force psychique leur manquant toul à coup, les intelligences nous priaient d’agir sur le médium au moyen de passes, cette intervention passagère suffisait à faire croire aux assistants ■à une action suggestive de notre part.

Leplussouvent, les fluides d’un magnétiseur, parleur état vibratoire particulier, contrarient ceux des esprits au lieu de les aider. Ceux-ci doivent se livrer à un travail d’adaptation ou d épuration qui épuise les forces indispensables à la manifestation. Un magnétiseur dont les fluides ne sont pas purs, le caractère droit, la moralité parfaite peut, même sans le vouloir, influencer un sujet dans un sens très défavorable.

Même lorsque faction occulte est puissante et bien •établie, il faut encore tenir compte de l’embarras de

TRANCE ET INCORPORATIONS

l’esprit qui doit se communiquer à l’aide d’un organisme étranger, au moyen de ressources souvent restreintes. L’état d’harmonie entre les facultés de l’esprit et celles du médium existe rarement, le développement des cerveaux n’est pas identique et les manifestations en sont contrariées. C'est ce que nous disaient certains esprits au cours de nos expériences d’incor poration : « Nous sommes étroitement enfermés ; nou& manquons de moyens suffisants pour exprimer nos pensées. Les particules physiques de ce cerveau sont trop grossières pour vibrer sous notre action, et nos communications en sont considérablement alïaiblies. »

L’esprit de Robert Ilyslop le répète à son fils, le professeur Ilyslop. Quand il pénètre dans l’atmosphère terrestre et dans l'organisme du médium, les choses,, dit-il, s’amoindrissent pour lui : « Toutes choses m’apparaissent si nettement, et quand je viens ici pour te les exprimer, James, je ne puis pas 1). »

Cependant, quand on peut disposer d'un médium de réelle valeur ; lorsque la possession est complète et la force suffisante pour écarter les intluencescontraires r on se trouve en présence de phénomènes imposants. L’esprit se manifeste dans la plénitude de son moi, dans toute son originalité. Le phénomène des incorporations apparaît alors comme supérieur à tous les autres.

Certains expérimentateurs se posent cette question: l’esprit du manifestant s’incorpore-t-il effectivement

(i) M. Sage, Madame Piper et la Société des recherches psychiques , p. 2^1-

dans J'organismedu médium? ou bienn’agit-il pas plutôt à distance, par la suggestion mentale et la transmission de pensée, comme peut le faire l’esprit extériorisé du sujet ?

la examen attentif des faits nous porte à croire que ces deux explications sont également admissibles, suivant les cas. Les citations que nous venons de faire prouvent que l’incorporation peut être réelle et complète. Klle est même quelquefois inconsciente, lorsque, par exemple, certains esprits peu avancés sont poussés par une volonté supérieure dans le corps d’un médium et mis en communication avec nous afin d’être éclairés sur leur véritable situation. Ces esprits, troublés par la mort, croient encore, longtemps après, appartenir à la vie terrestre. Leurs fluides grossiers ne leur permettant pas d'entrer en rapport avec des esprits plus élevés, ils sont amenés dans les groupes d’étude pour être instruits de leur nouvelle condition. 11 est parfois difficile de leur faire comprendre qu’ils ont abandonné la vie charnelle, et leur étonnement touche au comique lorsque, invités à comparer l’organisme qu’ils animent momentanément à celui qu’ils possédaient sur la terre, ils sont obligés de reconnaître leur méprise. On ne saurait douter, danscecas, de la complète incorporation de l'esprit.

Ln d'autres circonstances, la théorie de la transmission à distance semble mieux expliquer les faits. Les impressions venues du dehors sont plus ou moins correctement perçues et transmises par les organes. A coté de preuves d'identité ne permettant aucune hésitation sur l'authenticité du phénomène et l’inter-

Tlt AN CK ET 1N COH POU AT ION S

vention des esprits, un constate, dans le langage du sujet entrancé, des expressions, des tournures de phrases, une façon de prononcer qui lui sont habituelles. L’esprit semble projeter sa pensée dans le cerveau du médium où elle emprunte au passage des formes de langage familières à celui-ci. La transmission s’effectue alors dans la limite des connaissances et des aptitudes du sensitif, en termes vulgaires ou choisis, suivant son degré d’instruction. De là aussi certaines incohérences qu’on doit attribuer à l’imperfection de l’instrument.

Au réveil, l’esprit du médium perd toute conscience des impressions recueillies dans l’état de liberté; de même, il n’aura aucun sentiment du rôle que son corps a pu remplir durant la trance. Les sens psychiques, dont il avait repris un moment possession, s’éteignent de nouveau; la matière étend son voile ; la nuit se fait; tout souvenir s’évanouit. Le médium se réveille dans un état de trouble qui se dissipe lentement.

Parfois, le retour dans la chair amène des scènes déchirantes, lorsque le médium, pendant l’extériorisation, a revu, dans l’espace, des êtres aimés, et qu’à l’instant précédant le réveil, il en conserve encore l’impression. Le contraste entre la vie libre et lumineuse, dont il vient de jouir et la geôle obscure, où il doit redescendre, provoque des scènes de larmes et de regrets, des répugnances à réintégrer la chair qui se traduisent par des plaintes et des appels émouvants. Nous avons été souvent témoin de ces scènes; elles laissent toujours une vive impression dans l’esprit des assistants.

Nous ne saurions passer en revue tous les faits se rattachant au phénomène de la trance; nous nous bornerons à citer les plus importants parmi ceux qui ont été constatés pendant ces dernières années, par divers hommes de science, d une part ; puis parmi ceux que nous avons observés nous-méme.

En première ligne se placent les manifestations dues à la médiumnité de Mrs Piper.

Cette dame a été longtemps liée par contrat à la Société des recherches psychiques (S.P.H.), dont nous avons déjà parlé et qui possède une seclion à Londres et une autre à New-York. Mrs Piper fut le principal agent des expériences poursuivies dans ces milieux par des savants tels que les professeurs Lodge, Myers, Ilodg son, \Y. James, Hyslop et d’aulres, appartenant tous à des universités anglaises ou américaines, et qui sont bien les hommes les plus compétents que l’on puisse citer en matière de psychisme. L’étude de ses facultés fit l’objet de nombreuses séances, dont les résultats ont étéconsignésdans les Proceedings, bulletins de la Société susnommée. Ces documents forment un volume de 650 pages, composant le tome XVI des Proceedings . U 11 résumé eu a été publié en français 1).

Mme Piper, les expérimentateurs le constatent, jouit d’une santé excellente. 11 n’y a dans sa famille

(1) M. Sage, Madame Piper et la Société anglo-américaine des recherches psychiques , Paris. Leymarie, édit. Voir aussi Proceedings , tomes XIII, XIV, XV, XVI.

THANCE ET INCORPORATIONS

2ÎST

aucune tare héréditaire. Deux fois seulement au cours des expériences, en 1893 et en 1895, elle tomba malade : chaque fois, ses facultés médianimiques baissèrent el l’on ne put obtenir de bonnes communications.

M ,ne Piper a été l’objet d’une surveillance minutieuse et constante. Des policiers étaient attachés à ses pas et observaient ses moindres actes ; on prit toutes les mesures pour découvrir la source où elle aurait pu puiser ses renseignements. Pendant son séjour en Angleterre, chez les professeurs Myers et Lodge, elle fut isolée, privée de tout rapport étranger; ses malles furent visitées, ses lettres ouvertes sur sa demande. On ne trouva rien de suspect. Au contraire, plus la surveillance était rigoureuse, plus les manifestations obtenues revêtaient un caractère de certitude.

Pendant la trance, elle est insensible à la douleur et les globes de ses yeux sont retournés dans leurs orbites. Elle parle ou écrit, et la voix change à chaque esprit. Toutes les questions posées sont brèves; elle 11 e sait jamais qui les pose, car les visiteurs sont introduits pendant son sommeil et désignés uniformément sous le nom de M. Smith. Certains poussent la précaution jusqu’à venir en voiture, le visage recouvert d'un masque.

Un premier témoignage doit retenir notre attention. C’est celui du docteur Richard Hodgson, vice-président de la S. P. R. pour l’Amérique, qui aborda l’étude du phénomène spirite en critique sévère et méticuleux. C’est lui qui étudia les faits extraordinaires attribués à M me Blavastky et conclut à la supercherie. Il releva les fraudes inconscientes d’Eusapia Paladino et se

ni ont ni, pendant des années, un adversaire acharné de la médiumnité. Voici ce qu’il déclare dans les Proceeclings :

« repuis douze ans, j'étudie la médiumnité de M me Piper. « Au début, je ne voulais qu’une chose, découvrir en elle la « fraude et la supercherie. Je suis entré chez elle profondé « ment matérialiste, dans le but de la démasquer. Aujour « d hui, je dis simplement : Je crois!... I.a démonstration « m'a été faite de façon à m'oter même la possibilité d'un « doute. »

Pour transformer à ce point l’opinion d'un homme aussi prévenu que le docteur Hodgson, il a fallu des faits bien puissants. Le plus significatif est la manifestation spontanée de son ami Georges Pellew (alias Pelham) homme de lettres, décédé depuis quelques mois et que.le médium n'avait pu connaître. L'identité du défunt a été établie d'une façon très précise au cours de nombreux entretiens.

Le docteur llodgson amena près du médium endormi tous les anciens amis de G. Pelham qu’il put retrouver, une trentaine environ. L’esprit les reconnaissait tous dès leur arrivée et les accueillait par des boutades. \on seulement il les appelait par leurs noms, mais il leur parlait sur le même ton familier, usant des expressions habituelles dont il se servait avec chacun d'eux, selon le degré d'intimité qui les liait sur la terre. Et cela, sans la moindre hésitation de la part du médium, delà façon la plus spontanée. A tous, il fournissait les preuves d identité les plus minutieuses.

TRANCE ET INCORPORATIONS

L’un d'eux, le professeur Newbold, proposa à Pelham une traduction du grec, langue connue de lui, et que M me Piper ignore absolument. L’esprit traduisit exactement, en suivant le texte littéral grec.

Pendant la première phase des expériences, le médium est inlluencé, dirigé, contrôlé (suivant l'expression américaine) par des esprits peu élevés. Un certain Phinuit répond d’une façon incohérente aux questions posées et il faut toute la patience anglo-saxonne pour •suivre le développement du phénomène pendant des années, à travers le labyrinthe de ses divagations. Il -est probable que des investigateurs français n'auraient pas eu cette persévérance et auraient perdu tout le bénéfice des manifestations probantes qui succédèrent à cette période confuse.

Avec G. Pelham, les communications deviennent plus nettes, mais, à la longue, on sent le manque de direction compétente. Phinuit et Pelham ne^ontpas des esprits assez puissants, assez habiles pour maintenir la trance à l’état profond et empêcher la personnalité du sujet de s’immiscer quelquefois dans les phénomènes et de les troubler. Stimulé par des influences contraires, le médium s’use rapidement. La « machine », suivant l’expression des guides, se détériore. Les manifestations redeviennent confuses.

On évoque l’esprit de Stainton Moses, auteur des Enseignements spiritualistes , depuis peu rendu à la vie de l’espace, et on engage avec lui une controverse sur un point de doctrine. L’écrivain anglais affirmait dans son livre que les esprits arriérés conservent dans l’audelà leurs passions, leurs appétits terrestres, et cher-

client encore à les satisfaire. Cette théorie déplaît fort au professeur Newbold qui demande à Stainton Moses de se rétracter. Celui-ci acquiesce aussitôt et ses explicalions sont piteuses. Certains écrivains, en commentant ce fait, ont cru pouvoir en tirer des déductions défavorables à la philosophie spirite. Les conditions dans lesquelles Stainton Moses s’est prononcé nous paraissent suspectes. Le médium fonctionnait mal ; l'esprit n’a pu établir sur lui son empire, ni même prouver son identité. Peut-être n’y avait-il pas une affinité suffisanteentre son organisme fluidique et celui de Mrs Piper. C’est là une difficulté dont les critiques ne tiennent pas assez compte. De son côté, le professeur Newbold. par son opinion très arrêtée, exerce une action suggestive sur le sujet.

Du reste, les faits sont là, par milliers, pour démontrer l’inanité de cette théorie trop commode, de cette opinion que la mort suffirait à nous débarrasser de nos vices. En réalité, l’esprit reste cequ ils’est fait lui même pendant sa vie. Les besoins viennent du corps et s’éteignent avec le corps. Les désirs, les passions, sont de l’esprit et le suivent. Presque tous les phénomènes des maisons hantées sont causés par des esprits arriérés venant satisfaire, posl morlem, des rancunes nées sur terre de mauvais rapports ou de dommages causés par certaines familles, qui ont donné ainsi prise à des influences néfastes. 11 en est de même de tous les cas d’obsession et de certains cas de folie. Tous les expérimentateurs de vieille date savent cela. La luxure et l’avarice subsistent chez les âmes basses. Les phénomènes, produits par des esprits « incubes et suc-

TRANCE ET INCORPORATIONS

cubes » ne sont pas imaginaires et reposent sur des témoignages formels. Il est facile de nier; il serait préférable d’observer et de guérir.

La manifestation fugitive de Stainton Moses et la discussion de ses Enseignements inspirèrent aux expérimentateurs l’idée de faire appel aux esprits qui les avaient dictés, esprits supérieurs désignés, dans cet ouvrage, sous les noms d'Imperator, Rector, Roctoret Prudens. Ceux-ci répondirent à l'appel et aussitôt la physionomie des séances changea. On sentit qu’une action nouvelle et combinée s’exerçait sous la direction d’une haute intelligence. Les incohérences cessent ; les obscurités, les erreurs se dissipent ; les explications deviennent claires, les preuves abondantes: les derniers doutes des expérimentateurs s’évanouissent. Le médium est l’objet de soins fluidiques assidus; la ■« machine », réparée, fonctionne désormais avec précision. Rector est spécialement préposé à sa garde et éloigne les intrus, les esprits légers. Tous les manifestants doivent se soumettre à son contrôle. C’est lui qui se chargera de transmettre les communications utiles, les réponses aux questions posées. Imperator prélude toujours par la prière. Lorsqu’il parle par la bouche de M ,nî Piper, sa voix est grave, imposante; elle impressionne ; elle émeut. Ses vibrations provoquent le recueillement, rétablissent l’harmonie dans les pensées des consultants.

Ceci vient confirmer ce que nous avons remarqué tant de fois au cours de notre longue carrière d’expérimentateur. Lorsqu’on aborde l’étude des phénomènes en amateur, sans nul souci des conditions psy-

DANS j/lNVrSIlJU:

chiques à remplir, on obtient rarement des résultats nets et satisfaisants. Dans les séances que je dirigeais d’après une méthode rigoureuse, dès que l’unité et l’élévation des pensées cessaient parmi les assistants, dès que le recueillement étai t rompu par des propos oui des discussions inopportunes et que les divergences de vues s'accusaient, les manifestations perdaient aussitôt de leur valeur et de leur intensité. Des esprits inférieurs se glissaient parmi nous et, sous leurinfluence,. les facultés des médiums se troublaient, ne donnant plus que des résultats très imparfaits. Il fallait se res saisir avec énergie et obtenir l’intervention des puissances invisibles pour rétablir le cours régulier des. manifestations.

Dans l’expérimentation spirite, ne l’oublions pas, les. résultats dépendent de la protection occulte que nous* pouvons obtenir et surtout de l’étendue et de l’efficacité de cette protection. Or, celle-ci ne peut s’exercer que dans la mesure où nous la rendons possible, en nous plaçant dans un état mental et moral d’harmonie psychique qui facilite l’action des esprits élevés. Sans affinité de pensée et de sentiment, sans communion entre elles, les âmes ne peuvent communiquer qu’ao cidentellement et confusément.

C’est là la suprême loi et la suprême science des manifestations! Que valent les critiques des théoriciens de fantaisie, devant la leçon des faits? Ceux qui voient seulement dans le spiritisme une science semblable aux autres sciences, arriveront forcément à reconnaître l’insuffisancede leurs conceptions, lorsque* passant de la théorie à la pratique, ils constateront

TRANCE ET INCORPORATIONS 28<J

l'insuccès de leurs efforts, ou tout au moins la pauvreté des résultats obtenus.

Un autre investigateur de marque, aussi sagace que scrupuleux, dont nous ne pouvons passer les témoignages sous silence, est le professeur Hyslop, de l’université de Columbia, à New-York. Ce savant s’est livré à une enquête approfondie sur la médiumnité de M ,ne Piper, d’où il résulte que les phénomènes obtenus ne sauraient s'expliquer, ni par la télépathie, ni parla lecture de pensée (1).

Le professeur a fait poser deux cents questions à l’esprit de son père défunt par l’intermédiaire du docteur Hodgson. Pendant que celui-ci parlait, J. Ilyslop, caché sous un masque et placé derrière le médium, ne prononçait pas un seul mot. Dans ces conditions, M nie Piper ne pouvait lire dans le cerveau du questionneur des réponses que celui-ci ignorait, car le professeur avait eu soin de choisir des sujets d’un caractère tout intime et ignorés de tous.

On put reconnaître, après de longues et laborieuses recherches, quesurles 2()oréponsesobtenues, frétaient parfaitement exactes et 1(5 inexactes; 37 restèrent douteuses, parce qu’elles ne purent être contrôlées. Cette vérification nécessita de nombreux voyages à travers les Etats-Unis, dans le but de reconstituer par le menu

<i) M. Sage, Madame Piper , etc., pp. 177 à 217.

certains détails de l’histoire de la famille Hyslop à laquelle ces questions se rattachaient.

Toutes ces réponses sontremarquables par leur clarté et leur précision. La personnalité des manifestants* leurs idées, leurs expressions familières, s’y révèlent avec tant de fidélité qu’elles entraînent forcément laconviction des observateurs. Le professeur Hyslop, laissant là toute défiance, s’entretenait, par forgane de M ,ne Piper entrancée et sous le contrôle de Rector, avec son père désincarné « avec autant de facilité que s’il avait été vivant. Nous nous comprenions à demimot » (1), dit-il, « comme dans une conversation ordinaire. »

M. Hyslop, en des conversations animées et pleines d’incidents, a pu s’entretenir, en outre, avec plusieurs de ses oncles et cousins décédés, avec son frère Charles ("2) mort lorsqu’il avait quatre ans, avec ses sœurs Anna et Elisa, et il a obtenu d’eux des réponses satisfaisantes dont l’énumération remplit des centaines de pages de son rapport publié dans le Harpers Magazine , puis dans les Proceedings de la S. P. R, t. XVI. On y trouve groupés une quantité considérable de menus faits, d’incidents de la vie de famille oubliés du professeur et, après examen, reconnus vrais. Il fallait parfois des semaines entières de recherches pour les contrôler, et il se trouvait alors quelque parent éloigné pour en attester la réalité. Les résultats étaient presque toujours conformes aux dires des esprits.

(1) M. Sage, loe. cil., pp. 188, 190, 195,199, 212. Voir aussi. Revue scientifique et morale , mai 1902, trad. docteur Dusarl.

(2) M. Sage, Idem , ibid.

TRANCE ET INCORPORATIONS

Au sujet des preuves recueillies, le professeur dit ceci (!):.'

« Pour le lecteur étranger, le compte rendu d'une séance « ne peut produire la conviction qui s’empare du parent ou « de l'ami retrouvant après un temps très long les habitudes « de langage, les tournures de phrases, les expressions pit- « toresques, les façons de discuter si bien connues et qui « caractérisaient de façon si certaine ceux avec lesquels il « s'était jadis trouvé en contact. »

Puis ce sont des caractères nouveaux, inconnus et d’une profonde originalité. Par exemple :

« Dans quelle sous-conscience M me Piper aurait-elle pu «trouver ces personnages d’Imperator, Hector, G. Pel- « ham, etc., avec leurs modes d'intervention si justes et si « appropriés à chaque incident, sans que leurs caractères se « confondent jamais ? A chaque instant, Imperalor montre « son caractère plein de dignité et ses tendances impérieuses « qui justifient si bien son pseudonyme, tandis que Hector « guide les conversations et que Pelham résout les doutes « et rectifie les erreurs sur les faits et surtout sur les per- « sonnes et leurs rapports entre elles elles consultants( w 2). »

La télépathie, ajoute le professeur, ne peut pas non plus rendre compte de ces révélations. Les erreurs, elles-mêmes, à son avis, contribuent à exclure la possibilité de cette hypothèse, car plusieurs fois les esprits

(1) Traduction Dusart. Revue scientifique et morale. Mai 1902*

(2) Traduction docteur Dusart. ouur. cité , p. C67.

dans i/iNvismu:

se sont trompés sur des points que lui, llyslop, cou naissait parfaitement et sur lesquels le médium avait toute facilité de se renseigner. Et il conclut en ces termes :

<( En considérant le problème avec impartialité, il n’y a pas d’autre explication que l’intervention des morts. »

Après les procès-verbaux concernant, les séances de M ,,le Piper, la « Society P. R » a publié, en juin 1902, un autre volume de 24i pages, consacré à M ,ne Thompson, également médium « à trances ».

Nous avons déjà parlé de cette dame dans notre premier chapitre ; c’est à elle que nous devons l’adhésion définitive de Myers au spiritisme, après des années de laborieuses et patientes recherches. C’est à propos d'elle, que cet éminent investigateur présentait une étude sur la médiumnité au congrès officiel de psychologie de Paris, en 1900, dont il était l’un des présidents d’honneur. Myers a, depuis lors, rejoint ce monde des esprits vers lequel le portaient ses études. Voici en quels termes M. Charles Richet parle de lui dans les Proceedings de la S. P. R., dont Myers fut aussi président :

« La postérité et 1 histoire ne feront que rendre son nom « plus illustre; car son œuvre vaste et profonde est de « celles que le temps doit singulièrement grandir... Psycho- « logue pénétrant, expérimentateur rigoureux, philosophe « profond, il avait aussi toute f ardeur d'un apôtre. »

TU AN CE ET INCOHPOH ATIONS 2(>3

Myers s’exprimait ainsi dans son rapport au congrès ( I ) :

« Dans le cas de M me Thompson, l'hypothèse d’une pré- « paration frauduleuse ou d’un heureux hasard doit être « tout à fait exclue. Il peut y avoir de la télépathie ou de la « télésthésie; mais, le plus souvent, les réponses portent le « cachet de la mémoire de certains décédés auxquels les « messages sont attribués. »

« M me Thompson est la lilie d’un architecte de Rir- « mingham. Son maridirige une importante maison de coin- « nierce. Elle n’est pas et n’a jamais été un médium payé. »

« M' ûe Thompson possède plusieurs facultés, mais le mode « le plus fréquent de communication est le discours en « trancc (incarnation), entremêlé occasionnellement décri « ture, le tout attribué à un esprit qui en prend possession. « L’impression produite est que la trance est un sommeil « aussi naturel que le sommeil ordinaire. M me Thompson « croit que sa santé a gagné sensiblement à ces trances. »

« Dans le choix des assistants, j’ai cherché des personnes « qui lui fussent inconnues et on s'est attaché à ne lui don- « ncr aucune idée pouvant suggérer la réponse. L’expérience « a bientôt démontré qu'il était sans importance que « M mc Thompson ait connu ou non le spectateur aupara- « vaut. La qualité des messages n'a pas été modifiée par ce « fait. En réalité, la plupart des meilleurs messages ont été « donnés à des personnes absolument inconnues, tandis que « celles sur qui ilétait facile d’avoir des renseignements, telles « que sir \V. Crookes,le professeur et M me Sidgwick, le doc- « leur Hodgson, etc., n’ont presque rien obtenu. Je peux

(1) Compte rendu du IV e Congrès international de psychologie. Paris, Félix Alcan, 1901, pp. n 3 à 121. Traduction G. Bérn, Revue spirite, août 1902.

dans i/invisible

2'JÎ

« toutefois me rendre compte de quoi dépend le succès. H « dépend en partie de la sensibilité de l’assistant, quand « cette sensibilité s'accorde avec celle du médium et cela « d une façon que nous ne pouvons nous expliquer (i). Mais « le succès dépend surtout de ce qu’il y a un ami décédé, « désireux de communiquer avec le survivant et qui con- « naît lu manière de le faire. »

« En cela, comme presque sur tous les points, les conclu- « sions du docteur Hodgson provenant de ses nombreuses « séances avec M me Piper sont confirmées par mes propres « observations avec M me Thompson. 11 a déjà fait remarquer « que c’est quand il prenait pour base l’hypothèse spirite « qu il obtenait les meilleurs résultats, quand il agissait « avec les sources d’information comme si elles étaient ce « qu'elles disent être, el qu’il tirait ainsi de chaque esprit « tout ce qu il pouvait donner. »

« C’est encore plus marqué, je le répète, dans le cas de « M me Thompson. Les renseignements recueillis consistent, « soit en souvenirs terrestres, soit en observations nouvelles « faites du monde des Esprits sur la terre, sous le nom de « certains décédés. »

« La question comporte quatre catégories :

« A. Des rêveries, des paroles confuses, avec des erreurs et « par-ci par-là des approximations. Cela provient probablement « de la conscience subliminale de M™' Thompson et se produit « quand il n’y a pas d'Esprit réel. Il ne semble pas qu’aucune <* conscience nette existe dans ce cas, et, quand il se produit, il « est généralement interrompu par l’arrivée de quelque Esprit « qui met fin à cet état désordonné, absolument comme on sort de l’état de somnolence pour se réveiller ou pour s'endor- * mil* réellement. »

« B. Des faits qui dépassent la portée des sens, mais qui

(i) Nous nous l’expliquons fort bien par la loi des vibrations harmoniques.

TllANCE ET INCOIIPOHATIONS

n’impliquent pas nécessairement rintervcntion des Esprits. »

u C. Viennent ensuite les faits attribués aux désincarnés tels m qu ils sont probablement dans leur mémoire. Mais, dans ce u cas, la majorité de ces faits existe aussi dans l’esprit des « assistants, de sorte qu’on pourrait dire qu’ils en sont tirés « télépathiquement par le sensitif, sans intervention de l’esprit •« des morts. »

« D. Reste enfin un petit groupe de faits significatifs incon- ■<» nus aux assistants, mais connus des décédés dont ils sont u censés provenir, ou, ce qui est plus curieux encore, de faits « qui ne peuvent avoir été appris par les décédés qu’après leur « mort. L’accumulation graduelle des faits de ce genre devient « à la longue un fort argument pour l’autbenticité de ces préten- « dues communications. »

« Je crois avoir de bonnes raisons pour attribuer plusieurs « de ces messages à des personnalités ayant survécu, connues « de moi ou de mes amis, et dont la présence de M mc Thomp- « son a provoqué les messages. Je crois que la plupart de « ces messages sont énoncés par l'organisme du médium et « proviennent d'Esprits qui, temporairement, informent ou « possèdent cet organisme; et que d’autres messages sont « reçus par son esprit directement, dans le monde invi- -« siblc. »

L'histoire du nouveau spiritualisme nous fournit de nombreux exemples de médiums jouissant, à l’état de trance, de facultés extraordinaires et s’exprimant avec une éloquence entraînante.

Cora Tappan parcourut les États-Unis et l’Angleterre, faisant entendre dans chaque ville de merveilleux discours, en vers et en prose. Elle répondait, en outre, à des questions de tous genres, faisant preuve

d'une étonnante érudition. Elle affirmait ffue ses réponses ne provenaient pas de son propre fonds et n’en tirait aucune vanité. Ses harangues, disait-elle, émanaient d'un groupe de guides toujours prêts à parler par sa bouche, chaque fois que ses services étaient réclamés (1).

T. G. Forster, dans ses discours, n était pas moins impressionnant. Voici ce qu’en disait un lettré de la Louisiane qui, après avoir perdu trois enfants et une femme adorés, de désespoir, en était venu à porter sur lui « la fiole fatale qui devait mettre un terme à ses misères et endormir ses douleurs (2) ».

« J’allai entendre T. G. Forster; j’entrai pour rire et 111e « moquer; je restai pour écouter et m’étonner; je sortis « ému et ébranlé, et j’y revins encore. Cet homme parlait de « tout avec une éloquence dont rien jusqu'alors ne m'avait « donné l'idée. J’ai entendu des orateurs célèbres; j’ai ln « Cicéron, Ciiatham, Pitt et d’autres; jamais rien qui appro- « chat de l’éloquence sans réplique de cet homme endormi. « Les orateurs de la chaire et de la tribune sont forcés de « remplir par des mots l’intervalle entre deux idées; chez « lui, il n’en était pas ainsi : les idées, les laits, les dates « se succédaient sans interruption, sans travail, sans hési- « tation aucune. L’histoire de tous les peuples lui était « connue; toutes les sciences lui étaient familières, comme « s’il eût donné la longueur d’une vie d’homme à l’étude de « chacune d’elles, et son langage, à la fois simple et élevé, « était à la hauteur de sa science. Je voulus lui être présenté,

(1) Voir Lighty 22 mars 1902. Témoignage de M. Colville.

(2) Tiré du Spiritualiste , New-Orléans, i 858 , article signé Jos. Barthet; reproduit par la Vie d'Outre-Tombe, i 5 mars 1902, p. 2.^1.

^ m i mtr

TÎIANCE ET INCORPORATIONS 2 ( J7

« lorsqu’il fut revenu à sou étal normal et je trouvai en lui « un homme bien élevé, mais non pas, et loin de là, 1 homme « universel de ses discours. Il fut entrancé pour moi, et je « conversai, par son intermédiaire, avec le professeur Dray « ton, sou esprit-contrôle. Je fus convaincu. Je suis maiu- « tenant un autre homme; je suis heureux, oh! bien heu- « reux ! »

Le cas suivant s'est produit en France, et la personne du manifestant s’y révèle d une manière irrécusable. Nous citons textuellement le procès-verbal, dont l’original est en notre possession :

« Le 13 janvier 1899 , douze personnes s’étaient réunies chez « AL David, place des Corps-Saints, 9 , à Avignon, pour leur « séance hebdomadaire de spiritisme. »

« Après un moment de recueillement, on vit le médium, « M me Dallas, en état de trance, se tourner du côté de « AL l'abbé Griinaud et lui parler dans le langage des signes « employés par certains sourds-muets. Sa volubilité mimique « était telle que l’esprit fut prié de se communiquer plus « lentement, ce qu’il lit aussitôt. Par une précaution, dont on « appréciera l'importance, AL l’abbé Grimaud ne lit qu’énon- « cer les lettres à mesure de leur transmission par le mé- « dium. Comme chaque lettre isolée ne signifie rien, il était « impossible, alors même qu’on l’eût voulu, d’interpréter la « pensée de l'esprit; et c'est seulement à la tin de la commu « nication qu’elle a été connue, la lecture en ayant été faite « par l’un des deux membres du groupe chargés de Irans- « crire les caractères. »

« De plus, le médium a employé une double méthode, celle « qui énonce toutes les lettres d’un mot, pour en indiquer « l’orthographe, seule forme sensible pour les yeux, et celle

dans l’invisible

« qui énonce l’articulation sans tenir compte de la forme « graphique, méthode dont M. Fourcade est l'inventeur et « qui est en usage seulement dans l’institution des sourds- « muets d’Avignon. Ces détails sont fournis par l'abbé Gri- « maud, directeur et fondateur de rétablissement. »

« La communication, relative à l’œuvre de haute pbilan- « tropie à laquelle s’est voué M. l’abbé Grimaud, était signée : « frère Fourcade, décédé à Caen. Aucun des assistants , à •« Vexception du vénérable ecclésiastique, na connu ni pu « connaître Vauteur de celle communication , bien qu'il eût « passé quelque temps à Aviynon, il y a trente ans , ni sa « méthode. »

Ont signé : les membres du groupe ayant assisté à cette séance ; Toursier, directeur de la Banque de France, en retraite ; Roussel, chef de musique au 58 e ; Dornenach, lieutenantauo8 e ; David, négociant; Brémond, Canuel, M mcs Toursier, Roussel, David, Brémond.

Au procès-verbal est jointe 1 attestation suivante :« Je « soussigné, Grimaud, prêtre, directeur-fondateur de Lins- « tilution des infirmes de la parole, sourds-muets, bègues « et enfants anormaux, à Avignon, certifie l’exactitude ab- « solue de tout ce qui est rapporté ci-dessus. Je dois à la « vérité de dire que j’étais loin de m’attendre à une pareille « manifestation dont je comprends toute l'importance, au « point de vue de la réalité du spiritisme, dont je suis un « adepte fervent, je ne fais aucune difficulté de le déclarer -« publiquement. »

Avignon, le 17 avril 1899.

Signé : Grimaud, prêtre.

De 1803 à 1901, nous possédions, au groupe d’études

TRANCE ET INCORPORATIONS

ay»

psychiques de Tours, trois dames, médiums à trance, appartenant toutes trois à la bourgeoisie, et dont le •concours était entièrement désintéressé.

Des comptes rendus sténographiques, formant plusieurs volumes, permettent de comparer les discours prononcés, les communications obtenues à l'aide de leurs facultés, et de constater, à plusieurs années de distance, une parfaite identité de caractère et de vues pour chacun des communiquants.

Aussitôt l’obscurité faite, les médiums ressentent l’influence magnétique des invisibles. Au premier degré de la trance, étant encore éveillés, ils voient tout un cercle d’esprits se former derrière les expérimentateurs; ils décrivent les apparitions ; ils entendent et transmettent les indications, les demandes de ces esprits et, à leur langage, à certaines particularités de la physionomie ou de l’attitude, les assistants reconnaissent facilement des parents, des amis défunts.

Bientôt la trance s’accentue, le médium s’endort, l’incorporation se produit. Dans notre groupe, la puissance fluidique des esprits-guides était suffisante pour annihiler la personnalité du sujet et éviter toute intervention de la subconscience. Tout au plus a-t-on pu remarquer quelquefois, chez l’un des sensitifs, M m ’ D..., un mélange de personnalités quand la tranca n’est pas profonde.

Presque toujours, les incorporations se succèdent. Quand la prise de possession est complète, on fait la lumière, puis, dès que l’esprit s’est retiré, on l’atténue pour faciliter l’action fluidique des invisibles et l’entrée en scène d’un nouvel occupant. (Iliaque médium sert

3oo

habituellement d organe à trois esprits différents dans une même séance. Pendant qu'un des médiums subit l'incorporation, les autres se reposent ; mais parfois les incarnations sont simultanées. Des dialogues, des discussions s’engagent alors entre plusieurs esprits et le président du groupe. Ces entretiens entre quatre personnes, dont trois appartiennent au monde des esprits, sont des plus impressionnants.

En général, ce sont d'abord les esprits guides qui se manifestent en donnant des conseils, des instructions pleines de logique et de grandeur, sur les problèmes de la vie et de la destinée. Viennent ensuite des entretiens avec des esprits moins élevés, dont plusieurs ont vécu parmi nous et partagé nos travaux. Des scènes pathétiques se produisent. C'est un père, une mère, qui viennent exhorter leurs enfants présents à la réunion. Ce sont des amis d’outre-tombe qui nous rappellent des souvenirs d’enfance, les services rendus, les fautes commises. Ils exposent leur manière de vivre dans l’espace, parlent des joies et des souffrances morales ressenties après la mort, conséquences inévitables de leur mode d’existeifce sur la terre. Comme de vivantes leçons de choses, pleines de mouvement et de couleur, ces épanchements, ces confessions, nous remuaient profondément.

Plusieurs fois, des discussions d'une certaine violence s’élevèrent entre esprits. Deux politiciens célèbres, adversaires déclarés sur terre, continuaient à se combattre par la bouche de nos médiums, avec une fougue oratoire, une dialectique serrée, des arguments de tribune et de prétoire, un ensemble de traits ca-

l'H A N CK ET INCORPORATIONS

3oi

ractéristiques et piquants qui étaient autant de preuves d'identité: Une lutte devolonté entre l’un de nos guides et un esprit obsesseur, tous deux incorporés, atteignait des hauteurs épiques. Ces scènes, d’une intensité de vieet d’expression telle qu’on n’en peut voir sur aucun théâtre, ont laissé dans nos mémoires dineiïaçables souvenirs.

Deux esprits assument plus particulièrement la direction du groupe et se manifestent à chaque séance. Ce sont l’Esprit « bleu » (lj et Jérôme. L'Esprit bleu est une entité féminine d'un ordre très élevé. Quand elle anime l’organisme du médium, personne timide et d'un savoir modeste, les traits du visage prennent une expression séraphique, la voix s’adoucit, devient mélodieuse; le langage revêt une forme poétique et très pure. Elle adresse à tour de rôle à chacun des assistants des avis, des avertissements, touchant leur conduite privée, qui témoignent, même à première entrevue, d’une connaissance parfaite du caractère et de la vie intime de ceux à qui ils s’adressent.

Bien souvent, des personnes venues pour la première fois à nos réunions et inconnues du médium, recevaient des conseils, des encouragements ou des reproches appropriés à leur état moral et à leurs plus secrètes pensées. Ces avis, obscurs pour les autres auditeurs, étaient toujours nets et précis pour les intéressés. Et ce n’était pas un des moindres attraits de ces manifestations que cet art de l'Esprit bleu de parler

(1) Ainsi nommé parce que les médiums le voient toujours enveloppé d’un voile bleu.

•Tffl

DANS L’iNVISIDLE

devant tous, de choses intimes et cachées, de façon à éviter toute indiscrétion, tout en restant parfaitement -clair pour la personne visée.

La sollicitude, la protection de l'Esprit bleu, s’étendaient à tous les membres du groupe et se sont révélées bien des fois dans le domaine des faits. Plusieurs d'entrenous.auxprises avec desérieusesdifficultés, ont pu les surmonter, grâce à l’action providentielle de cet esprit qui, dans les cas les plus délicats et au moment opportum, savait faire surgir un secours, provoquer une intervention inespérée. Ses instructions ont généralement trait à la famille et à l’éducation des enfants. La Tribune psychique , de mars 1000, a reproduit une de ces communications qui résume en termes élevés la méthode de notre guide.'L’Esprit bleu voit, dans une réforme profonde de l’éducation de l’enfance et de la jeunesse, le véritable remède aux vices du présent et aux dangers qui menacent la société moderne.

Jérôme se communique par le meme médium ; mais le contraste est frappant entre les deux esprits. Jérôme, qui fut un apôtre et un martyr, est resté un orateur et un combatif; sa parole est vibrante, son geste large et dominateur. Il s’exprime par périodes, en termes choisis. Son énergie est telle qu'il épuise rapidement les ressources du sujet et ne peut toujours terminer ses discours, par suite du manque de force lluidique. Il dirige plus spécialement les études philosophiques du groupe. De nombreuses existences, passées dans le silence des cloîtres et la poussière des bibliothèques, ont accumulé en lui des trésors de connaissances et donné plus de force à sa pensée. Les siècles l’ont

TRaNCE ET INCORPORATIONS

vu, plongé dans la recherche, l'étude, la méditation. Les vues plus nettes, les impressions de la vie de l’espace sont venues compléter sa science déjà si étendue. Aussi quelle ampleur dans ses jugements, quelle habileté à dissiper les contradictions, à résumer en traits sobres et clairs les lois les plus hautes de l'univers et de la vie! Et tout cela par la bouche d’une pauvre dame, d’allures timides et d'une instruction élémentaire !

Examinerons-nous, à propos de ces phénomènes, l'objection habituelle qui leur est faite, c’est-à-dire qu'ils sont des produits de la subconscience du médium, des personnalités secondes créées par une division temporaire de la conscience normale, comme le prétendent MM. Pierre Janet et Flournoy ?

Cette théorie ne saurait résister à un examen atteu tif des faits. C’est précisément dans les phénomènes d’incorporation que l’identité des esprits se révèle avec le plus de netteté, lorsque profonde est la trance et complète la prise de possession du sujet. Par ses attitudes, ses gestes, ses propos, l’esprit se montre tel qu’il était sur la terre. Ceux qui l’ont connu, durant son existence humaine, le retrouvent tout entier; son individualité reparaît en des locutions familières, en mille détails psychologiques qui échappent à l’analyse.

lien est de même pour les individualités ayant vécu à des époques éloignées. Dans notre groupe, les espritsguides se communiquaient par l’organe du médium le plus modeste, l’ne autre dame, élégante d’allures, incarnait plutôt des esprits d’ordre inférieur. O 11 entendait une marchande des quatre saisons parler, par

sa bouche, le patois d’un pays où cette dame n’est jamais allée. Une vieille tille se livrait à un verbiage oiseux ou nous racontait des anecdotes plaisantes. Après quoi, c’était un sacristain, à la parole traînante, ou bien un ancien procureur qui, d’une voix tranchante, disait de dures vérités au mari par l’organe de sa femme.

Le caractère de chacun de ces esprits et de beaucoup d’autres (1), s’est maintenu et affirmé dans son originalité, d’une façon constante, à travers une période de sept années. Tous nos procès-verbaux en font foi. En môme temps, nous pouvions suivre les progrès graduels de l’un d’eux, Sophie, la marchande de légumes, qui, grâce à son bon vouloir et à la protection de nos guides, a pu s’instruire et s’amender, jusqu’à ce que vint pour elle, l’heure de la réincarnation Son retour à la vie terrestre fut annoncé à l’avance et nous en pûmes suivre les phases douloureuses. Cet acte accompli, Sophie n’a plus reparu à nos séances.

Si ce sont là des personnalités secondes du médium, comment expliquer qu elles soient en aussi grand nombre et qu’elles revêtent des aspects et des noms aussi divers? Dans notre groupe, les communiquants se comptaient par dizaines. A chaque séance, nous en avions de six à huit, dont deux ou trois pour chaque médium. A chacun d eux, la physionomie du sujet changeait, l’expression des traits se modifiait. Par l’accent, le langage, le maintien, la personnalité invisible

(1) Voir Compte rendu du conqrès spirite de i(>oo. Rapport sur les travaux du groupe de Tours.

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