LA. MARCHE ASCENDANTE J LES MODES DÉTUDE
systèmes sur systèmes et recouru aux hypothèses les plus invraisemblables, torturant les phénomènes pour les faire entrer dans le lit de Procuste de leurs conceptions.
C’est ainsi que l’on a vu surgir tant de théories étranges, depuis le’nerf craqueur de Jobert de Lamballe, les articulations claquantes, l’automatisme psychologique, les hallucinations collectives, jusqu’à celle du « subliminal » qui se rattache plutôt au domaine du surnaturalisme. Ces théories, mille fois réfutées, renaissent sans cesse. On dirait que les représentantsde la science officielle ne craignent rien tant que d'être obligés de reconnaître la survivance et l'intervention des esprits.
Sans doute, il est prudent, il est sage d’examiner toutes les explications contraires, d’épuiser toutes les hypothèses, toutes les autres possibilités, avant de recourir à la théorie spirite. Tout d'abord, la plupart des expérimentateurs ont cru pouvoir s’en passer; mais, à mesure qu'ils examinaient le phénomène de plus près, ils s’apercevaient que les autres théories étaient insuffisantes et qu’il fallait recourir à l’explication tant dédaignée (1). Les autres systèmes s’écroulaient un à un sous la pression des faits.
Malgré toutes les difficultés, on a vu peu à peu s’accroître le nombre des investigateurs consciencieux, de ceux dont l’esprit était assez libre et Pâme assez haute pour placer la vérité au-dessus de toutes les considéra-
(1) C’est le cas de W. Crookes, de Russell Wallace, Lodge* AksakolT, Myers, Hodgson et de tant d'autres.
tions d’école ou d'intérêt personnel. De jour en jour, on a vu des savants hardis rompre avec la méthode traditionnelle et aborder résolument l’étude des phénomènes. Ils ont déjà réussi à faire entrer la télépathie, la clairvoyance, la prémonition, l’extériorisalion des forces, dans le domaine de la science d'observation.
Avec le colonel de Rochas, la France tient le premier rang dans l’étude de l’extériorisation de la sensibilité. Des sociétés d’études psychiques se fondent un peu partout. Le scepticisme d’antan s’atténue. A certaines heures, un souffle nouveau semble animer le vieil organisme scientifique.
Pourtant ne nous y fions pas. Les savants officiels n’abordent pas encore ce domaine sans restrictions. M. Duclaux, le grand disciple de Pasteur, le déclarait dans sa conférence d’ouverture de Llnstitut psychique international, le 30 janvier 1001 :
Cet institut sera une œuvre de critique mutuelle, avec l'expérience pour base. 11 n'admettra comme découverte scientifique que celle qui peut être répétée à volonté.
Que signifient ces paroles? Peut-on reproduire à volonté les phénomènes astronomiques et météorologiques ? Ce sont cependant là des faits scientifiques. Pourquoi ces réserves et ces entraves ?
Dans bien des cas, le phénomène spirite se produit avec une spontanéité qui déroute toutes les prévisions. On ne peut que le constater. 11 s’impose et échappe à notre action. L’appelez-vous, il se dérobe; mais si vous n’y pensez plus, il reparaît. Tels sont presque tous les
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cas d’apparitions à distance et les phénomènes des maisons hantées. Les fantômes vont et viennent, sans se soucier de nos exigences et de nos prétentions. Vous attendez pendant des heures et rien ne se produit. Faites-vous mine de partir, les manifestations commencent.
A propos de l’imprévu des phénomènes, rappelons ce que disait M. Varley, ingénieur en chef des postes et télégraphes de la Grande-Bretagne (1) :
« Mme Varley voit et reconnaît les Esprits, particulièrement lorsqu’elle est entrancée (état de somnambulisme lucide); elle est aussi très bon médium à incarnations, mais je n’ai sur elle presque pas d’influence pour provoquer la trance, en sorte qu’il m’est impossible de me servir de sa médiumnité pour faire des expériences. »
C’est donc un point de vue erroné et gros de conséquences fâcheuses que de considérer le spiritisme comme un domaine où les faits se présentent toujours identiques, où les éléments d'expérimentation peuvent être disposés à notre gré. On s'expose par là à des recherches vaines ou à des résultats incohérents.
Tout en applaudissant au mouvement qui entraîne les hommes instruits vers l’étude des phénomènes psychiques, nous ne pouvons nous défendre d’une certaine crainte, celle de voir leurs efforts rester stériles s’ils ne parviennent pas à se dépouiller de leurs préoccupations habituelles. En voici un exemple.
M. Charles Richet, qui est un esprit sagace et ouvert,
(1 ) Proceedinrjs of the Sociely psychical research, v, II.
après avoir constaté tant de fois les faits produits par Eusapia Paladino et signé des procès-verbaux qui en attestaient la réalité, ne reconnaît-il pas lui-même que sa conviction, d'abord profonde, s’affaiblit et devient flottante quelque temps après, sous l’empire des habitudes d’esprit contractées dans le milieu qui lui est familier?
Le public attend beaucoup du nouvel institut et des savants qui le composent. Il ne s’agit plus ici de psychologie élémentaire, mais de la plus haute question qui ait jamais préoccupé la pensée humaine : le problème de la destinée. L’humanité, lasse du dogmatisme religieux, tourmentée du besoin de savoir, tourne ses regards vers la science ; elle attend d’elle le verdict définitif qui lui permettra d’orienter ses actes, de fixer ses opinions, ses croyances.
La science officielle répondra-t-elle à ces appels, à ces espérances, ou bien assisterons-nous une fois de plus à un piteux avortement ? Jusqu’ici elle n’a guère étudié que la matière, et les faits psychiques qui se succèdent sans interruption, la trouvent mal préparée à l’œuvre puissante qu’on est en droit d’exiger d’elle.
Les responsabilités des savants sont lourdes. Les hommes qui occupent les chaires du haut enseignement en sentent-ils tout le poids et en mesurent-ils toute l’étendue? Sauront-ils faire le sacrifice de leurs petits amours-propres et revenir sur des affirmations prématurées ? ou bien se prépareront-ils, au déclin de leur carrière, la douleur de constater qu’ils ont manqué le but, dédaigné les choses les plus essentielles à connaître et à enseigner ?
l’esprit et sa forme
Le mouvement psychique vient surtout du dehors ; il s’accentue de jour en jour. Si la science française refusait d’y prendre part, elle serait débordée, devancée, et son bon renom pâlirait dans le monde. Qu’abandonnant ses préjugés et gardant ses méthodes prudentes, elle apprenne à s’élever, à la suite des savants étrangers, vers des sphères plus vastes, plus subtiles,, fécondes en découvertes et qu’il est de son intérêt d’explorer plutôt que de les nier !
Qu’elle fasse du spiritisme une science nouvelle qui complète les autres sciences en les couronnant. Cellesci s’appliquent à des domaines particuliers de la nature ; elles conduisent parfois à de faux systèmes, et ceux qui s’y confinent perdent de vue les grands hori zons, les vérités d'ordre général. La science psychique doit être la science suprême qui nous apprendra à nous connaître, à mesurer, à augmenter les puissances de famé, à les mettre en œuvre et à nous élever avec leur aide vers l’âme éternelle et divine! ,