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III. — L’esprit et sa forme

En tout homme vit un esprit.

Par esprit, il faut entendre l’aine revêtue de son enveloppe lluidique ; celle-ci a la forme du corps mortel et participe de l’immortalité de l’âme, dont elle est inséparable.

De l’essence de l’âme nous ne savons qu'une chose, c’est qu'étant indivisible, elle est impérissable. L’âme se révèle par ses pensées et aussi par ses actes, mais.

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pour qu’elle puisse agir et frapper nos sens physiques, il lui faut un intermédiaire semi-matériel, sans quoi son action nous paraîtrait incompréhensible. C’est le périsprit, nom donné à son enveloppe fluidique, invisible, impondérable. Il faut chercher dans son action le secret des phénomènes spirites.

Le corps fluidique, que chaque homme possède en lui, est le transmetteur de nos impressions, de nos sensations, de nos souvenirs. Antérieur à la vie actuelle, survivant à la mort, c est l'instrument admirable que Lame se construit, se façonne elle-même à travers les temps; c’est le résultat de son long passé. En lui se conservent les instincts, s’accumulent les forces, se groupent les acquisitions de nos multiples existences, les fruits de notre lente et pénible évolution.

La substance du périsprit est extrêmement subtile ; c’est la matière à son état le plus quintessencié ; elle est plus raréfiée que l’éther; ses vibrations, ses mouvements, dépassent en rapidité et en pénétration ceux des substances les plus actives. De là, la facilité des esprits à traverser les corps opaques, les obstacles matériels, et à franchir des distances considérables avec la rapidité de la pensée (1).

Insensible aux causes de désagrégation et de destruction qui affectent le corps physique, le périsprit assure la stabilité de la vie au milieu du renouvellement continuel des cellules. C'est le modèle invisible

(i) Voir Gabriel Delanne : l'Ame est immortelle , i l ’ c partie, iÉuolufion animique , passim. Dans ces deux volumes, l’auteur s'est livré à une étude savante et approfondie du périsprit, étude qui lui fait le plus grand honneur.

sur lequel passent et se succèdent les particules organiques, suivant des lignes de force dont l'ensemble constitue ce dessin, ce plan immuable reconnu par Claude Bernard comme nécessaire pour maintenir la forme humaine à travers les modifications constantes et le renouvellement des atomes.

Lame se dégage de l’enveloppe charnelle, pendant le sommeil, comme après la mort. La forme fluidique peut alors être perçue par les voyants, dans les cas d apparition des défunts ou des vivants extériorisés Durant la vie normale, cette forme se révèle par ses radiations, dans les phénomènes où la sensibilité et la motricité s’exercent à distance. A l’état de dégagement pendant le sommeil, l’esprit agit parfois sur la matière; il produit des bruits, des déplacements d’objets (1). Enfin, il se manifeste après la mort, à des degrés divers de condensation, dans les matérialisations partielles ou totales, dans les photographies et les moulages, jusqu’au point de reprçduire certaines difformités (2).

Tous ces faits le démontrent, le périsprit est un organisme fluidique complet; c’est lui qui, durant l'existence terrestre, par le groupement des cellules, ou bien dans l’au-delà, avec l’aide de la force psychique empruntée aux médiums, constitue, sur un plan déterminé, les formes, passagères ou durables, de la vie. C’est lui, et non le corps matériel, qui est le type

(;) Voir Revue scientifique et morale du spiritisme , juillet 1900 p. 1 53 , un cas très remarquable.

(2) Voir Aksakof, Animisme et Spiritisme , p. i 53 .

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primordial et persistant de la forme humaine (1 £ La forme humaine, nous disent les invisibles, est celle de tous les esprits incarnés ou désincarnés vivant dans l’univers. Mais cette forme rigide, compacte dans le corps physique, est flexible, compressible, au gré de la volonté, dans le périsprit. Elle se prête, dans une certaine mesure, aux exigences de l’esprit et lui permet, dans l’espace et suivant l’étendue de ses pouvoirs, de revêtir les apparences, les costumes qui furent siens dans le passé, avec ses attributs propres qui le font reconnaître. Cela se remarque souvent dans les cas d’apparition. La volonté crée ; son action sur les fluides* est considérable. L’esprit avancé peut soumettre la matière subtile à des métamorphoses sans nombre.

Le périsprit est un foyer de puissances. La forcemagnétique, que certains hommes projettent en abondance et qui peut, de près ou de loin, influencer, soulager, guérir, est une de ses propriétés. La force psychique, indispensable à la production des phénomènes spirites, y a son siège.

Le corps fluidique n’est pas seulement un réceptacle de forces. C’est aussi le registre vivant où s’impriment les images et les souvenirs : sensations, impressions et faits, tout s’y fixe, tout s’y grave. Lorsque les condi-

( 1 ) Le périsprit ou corps subtil était connu des anciens. La plupart des Pères de l’Église en affirment l’existence. Voir L. Denis, Christianisme et Spiritisme , p. 3<j8.

Il ESP R IP ET SA FORME

lions d'intensité et de durée sont trop faibles, les impressions n’arrivent pas jusqu’à notre conscience ; elles n’en sont pas moins enregistrées dans le périsprit, où elles restent latentes. Il en est de même des faits se rattachant à nos vies antérieures. L'être psychique, placé dans l’état de somnambulisme, dégagé partiellement du corps, peut en ressaisir l’enchaînement. Ainsi s’explique le phénomène de la mémoire.

Les vibrations du périsprit s’amoindrissent sous la chair ; elles retrouvent leur amplitude, dès que l’esprit se détache de la matière et reprend sa liberté. Sous l'intensité de ces vibrations, les impressions emmagasinées dans le périsprit reparaissent. Plus le dégagement est complet, plus le champ de la mémoire s’élargit. Les plus lointains souvenirs se réveillent. Le sujet peut revivre ses vies passées ; ainsi nous l’avons constaté bien des fois dans nos expériences. Des personnes plongées, par une influence occulte, dans l’état somnambulique, reproduisaient les, sentiments, les idées, les actes oubliés de leur vie actuelle, de leur prime jeunesse. Elles revivaient même des scènes de leurs vies antérieures, avec le langage, les attitudes, des opinions de l’époque et du milieu.

Il semble, dans ces cas, qu’une personnalité différente se montre, qu’une autre individualité se révèle. Ces phénomènes, mal observés par certains expérimentateurs, ont pu donner naissance à la théorie des personnalités multiples coexistant dans une même -enveloppe, chacune d’elles ayant son caractère et ses souvenirs propres. Sur cette théorie on a vu se greffer «celle de la conscience subliminale ou de l’inconscient

supérieur. En fait, c’est toujours la même individualité qui intervient sous les aspects divers revêtus par elle à travers les siècles et qu elle reconstitue avec d’autant plus d’intensité, que l'influence magnétique subie est plus puissante et les liens corporels plus relâchés. Certaines expériences le démontrent; par exemple, celles du professeur Flournoy avec le médium Hélène Smith qui, à l’état de trance, se replace dans une de ses existences du douzième siècle, accomplie dans l’Inde (I) et celles d’Esteva Marata et autres expérimentateurs espagnols sur des médiums entrancés (2).

Le degré de pureté de sa forme fluidique atteste la richesse ou l’indigence de lame. Ethérée, radieuse, elle peut s’élever jusqu’aux sphères divines, participer aux harmonies les plus sublimes ; opaque, ténébreuse, elle retombe dans les régions inférieures, elle nous rive aux mondes de lutte, de souffrance.

Par son périsprit, l’homme plonge dans les basfonds de la nature et a ses racines dans l’animalité; par lui il tend aussi vers les mondes de lumière où vivent les âmes angéliques, les purs esprits.

Notre état psychique est notre œuvre. Notre degré de perception, de compréhension, est le fruit de nos

(ij Voir Des Indes à la planète Mars , par Th. Flournoy, professeur de psychologie à l'Université de Genève, passim.

(v>.) Voir Comple-rendu du Congrès spirite de 1900, p. 34 <j.

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