IV. — La Médiumnité
Toutes les manifestations de la nature et de la vie se* résument en vibrations, plus ou moins rapides et étendues, suivant les causes qui les produisent. Tout vibre dans l’univers : son, lumière, chaleur, électricité, magnétisme, rayons chimiques, rayonscathodiques, ondes hertziennes, etc., ne sont que les modes divers d’ondulation, de vibration de la force et de la substance universelles, les degrés successifs qui constituent, dans leur ensemble, l’échelle ascendante des manifestations de l’énergie.
Ces degrés sont fort éloignés les uns des autres Le son parcourt 310 mètres par seconde ; la lumière, dans le même temps, franchit 300.000 kilomètres ; l’électricité se propage avec une vitesse qui nous paraît incalculable. Mais nos sens physiques ne nous permettent pas de percevoir tous les modes de vibration. Leur impuissance à nous donner une impression com-
LA MÉDIUMNITÉ 3 (y
piété des forces de la nature est un fait assez connu pour que nous n’ayons pas à insister sur ce point.
Dans le domaine de l’optique seulement, nous savons ((ue les ondes lumineuses n’impressionnent notre rétine que dans les limites des sept couleurs du prisme, du rouge au violet. Au delà ou en deçà de ces couleurs, les radiations solaires échappent à notre vue ; aussi les appelle-t-on rayons obscurs.
Entre la limite des sons, dont les vibrations sont de 24.000 par seconde et la sensation de chaleur, qui se mesure par trillions de vibrations, nous ne percevons rien. Il en est de même entre la sensation de chaleur et celle de lumière qui correspond, en moyenne, à 500 trillions de vibrations par seconde (J).
Dans cette ascension prodigieuse, nos sens représentent des étages très espacés, des stations placées à des distances considérables les unes des autres sur une route sans fin. Entre cesdivers étages, par exemple, entre les sons aigus et les phénomènes de la chaleur et de la lumière, puis de ceux-ci jusqu’aux zones vibratoires affectées par les rayons cathodiques, il y a pour nous comme des abimes. Mais ces abîmes, vides et obscurs en apparence, ne seraient ils pas comblés pour des êtres doués de sans plus subtils ou plus nombreux
(1) Le grand physicien W. Crookes a établi une classification d’après laquelle les vibrations sonores sont réparties du 5 e au i5° degré, suivant l’intensité et la tonalité. L’électricité et l’aimantation varient du 20 e au 35 e degré. Du /j5 e au 5o% on rencontre la chaleur et la lumière. Au delà du 58 e degré, les ondulations cathodiques se manifestent. Mais, dans les intervalles, de grandes régions d'énergies restent inexplorées, inaccessibles à nos sens.
que les nôtres ? Entre les vibrations perçues par 1 ouïe et celles qui impressionnent notre vue, n’y a-t-il que néant dans le domaine des forces et de la vie universelle?
11 serait peu sensé de le croire, car tout dans la nature se succède, s’enchaîne et se déroule, d’anneau en anneau, par des transitions graduées. Nulle part, il n’y a de saut brusque, de vide, d’hiatus. Ce qui se dégage de ces considérations, c’est simplement l’insuffisance de notre organisme, trop pauvre pour percevoir tous les modes de l'énergie.
Ce que nous disons des forces en action dans l’univers s’applique également à l’ensemble des êtres et des choses, sous leurs formes diverses, à leurs dilïérents degrés de condensation ou de raréfaction.
Notre connaissance de l’univers se restreint ou s’élar git selon le nombre et la tinesse de nos sens. Notre organisme actuel ne nous permet d’embrasser qu’un cercle très limité de l’empire des choses. La plupart des formes de la vie nous échappent. Mais qu’un sens nouveau vienne s'ajouter à nos sens, et aussitôt l’invisible se révèle, le vide se peuple, la morne insensibilité s’anime.
Nous pourrions même posséder des sens dilïérents qui changeraient totalement, par leur structure anatomique, la nature de nos sensations actuelles, de manière à nous faire entendre les couleurs et goûter les sons. Il suffirait pour cela qu’aux lieu et place de la rétine, un faisceau de nerfs put relier le fond de l’œil à l’oreille.
Dans ce cas, nous entendrions ce que nous voyons.
LA MÉDIUMNITÉ
Au lieu de contempler le ciel étoilé, nous percevrions l'harmonie des sphères, et nos connaissances astronomiques n’en seraient pas moins exactes pour cela. Si nos sens, au lieu d’être séparés les uns des autres, étaient réunis, nous ne posséderions plus qu’un seul sens général qui percevrait à la lois les divers genres de phénomènes.
Ces considérations, déduites des observations scientifiques les plus rigoureuses, nous démontrent l'insuf fisancedes théories matérialistes. Celles-ci veulent fonder l’édifice des lois naturelles sur l’expérience acquise à l’aide de notre organisme actuel, alors qu'avec une organisation plus parfaite, cette expérience serait tout autre.
En effet, par la seule modification de nos organes, le monde, tel que nous le connaissons, pourrait se transformer et changer d’aspect, sans que la réalité totale des choses en fût atteinte. Des êtres constitués de manière différente pourraient viyre dans le même milieu sans se voir, sans se connaître.
Et si, par suite du développement organique de certains de ces êtres, dans leurs divers milieux appropriés, leurs moyens de perception leur permettaient d’entrer en relations avec ceux dont l’organisation est différente, il n’y aurait là rien de surnaturel ni de miraculeux, mais simplement un ensemble de phénomènes naturels, soumis à des lois encore ignorées de ceux de ces êtres moins favorisés sous le rapport de la connaissance.
Or, c’est précisément ce qui se rapports avec les esprits des homr
tous les cas où un médium peut servir d’intermédiaire entre les deux humanités, la visible et l’invisible. Dans les phénomènes spirites, deux mondes, dont l’organisation et les lois reconnues sont différentes, entrent en contact, et sur cette ligne, sur cette frontière qui les séparait, mais qui s efface, le penseur debout, anxieux, voit s’ouvrir des perspectives inünies. Il voit se dessiner les éléments d’une science de l’univers beaucoup plus vaste et plus complète que celle du passé, quoiqu’elle en soit le prolongement logique; et cette science ne vient pas détruire la notion des lois actuellement connues, mais l'élargit dans de vastes proportions, car elle trace à l’esprit humain la voie sûre qui le conduira à la conquête des connaissances et des pouvoirs nécessaires pour assurer sa tâche présente et sa destinée à venir.
Nous venons de parler du rôle des médiums. Le médium est l’indispensable agent à l’aide duquel se produisent les manifestations du monde invisible.
Nous avons constaté l’impuissance de nos sens dès qu’on les applique à l’étude des phénomènes delà vie. Dans les sciences expérimentales, il a fallu bien vite recourir à des instruments pour suppléer à cette faiblesse de l’organisme humain et élargir notre champ d observation. C’est ainsi que le télescope et le microscope nous ont révélé l’existence de 1 infiniment grand et de l infiniment petit.
A partir de l’état gazeux, la matière échappait à nos
LA MÉDIUMNITÉ
rsens. Les tubes de Crookes, les plaques sensibles, nous permettent de poursuivre nos études dans le
• domaine longtemps inexploré de la matière radiante.
Là s’arrêtent, pour le moment, les moyens d’investigation de la science. Cependant, au delà, on entrevoit des états de la matière et de la force qu’un outillage perfectionné nous rendra familiers, un jour ou d'autre.
Où les moyens artificiels manquent encore, certains
• êtres humains viennent apporter, dans l étude des phénomènes vitaux, le concours de facultés précieuses.
C’est ainsi que le sujet hypnotique a été l’instrument
• qui a permis de sonder les profondeurs encore mystérieuses du moi humain, de se livrer à une analyse
•minutieuse de tous les modes de sensibilité, de tous des aspects de la mémoire et de la volonté.
Le médium, à son tour, vient jouer un rôle essentiel dans l’étude des phénomènes spirite^. Participant à la fois, par son enveloppe fluidique à la vie de l’espace, par son corps physique à la vie terrestre, il est 1 intermédiaire obligé entre les deux mondes.
L’étude de la médiumnité est donc étroitement liée à tous les problèmes du spiritisme; elle en est la clef même. L’important, dans l’examen des phénomènes, •est de distinguer la part qu il faut attribuer à 1 organisme et à la personnalité du médium et celle qui provient d’une intervention étrangère, puis de préciser la nature de cette intervention.
L’esprit, séparé par la mort de la matière grossière, jie peut plus agir sur celle-ci, ni se manifester dans le
DANS L’iNVISIBLE
milieu humain sans le secours d une force, d’une énergie qu’il emprunte à l’organisme d'un être vivant. Toute personne susceptible de fournir, d’extérioriser cette force, est propre à jouer un rôle dans les manifestations physiques . déplacement d’objets sans contact, apports, coups frappés, tables tournantes, lévitatations, matérialisations. C’est là la forme la plus commune, la plus répandue, de la médiumnité. Elle ne nécessite aucun développement intellectuel, aucun avancement moral. Elleest une simple propriété physiologique qu’on rencontre chez des personnes de toutes conditions. Dans toutes les formes inférieures de la médiumnité, le sujet est comparable, soit à un accumulateur de force, soit à un appareil télégraphique ou téléphonique, transmetteur de la pensée de l’opérateur.
La comparaison est d’autant plus exacte que la force psychique s’épuise comme toutes les forces non renouvelées; l’intensité des manifestations est en raison directe de l’état physique et mental du médium. Ce serait une erreur de considérer celui ci comme un hystérique ou un malade; c’est simplement un être doué de pouvoirs plus étendus ou de perceptions plus affinées qu’aucun autre.
La santé du médium nous paraît être une des conditions de sa faculté. \ous connaissons un grand nombre de médiums jouissant d’une santé parfaite; nous avons même remarqué un fait significatif, c’est que, lorsque la santé s’altère, les phénomènes s’affaiblissent et même cessent de se produire.
La médiumnité présente des variétés presque infinies. depuis les formes les plus vulgaires jusqu’aux
lï w * v vr. ^
manifestations les plus sublimes. Elle n’est jamais identique chez deux individus et se diversifie suivant les caractères et les tempéraments. A un degré supérieur, elle est comme un rayon du ciel éclairant les tristesses humaines, dissipant les obscurités qui nous environnent.
La médiumnité à effets physiques est généralement utilisée par desesprits d’un ordre vulgaire. Ellenécessite un contrôle attentif et soutenu. C’est par la médium nité à effets intellectuels : écriture et inspiration, que nous parviennent habituellement lesenseignementsdes esprits élevés. Pour produire de bons effets, elle exige des connaissances assez étendues. Plus le médium est instruit et doué de qualités morales, plus il offre de ressources aux esprits. Dans tous les cas, le sujet n’est qu’un instrument, mais celui-ci doit être approprié au rôle qui lui est dévolu. Un artiste, si habile soit-il, ne tirera jamais qu’un parti médiocre d’un instrument incomplet. Il en est de même de l’esprit vis-à vis du médium intuitif, chez lequel un jugement sûr, une claire intelligence, le savoir même, sont des conditions essentielles.
Il est vrai qu’on a vu des sujets écrire en des langues inconnues ou traiter des questions scientifiques et abstraites, bien au dessus de leur portée. Ce sont là des cas rares qui nécessitent de grands efforts de la part des esprits. Ceux ci préfèrent recourir à des intermédiaires assouplis, perfectionnés par l’étude, susceptibles de les comprendre et d’interpréter fidèlement leurs pensées.
Dans cet ordre de manifestations, les invisibles agis-
sent sur l’intellect du sujet et projettent leurs idées dans son entendement. Parfois, les pensées se mêlent; celles des esprits revêtent une forme, une expression où on trouve reproduits le langage habituel et le style du médium. Là encore, un examen scrupuleux s impose. Toutefois il sera facile à l'observateur de dégager de l’insignifiance des nombreux messages et de rapport personnel des sujets, l'œuvre des esprits avancés dont les communications portent un caractère de grandeur, un cachet de vérité bien au-dessus des possibilités du médium.
Dans les phénomènes de la trance ou du somnambulisme, à leurs divers degrés, les sens psychiques viennent se substituer aux sens matériels. Les moyens de perception et d'activité s’accroissent dans des proportions d’autant plus considérables que le sommeil est plus profond et le dégagement périsprital plus complet.
Dans cet état, le corps physique ne perçoit plus; il sert simplement de transmetteur lorsque le médium peut encore traduire ses sensations. Ce phénomène se produit déjà dans l’extériorisation partielle. A l’état de veille,sous l iniluence occulte, l’enveloppe fluidique du sujet se dégage et rayonne de telle sorte que, tout en restant liée étroitement au corps, elle commence à percevoir les choses cachées à nos sens extérieurs; c'est l’état de clairvoyance ou double vue, la vision à distance à travers les corps opaques, l’audition,la psychométrie, etci
A des degrés plus élevés, à l’état d’hypnose, l’extériorisation s’accentue jusqu’au dégagement complet.
LA MÉDIUMNITÉ
L’àme, détachée de sa prison charnelle, plane sur la nature; ses modes de perception, soudain recouvrés, lui permettent d’embrasser un cercle immense et de se transporter avec la rapidité de la pensée. A cet ordre de phénomènes se rattache l'état de trance qui rend possible l’incorporation d'esprits désincarnés dans l’enveloppe du médium, restée libre, comme un voyageur pénètre dans une demeure inhabitée.
Les sens psychiques, inactifs à l’état de veille chez la plupart des hommes, peuvent cependant être utilisés. 11 suffit pour cela de s’abstraire des choses matérielles, de fermer ses sens physiques à tout bruit, à toute vision extérieure, et, par un etlort de volonté, d’interroger ce sens profond, en qui se résument toutes nos facultés supérieures et que nous appelons le sixième sens, 1 intuition, la perception spirituelle. C’est par lui que nous entrons en contact direct avec le monde des esprits, plus facilement que par tout autre moyen; car ce sens ^st un attribut de l ame, le fond même de sa nature, et se trouve en dehors de la portée des sens matériels, dont il diffère absolument.
Ce sens, le plus beau de tous, la science l’a méconnu jusqu’ici, et c’est pourquoi elle est restée dans l’ignorance de tout ce qui touche au monde invisible. Les règles qu’elle applique au monde physique seront toujours insuffisantes quand on voudra les étendre au monde des esprits. Pour pénétrer celui-ci, il faut avant toutcomprendre que nous sommes esprits nous mêmes *et que nous ne pouvons entrer en rapport avec l'univers spirituel que par les sens de l’esprit.
DANS I. INVISIIU.E
\ . — Éducation et rôle des médiums.
Rien de grand ne s’acquiert sans peine. Une lente et laborieuse initiation est imposée à ceux qui recherchent les biens supérieurs. Comme toutes choses, la formation et l’exercice de la médiumnité rencontrent des difficultés déjà signalées bien des fois; il nous paraît nécessaire d’y revenir et d insister, afin de mettre les médiums en garde contre les fausses interprétations, contre les causes d’erreur et de découragement.
J)ès que les facultés du sujet, assouplies par un travail préparatoire, commencent à donner des résultats, c’est presque toujours au moyen de rapports établis avec les éléments inférieurs du monde invisible.
Une foule d’esprits nous entoure, toujours avides de se communiquer aux humains. Cette foule est surtout composée d’âmes peu avancées, d’esprits légers, parfois mauvais, que la densité de leurs fluides retient enchaînés à notre monde. Les intelligences élevées, aux lluides subtils, aux pures aspirations, ne restent pas confinées dans notre atmosphère après la séparation charnelle. Elles montent plus haut, vers les milieux que leur degré d’avancement leur assigne. Elles en redescendent souvent, il est vrai, pour veiller sur les êtres aimés; elles se mêlent à nous, mais seulement pour un but utile et dans des cas importants.
IJ en résulte que les débutants ne recueillent guère que des communications sans valeur, des réponses
ÉDUCATION ET RÔLE DES MEDIUMS
plaisantes, triviales, parfois inconvenantes, qui les rebutent et les découragent.
En d'autres cas, le médium inexpérimenté reçoit, parla table ou le crayon (1), des messages signés de noms célèbres, renfermant des révélations apocryphes qui captent sa confiance et le remplissent d’enthousiasme. L’inspirateur invisible, connaissant ses cotés faibles, flatte son amour-propre et ses vues, surexcite sa vanité en le comblant d'éloges et en lui promettant des merveilles. Il le détourne peu à peu de toute autre influence, de tout contrôle éclairé, et le porte à s'isoler dans ses travaux. C’est le début d’une obsession, d'un accaparement qui peut conduire le médium à des résultats déplorables.
Ces écueils ont été signalés dès le début du spiritisme par Allan Kardec ; cependant, nous voyons encore tous les jours des médiums se laisser entraîner aux suggestions des esprits trompeurs et devenir victimes de mystifications qui les rendent ridicules et rejaillissent sur la cause qu'ils croient servir.
Bien des déceptions et des déboires seraient évités, si l’on comprenait que la médiumnité traverse des phases successives et que, dans sa première période de développement, le médium est surtout assisté par des esprits d’ordre inférieur dont les lluiries, encore imprégnés de matière, s’adaptent mieux aux siens et sont appropriés à ce travail d’ébauche, plus ou moins prolongé, auquel toute faculté est soumise.
(i) Voir, chapitre X, les procédés à employer pour devenir médium.
DANS l’iNVISIULE
Ce n’est <|ue plus tard, lorsque la faculté médianimique est suffisamment développée, assouplie, l'instrument rendu maniable, que les esprits élevés peuvent intervenir et l’utiliser pour un but intellectuel et moral.
La période d'exercice, de travail préparatoire, parfois si riche en manifestations grossières et en mystifications, est donc une phase normale du développement de la médiumnité ; c'est une école où notre patience et notre jugement s’exercent, où nous apprenons à nous familiariser avec la manière d’agir des habitants de l’au-delà.
Durant ce temps d’epreuve et d’étude élémentaire, le médium devra se tenir sur ses gardes, ne jamais se départir d’une prudente réserve. Il devra éviter avec soin les questions oiseuses ou intéressées, les plaisanteries, tout ce qui a un caractère frivole et attire les •esprits légers.
Il ne faut pas se laisser rebuter par la médiocrité des premiers résultats, par l’indifférence apparente et l abstention de nos amis de l’espace. Médiums débutants, soyez assurés que l’on veille sur vous, que votre persévérance est mise à l’épreuve. Lorsque vous serez parvenus au point voulu, des influences plus hautes descendront sur vous et continueront votre éducation psychique.
Ne recherchez pas la médiumnité dans un but de simple curiosité ou de pur amusement, mais voyez-y un don du ciel, une chose sacrée que vous devez utiliser avec respect pour le bien de vos semblables. Élevez vos pensées vers les âmes généreuses qui travaillent
ÉDUCATION ET ROLE DES MEDIUMS
<ui progrès de l'humanité ; elles viendront à vous, elles vous soutiendront et vous protégeront. Grâce à elles, les difficultés du début, les déceptions inévitables que vous subirez n’auront pas de conséquences fâcheuses ; -elles éclaireront votre raison, elles développeront vos forces ftuidiques.
La bonne médiumnité se forme lentement, dans l’étude calme, silencieuse, recueillie, loin des plaisirs mondains, loin du bruit des passions. Après une période de préparation et d'attente, le médium recueille le fruit de ses persévérants efforts ; il reçoit des esprits élevés la consécration de ses facultés, mûries dans le sanctuaire de son âme, à l’abri des suggestions de l'orgueil. S'il garde dans son cœur la pureté d’acte et d’intention, il deviendra, avec l’assistance de ses guides, un coopérateur utile dans l’œuvre de régénération -qu’ils poursuivent.
Dès que la première phase de développement de ses facultés s’achève, l’important, pour un médium, est de s’assurer la protection d’un esprit bon, élevé, qui le guide, l’inspire, le préserve de tout danger.
Le plus souvent, c’est un parent, un ami disparu qui remplit près de lui cet office. Un père, une mère, une épouse, un enfant, s’ils ont acquis l’avancement -et l'expérience nécessaires, peuvent nous diriger dans la pratique délicate de la médiumnité. Mais leur pouvoir est mesuré à leur degré d’élévation, et leur sollicitude, leur tendresse, ne suffisent pas toujours à nous
garantir des agissements des esprits inférieurs.
Il faut louer les médiums qui ont su, par leur foi profonde et leur désintéressement, s’attacher des esprits d’élite et participer à leur mission. Pour arra cher ces esprits aux régions heureuses, pour les décider à se plonger dans notre épaisse atmosphère, il faut leur présenter des aptitudes, des qualités remarquables.
Cependant, leur ardent désir de travaillera la rénovation du genre humain rend cette intervention bien moins rare qu’on ne pourrait le supposer. Des centaines d’esprits supérieurs planent au-dessus de nous et dirigent le mouvement spiritualiste, inspirant, contrôlant les médiums, répandant sur les groupes, sur les hommes d’action, les vibrations de leur volonté, le rayonnement de leur génie.
Je connais plusieurs groupes qui possèdent une assistance de cet ordre. Par la plume, par les lèvres des médiums, les esprits-guides font entendre leurs instructions, leurs exhortations; et malgré les imperfections du milieu, malgré les ombres qui affaiblissent et voilent les radiations de leur pensée, c’est toujours un charme pénétrant, une joie du cœur, un réconfort, que de goûter la beauté de leurs enseignements écrits, d’entendre les accents de leurs voix qui nous parviennent comme un écho lointain des sphères célestes.
La descente sur notre monde terrestre est un acte d’abnégation et une cause de souffrance pour l’esprit élevé. Nous ne saurions trop admirer et reconnaître la générosité de ces âmes qui ne reculent pas
ÉDUCATION K T RÔLE DES MEDIUMS
devant le contact des fluides grossiers, semblables en cela à ces nobles femmes, délicates sensitives, qui, par charité, pénètrent dans des milieux répugnants pour y porter secours et consolations.
Que de fois n'avons-nous pas entendu dire à nos guides, au cours de séances d’étude : « Lorsque, du sein des espaces, nous venons vers vous, tout se restreint, se rapetisse, se rétrécit peu à peu. Là-haut, nous jouissons de moyens d'action que vous ne pouvez comprendre ; ces moyens s'affaiblissent aussitôt que nous entrons en rapport avec le milieu humain. »
Dès qu’un de ces grands esprits descend à notre niveau, dès qu’il séjourne dans nos régions obscures, une impression de tristesse l'envahit ; il ressent comme un amoindrissement, une diminution de sa puissance et de ses perceptions. C’est par un exercice constant de sa volonté, avec l aide des forces magnétiques puisées dans l'espace, qu'il s’habitue à notre monde et y poursuit l'accomplissement des missions qui lui sont assignées.
Car tout est réglé dans l’œuvre providentielle en vue de l’enseignement graduel et du progrès de l’humanité. Les esprits missionnaires et instructeurs viennent, au moyen des facultés médianimiques, révéler les vérités que notre degré d’évolution nous permet de saisir et de comprendre. Ils développent, dans le milieu terrestre, les hautes et pures conceptions de la divinité ; ils nous conduisent pas à pas vers une compréhension plus vaste du but de l’existence et des destinées humaines. Il ne faut pas
DANS L’IN VIS!IiLK
attendre de ces esprits les preuves banales, les démonstrations d’identité que tant d'expérimentateurs réclament; mais de nos entretiens avec eux se dégagera une impression de grandeur, d’élévation morale, une irradiation de pureté, de charité, qui surpassera de beaucoup toutes les preuves matérielles et constituera la meilleure des preuves morales.
Les esprits supérieurs lisent en nous; ils connaisnaissentnos intentions et tiennent peu de compte de nos caprices, de nos fantaisies. Pour répondre à nos appels et nous prêter assistance, ils exigent, de noire part, une volonté ferme, soutenue, une foi élevée, un désir ardent de nous rendre utiles. Ces conditions réunies, ils se rapprochent de nous ; un lent travail d’adaptation de leurs fluides aux nôtres commence, souvent à notre insu. Ce sont les préliminaires obligés de toute relation consciente. A mesure que l’harmonie des vibrations s’établit, la communication se précise sous des formes appropriées aux aptitudes du sujet : vision, audition, écriture, incorporation.
Peu soucieux de donner satisfaction à des vues matérielles et intéressées, les esprits supérieurs se complaisent près des hommes qui recherchent dans l’étude un moyen de perfectionnement. La pureté de nos sentiments accroît leur influence, facilite leur action.
D’autres espri ts de moindre rang, dans le dévouement de leur cœur, s’attachent à nous et nous suivent jusqu’au terme de notre pèlerinage terrestre. Ce sont les génies familiers ou esprits-gardiens. Chaque homme a le sien. Ils nous guident au milieu des épreuves, avec une patience et une bonté admirables, sans jamais se
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Basser. Les médiums doivent recourir à la protection <le ces amis invisibles, presque toujours des membres avancés de notre famille spirituelle, avec qui nous «avons vécu autrefois en ce monde. Ils ont accepté la mission, parfois ingrate, de veiller sur nous ; à travers nos joies et nos afflictions, nos chutes et nos relève- .ments, ils nous conduisent vers une vie meilleure, où nous nous trouverons rassemblés pour une même tâche «et dans un même amour.
Il existe en chaque être humain des rudiments de tmédiumnité, des facultés en germe qui peuvent se développer par l’exercice. Pour le plus grand nombre, un long et persévérant travail est nécessaire. Chez certains, ces facultés apparaissent dès l’enfance, et atteignent sans efforts, avec les années, un haut degré de perfection. Pans ce cas, elles sont/le résultat des .acquis antérieurs, le fruit des travaux accomplis sur la terre ou dans l’espace, fruit que nous apportons en renaissant.
Parmi les sensitifs, beaucoup ont l’intuition d’un monde supérieur, extra-terrestre, où existent, comme en réserve, des pouvoirs qu’il leur est possible d’acqué rir par une communion intime, par des aspirations élevées, pour les manifester ensuite sous des formes diverses, appropriées à leur nature : divination, enseignements, action curative, etc.
C’est prise dans ce sens que la médiumnité devient tune faculté précieuse, par laquelle de grands secours
peuvent être répandus, de grandes œuvres réalisées.
Ce serait pour l’humanité un puissant moyen de rénovation si tous comprenaient qu’il y a au-dessus de nous une source inépuisable de force, de vie spirituelle qu’on peut atteindre par un entraînement graduel, par une orientation constante de la pensée et de la volonté, pour s’en assimiler les ondes, les radiations et r avec leur aide, développer les facultés latentes en nous.
L’acquisition de ces forces nous arme contre le mal ; elle nous élève au-dessus des conflits matériels et nous rend plus fermes dans le devoir. Parmi les biens terrestres, aucun n’est comparable à la possession de ces dons Portés à leur plus haut degré, ils font les grands missionnaires, les rénovateurs, les grands inspirés.
Comment pouvons-nous acquérir ces puissances, ces facultés supérieures ? En ouvrant notre âme, par la volonté et la prière, aux influences d’en haut. Tout dépend de nous et de notre état d’esprit. De même que nous ouvrons les issues de notre demeure pour y faire pénétrer les rayons du soleil, de même, par nos élans et nos aspirations, nous pouvons ouvrir notre être intérieur aux eflluves célestes.
C’est ici que se révèle l’action bienfaisante de la prière. Par la prière, courte, humble, fervente, Lame se dilate et s’ouvre aux radiations du foyer divin. La prière, pour être efficace, ne doit pas être une récitation banale, une formule apprise, mais plutôt un appel du cœur, un acte de la volonté qui attire à elle le fluide universel, les vibrations du dynamisme divin. Ou bien encore, il faut projeter son âme, s’extérioriser
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par un élan puissant, et, suivant l'impulsion donnée, entrer en communication avec les mondes éthérés.
Ainsi, la prière trace une voie lluidique par laquelle lésâmes humaines montent et les âmes supérieures s'abaissent, de telle façon qu’une communion s'établisse des unes aux autres et que l’esprit de l’homme soit illuminé et fécondé par les rayons et les forces descendues des sphères célestes.
En spiritisme, la question d'éducation et d'entraînement des médiums est capitale; les bons médiums sont rares, dit-on souvent, et la science de l'invisible, privée de moyens d’action, ne progresse qu’avec lenteur.
Mais combien n’y a-t-il pas de facultés précieuses qui se perdent faute d’attention et de recherches! Combien de médiumnités gaspillées en de frivoles expériences ou qui, employées au gré du caprice, battirent que de pernicieuses inlluences et ne produisent que de mauvais fruits ! Que de médiums, inconscients de leur rôle et de la valeur du don qui leur est fait, laissent inutilisées des forces capables de concourir à l’œuvre de rénovation !
La médiumnité est une lleur délicate qui a besoin pour s’épanouir de précautions attentives et de soins assidus. Il lui faut la méthode, la patience, les hautes aspirations, les sentiments élevés. Il lui faut surtout la tendre sollicitude de l’esprit bon qui l'entoure de son amour, de ses lluides vivifiants. Mais, presque toujours, on veut lui faire produire des fruits hâtifs, et
dès lors elle s’étiole, elle se dessèche sous le souffle des esprits arriérés.
Dans l'antiquité, les jeunes sujets révélant des ap titudes spéciales étaient retirés du monde, placés horsde toute influence dégradante, dans des lieux consacrés au culte, environnés de tout ce qui pouvait élever leur pensée et leur cœur, développer en eux le sens du beau. Telles étaient les vierges-vestales, les druidesses, lessibylles, etc.
Il en était de même des écoles de prophètes et voyants de la Judée, placées loin du bruit des villes. Dans le silence du désert, dans la paix des cimes,, les initiés savaient attirer à eux les influences supérieures et interroger l’invisible. Grâce à cette éducation, on arrivait à des résultats qui nous surprennent.
De tels procédés sont inapplicables aujourd’hui. Lesexigences sociales ne permettent pas toujours au médium de se consacrer comme il conviendrait à la culture de ses facultés. Son attention est détournée par les mille nécessités de la vie de famille, ses aspirations, entravées par le contact d’une société plus oui moins frivole ou corrompue.
Souvent il est appelé à exercer ses aptitudes en desmilieux imprégnés de fluides impurs, aux vibrations inharmoniques, qui réagissent sur son organisme si impressionnable et y causent le trouble, le désordre.
Il faut tout au moius que le médium, pénétré del'utilité et de la grandeur de son rôle, s’applique à accroître ses connaissances et cherche à se spiritualiser dans la plus large mesure; qu’il se crée des heures» <!e recueillement et qu’il tente, alors, par la visioa
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intérieure, de parvenir jusqu’aux choses divines, jusqu’à la beauté éternelle et parfaite. Plus l’intelligence, le savoir, la moralité, seront développés en lui, plus il deviendra apte à servir d'intermédiaire aux grandes âmes de l’espace.
Une organisation pratique du spiritisme comportera dans l’avenir la création d’asiles spéciaux, où les médiums trouveront réunis, avec les moyens matériels d'existence, les satisfactions de l’esprit et du coeur, les inspirations de l’art et de la nature, tout ce qui peut imprimer à leurs facultés un caractère de pureté, d’élévation.. en faisant régner autour d’eux une atmosphère de paix et de confiance.
Dans ces milieux, les études expérimentales pour raient donner des résultats bien meilleurs que ceux qu’on a trop souvent obtenus jusqu'ici dans des conditions défectueuses. L’intrusion des esprits légers, les tendances à la fraude, les pensées égoïstes et les sentiments malveillants s’atténueraient peu'à peu et finiraient par cesser. La médiumnité deviendrait plus régulière, plus précise dans ses applications. L’on ne verrait plus se produire aussi fréquemment ces sensations de malaise éprouvées par le sujet, ces périodes de suspension des facultés psychiques et même leur disparition complète par suite d’un mauvais emploi.
Les spiritualistes d’outre-mer songent à créer, dans plusieurs des grands centres américains, des homes ou édifices comprenant un certain nombre de salles appropriées aux diflérents genres de manifestations el munies d’appareils de contrôle et d’expérimentation. Chaque salle,s’imprégnant, parl'usage, du magnétisme
particulier qui couvient à ces expériences, serait allectée à un ordre spécial de phénomènes : matérialisations, incorporations, écriture, typtologie, etc. Un orgue, placé au centre de 1 édifice, répandrait dans toutes ses parties, aux heures des séances, de puissantes vibrations, afin d’établir dans les lluides en action et dans la pensée des assistants l’unité et l'harmonie si nécessaires. La musique, en ellet, exerce une influence souveraine sur les manifestations, qu elle facilite et rend plus intenses, comme l’ont reconnu nombre d'expérimentateurs.
On ne peut qu’approuver ces vues et en souhaiter la réalisation en tous pays, car elle serait de nature à donner une impulsion vigoureuse aux études psychiques et à faciliter, dans une large mesure, cette communion des vivants et des morts par laquelle s’aflirment tant de vérités d’une valeur incalculable, capables, en se diffusant à travers le monde, de rénover la science et la foi.
L’important, avons-nous dit, pour le médium, est de s’assurer une protection efficace. L’aide d’en haut est toujours proportionnée au but que nous nous assignons, aux efforts que nous faisons pour la mériter. Nous sommes aidés, soutenus, suivant l’importance des missions qui nous incombent en vue de l'intérêt général. Ces missions comportent des épreuves, des difficultés inévitables, mais toujours mesurées à nos forces, à nos aptitudes.
ÉDUCATION ET RÔLE DES MÉDIUMS
Accomplies avec dévouement, abnégation, nos tâches nous élèvent dans la hiérarchie des âmes. Négligées, méconnues, irréalisées, elles nous font redescendre l’échelle de progression. Toutes entraînent des responsabilités. Depuis le père de famille qui inculque à ses chers petits les notions élémentaires du bien, l’éducateur de la jeunesse, l’écrivain moraliste, jusqu’à l’orateur qui cherche à entraîner les foules vers les sommets de la pensée, chacun a sa mission à remplir.
Il n’en est pas de plus noble, il n’est pas de plus grand honneur, que d'être appelé à répandre, sous l'inspiration des puissances invisibles, la vérité dans le monde, à faire entendre aux hommes l’écho affaibli des appels divins, les conviant tous à l’ascension vers la lumière et la perfection. Tel est le rôle de la haute médiumnité.
Nous parlons de responsabilité. Il est nécessaire d’insister sur ce point. Trop de médiums recherchent dans l’application de leurs facultés dçs satisfactions d’amour-propre ou d’intérêt. Ils négligent d’apporter dans leur œuvre ce sentiment grave, réfléchi, presque religieux qui est une des conditions du succès. Ils oublient trop souvent que la médiumnité est un des moyens d’action par lesquels s’exécute le plan divin et qu’ils n’ont pas le droit d'en disposer au gré de leur fantaisie.
Tant que les médiums ne se seront pas pénétrés de l'importance de leur rôle et de l’étendue de leurs devoirs, il y aura, dans l’exercice de leurs facultés, une source d’abus et de maux. Les dons psychiques, détournés de leur but éminent, utilisés pour des intérèls
médiocres, personnels et vains, se retournent contre leurs possesseurs en attirant à eux, au lieu des génies tutélaires, les puissances malfaisantes de l’au-delà.
En dehors des conditions d’élévation de pensée, de moralité et de désintéressement, la médiumnité peut devenir un danger. Mais par une ferme volonté dans le bien, par ses aspirations vers le divin, le médium s’imprègne de fluides épurés ; une atmosphère protectrice se forme autour de lui, l’enveloppe, le garantit des erreurs et des pièges de l'invisible.
Et si, par son zèle et sa foi, par la pureté de son âme où aucun mobile intéressé ne se glisse, il obtient l’assislance d’un de ces esprits de lumière, détenteurs des secrets de l’espace, qui planent au-dessus de nous et rayonnent sur nos faiblesses; si cet esprit devient son protecteur, son ami, son guide, par lui il sentira une force inconnue pénétrer tout son être, une flamme s’allumer sur son front. Tous ceux qui participeront à ses travaux et en recueilleront les fruits sentiront leur intelligence et leur cœur se réchauffer aux radiations de cette âme supérieure ; un souffle de vie emportera leur pensée vers les hautes régions de l'infini.