‹ Dans l'invisibleChapitre 9 sur 57 · COMMUNION DES VIVANTS ET DES MORTS · texte numérisé non relu

COMMUNION DES VIVANTS ET DES MORTS

lointains, des rapports ont existé entre le monde des vivants et le inonde des esprits.

Si nous interrogeons les Yédas de l'Inde, les temples de l’Egypte, les mystères de la Grèce, les enceintes de pierre de la Gaule, les livres sacrés de tous les peuples, partout, dans les documents écrits, dans les monuments et les traditions, nous trouverons l'affirmation d’un fait qui a persisté à travers les vicissitudes des temps; et ce fait, c'est la croyance universelle aux manifestations des âmes délivrées de leurs corps terrestres. Nous verrons ces manifestations mêlées d'une manière étroite et constante à l’évolution des races humaines, à tel point qu’elles sont inséparables de l’histoire de l’humanité.

C'est d'abord le culte des ancêtres, l'hommage rendu aux mânes des héros et aux lares, génies tutélaires du foyer. On leur érige des autels ; on leur adresse des invocations; puis le culte s’étend à toutes les âmes aimées : à l'époux, à l’enfant, à l’ami défunt. Selon Lucain, les ombres des morts se mêlent aux vivants. Elles glissent dans nos rues et dans nos demeures; elles apparaissent, elles parlent, dans la veille comme dans le rêve, et dévoilent l’avenir. La télépathie, la prémonition, la psychographie, les matérialisations abondent partout et toujours.

A Delphes, à Eleusis, l’Esprit inspire la pythie frémissante et lui dicte ses oracles. Aux rivages d’Ionie> sous la blancheur des marbres, au murmure des flots bleus, Pythagore enseigne aux initiés les divins mystères et, parla bouche de Théocléa endormie, converse avec les génies invisibles.

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A Endor, l’ombre de Samuel répond aux appels de Saül. Un génie avertit César, la veille de sa mort, de ne point aller au Sénat, et plus tard, lorsque Domitien tombe sous le fer des conjurés, de l’extrémité de l'Empire, Apollonius de Tyane, dans une vision, assiste à ce drame sanglant.

Dans les cercles de pierre de la Gaule, sous la voûte sombre des chênes ou dans les îles sacrées autour desquellesl’Océan gronde et écume,jusque dans les temples du Centre-Amérique, la communion des âmes est pratiquée. Partout la vie interroge la mort et la mort répond.

Sans doute, les abus, les superstitions puériles, les sacrifices superflus se mêlent au culte des invisibles; mais, dans ce commerce intime, les humains puisent des forces nouvelles. Ils savent qu’ils peuvent compter sur la présence et l'appui de ceux qu’ils aimaient. Cette certitude les rend plus fermes dans l’épreuve. Ils apprennent à ne plus redouter la mort.

Les liens de famille en sont étroitement resserrés. En Chine, dans l'Inde, au pays celtique, on se réunit à jour fixe ans la « chambre des ancêtres ». Les médiums son nombreux, leur foi est vive, leurs facultés variées et puissantes, et les phénomènes obtenus dépassent en intensité tout ce que nous voyons de nos jours.

A Home, des cérémonies publiques étaient instituées en l'honneur des morts. On se rendait en foule à l’entrée de quelque grotte. Les sibylles se livraient aux incantations et, des lieux obscurs, disent les écrivains du temps (1), comme aujourd'hui des cabinets de ma

(1) Tacite, Ilist. ; Suétone, Auguste ; Pline le Jeune, Lettres ,

térialisation, on voyait les ombres surgir, paraître à la lumière. Parfois même, les compagnons, les amis du passé, reprenaient, pour un moment, leur place à la table et au foyer communs.

Dans les mystères orphiques, disent Porphyre et Proclus(l), les âmes des défunts apparaissent sous la forme humaine et s'entretiennent avec les assistants. Ils leur enseignent la succession des existences et l’ascension finale de l’esprit dans la lumière divine par des vies pures et laborieuses. Ces entretiens communiquaient aux initiés une foi profonde en l’avenir. Ils leur procuraient une force morale, une sérénité incomparables; ils entraînaient leur pensée vers les régions sublimes où le génie grec s’est complu.

Mais voici l’époque de décadence, l’abaissement des études, les intrigues sacerdotales, les rivalités des puissants et, finalement, les grandes invasions, la ruine et la mort des dieux.

Un vent de barbarie souffle sur les mystères sacrés. Les esprits, les génies tutélaires ont fui. La divine Psyché,bannie de ses autels,est remontée aux célestes espaces. Une à une, les lumières des temples s’éteignent. La grande nuit, une nuit de dix siècles, se fait sur la pensée humaine.

Cependant, le christianisme est venu. Lui aussi s’appuie sur les manifestations d'outre-tombe. Le Christ marche dans la vie, entouré d’une foule invisible dont la présence se révèle en tous ses actes. Lui-même,

liv. VIII; Cicéron, De Divinalione, 2; Apulée, De Gen. Socral Ammien Marcellin, ///s/., I, 20 c. 6, p. 267.

(1) Commentaires de La République, de Platon.

cas

après sa mort, apparaîtra à ses disciples consternés, et sa présence ranimera leur courage. Pendant deux siècles, les premiers chrétiens communiqueront ouvertement avec les esprits des morts et recevront d’eux des instructions (1). Mais bientôt l’Église, inquiète des ingérences occultes,souvent en opposition avec ses vues, cherchera à les empêcher. Elle interdira aux fidèles tous rapports avec les esprits, se réservant le droit exclusif de provoquer et d’interpréter les phénomènes.

Pourtant, la religion du Christ apporte avec elle une notion nouvelle : l’utilité de la douleur, divinité bienfaisante et purificatrice, dont le monde païen n’a pas compris tout le rôle. Par là, l’àme luttera avec plus de succès contre la malière et vaincra la sensualité. Cette lutte est de toute la vie dont le but est le triomphe de Tesprit sur le corps et la conquête de la vertu. Quelques-uns, clercs ou laïques, acquerront la puissance de la foi qui domine les sens et emporte l’âme au-dessus des régions terrestres vers les sphères où la pensée se dilate et s'exalte.

C’est là encore un moyen de pénétration dans l’invisible. L’âme, détachée des choses humaines, dans la contemplation et l’extase, communie avec les puissances supérieures et leur prête les formes angéliques ou divines familières à sa croyance. Ces phénomènes, simple loi de la nature,l’Église verra en eux des miracles et se les appropriera. Les autres manifestations des morts seront considérées comme diaboliques et conduiront les voyants au supplice. Sous la cendre des

(1) Léon Déni*, Christianisme et Spiritisme, ch. V.

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