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L’ÉVÊQUE 95 marais, sur la pêche, ele., dont nous ne pouvons donner 1ci le détail ®.
Charles d'Espinay apportat sur le siège épiscopal de Dol 1 esprit de la Renaissance ®, 11 n’est pas étonnant que dans la première partie de son épisc opal (jusqu'en 1583) on rencontre plus de traces de l’activité du comte Dol que de celle de l'évêque.
Peu de temps après son arrivée, le 20 janvier 1567, il-tint une cour solennelle dans son château, où ses vassaux vinrent lui rendre hommage. Ce faisant, il outrepassait ses ie le serment de fidélité étant réservé au roi depuis Louis XI 6 I! avait aussi une maison de campagne : le château des a en Epiniac 4. Se souvenant qu'il était d’une race d'hommes aussi artistes qu'autoritaires, il fit restaurer cette maison. Le # mai 1564 le Parlement de Bretagne entérina les lettres par lesquelles il demandait d'abattre le bois « ee le parc de la maison des Ourmes » et de refaire le pare ©. Il rebâtit aussi une aile du château qui subsiste encore et on y admire une gracieuse cheminée Renaissance, souvenir de Ch. d'Espinay.
En 1570, le roi vint à Dol. ILétait accompagné de la reine, du duc d'Anjou et de sa sœur Marguerite, des cardinaux de Bourbon et de Lorraine. Le mercredi 24 mai, ils arrivaient à Saint-Malo, venant de Dinan. Le lendemain ils assistaient à la procession du Sacre (Fête-Dieu). Le vendredi on leur donna le spectacle d'un combat naval sous l'îlot de Cézembre.
(1) Sur le regaire de Dol, voir Pouillé, I, 441 et suiv., et LA BORDERIE, Le Regaire de Dot et la Baronnie de Combourg (Bulletin de La Société Archéol. d’Ille-et-Vil.. 1862, 150-219). Sur les revenus du diocèse de Dol au XVIe siècle, voir un aveu de Ch. d’Espinay au roi, en 15% (Arch, de la Loire-Inf., B. 727) résumé par GUILLO- TIN DE CORSON (Mélanges hist., Rennes, 1873).
(2) La première renaissance y avait eu de 1482 à 1503 un illustre représentant : Thomas James dont le tombeau est l’un des premiers monuments de la renaissance italienne française. Il est de Jean Juste (1507). Sur ce tombeau, voir Bulletin du Comité des Travaux hist. et scient., Section hist. 1882, D. 449-454.
(3) DUINE, Hist. civile de Dol, p. 48-49.
(4) Les Archives Nationales possèdent le plan du château de l’évêque, comte de Dol et de sa maison des Ormes (N. IX, 5). Les Archives d’Ille-et-Vilaine possèdent un plan du premier (C. 364) (DUINE, 0p. cit., p. 181). Le château de Dol fut démoli en 1753 (DUINE, p. 132). Celui des Ormes subsiste encore
(5) Noël Du FAIL, Mémoires, bp. 259.
Le samedi 27, « après la messe, le Roy partit et s'en alla disner à Cancale; de là à Dol, puys au mont Saint-Michel » ®. Je ne sais combien de temps le roi demeura'à Dol, mais évidemment Charles d'Espinay retrouva pour recevoir le roi tous ses talents de courtisan et de poète.
La même année 1570, l'évêque de Dol entreprit de marier Claude du Châtel ® avec Nicolas d'Angennes, sieur de Rambouillet et vidamie du Mans. Il est possible que ce dernier fût un ami personnel de Charles d’'Espinay ®. Ils avaient pu se connaître à Paris où Nicolas d'Angennes était capitaine des gardes du corps de Charles IX, très lettré du reste et fort bien en cour. Mais la différence d'âge (dix-sept et cinquante-cinq ans) et de religion suffisait pour faire échouer ce projet. De plus la jeune fille était alors éprise du baron de la Moussaye qu'elle épousa peu après . Elle avait une sœur mariée près de Dol à Guy de Rieux sieur de Châteauneuf, qui étant devenu veuf en 1570 prit en secondes noces en 1572 la nièce de l’évêque de Dol. Magdeleine d'Espimay, fille du marquis ().
La réforme des finances épiscopales semble aussi avoir inquiété Charles d'Espinay avant celle de ses chanoines. J'ai déjà dit. que l’évêque de Dol était pauvre et que la mense avait été mise au pillage par Jean du Mas. Les difficultés financières de Henri III comphquèrent la situation en nécessitant à plusieurs reprises des aliénations du temporel 6. Aussitôt installé donc, le nouvel évêque entra en jutte avec
(1) Mém. de Frotet de Landelle, p. 33-35, Voir aussi MORICE, Preuves, III, col. 1365-1366; GOUYON DE LA MOUSSAYE, Brief discours (Annales de Bretagne, janvier 1900, p: 228-229).
(2) Le grand-père maternel de Ch, d’Espinay, Christophe de Goulaine, avait épousé en secondes noces Claude de Montejan, fille de Louis de Montejan et de Jeanne du Chastel. Les deux familles étaient donc alliées.
(3) L'ESTOILE, Journal de Henri IIL, I, p. 153.
(4) Brief discours de la vie de CL. du Chastel par Le baron de la Moussaye, publié dans les Annales de Bretagne, janvier 1900, p. 230.
(5) Ibid., p. 959.
(6) L'ESTOILE, Journal de Henri III, 7 mars 1586 (I, p. 478-479), Mémoires de Castelnau, Tivre V, ch. V, éd. Petitot, p. 319 (1564), et Livre VII, ch. VI, p. 457-458
(1569); Arch. d’Ille-et-Vil., G. 367, F0S 115, 121 v°9-122 (novembre 1568); G. 367. Fos 42 vo, 43 vo (novembre 1564).
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ses chanoines. Le 1” mars 1566, en ellel, « Mgr l'Evesque a remonsiré à Messieurs du chapitre que par cy devant ses predecesseurs Evesques ont accoustumé de gagner en chapitre comme l'un des chanoines de ceans », el comme l'assemblée est incomplète, il leur donne jusqu'à Pâques pour en délibérer. a Pâques, l'évêque demanda la réponse. Le chapitre, « après avoir meurement consideré et diligemment recherché en ses anciens el modernes comptes et papiers » la répartition des « marlées » ® et des distributions quotidiennes, a trouvé que les anciens évêques ont d'habitude 27 livres par an et ont droit au pain du chapitre à raison d'une marlée par journée de résidence de la Saint-Samson (28 juillet) au 30 novembre. Encore a-t-on réduit ce pain du chapitre comme tous les revenus de la mense. Hervy, grand vicaire, annonce de la part de l’évêque que cette conclusion n'est pas conforme à son droit et qu'il la rejette. Le 4 novembre, même proposition et même réponse de l'évêque ®. Je ne sais comment finit ce procès. l1 n'a du reste que peu d'importance; on était volontiers chicanier au XVI° siècle el cela n'empêchait pot l'amitié.
Charles d'Éspinay en devenant évêque n'avait point cessé d’être poète, du moins à l’occasion. La Croix du Maine le dit poète latin. Je croirais volontiers qu'il a continué d'écrire, mais 1] semble n'avoir rien imprimé. On verra plus loin que les libraires de Paris le connaissaient comme un ami autant que comme client. C'est que s'il gardait la résidence il allait bien de temps en temps revoir Paris. Il y retrouvait les joyeux gaillards de sa jeunesse, dont quelques-uns étaient devenus célèbres dans les lettres.
Un jour, par exemple, il s'en alla souper chez le sieur du Guast ®. Ce n'était pas précisément une maison des plus
(1) Marlage : Droit payé à Pâques par les communiants (GODEFROID, Lexique de l’ancienne langue française).
(2) Arch. d’Ilie-et-Vil., G. 370, Rég. capitulaire de 1563 à 1572, F0S 70-71, 73, 82.
(3) Sur du Guast, voir ECKHARD, R. Belleau, p. 106-107; Mém. de Chaverny, 4, 111; DE THOU, LXI, p. 1%; LX, p. 186; L'ESTOILE, Journal, octobre 1575 (I; 160-161). BAYLE, Dict. crit., art. Lognac, rem. D; PASQUIER, Lettres, t. IT, lettre XIII; Branlômme, passim.
recommandables pour un évêque. Du Guast est assez connu comme courlisan de Henri 111 dont 1l commandait la garde. Brantôme nous rapporte que c'est à lui qu'il avait entendu raconter l’histoire de la matrone d’'Ephèse © que du Guast tenait de Dorat. Ce n'était pas même un ami sûr et il trahit cruellement ur autre ami de d'Espinay : Montpezat ®. Il mourut assassiné par Vitteaux sur l'ordre de Marguerite de Navarre dont il avait divulgué la liaison avec Bussy d'Amboise. Quoi qu'il en soit, ce personnage aimait les lettres el 1l réunissait à sa table les lettrés. C'est là que Brantôme trouva un Jour notre évêque. Mais laissons-lui la parole
« Feu M. de Gua, un des gallants et parlaits gentilshommes du monde en tout, me convia à la cour d'aller disner avec lui. Il avoit assemblé une douzaine des plus scavants de la cour, entr'aulres M. l'evesque de Dol de la maison d'Espinay en Bretaigne, MM. de Ronsard, de Baïf, des Portes, d'Aubigny (ces deux sont encore en vie qui m'en pourroyent dementr) et d'autres desquels ne me souvient; et n’y avoit homme d'épée que M. du Gua et moy. En devisant durant le disner de l'amour et des cominoditez et incommoditez, plaisirs et desplaisirs, du bien et du mal qu'il apportoit en sa jouissance, après que chacun eut dit son opinion et de l'un et de l’autre, 1l conclud que le souverain bien de cette jouissance gisoit en cetle vengeance et pria chacun de tous ces grands personnages d'en faire un quatrain impromptu, ce qu'ils firent. Je les voudrois avoir pour les inserer ici, sur lesquels M. de Dol, qui disait et escrivoit d’or, emporta je prix # ». Sa réputation de poète de salon était aussi établie en Bretagne. Lorsqu'en 1584 les bourgeois de Rennes voulurent fêter dignement l'entrée dans leur ville du duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, ils songèrent à mêler la
(1) Brantôme, IX, 662-664.
(2) Voir BAYLE, Loc. eut.
(3) BRANTOME, Des Dames Galantes, IX, p. 113 (ea. Lalanne).
L'ÉVÊQUE 99 poésie aux décoralions : « Pour le regard des vers qu'il est requis faire ausdits lieux : au portail de la porte aux Foulons et au bout de Cohue, il en sera communiqué à Monseigneur du fronchay © et de la Rivière et Marchand avocat ». De la Rivière était un médecin spagiriste connu à Rennes. C’est le seul hommage que je connaæsse des Bretons du XVI' siècle
au talent poétique de leur compatriote ®,
Il était resté très fidèle aussi à son ami Jodelle. Charles de la Mothe ® nous raconte que « Charles archevesque de Dol, de l'illustre maison d'Espinay estant en Bretagne comme un phare eclairant par ses vertus celte cosie de la France a fait tousiours cas des poesies de cest autheur iusqu à faire quel-
quesfois representer somptueusement aucunes de ses tra-
gedies & ». Je ne sais si l’on doit entendre par là que les Dolois ont vu représenter Didon, Cléopâtre ou Eugène. Peulêtre le poète est-1 venu lui-même à Dol. On sait qu'il était à la fois poète, acteur et même machiniste. Quant à Charles d'Espinay il avait pu dès sa jeunesse prendre le goût du théâtre aux représentations très nombreuses auxquelles il put assister à Vitré et aux environs 6). Il avait pu admirer à un
chapiteau du porche de Bais dont nous avons parlé (1545), une statue de Thalie nue portant en main le masque scénique . Jodelle, de plus, était pauvre; on peut croire que d'Espinay, avec le goût du mécénat qu'il tenait de sa famille, lui rendit des services pécuniaires. Mais surtout Jodelle, soit pauvreté,
(1) D'Espinay devint vers cette époque abbé du Tronchet; toutefois, l'attribution de M. Jouon des Longrais me paraît un peu suspecte : le Pouillé ne lui donne l’abbaye qu'en 1586.
(2) Jouon DES -LONGRAIS, Information du Sénéchal de Rennes contre les ligueurs, p. 270.
(3) Je trouve un La Mothe à Duretal en compagnie d’un du Gast en 1552 : seraitce ce La Mothe ? (Mém. de Carloix, V, I, édit. Buchon, p. 568).
{4) Les œuvres et mélanges poétiques d’Estienne Jodelle, Chesneau, 1574, préface, page E vo. ;
(5) Sur le théâtre au pays de Vitré au début du XVIe siècle, voir FRAIN, Cent ans de vie vitréenne, p. 207, 209-216.
(6) La tête de la statue est brisée, mais l’ensemble subsiste encore.
soit négligence, n'imprimait point ses œuvres. Magny, leur ami commun, se plaignait qu'il leur célàt « trop longtemps ses doctes vers » & L
La donc ne te fay tant de tort, Que le traict de la palle mort, Qui secretement nous menasse, Aux enfers descendre te face, Sans avoir premier esventé Cela que la muse a chanté :
Afin, Jodelle, qu'en ta vie (Maugré l'ignorance et l'envie) Tu dresses loymesme l'autel
Ou pendra lon nom immortel @);
Le comédien n'écouta point cette prière et il mourut (1573) sans avoir fait imprimer un vers. Ses amis recueillirent alors ses œuvres el Charles d'Espinay travailla à ce choix avec Charles de La Mothe, Philippe de Boulainvilliers, Henry Simon et le sieur de Brunel, « grands. illustres et obligeans amis de Jodelle et qui ont fait tout ce qu'ils ont pu de son vivant el après sa mort pour consacrer sa mémoire @ ». La première édition fut achevée d'imprimer le 6 novembre 1574.
il est difficile, faute de documents, de décrire le rôle religieux de Charles d'Espinay à Dol, dans les premières années de son épiscopat. Il semble pourtant qu'il s'efforça dès cette époque d'appliquer dans son diocèse les décisions du concile
(1) Gayetez. Les martinales (éd. Courbet, p. 72).
(2) MAGNY, Gayelez; A. E. Jodelle parisien. (Courbet, p. 30.)
(3) Œuvres et Melanges poetiques d’'E. Jodelle, 1574, E vo; COLLETET, Vie des poètes français (en tête de l'édition Ad. Van Bever de Jodelle, Paris, 1907, p. 37-38).
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de Trente ®. Ainsi, dès avant 1570, il avait nommé Alain Hervy théologal et lui avait attribué à ce titre une prébende, selon le vœu du concile et l'ordonnance royale de 1561. En mai 1573, le chapitre aflecta au logement du théologal la. maison de Robert du Han située dans la rue Ceinte, à condition cependant qu'il logerait le prédicateur de l'Avent et du Carême ®. En 1571, le chapitre presse ceux de ses membres qui ne sont pas dans les ordres sacrés de les recevoir, afin de se conformer aux décisions du concile ®., L'année suivante, nous voyons l'évêque soutenir un pauvre recteur contre une puissante abbaye. Le recteur de Tinténiac, en effet, réclamait en vain depuis près d’un demi-siècle (1529) une part des dimes de sa paroisse à l’abbesse de Saint-Georges. Le conflit s'était envenimé depuis que Guillaume Arribart était recteur de Tintémiac (1553). Un procès commencé en 1561 devant le présidial, continué par devant lofliciahté (1568), évoqué devant le Parlement (1570), n'avait réussi qu'à faire renvoyer les deux parties devant le juge roval. Mais en 1572 la terrible abbesse Jeanne de Kermeno mourut et eut pour lui succéder la sœur de l’évêque de Dol, Philippe d'Espinay. Charles sentremit. Pris comme arbitre par le recteur et l’abbesse, 1l
(1) En son diocèse, Ch. d’Espinay fit observer le concile autant qu'il put. Bref c'a esté un des sages et dignes prelats de son temps, lumière et soutien de l'Eglise notre mère (Du PAZ, Hist. généal., p. 301). Même note dans Bibl. Nat,., ms. îr. 20232, F0 47 : « très digne et sage prelat, estoit fort docte, homme entendu aux affaires d'Estat, assista au Sainct et sacré concile de Trente lequel il à fait observer en son diocèse, a esté tousjours fort soigneux de sa charge et n’a rien espargné pour soustenir la religion ». — I1 y avait alors quelque courage à appliquer le concile en France. En 1577 encore, aux Etats de Blois, les chapitres réussirent à maintenir malgré les évêques les privilèges et immunités à eux accordés par le roi et supprimés par le concile (L'ESTOILE, Journal de Henri III, 17 janvier 1577:(1, p. 197, note). Voir aussi sur ce sujet le livre de M. V. MARTIN, Le Gallicanisme et la Réforme catholique; Essai historique sur l'introduction en France des décrets du Concile de Trente (1563-1615), Paris, 1920.
(2) Arch. d’Ille-et-Vil., G. 370; Pouillé, I, 484 A. Hervy était théologal en 1563 (Pouillé, I, 502) En 1570, Mgr promet « foy de prelat » qu'il n’usera de là prébende de À. Hervy que pour un théologal capable selon les saints décrets; les chanoines mettent cette prébende à sa disposition et s'engagent à recevoir celui qu'il désignera. Il choisit Denys, docteur en théologie, et on lui donna comme maison prébendale la maison des Apôtres dans la rue Ceinte (Arch. d’Ille-et-Vil., G. 367, Fos 179, 173 vo, 174, 190 vo, 191, septembre 1570-juin 1571).
(8) Arch. d’Ille-et-Vil., G. 376, FO 195, 6 août 1571.
accorda à Guillaume Arribarl une portion congrue de centcinquante livres tournois (13 septembre 1574) 4.
Personnellement, il résidait ordinairement à Dol et c'était alors un mérite et une nouveauté. Ses historiens lui en ont tous fait honneur. 1f visitait ses paroisses; deux fois en cinq ans (1579-1584), nous le voyons aller à La Boussac pour réconcilier l’église et le cimetière de cette paroisse pollués ®. S'il est vrai quil allait volontiers à La Boussac où l'attirait l'amitié du prieur du Brégain, Fernand Vivien, ancien chanoine de Dol, qui deviendra son exécuteur testamentaire, on doit remarquer aussi que ces deux visites ont eu lieu en plein hiver, et conclure que le zèle conduisait l'évêque plus que l'amitié.
Il semble aussi avoir été pieux, d'une piété fastueuse. La veille de Noël, 1572, « mu par sa piété, sa charité très grande et son zèle pour Dieu et l'Eglise », il fit ouvrir devant son clergé la châsse qui contenait les restes de saint Samson, premier évêque de Dol et patron du diocèse. Puis on reposa le tout dans une châsse plus grande de cuivre doré qu'il paya de ses deniers et offrit à la cathédrale ®. La même libéralité
(1) Arch. d'Ille-et-Vil., 2 H1 341. Le procès à été raconté tout au long par M. l’abbé BossARD dans le Bulletin Paroissial de Tinténiac d'août 1921.
(2) Le lundi vingt troysième jour de febvrier 1579 le cimitière de cette eglise de La Boussac a esté reconcilié et reconsacré par Réverendissime père en Dieu Monseigneur Messire Charles d’Espinay evesque de Dol, lequel cimitière avoyt esté poilu et profané par Guillaume Leguere et Estienne Trequan. Lesd. jour et an p. Forgeais — Anno Domini millesimo quingentesimo octogesimo quarto, die autem sabathi, mensis decembris prima, ecclesia parrochialis de La Bousac, polluta et interdicta par nobilem virum Joannem Bouttier, dominum temporalem de la Herbedaye, fuit per revendissimum in Christo patrem et Dominum Dominum Carolum d’Espinay, miseratione divina Dolens. episcopum, reabilitata et per eum restituta et redicata, presentibus ibidem ven. viris magistris : Fernando Vivien, priore du Bregain, R. Seven, can. ecclesiæ cathedralis Doi., promotore, Jacobo de Saulnoyz dicti domini elemosinario, et pluribus aliis. J. Louaison, secretarius (eg. paroiss. de La Boussac, cité par PARIS-JALLOBERT, La Boussac, p. 41).
(3) Anno Dni millesimo quingentisimo septuagesimo nono, die autem vigesima quarta mensis Decembris, in festivitatibus et solemnitatibus Natalis Dni et Redemptoris Nri Jesu-Christi Reverendissimus ac illustrissimus Charolus Despinay Dolensis archiepiscopus vigilantissimus, pietate et singulari charitate motus, Et zelo Dei et ecclesiæ ejus sponsæ ac omnium Sanctorum, Sed præsertim Divi Sansonis quondam Dolensis etiam primi Archiepiscopi, Et nunc patroni nostri ductus : capsellam eidem divo Sansoni antiquitus dicatam, et in hac cathedrali dolensi
L'ÉVÊQUE 103 le portait à s'intéresser aux éludiants, « entretenant de ses biens plusieurs pauvres religieux aux études des Saintes Lettres 4 ». En février 1570, en effet, il s'intéresse, de concert avec ses chanoines, à un choriste qui va étudier et qui de ce lait reçoit 20 livres ®. C'est peut-être à ce titre que le frère lranciscain Jacques de Sainte-Marie, professeur aux Cordeliers de Nantes, lui dédiait en 1585 sa curieuse Cosmopeia 6),
En 1583 eut lieu le synode provincial des évêchés relevant de Tours. La réunion commencée le 1” mai, à l'ours, et un instant interrompue, fut reprise en septembre à Angers. L'évêque de Dol s'y fit représenter par le chanoine Jean
Chevrollier. La partie doctrinale de la réunion est sans
importance. On se contenta d'y défendre les pratiques superstilieuses de la magie et de recommander aux fidèles d'éviter les discussions en matière religieuse. Mais la session d'Angers visait manifestement à appliquer dans les provinces de l'Ouest les réformes du concile de Trente. On y réglementa les dispenses de mariage; on défendit de proposer de nouvelles reliques à la vénération des fidèles sans s'assurer de leur authenticité. Pour la discipline, il fut recommandé aux évêques de visiter leur diocèse, de ne pas ordonner de prêtres sans litre d’ordination et sans un examen préalable de leurs capa-
ecclesia in congregatione. sui cleri devote visitavit. In qua reperta fuerunt multæ reliquiæ sanctissimi corporis divi Sansonis scilicet duæ tibiæ et unum brachium, plures particulæ ossium manuum pedum et colli ejusdem Sancti. Quam quidem capsam seu parvam archam honorifice et religiose in majori Archa recondidit : eamque archam majorem suis stipendiis constructam et pulchre deaurificatam liberalitate qua solet motus dono dedit et in honorem Divi Samsonis Deo dedicavit et ore propin consecravit. In cujus rei testimonium et ad perpetuam rei memoriam Secretarius venerabilis capituli dictæ Cathedralis Dolen, Ecclesiæ dicta die pratibus subsignavit et ea... regris capituli predictæ dolén. ecclesiæ inseruit. Arch. d’Ille-et-Vil., G. 367, F0 1.
(1) Du PAZ, Hist. généal., p. 301.
(2) Arch. d'’Ille-et-Vil., G. 367, F0 152 vo.
(3) Cosmopeia in duo prima capita Genesis R. P. fratris Jacobi a S. Maria Hispani ordinis S. Francisci. Nannetis apud Blasium Petrail Typog. in Academia ejusdem civitatis juratum. Cum privilegio regis, 1585, in-40. On trouvera une étude sur ce curieux volume dans A. DE LA BORDERIE, Bibliophiles bretons (1880), I, p. 1 à 10, M. de la Borderie possédait l'unique exemplaire connu de ce volume; sa bibliothèque a été si malheureusement dispersée que je n’ai pu, malgré des recherches diligentes, mettre la main sur la Cosmopeia. Elle contient une dédicace à Ch. d’Espinay qu'il m'eüt été précieux de pouvoir utiliser.
cités, de ne pas nommer de chanoines de moins de vingldeux ans, d'assurer aux curés un revenu honnête. Pour les moines, le synode demanda que les vœux fussent émis en public et enregistrés et que les religieuses veillassent à conserver une tenue modeste. Enfin et surtout on recommanda couvrir des séminaires (1), |
Charles d'Espinay semble avoir redoublé de zèle après ce synode. Dès le mois de décembre suivant, 1l écrivait à Galles Beys, représentant de Plantin à Paris, pour lui demander, non des vers, mais une collection de psautiers, antiphonaires, graduels, livres liturgiques, pour sa cathédrale et les églises de son diocèse ©. Surtout il songea plus que jamais à fonder un séminaire. Le 2 novembre 1585 1l présidait le chapitre : « Ledit jour Monseigneur de Dol a remonstré à mesdits sieurs cappitulans que pour l'effect el execution du decret du concile provincial de Tours conclud à Angers, il est besong d’eslire certains personnaiges d’entr'eux pour assister à mondit seigneur en ce qui concerne l’erection et establissement d'un seminaire, aflin que d'une si saincte resolution les effects conformes s’ensuyvent..., disant mondit Seigneur qu'il s’y voulloit emploier de tres bonne vollonté, moyennant que mesdits sieurs de leur part voulussent embrasser ceste affaire comme la raison le veult ® ». Les chanoines approuvèrent leur évêque et nommèrent une commission. Hélas! les malheurs de la guerre religieuse ne permirent pas à Charles
(4) BAIL, Summa conciliorum, II, 656-660.
(2) Plantin établit en 1567 une succursale à Paris. Elle était gérée par Gilles Beys, un de ses employés qui devint son gendre en épousant Madeleine Plantin. L’atelier était situé rue Saint-Jacques. Il écrit à Jean Mœærentorff. employé de Pantin : « J’aurois bien à faire encores de 3 Psalterium chori et 3 Antiphonarium avec 2 graduale Romanum, Si par fortune il s’en trouvast par delà à bon compte; ce seroit pour parfaire le nombre que m'a prié Mgr d'Espinay evesque de Dol, de luy faire venir et tenir prest. J’ay encores les aultres Psaultiers et Antiphoniefs en mon logis, la contagion qui a esté si grande en Bretaigne et principalement. à Dol-en est cause, mais, graces à Dieu, ledit sieur evesque se porte bien et ladite contagion à esté cessée » (Arch. du Musée Plantin, Brieven, t. X, F0 61, lettre de G. Beys à Y. Moerentorif du 4 décembre 1583, citée par H. STEIN. Bibliogr. moderne, janvier-juin 1921, t. XX, fasc. 1-3). L'inventaire de 1660 mentionne encore un des antiphonaires de chez Plantin ‘(Arch. d'Ille-et-Vil., G. 281).
(3) Arch. d’Ille-et-Vil., G. 367, Fo XV; DUINE, Hist. civile. de Doll Ep este
d'Espinay de mener à bien son pieux projet. Le séminaire de Dol ne s’ouvrit définitivement qu'en 1702), Du moins l'évêque comprenait si bien l'importance de cette institution et de l'instruction de la jeunesse qu'il appuya de tout son pouvoir la fondation du collège de Rennes en 1580. Le 28 septembre 1579, les Etats de Bretagne avaient voté 3.000 écus pour aider la
ie : ne ville de Rennes à établir « un college ou seminaire » sous la
direction des Jésuites. Le 22 avril 1880, « suyvant l’advis de Monseigneur de Dol », le chapitre décida d'aider sous forme d’aumône et de prestation charitable les habitants de Rennes à la fondation d'un collège, attendu le bien qui en résulterait pour toute la province ©.
En attendant qu'il pût former un clergé nouveau selon son idéal, il s’appliqua à réformer l’ancien. Ce n'était pas aussi facile. Déjà l’un de ses prédécesseurs, Mathurin de Plédran, avait tenté une réforme au début du siècle ®. Mais la Renaissance et les troubles religieux avaient rendu vains ses efforts.
Le chapitre de Dol avait, comme bien d’autres, besoin de réforme. L'un de ses membres, Jehan Leblay, était notorrement scandaleux. En 1567, il avait chez lui depuis trois ans « à pain et à pot » (à son service) « une femme concubine ». Les admonestations de ses confrères ne réussirent pas à la lui faire chasser; il leur fallut envoyer une délégation pour visiter sa maison, et les inspecteurs du chapitre y trouverent en eftet la femme en question, avec la preuve de son péché (®. Du moins Jean Leblay était une exception dans l'honorable chapitre; mais les officiers du bas-chœur, chantres, chape-
(1) DUINE, 0p. cût., p. 110-111.
(2) Arch. d'Ille-et-Vil., G. 367, DUINE, 0D. cil., p. 51.
(3) Statuta synodalia ecclesiæ dolensis, Nantes, 1509 (Bibl. de la Ville de Rennes, 1526 bis). Ed
(4) Arch. d’Ille-et-Vil., G. 367, reg. de 1567, Fo 97 vo, 101, 101 vo, août et novembre 1567. Noël du Fail a mentionné aussi un plaisant chanoine de Dol, goutteux et quelque peu rabelaisien dans ses propos, Jean Le Clerc, qui cloué sur son lit par la maladie se leva pour donner « cinq ou six bons et notables coups de baston » au curé de Mordelles (Contes d’Eutrapel, De la goutte, éd. Courbet, I, D. 120-121).
lains, choristes étaient aussi peu édifiants. Le 19 juillet 1564, cinq d'entre eux recevaient l’ordre de chasser leurs « chambrieres avec lesquelles ils conversent », au grand scandale de la paroisse; et « de se retirer de leur concubinage et malversation », sous peine d'être privés de leurs honoraires et au bout de huit jours d'être renvoyés. Deux mois après on prescrivait au prévot de ne les payer que s'ils avaient obéi au chapitre ().
Cest en 1585, le 2 janvier, que Mgr d'Espinay entreprit résolument de mettre fin à ces abus. 11 réunit son chapitre. Nous avons encore le procès-verbal de cette réunion où l'on croit entendre la voix du pasteur. « Le second jour de janvier 1585, Mgr l'evesque de Dol ayant remonstré a Messieurs les chantres et chanoines de Dol qu'ils sont assemblez en chapitre general pour corriger et reformer les mœurs et abbuz qui pouvoient estre es particuliers et qu'il est tres necessaire
que ceux qui veulent faire quelque reformation commencent
a se relormer eux-mesmes, apres avoir adverty chacun au nom de Dieu de dire et declarer librement ce qu'il scavoit estre digne de correction et reformation en chacun particulerement et generalement en toute l'eglise, il a commandé que le promoteur du chapitre eust a dire librement et a declarer sans fiction tous les vices, scandales et abbuz qu'il scavoit estre dignes de correction et reformation tant aux particuliers qu'en general afin d'y d onner ordre selon les sainctz decretz. »
Le promoteur Raoul Guillier fait son rapport et l’évêque édicte le règlement suivant : « Premierement que tous ayent a se reconcilier ensemble a une vraye payx et charité comme membres d'un mesme corps afin que leurs oraisons, sacrifices el autres actions soient aggreables a Dieu auquel rien ne plaist sil n'est faict en paix et charité et que ceux qui ont forfaict soient corrigés et mulctez par ledict chapitre sans aucun scandale.
) Arch. d'IMe-et-Vil., G. 367, Fos 86, 39 vo, 19 juillet et 1°* septembre 1564.
Item il a adverty ceux qui ont proces contre ledict chapitre et entre autres M. Julian Forgeays soustenant le vicaire de Ros sur Coesnon qu'ils se desistassent de tourmenter ledici chapitre sur peine d’inobedience et des autres peinnes qui seront requises.
Item il a declaré que les umbres ou Cuslodinos vulgarrement appelees sont assez excommuniés (si aucuns y a) de droit. Toutefoys a fin de declarer nominativement (s’il s'en trouve quelques uns) il a esté permis aud. promoteur d’en informer in odium tant sacrilegii pour en faire la punition portee par les droitz. »
L'évêque passe alors à des abus plus délicats. Le secrétaire note qu'il prend une voix paternelle et que sa correction est pleine d’onction. Peut-être songe-t-il à ses Sonnets amoureux, que les chanoines qu'il va viser vont peut-être sourire au souvenir de certains vers, et que la traduction de Pétrarque et limitation de Ronsard sont de pauvres titres à prêcher la réforme des mœurs; mais il se rappelle qu'il est évêque et le souvenir de son livre le dispose seulement à l’indulgence « Item il a adverty paternellement et d'une correction fraternelle ceux qui estoient notés de lubricité et paillardise de se corriger et amander leur vie par penitence sur les peinnes qui sont ordonnees de droit avec permission aud. promoteur d'informer contre ceux qui seront obstinés et arrestés en ce salle vice et sacrilege pour en estre faicte punition à la rigueur des saincts decretz. »
Il ordonne aussi que les bénéfices à la présentation ou à la collation du chapitre soient attribués quinze Jours seulement après le décès de leur titulaire, pendant lesquels la vacance sera affichée à la porte de l’église. Les chapelains absents seront cités par affiche posée aux portes de l’église à compa-
(1) Custodinos : terme latin dont se sert la jurisprudence canonique en parlant d'un confidentiaire qui est titulaire d’un bénéfice et qui prête son nom à un autre pour en recueillir les fruits, qui est prêt aussi de lui en donner la résignation toutes fois et quantes qu’on la lui demandera (Dict. de Trévoux).
raître dans les quinze jours pour $e voir condamnés par le chapitre à garder la résidence et à assurer le service des fondations et du chœur sous peine de privation de leur bénéfice. Ceux d'entre eux ou du chapitre qui ne sont pas dans les ordres majeurs sont invités à recevoir la prêtrise dans le délai de six mois sous peine de se voir privés de leurs honoraires et des droits de préséance accordés à l'ancienneté dans le chapitre.
Puis l'évêque aborde les cas individuels. Deux des chanoines n'étaient pas prêtres, mais n'avaient pas l’âge requis : Pierre d'Argentré et Julien Lecorvaisier qui montra par la suite qu'il n'était guère digne de l'être. L'évêque leur prescrivit de recevoir les ordres dès qu'ils auraient l'âge. Un autre chanoine, Forgeais, déjà cité et que nous retrouverons bientôt, avait assisté — 1l prétend n'y avoir point coopéré — au meurtre d’un sergent du guet. Il est de ce fait irrégulier. Charles d'Espinay le prie de demander absolution de cette censure avant de reprendre sa place au chœur.
Les deux derniers paragraphes décident de mettre immédiatement en vigueur les statuts du chapitre et chargent le promoteur de faire exécuter les mesures énoncées ci-dessus « sous peine de s’en prendre à luy » @.
Le promoleur, Raoul Guillier ©, prit son rôle au sérieux et appliqua rigoureusement les décrets de l’évêque. À chaque instant les registres du chapitre font mention de la résidence ou de l’accès aux ordres des chapelains. Les mœurs ne semblent pas meilleures qu'auparavant, mais du moins on sévit impitoyablement contre les scandales. En 1585, le chapitre ordonrie d'informer contre certains choristes et chanoines qui ont fait du scandale à Mont-Dol ®. En 1586, le terrible promoteur prend un chapelain à jouer aux cartes publiquement le
(1) Arch. d’Ille-et-Vil., G. 367, Fos III et suiv., non paginés.
(2) Sur ce Guillier et son neveu Georges Guillier de Paris, ligueurs tous deux, voir JOUON DES LONGRAIS, Information contre les Ligueurs, p. 118; GUILLOTIN DE CORSON, Pouillé Hist., I, 465.
(3) Arch. d’Ille-et-Vil., G. 367, Fo VIII vo, 29 avril 1585. Autre plainte contre un choriste qui à fait scandale dans l'église de Dol le 15 janvier 1588, 1044., F9 LXTII vo.
lundi de la Pentecôte et le réprimande 1), Forgeais soutient toujours le vicaire de Roz-sur-Couesnon dans son procès contre les chanoines. 11 prétexte que c'est son cousin. On lui défend de venir au chapitre. Pour y rentrer il s'avise de demander enfin l'absolution de l'irrégularité encourrue dans le meurtre de Julien, Tuau ®. En mars 1589, le chapitre, présidé par Charles d'Espinay, «pourvoyant à la reformation de l'eglise de ceans », prive de leurs honoraires cinq choristes ou chapelains et décide de les remplacer par des gens capables et dignes. Les jours suivants les accusés font amende honorable el sont réintégrés ®. Un vicaire de Dol, François Gourdin, est accusé d'adultère et même d'inceste en 1588, mais il est en partie irresponsable et le chapitre le suspend seulement a divinis , Mais au sein du chapitre lui-même il y à quelques chanoines incorrigibles. Julien Lecorvaisier, qui s'est fait prêtre sur l’ordre de son évêque, ne réside point à Dol: on le prie de faire résidence en cette ville sous peine de confiscation de ses gains et des autres peines prévues par l'évêque. Il répond qu'il n'a pas de maison 6. C’est un prétexte. La crise du logement ne l'empêche pas d'avoir chez lui « une femme mal notée et fort scandaleuse ». Défense à lui de paraître au chœur ®. Au moment de l'effervescence de la Ligue, il insulte son confrère Forgeais et l'appelle « politique »: en outre il décèle les secrets du chapitre. Il est privé des revenus de sa prébende et on lui défend d'assister à la réunion. Huit jours après il vient à l'assemblée malgré l'arrêt et se voit condamner à un mois de prison ®. En juillet de l’année suivante il est encore en prison. Je ne sais pour quel méfait, et le 12 novembre le promoteur l'avise à nouveau qu'il ait à garder la résidence et à venir
f4\ Arch. d'lile-et-Vil., G. 367, Ibid... Fo XXVII vo, 30 mai 1556.
(2) Ibid., Fos XXXVII et XXXIX v° à LX, 28 novembre et 2 décembre 1586.
(3) Ibid., Fos LXXXIV r° et vo, LXXXVI, 3 et 13 mars, 98 avril 1589.
(4) 1bid., F0 LXXV, 2 septembre 1588.
(5) 1bid., Fo XXV, 12 avril 1586. Il fait appel de l'ordonnance, mais fera résidence par provision. sans préjudice de ses droits.
(6) Zbid., F9 XXXVI. 4 novembre 1586.
(7) Ibid., Fo C ro et vo, 12 et 18 mai 1589. Le 6 août suivant il fait des excuses
publiques à Forgeais et est réintégré.
110 CHARLÉS D'ESPINAY
aux offices sous peine de confiscation de ses revenus (1. Enfin, en octobre 1588, éclate un gros scandale. Un vicaire de céans, Frémont, n’assistait point au chœur. Un chanome le lui a reproché; il a répondu arrogamment : « Mordieu, Jj'assiste trop. » Le chapitre lui fait remontrer que son cas est grave, que de pareilles réponses dénotent une foi bien faible et que injurier un chanoine pourrait bien le conduire en prison. Il répond : « Je renye Dieu, le premier qui mettra la main sur moy, je le tueray ® ».
Bref la réforme était à refaire. Charles d'Espmay ne se découragea point. Le lundi 29 avril 1591, « sur les remonstrances de Monseigneur qu'il estoit necessaire de reformer et corriger quelques abus et deffauts de l’eglise de ceans », les chanoines s'assemblèrent en chapitre général et l'évêque y édicta un nouveau règlement dont il ne nous reste malheureusement que le premier article : il interdit de célébrer les messes des chapelains absents sous peine d'excommunication (.
Dans le même temps l'évêque de Dol favorisait aussi la réforme du clergé régulier. Le couvent des Carmes, en 1590, était délabré au temporel et au spirituel. La maison ne portait plus que sur étançons de la cave au faîte. ‘Tout le quartier, hommes et femmes, entrait au jardin pour puiser de l’eau: on n'osait aller aux fontaines du dehors de peur des royaux. L'oflice n'était plus dit, car la communauté était réduite à un prêtre, un diacre, un novice. Le 15 juillet 1590 arriva un nouveau prieur, Pierre Behourt, du couvent de Rennes « qui fut bien receu par l'evesque Messire Charles d'Espinay, d'aultant qu'il estoit né vassal d'Espinay et voisin de la maison ». L'évêquer ne put donner au nouveau prieur tout l'appui pécuniaire qu'il eût voulu, à cause des nécessités de la guerre; mais il le recommanda à des maisons généreuses
(1) Arch. d’Ille-et-Vil,, G. 367, Fos LI, LIX vo (29 juillet et 12 novembre 1587).
(2) Ibid., Fos LXXIX vo et LXXX r° et vo (9 octobre 1589).
(3) Arch, d’Ille-et-Vil., G. 367, reg. de 1579 à 1597, Fo CXIII vo. La page suivante manque,
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L'ÉVÈQUE ’ ai qui relevèrent le couvent, Il Jui donna du moins l'appui moral nécessaire pour restaurer la règle, rétablir l'office de jour et de nuit, fermer la maison au monde, Le chapitre continua l'œuvre de l'évêque après sa mort ©.
L'évêque cependant contrevenait lui-même aux règles du concile de ‘Trente en acceptant, vers 1584, l'abbaye du Tronchet®). C'était une abbaye bénédictine située à deux lieues de Dol, dépendant à l’origine de celle de Tyron. À la fin du XVI siècle les bâtiments étaient en fort mauvais état et la maison en pleine décadence 6); je doute même que les revenus en fussent abondants, les abbés commendataires et les guerres de religion l'ayant fort maltraitée. Le cardinal Charles de Bourbon (abbé en 1554) avait exploité les bois du monastère sous prétexte de réparations qu'il ne fit point. 11 avait cédé l’abbaye au frère de notre évêque, Louis d'Espinay, alors protonotaire, chantre et chanoine de Rennes, prieur de Notre- Dame de Vitré, favori du cardinal de Bourbon. Mais peutêtre n'était-ce qu'un fidéicommis, car le cardinal en 1560 est encore appelé en certains actes abbé du Tronchet %, En tout cas Charles d’'Espinay la reçut vers 1584 et la conserva
jusqu'à sa mort 6).
(1) Histoire des Carmes en Bretagne, publié par A. DE LA BORDERIE, pP. 23-24. L'auteur du manuscrit fait mention, p. 24, de la mort de Ch. d'Espinay, « le bon evesque », qu'il date du // septembre 1591. Le registre du chapitre donne la date du /2 septembre 159,
(2) Le Pouillé historique cite comme abbé en 1584 René Masse et ne donne l’abbaye à Charles d'Espinay qu’en 1586, mais on à vu plus haut qu’à Rennes il est connu comme abbé du Tronchet en 1584; à moins qu'il n'y ait erreur dans l’attribution des vers en question.
(3) En 1607, lorsque les Bénédictins de Saint-Maur entreprirent la réforme de cette abbaye, ils n’y trouvèrent que trois moines dont deux étaient en prison à Dol : « le dortoir et le réfectoire étaient ruinés de fond en comble, le cloître était presque dans le même état et l’église était sans vitres et sans ornements (Arch. d’Ille-et-Vil., 3 H 34; GUILLOTIN DE CORSON, Pouillé, II, 219-239. Les bâtiments actuels sont du XVIIe siècle. Voir encore sur cette abbaye Gallia Christ. XIV, 1074 à 1079.
(4) Gallia Christ., XIV, 1077-1078; pourtant je trouve aux Archives d'Ille-et-Vilaine (1H$ 35) une pièce de 1560 où Louis d'Espinay est désigné comme abbé.
(5) François de Laval, son prédécesseur sur le siège de Dol, en avait joui aussi de 1534 à 1554 (Gallia Christ., XIV, 1077; BROUSSILLON, La Maison de Laval, IV, 193). A la fin du siècle, le prieuré de l’Abbaye-sous-Dol était aux mains du neveu de notre poète, Jean d'Espinay, fils de son frère Louis, né en 1579, abhé de Saint- Méen de 1595 à 1601 (Pouillé, II, 134, 466).