‹ Dans l'invisibleChapitre 50 sur 57 · HYPOTHESES ET OBJECTIONS · texte numérisé non relu

HYPOTHESES ET OBJECTIONS

le diable qui se présente là sous la forme apparente de la sainte Vierge et qui reçoit les hommages qu on adresse à la mère de Dieu. »

D’autres critiques nous objectent que, dans ses rapports avec le monde invisible, l’homme ne communique pas seulement avec les âmes des morts, mais aussi avec de vaines apparences d’âmes, avec des larves, des formes fluidiques animées par une sorte de vibration mourante de la pensée des défunts. D’un autre côté, il est coupable, disent-ils, il est presque sacrilège d’évoquer les âmes des morts, parce que celles-ci, en quittant la terre, gagnent les régions supérieures, et tout retour ici-bas est une contrainte, une souffrance pour elles. « La méthode spirite, » dit une théosophe de marque, « offre le grand inconvénient d’être préjudiciable aux morts dont elle entrave révolution. »

Nous avons vu, par de nombreux exemples et des preuves d’identité, que l’hypothèse des larves n’est nullement justifiée; les faits démontrent, au contraire, quenous avons affaire à des âmes d’hommes ayant vécu sur la terre. Quant à la deuxième objection, elle n’a pas plus de consistance. Comment pourrait-elle être coupable, cette communion du ciel avec la terre, d’où l’âme humaine sort éclairée, fortifiée, entraînée par tous les appels, par toutes les inspirations qui lui vieil nent d’en haut? Les pratiques spirites ont consolé, relevé bien des êtres courbés sous l’épreuve de la séparation ; elles ont rendu la paix aux affligés en leur prouvant que ceux qu’ils croyaient perdus sont seulement cachés pour un temps à leurs yeux. Et quelle

influence morale sur toute notre vie dans celte pensée que des êtres chers, des êtres invisibles nous suivent et nous observent, qu'ils pèsent et jugent nos actions, que nos bien-aimés sont souvent près de nous, s’associant à nos efforts vers le bien, souriant à nos joies, à nos progrès, s’attristant de nos défaillances, nous soutenant aux heures difficiles ! Quel est celui qui, ayant perdu un être chéri, pourra rester indifférent à une telle pensée ?

Loin d’entraver l’évolution des âmes désincarnées, nous savons, au contraire, que nos appels la favorisent dans bien des cas. Il ne s’agit pas d’évocations impérieuses, comme on voudrait l’insinuer. Les esprits sont libres et répondent si cela leur plaît. D’ailleurs, qu’est-ce que l’évocation prise en elle-même? C’est la faible parole humaine s’essayant à bégayer le sublime langage de la pensée; c’est le balbutiement de l’âme qui entre dans la communion universelle et divine !

L’expérience le démontre chaque jour : grâce aux conseils des humains, bien des âmes obscures et arriérées ont pu se reconnaître et s’orienter dans leur vie nouvelle. La plupart des matérialistes traversent le phénomène de la mort sans s’en rendre compte. Ils croient vivre encore de la vie terrestre bien longtemps après leur décès. Les esprits élevés sont sans action sur eux par suite des différences de densité iluidique ; tandis que les appels, les averlissements, les explications qu’ils reçoivent dans les groupes spirites les arrachent à leur torpeur, à leur état d’inconscience et facilitent leur essor, au lieu de l’entraver. Pour nous,

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comme pour les défunts, la communion des deux hu* manitésest salutaire,lorsqu’elle s’elfectue dans des conditions sérieuses. C’est un enseignement mutuel donné par les esprits avancés des deux milieux, travaillant à éclairer, à consoler, à moraliser les âmes souffrantes ou attardées des deux plans.

Les théories des théosophes et des occultistes, si justes en ce qui concerne la loi du Karma ou des réincarnations, sont complètement en défaut sur le point qui nous occupe. En détournant le chercheur de la méthode expérimentale pour le confiner dans le domaine de la métaphysique pure, elles supprimeraient la seule base positive de toute véritable philosophie.

C’est grâce aux preuves expérimentales que l’immortalité, jusqu’ici pur concept, vague espérance de l’esprit humain, devient une réalité vivante. Et par elle, bien des âmes sceptiques et désenchantées se sentent revivre à la vue des destinées qui leur sont ouvertes. Au lieu de les déprécier, sachons donc rendre justice à ces pratiques spirites qui ont séché tant de larmes, apaisé tant de douleurs, répandu tant de rayons dans la nuit des intelligences.

Revenons à la théorie du démon et considérons une chose. Si l’esprit malin, comme le prétendent les théologiens,a la facilité de reproduire toutesles formes, toutes les figures, de révéler les choses cachées, de tenir les discours les plus sublimes ; s’il nous enseigne le

bien, la charité, l’amour, on peut également lui attribuer les apparitions mentionnéesdans les livres saints, croire que c’est lui qui parla à Moïse, aux autres prophètes et même à Jésus et que toute l’action spirituelle occulte est son œuvre.

Le diable, sachant et pouvant tout, jusqu'à faire l’esprit sage et vertueux, peut très bien avoir pris le rôle de guide religieux et, sous le couvert de l'Église, nous conduire à notre perte. En eflet, l’histoire nous démontre, avec une logique irrésistible, que l'Église n'a pas toujours été l’inspirée de Dieu. Dans bien des circonstances, ses actes ont été en complète contradiction avec les attributs dont nous nous plaisons à revêtir la divinité. L’Église est un arbre gigantesque dont les fruits n’ont pas toujours été des meilleurs, et le diable, puisqu’il est si habile, a fort bien pu se loger sous son ombre.

Si nous devons admettre, avec les théologiens, que Dieu ait permis, en tous temps et en tous lieux, les plus odieusessupercheries, le monde nous apparaîtra comme une immense imposture, et nous n’aurons aucune garantie de n’ètre pas trompés, aussi bien par l’Église que par le spiritisme. L’Église le reconnaît, elle ne possède, en ce qui touche ce qu’elle appelle le « surnatu rel diabolique ou divin », qu’un critérium de certitude purement moral (1). Dès lors, avec des bases d’appréciation aussi restreintes, étant donné le talent d’imitation qu’elle prête à l’ennemi du genre humain, quel

( 1 ) Voir les manuels de théologie, par ex : Bonal, Institut. Thèol ., t. I, p. </ 4 ; Tract, de Revelatione , où sont exposés les principaux caractères du surnaturel diabolique*

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