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AUTRES SERMONS

Pour mettre en garde.

DE VANITATE i

Enfin, nous allons donc pouvoir respirer un peu ; la dernière du cirque Molier pour femmes du monde et le bal rose et blanc de lady Caithness pour femmes de l'autre... monde (en tout bien tout honneur, je parle du monde des esprits et de la théosophie) ont clos ce qu'on est convenu d'appeler la saison; à partir d'aujourd'hui quiconque se respecte ne peut plus être rencontré aux Acacias ni sur le boulevard : Gontran de Pikasieth vient de prendre un abonnement de trois mois au Gaulois, où ses déplacements de l'été, dûment enregistrés en belle page, feront trois mois durant rêver les filles de son concierge, et, pas avant le 10 août au

1 Peut être invariablement servi et prononcé en chaire tous les ans en juin après la semaine du Grand Prix.

moins^ pas avant la semaine des courses de Trouville- Banville et peut-être de celles de Dieppe, où il faut absolument être vu, nous n'entendrons plbs parler de M™« Parleydhondemoy.

En place repos, comme à l'école de peloton ; un mois de trêve nous est accordé, un mois de tranquillité d'âme et d'esprit, où nous pourrons ouvrir un journal sans être sûrs d'y trouver d'avance la description par le menu et de la dernière soirée, et du dernier dîner, et du dernier attelage, et de la dernière robe, et du dernier chapeau, et des derniers bas de soie, et de la dernière beauté de ^jmo Parleydhondemoy ! Ouf I un mois de répit bien gagné ; car depuis tout l'hiver et depuis ces derniers mois surtout, les oreilles nous ont-elles assez corné de la belle M"»» XI... Elle a été partout, on Ta citée partout, à la fête de l'Opéra, à la matinée du Trocadéro, à la représentation payante de la duchesse d'Uzès, à la bataille des fleurs, au retour du Grand Prix, chez M°« Campbell-Clarke, partout où cinq louis négligemment jetés, donnent place et entrée parmi l'élite de la société parisienne ; on ne l'a pas citée, il est vrai, à la soirée Rothschild et au ballet de Gourval, pas plus qu'à la revue des Mirlitons et à la dernière du cirque Molier ; mais c'est malignité pure, car elle avait en-

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Toyô son coupé preodre fa file des Toitures^ et des amis dignes de foi m'ont affirmé avoir reconnu chez Mn« de Gourval sa livrée stationnant en... dehors de la cour.

U^ Parleydhondemoy s'est donc, deux mois durant, habillée, déshabillée, maquillée^ poudrerizée> coiSée, empanachée, diamantée, pomponnée, promenée, pavanée, exhibée, surmenée et faite voir à toute heure du jour et de la nuit; soixante fois vingt-quatre heures durant elle a fait au Bois landau de cinq à sept et charrette anglaise de dii à midi ; elle a montré ses chevilles dans la matinée et la naissance de ses seins nus le soir; elle a inauguré le Salon, l'exposition des chiens, le pavillon des fleurs de la Ville, les Pastellistes rue de Sèze, les Abbèma rue Godot de Mauroy, elle a pleuré sur les dernières victimes, valsé à leur profit, soupe à leur bénéfice, applaudi Van Zandt, acclamé GoqueIin> approuvé Gapoul et trouvé toutes les nuits en rentrant chez elle le temps et l'énergie de rédiger sur sa toilette, ses diamants, son corsage^ sa beauté et la soirée, qu'elle enivrait de sa présence^ la petite note bien sentie que Tout- Paris a pu lire dans les colonnes des journaux à la mode.

Eh bieui voilà une petite femme dont le courage

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me dépasse et dont le mari n'est pas à plaindre... car il est inadmissible qu'à moins d*êlre le commissionnaire du coin, et encore! un mari d'aujourd'hui mène pour son propre agrément cette chienne d'existence. Il doit avoir tout le loisir de prendre du bon temps ailleurs, le prince époux de l^me parleydhondemoy.

« Pauvre femme, malheur! Quelle vie de bâton de chaise, et sans y être forcée encore 1 » soupirait naïvement, pas plus tard qu*hier> miss Nelly Eiméileure^ miss Eiméfleure, l'ornement obligé des samedis du Cirque et des mardis de l'Hippo, le plus mousseux chapeau Rembrandt de la dernière représentation Mollier, côté tendresses, miss Eiméfleure, tout aussi souvent citée dans les feuilles que la belle M""* Parleydhondemoy ; mais le cas de Nelly est tout différent. La publicité est une affaire de métier pour elle, une question de vie..* 6u de dèche. Miss Eiméfleure est un objet de commerce, et> dame, un peu de réclame cane nuit pas; et puis Nelly t^i si gentille pour les amis qui parlent d'elle^ ainsi les jours où le riche étranger ne donne pas... et puis enfin Nelly est très joliOi môme jolie... tandis que M"^'' Parleydhondemoy essentiellement vertueuse, pour les journalistes du moins (le journalisme ne s^en plaint pas ; elle dai-

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gne parfois nous admettre à sa table les lendemains de ses grands dîners à son académicien ou bien à son général) — je disais donc que M"* Parleydbondemoy estd*une beauté encore pins officieuse qu'officielle et dont les traits jusqu'ici ne ravagent pas. Non, iisneravagent pas, les traits de M"« X..., ils font peut-être rêver les lecteurs innocents qui n'ont pas celui de la connaître, mais jusqu'ici le carnage des cœurs s'arrête à l'anonymat, ce dont André se désespère. André, c'est le mari de ^mt Parleydhondemoy.

En voilà un qui s'en donne un mal pour proclamer de par le monde et la beauté de sa femme et l'esprit de sa femme et le salon de sa femme I lien est touchant, le pauvre être: il assiège les bureaux de rédaction, recueille les reporier?, couve les chroniqueurs, adopte les soiristes, invite Pierre à dtner, Paul à déjeuner^ le baron a ses chasses ; un véritable agent de publicité au service de madame ; un montreur, un cornac, monsieur Parîeydhondelle, et non Parleydhondemoy, mais qui doit après chaque tournée, j'allais écrire électorale, toucher la forte somme chez le notaire de madame; car vous Tavez deviné, c'est madame qui a le sac. Prudemment mariée sous le régime dotal, elle ne tient pas pour cela monsieur en laisse, c'est un

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chien d'arrêt tout au plus; à lui d'attraper le succès I qu'il fasse d'elle la belle madame Une Telle, qu'il lui crée un salon, un nom, une influence^ c'est tout ce qu'elle lui demande, elle le tient quitte ; ladevise du ménage se résume en celle-ci : « Je t'ai repêché, pose-moi, » et il la pose, et il l'invente, il n'a qu'une parole, le galant homme. Ce qu'il la trompe d'ailleurs, M. Parleydhondelle 1 pas encore autant que le public, pourtant I Mais je vous en prie, ce serait trop long, ne parlons pas de ça.

Avant d'aller plus loin, je tiens à établir que je n'entreprends pas ici une campagne contre la so'^ ciété parisienne. Le monde parisien, tant celui de la haute finance que celui du Faubourg, compte^ outre bon nombre de jolies femmes, certaines personnalités d'élite, nées et douées grandes dames^ toujours prêtes à payer de leur personne, de leur influence et de leur bourse. W^* la duchesse d'Uzès en tête, dès qu'il s'agit d'une bonne œuvre à organiser ou d'une infortune à secourir : ce sont autant de nom inscrits au livre d'or de la Charité, que nous sommes trop heureux de citer et de saluer chapeau bas au passage^ Le monde des théâtres a ses célébrités de talent et de beauté, que nous avons toujours été les premiers à proclamer et applaudir.

Le monde de l'Empire contient peut-être^ lui, pas

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mal d'illustrations uo peu trop obstinées à demeurer sur la brèche, illustres belles d^antan, que la routine d^une presse quelquefois malicieuse s'oublie trop à citer à cAté des belles de Tavenir. a Elles continuent, que voulez-vous t » me disait un jour Santillane. Sans doute, mais il serait peut-être temps de terminer. Enfin, n'insultons pas même une ruine qui tombe et, comme dit le poète :

Raisonnable ou non, il faut qu'on obâsse

Aux désirs des mourants, triste et dernier caprice.

Ce que je tenais à dénoncer au lecteur, c'est cette vanité hystérique, ce démoniaque enragement de publicité et de réclame dont semble être possédée depuis quelque temps une partie de la bourgeoisie parisienne, toute une société remuante, envahissante, enfiévrée, et troublante et troublée, plus avide d'insertions et de citations que n'importe quelle petite acteuse de province, que n'importe quel chanteur mondain de chansonnettes ou quel comédien de salon affolé. On s*est beaucoup diverti, il y a quelque cinq ans, daûs la presse des faits et gestes évidemment voulus, ascensions en ballon, excursions fantaisistes, caprices esthétiques, d'une grande tragédienne, selon les uns assoiffée de réclame, d'autres ont écrit névrosée; mais l'artiste

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en question c'était qu'une petite fille auprès des belles madames X-., Y..., Z... d'aujourd'hui 1 La contagion avait gagné tout d'abord certains romanciers de la jeune école, lesquels ont paru s'être calmés depuis; maintenant l'épidémie ravage la jeune bourgeoisie. Descendez le matin l'avenue de l'Impératrice, de TArc-de-Triomphe à la grille du Bois; mêlez-vous, sans avoir l'air de rien, aux groupes des très séduisantes jeunes filles en train d'y faire la plage sous l'œil indulgent de leurs mères et, si vous le pouvez, écoulez toute cette jeunesse jabotante; il n'y est question que de la belle madame H... et delà belle madame G... Évidemment, être un jour une belle madame quelconque est le rêve qui travaille toutes ces jeunes cervelles.

Combien d'élues sur tant d'appelées? Une justice doit être pourtant rendue ; c'est dans le clan des étrangères, des jolies Brésiliennes, Chiliennes et autres petites perruches des Antilles que le sort des belles mesdames X... est surtout envié, discuté, commenté; c'est dans le monde des rastaquouères ^ eh bien oui! rastaquouères! écrivons le mot, il ne déshonore personne — que nous retrouvons les plus splendides contrefaçons de la belle madame Gauthereau.

Et ce n'est pas si difficile. Pour peu que le profil

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et le mari s'y prêtent , on se fait plus aisément qu'on ne croit la tête archimontrée d*une femme archiconnue, dont le type est une monnaie courajite et la ressemblance presque un laisser-passer. La recette en est même assez simple : un certain décolletage, une certaine façon de relever les cheveux, d'exagérer la longueur du cou, la ligne tombante des épaules, un bon coiffeur dans la confidence, la confiance de son couturier, joignez à cela soixante mille francs de rente, soixante mille francs adroitemént canalisés, qui vous permettent de suivre les premières, les concerts de gala, les pièces àl)énéfice, les expositions de cercle les soirs d'ouverture, les vendredis du Salon, les mercredis de THippique, quelques apparitions en toilette théâtrale dans des salons ouverts ou chez M^^^Âdam ou chez la bonne princesse, quelques accointances dans le monde des lettres, deux ou trois costumes à sensation dans des ventes de charité, un chapeau remarqué à Auteuil, une ombrelle impressionnante au Grand Prix, la présidence ou le secrétariat d'une association morte-née, quelques dîners friands à quatre ou cinq estomacs reconnaissants de la presse, un académicien sourd, un général myope assez poliment supporté, un sourire au baron de Vaux, une œillade à Emile André pour qu'ils ne vous oublient pas

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dans leurs notes, et tous les soirs de bal quarante tours de valse aux quarante petits coquebins des bals de lady Gaithness, tous les quarante aspirants bacheliers, et, pour peu que vous ayez dix mois durant gardé le même décoUetage et la même coiffure, le même maquillage et le même sourire, le dixième mois, vous êtes classée; de M"*» Sosie, de fausse M™® X... vous êtes passée à votre tour l^me Parleydhondemoy, étoilée de première grandeur, comme la belle M"^<» G...

Un nom ronflant, même taré, taré parfois fait mieux un mari complaisant, tout dévoué à la cause^ cent mille francs de rente, soixante suffisent, et surtout un aplomb d'enfer, l'aplomb d'enfer, Taplomb imperturbable de la femme bête, que rien ne déconcerte, ni le ridicule dont elle n'a pas conscience, ni la malignité dont elle n'a pas le soupçon, et en voilà assez pour être consacrée.

J'ai écrit femme bête. En général, M"'® Parleydhondemoy est bête. C'est toujours imprudent à une femme jeune, riche, indépendante, et qui se croit jolie, c'est toujours imprudent, inutile, dangereux, et donc bête à cette femme de vouloir informer le public de tout ce qui peut lui arriver. Outre l'incognito perdu, — Tincognilo, chose rare

dont sont si friands les vrais illustres de ce monde,

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grands-ducs en voyage et roitelets exilés, — latlention de la gâterie, c*est la liberté enchaînée, c'est la bouche fermée au caprice, les ailes coupées à la fantaisie, la porte close à Tamour, au désir, c'est l'aventure à jamais exilée, sans parler des terribles mécomptes que Ton prépare parfois à sa propre vanité.

La fièvre de plaisir^ qui posséda Paris dans les vingt ans d^empîre nous avait valu le clan des cocodettes ; les cocodettes étaient charmantes : quelques-unes ont survécu, que nous pouvons encore apprécier; c'étaient les élégantes par excellence» les spirituelles, les fantaisistes, les dépensières et les prodigues d'argent, d'entrain, de folie, de gaieté et de beauté; — le régime de ce bon maréchal nous a donné les cocosottes, — il est des épithètes malheureuses de justesse, — inutile d'insister; — dans l'an de grâce et de réclame 1888, nous ayons M"^** Parleydhondemoy appelées aussi les dindonnettes, petites volailles truffées de vanité.

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