CHAPITRE IV Rôle politique
I. Les États de Bretagne. — II. La Ligue dans le pays de Dol, mort de Antoine d’Espinay. — IIL Mort et testament de Ch. d’Espinay, conclusion.
C'était le beau temps alors, en comparaison des années qui vont suivre la Saint-Barthélemy et surtout l'assassinat de Guise. La Bretagne, restée à peu près fermée au protestantisme, n'avait pas senti les premières guerres religieuses. Sa seule préoccupation — et elle devenait grave à cette époque — c'était de lutter contre l’'empiètement du pouvoir royal et de maintenir les droits des Etats de Bretagne. Les Etats étaient la représentation légele de la province et le seul moyen de soutenir ses libertés et privilèges inscrits dans l'acte d'union et depuis renouvelés fréquemment par le roi. Encore que cette représentation fût quelque peu incomplète, son autorité n'en était pas moins très grande et son rôle important ().
Charles d'Espinay était de droit membre des Etats ®. TI n'y assista en personne que cinq fois ® : en 1565 à Redon, en 1578
(1) Sur l'organisation et le rôle des Etats, voir l’étude de M. SÉE, dans les Annales de Bretagne, 1894 (novembre), 189% (janvier, avril et juillet).
(2) La représentation se faisait par ordre. Le clergé envoyait les neuf évêques, les députés des chapitres, les abbés et les prieurs conventuels. Le bas clergé n'avait pas de représentant.
(3) L'assistance aux Etats était peu régulière. En 1575, l'assemblée demande qu’on oblige les évêques et les barons à y venir sous peine de saisie de leurs biens (C. 2641. F0 937, et SÉE, art. cîlé, p. 10).
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et 1579 à Rennes, en 1585 à Nantes et en 1588 à Rennes W). Les autres années il est représenté par ur de ses chanoines, le plus souvent Toussaint de Laval ou Thomas Faverel. Lorsque l'évêque de Dol y assisie personnellement, il préside les Etats, signe les pièces ® et siège sur l'estrade réservée au clergé à la droite du lieutenant du roi 8); mais ce privilège lui est souvent disputé (.
Son rôle se confond avec celui de l'assemblée. Les registres du greffe donnant le résultat des délibérations el non le compte rendu des séances, il est impossible de savoir quelle fut l'altitude de l’évêque de Dol en face des problèmes examinés par les Etats. On peut croire qu'il fut d'accord avec ses collègues pour réclamer en 1578-1579 l'exemption des subsides pour les ecclésiastiques, un choix sévère pour l'élection des évêques el même — on voit des inconséquences de ce genre — la suppression des abbés commendataires 6); pour protester contre la vente des communs. Il y a à ce sujet une page où l’on sent dans ces âmes, en somme aristocratiques (), une vraie pitié pour le peuple, qui « estant reduit à touttes extremités est encore agité par un autre moyen qui est la vendilion et arrentement des communs, terres vaines et vagues, marais et palus, qui est l'un des meilleurs et principaux moyens de nourrir le bestial du pauvre peuple, auquel consiste son principal
(1) Arch. d’Ille-et-Vil,, C. 2863, C. 2641, C. 2642. Tous les renseignements qui suivent sont puisés aux Archives d’Ille-et-Vilaine dans les registres des Etats. C. 2640-C. 2643 (années 1567-1592).
(2) Toutes les pièces de 1579 et de 1585 sont signées de lui. En 1575, Ch. d'Espinay fit un aveu daté de Gahard, où il prétend avoir le droit de présider les Etats (GUILLOTIN DE CORSON, Mélanges historiques, p. 5-7).
(3) Arch. d’Ille-et-Vil., C. 2641, Fo 476.
(4) Cf. Arch. d’Ille-et-Vil., C. 2640, Fos 19-20 et 325-326, le récit. des querelles de préséance soulevées par les représentants des autres évêques contre le délégué de l’évêque de Dol. Ce confiit continuera tout le XVIe siècle et une partie du XVIIe. La Bibliothèque Nationale possède un énorme dossier des premières années du XVIIe siècle, où l’évêque de Dol réclame la préséance à l'encontre des autres évêques de Bretagne. Il ne manque pas de faire état de la préséance accordée à Ch. d'Espinay, son prédécesseur (Bibl. Nat., ms. fr., n. acq. 3229).
(5) Arch. d’Ille-et-Vil., C. 2641, Fos 510-511; C. 2642, Fo 31. Je relève seulement les décisions des séances où Ch. d’Espinay assista.
(6) Le Tiers-Etat représentait la bourgeoisie des villes et non le peuple (SÉE, art. cité, p. 11-19).
moyen de vivre © ». La même année 1578, Le 26 décembre, il intervint aussi pour la partie de son diocèse qui entourait immédiatement sa ville épiscopale, le marais. Nous n'avons pas son plaidoyer, mais la délibération suivante est évidemment la conclusion d'une intervention de l'évêque de Dol : « En l'Evêché de Dol audit pays de Dol y a puis peu de tems douze ou treize paroisses submergées par inondations nouvelles de la mer, et riviere du Coüaisnon par laquelle plusieurs Eglises, Bourgs et villages sont du tout perduës et neantmoins quand l’on leve les foüages ou autres impositions audit Evêché, on recharge ledit Evêché comme l’on faisoit lorsqu'il étoit. entier. À celte cause 1l plaira à sa Majesté que les habitants dud. Evêché soient soulagés à l’advenir au departement desdits foüages et autres impositions, ayant egard à la perte et submersion de la moitié prés dudit Evêché ® ».
En janvier 1579, le procureur syndic ® envoya de Nantes à Dol Toussaint Cornichon, maître de la poste de Nantes, pour avoir l'avis de Ch. d’Espinay sur une réponse importante et urgente à faire au roi, où les intérêts de la province étaient engagés (). Le 7 mars de la même année, le roi lança des iettres patentes pour faire lever des décimes et des impôts. Jean Gautier, chanoine de Rennes, et François Leclerc, procureur en la cour du Parlement, s'opposèrent à la publication et à l'exécution de ces lettres. Le 6 mai, on réunit les Etats sous, la présidence de Ch. d'Espinay. Le procureur exposa la situation et demanda l'appui des Etats. Or lui délivra une lettre, que signa l’évêque de Dol, le félicitant de son attitude, approuvant sa réponse et le chargeant de scutenir à l'avenir les droits de la Bretagne contre les prétentions royales ©.
(1) Arch. d'Ille-et-Vil., C. 2641, F0 516. Les Etats protestent encore contre la vente des communs aux deux sessions de l’année suivante (C. 2642, Fos 17 et 97).
(2) Arch. a’Ille-et-Vil., C. 9641, F9 595.
(8) Le procureur syndic a pour mission de défendre les intérêts des trois ordres, de s'opposer à toute violation des libertés et privilèges, de préparer la besogne que les Etats doivent. opérer pendant leurs courtes sessions (SÉE, art. Cité, p.27).
(4) Arch. d’ille-et-Vil., C. 2642, F0 76.
(5) Arch. d’Ille-et-Vil., C. 2649, Fos 1314, En 1584, les Etats soutiennent de même
L. Michel, de Nantes, dans son opposition à l'établissement d'une taxe sur les épiceries et drogueries (C. 2649, Fo 389).
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La Bretagne cependant ressentait vivement le contre-coup des luttes intestines qui déchirèrent alors la patrie. Dans l’ensemble elle élait du parti des Guises et demandait des lois d'extérmination contre l'hérésie. Lorsqu’en juillet 1588 la Ligue parisienne eut par l'insurrection imposé à Henri IT l'édit d'union, les Etats l'approuvèrent. La session du 27 août 1588, présidée par Ch. d'Espinay, le remerciait de cet acte « d'autant, disait la motion, que l'unité et concorde en la vraye Religion est la stabilité et assursnce d’un Estat qui autrement ne peut durer en son entier où ÿ a schisme et division et spécialement en la foy, Dieu detestant et: abominant toutes pacifications faictes au prejudice d'icelle comme n'estant la paix par luy donnée... et qu'il n'y a haine-plus vehemente que celle qui procede du discord et different en la Religion, ce que au grand regret des gens de bien... a esté par trop longtemps experimenté en ce royaume, duquel autant de pacifications mises en avant avec tolerance Ge diversités de religions depuis vingt-cinq ou vingt-six ans ont élé toujours de nouvelles occasions de nouvelles guerres el très pernicieuses rebellions jusque quasy à l'entiere ruyne et renversement de cet Estat… ». Dans la même session on désigna des députés pour représenter la Bretagne aux Etats généraux de Blois. Seuls parmi les évêques, Hennequin de Rennes et Langelier de Saint-Brieuc furent élus. Mgr d'Espinay n’en fut pas, mais on nomma son chanoine Th. Faverel.
Si les Etats n’envoyèrent pas Ch. d'Espinay aux Etats généraux, ils l'avaient cependant député une fois vers le roi. C'était au lendemain de son sacre, en septembre 1565, qu'il alla trouver le roi à Châteaubriant pour lui faire « certaine remontrance » de la part des Etats. Son voyage dura 25 jours et l'évêque recut pour ses frais cent écus d’or ®.
{) Arch. d’Ille-etVil., C. 2643, Fos 39-40. Le roi répond qu'il fera son possible pour la paix et l'unité religieuse.
(2) Arch. d'Ille-et-Vil., C. 2863, 2864. Quittance en double de Ch. d’Espinay et liste des députés. La première séance des Etats eut lieu le 25 septembre à Redon. Il
était de retour au début de novembre; le 4, il était parrain de Charles Ferragu de Vitré (FRAIN, Mosaïque vitréenne, p. 42).
Cependant le XVI° siècle qui s'était épanoui à tant et de si rlantes renaissances s'achevait dans le sang et la guerre civile. Si la Bretagne n'en soullril pas tout d'abord, elle était travaillée cependant par l'exallation religieuse et politique que la Ligue fit fermenter dans tous les esprits et que le duc de Mercœur en particulier exploita dans la province dont il était gouverneur (),
Dol n'était pas aussi tranquille que le reste du duché. Par sa situation géographique, la ville était le boulevard de la partie septentrionale de la Bretagne, du côté de la Normandie depuis longtemps ravagée par la guerre religieuse. Les rélormés normands étaient puissants, sous la conduite de Gabriel de Montgommery qui possédait le château fort ‘de Ducey près de Pontorson. Aussi les chanoines dolois effrayés, transporterent-ils dès 1562 l'argenterie et les reliques de la cathédrale à Saint-Malo. Cette dernière ville était puissamment lorliliée, tandis que Dol était difficile à défendre. Mais l'émotion se calma peu à peu et Charles d'Espinay ne semble point s'être préoccupé de la guerre jusqu'en 1588 ©.
Le meurtre du duc de Guise (23 décembre 1588) déchaîna la tourmente. En mars 1589, Rennes cut sa Journée des barricades. Le Parlement se scinda et l'on eut des Etats ligueurs à Nantes et des Etats royalistes à Rennes (1590). Ch. d'Espinay avec le concours de Aymar Hennequin, évêque de Rennes, fit proclamer Mercœur protecteur de la religion catholique en Brelagne et lui en porta la nouvelle à Nantes ®. Mercœur,
(1) Sur les débuts et l'extension du Protestantisme en Bretagne, voir POCQUET DU HAUT-JUSSÉ, Hist. de Bretagne, V, chap. 4 et 5.
(2) En 1576 cependant Guy de Rieux se rua sur Dol pour y surprendre la compagnie de M. de Bouillé, Souverneur de Saint-Malo (FROTET DE LA LANDELLE, Mémoires, p. 38-39).
(3) POCQUET pu HAUT-JUSSÉ, Hist. de Bretagne, V, p. 149.
en même temps, leva le masque et se mit à la tête de la Ligue armée ; il fit le siège de Vitré, mais en vain : Vitré et Rennes restaient fidèles au roi. Saint-Malo, pendant ce temps, Dol et Fougères tenaient pour la Ligue. Les esprits y étaient fort excilés. Dans la campagne doloise,. Châteauneuf et Plessis- Bertrand étaient passés au parti royaliste (1589) et la garnison ravagea les environs. Le 1” novembre de la même année, Mercœur s'empara de ces deux châteaux, promit aux Malouins de protéger leurs commuuications avec Dol et leur donna à garder la tour de Solidor en Saint-Servan W. Dol, sous la direction de son évêque, se mettait en état de défense. On répara les murailles ®; on acheta de la poudre et des canons %); on organisa la garde. Les prêtres et les choristes n’en furent point exempts. Le chapitre fit acheter à l'entrée de l'hiver 00 fagots et deux charretées de gros bois avec de la chandelle pour mettre dans la tour. Il fit fabriquer une guérite qui fut placée sur la tour nord du coté du marais. Le prévôt chargé de la garde de ces provisions donnait chaque soir aux sentinelles six fagots, une grosse bûche et une demi-chandelle .
En attendant l'arrivée des royalistes, les officiers de la garnison de Dol pillaient les maisons des environs qui restaient, fidèles au roi. Villehallay, capitaine de la garde de Ch. d'Espinay, était à leur tête. Il avait pour l'aider de la Vigne, son oncle, Chef-d'Orge Saint-Denys, le capitaine Tourmente, Brielles, appelé aussi Jean Placyer, Jean du Baufayrier, sénéchal de Dol(). Au printemps de 1589, les pillards firent plusieurs randonnées. Le jour et le lendemain de l’Ascension ils mirent à sac la maison Hallouze de Carfantain, aux portes de Dol. Au début de mai, ils firent le même exploit à Epiniac,
(1) FROTET DE LA LANDELLE, Mémoires, p. 106, 120, 122. ;
(2) Arch. d’Ille-et-Vil., G. 367, Fo LXXXVIII et XCL (15 décembre). Lecorvaisier, chanoine, est condamné pour n'avoir pas payé l’écu auquel il avait été taxé pour la réparation des murailles (16 juin 1589).
(3) Ibid., 16 août, Fo LXXXIX vo.
(4) 1bid., 17 novembre, Fo XCII. Texte reproduit dans DUINE, Hist. civile ct politique de Dol, p. 51.
(5) JOUON DES LONGRAIS, Information contre Les ligueurs, p. 79, 118, 119.
chez Papail et chez le sieur de la Vignette, maître d'hôtel de la Hunaudaye 4. Sur la côte de Dol, Gilles Franchet, sieur de l’'Aumône en Cherrueix et son frère, sieur des Buotz, gardaient la digue et le pont du Vivier. Les marchandises, récoltes, meubles, bestiaux ainsi volés étaient menés à Dol chez le sieur de la Jugandière (encore un Franchet) ou à la Truye-qui-File, et vendues ®. Naturellement, les violences sur les personnes accompagnaient souvent ces actes de pillage G@)..
On aimerait voir l'évêque de Dol protester contre ces horreurs. Ses ennémis politiques ont prétendu que loin de les désavouer 1l les a commandées comme représailles. Mais quel compte faut-il tenir de ces témoignages ? Les témoins ont entendu les soldats de la garnison de Dol dire que « ce qu'ilz en faisoient, c'estoit par le commandement du sieur evesque de Dol ». Mais ces pillards n’ont-ils pas tout intérêt à couvrir leur brigandage de l'autorité de l'évêque ? J'ai peine à croire que Ch. d'Espinay ait commandé ces alrocités, mais sans aucun doute il les a tolérées, les croyant nécessaires ou inévitables. Ceux qui sont au courant des mœurs militaires du AVI° siècle n'en seront point scandalisés. L'âme de nos ancêtres était plus dure que la nôtre, comme aussi elle était plus stoïque. Après le pillage de la maisor du sieur de la Vignette d'Epiniac, la Higourdaye, aussi d'Epiniac, « alla trouver le sieur evesque de Dol pour le prier de faire rendre lesd. biens aud. sieur de la Vignette qui avoit esté serviteur de son deffunct père et partye du temps nourry avec luy (La Higourdaye). À quoi led. sieur de Dol ne luy donna autre respons, sinon que c'estoit la guerre ( ».
Une pareille réponse nous semble dure. Ch. d'Espinay aurait dû penser qu'à force d’être inflexible on devient impitoyable, mais il étail entouré de chanoines ligueurs dont le
(1}JOUON DES LONGRAIS, /nformation, p. 77 à TO LOT LAS! (2). Zbid., p. 78.
(3) Et n’y à femme ny fille qui ne soit violée aud. cartier de Dol, ibid., p. 108. (4) Ibid, p. 6. É
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plus ardent était Launay Bouteiller (). Surtout, il était d'un sang trop ardent pour ne pas prendre part à la lutte. Sa famille était tout entière de la Ligue ®. Son frère Antoine souleva la paroisse de Broons, lors du siège de Vitré au printemps de 1589 %. Pendant ce même siège, Jean Huby, procureur du roi, à Hennebont, eut la malen:ontreuse idée de s'aventurer à Champeaux. Ii fut pris près du château d'Espinay el conduit à Vitré. Là on lui demanda une rançon de deux mille écus et on le contraignit de s'exécuter : on lui avait versé de l'eau bouillante et de l'huile sur le nombril.
Au château d'Espinay, le maître d'hôtel Julien Blondeau, sieur de Beauregard, est un ligueur farouche. Saudecourt
sert d'asile aux ligueurs ®. Mais le marquis Jean d'Espinay
semble plutôt attaché à la cause royale (©. En 1580, il crut que la Hunaudaye, lieutenant du gouverneur due de Montpensier, l'avait desservi à la cour et il s’en plaignit au roi, le 4 avril. Le 14, le roi lui répondit que personne ne s'était plaint de Jean d'Espinay, que du reste le roi ne l'aurait pas cru. Toutefois, il chargeait le sieur de Cussé, président du Parlement, d'informer sur son cas. Et en attendant, il demandait à Jean d'Espinay de lui être fidèle, ainsi que ses frères. Ce dernier avis ne vise-t-il point l'évêque de Dol®? Au début de 1589,
(1) Ibid, p. 79.
(2) Tous ceux de la maison d'Espinay… disent hautement que la ligue sera la plus forte (Information, p. 59).
(3) Zbid., 207, 224. Tous les paysans des environs de Vitré se soulevèrent. Voir le récit dans POCQUET DU HAUT-JUSSÉ, Hist. de Bret., V, p. 107-108; JOUON DES LONGRAIS, Information, p. 207, 296 à 301.
(4) Information, p. 185-187. Le témoin pense que c’est le maître d'hôtel d'Espinay, Beauregard, qui commandait ces atrocités et avait sa part dans le butin.
(5) JOUON DES LONGRAIS, /nfoTmation. Notes, 292-293.
(6) Les Mémoires de V. Carloix ne mentionnent plus Jean d’Espinay après 1568. Le manuscrit de Jean Legeay nous apprend que c'est à Pâques 1573 qu'il vint de Duretal s'installer définitivement à Champeaux « pour estre Mecenas et restaurateur de son pauvre peuple » [Abrégé des Antiquitez Noblesse et Alliances…., F0 102 (copie)]. Sur la carrière militaire de Jean d’Espinay, voir les Mémoires de V. Carloix; sur son rôle dans la Ligue au pays de Vitré, voir l'Information contre les Ligueurs, p. 47, 178, 239, 284, 299 et passim. Jean d'Espinay dut aller voir Henri IV à Laval en 1589. Il en obtint des lettres de dispense de ban et d’arrière-ban pour lui et ses petits-enfants (Dom MoRiCE, Preuves, III, col. 1505).
(7) Dom MoRICE, Hist. de Bretagne, Preuves. III, col. 1458-1459,
Jean écrivit à Henri II pour l’assurer de sa fidélité. Le roi lui répondit en le félicitant, et lui demandant son aide, mais en même temps il se dit averti des menées de Charles et d'Antoine, ses frères : « Je ne vous celerai point que je suis bien avertis des mauvais services que me fait l'evesque de Dol, votre irere et je desirerois, pour votre contentement et le sien, que fut plus avisé et se gouvernant mieux selon sa vocation, et la charge à laquelle il est appellé, afin de m'oster la volonté d'y pourvoir et de l'en fre repentir, comme je serai contraint de le faire, s’il ne change bientôt ses déportemens (1) ». Le roi mit ses menaces à exécution et par une ordonnance du 20 avril 1589 il saisit le temporel des deux évêques ligueurs : Aymar Hennequin et Charles d'Espinay ©. Dès lors Ch. d'Espinay était considéré comme rebelle.
Mais, le 1* août 1589, Henri III mourait assassiné et sa mort en donnant la France à un roi hérétique semblait justilier et en tous cas renforçait la thèse des ligueurs. À Rennes, le Parlement régulier reconnut Henri IV, tout en lui demandant de se faire catholique. Saint-Malo se révolta contre le gouverneur. Dans la nuit du 11 mars 1590, les Malouins escaladèrent l’une des tours du château, haute de 20 mètres, sur des échelles de cordes, tuèrent le gouverneur et s'emparèrent de la forteresse. Puis ils se constituèrent en une sorte de république indépendante du roi et du due de Mercœur à la lois, dévoués à la Ligue, mais défiants à l'égard de son chef, n'ayant autre intention que de passer les orages de ce temps calamiteux jusqu'à voir le serein d’une bonne paix sans se
(1) Lettre du 23 avril 1589. Dom MoORICE, Hist. de Bretagne, Preuves, III, col. 1497- 1498. s :
(2) Extraits des registres secrets du Parlement de Bretagne (1555 à 1621, Arch. d’Ille-et-Vil., B. 836) : « Du 24 avril (1589). Sur la remonstrance du procureur qu'il ‘y à plusieurs qui suyvent le party des rebelles notoirement ligués contre le service du Roy, entre autres les evesques de Rennes et de Dol, l'Abbé de Rillé et le sieur dé Brissac, a ordonné et requis que leurs biens fussent saisis. Chambres assemblées, la cour... à apposé et appose la saisie sur les biens des accusés. ». Je ne sais si la sentence fut réellement exécutée. Le 31 décembre 1590, les Etats demandaient que les biens ecclésiastiques saisis fussent employés aux frais de la guerre (Arch. d’Ille-et-Vil., C. 2643, Fo 109).
submettre à qui que ce fust qui pust opprimer une honneste liberté en laquelle ils desiroient vivre pendant ces misères ( ».
À Dol, l'évêque eût bien voulu en faire autant. Lorsqu'en septembre 1590, les délégués des bourgeois de Saint-Malo allèrent à Fougères porter à Mercœur les remontrances de la ville, « ils passerent à Dol où ils virent le sieur evesque de Dol, lequel sçavoit assez le dessein qu'ils avoient de demeurer à eux mesmes, sans se submettre à personne, lequel en particulier leur loüa et approuva ce dessein, leur disant que s’il pouvoit il vivroit en pareïlle franchise, mais que la ville de Dol ny les habitans n’estant point capables de se conserver eux seuls, il luy estoit force de se submettre au duc de Mercueur, les pretentions duquel luy estoient suspectes ® ». Obligé de prendre parti entre les ligueurs et les royaux, Ch. d'Espinay se jeta avec fureur dans le premier camp.
En 1590, ïl fit venir pour prêcher le carême un Jésuite ligueur: Saint-Malo et Rennes firent de même ®. Au début de l'année, c'était La Garde Pont-Briand qui, avec sa compagnie, défendait Dol. Le 3 janvier, une bande de soldats de la garnison s’en allèrent piller le château de la Mancelière, en Baguer-Pican, parce que le PEOPRBRRE Roland de Lescu ne voulait pas entrer dans la Ligue ®. Le 26 janvier, le chapitre réglementa à nouveau la garde de la ville 6) : c’est le chantre qui veillera à ce que cette garde se fasse régulièrement. Le 8 juin, il se plaint au chapitre devant Ch. d'Espinay que cette charge soit trop lourde pour lui; on décide que chaque chanoine sera à son tour responsable de ia régularité de la garde et de la sécurité de l’église .
(1) FROTET DE LA LANDELLE, Mémoires, p. 139, 164, 249, note 1.
(2) FROTET DE LA LANDELLE, Mémoires, p. 245.
(3) Celui de Saint-Malo est connu : Marcelin Cornet. Il fit l'apologie de l’escalade du château et son discours a été imprimé (POCQUET, Hist. de Bretagne, V, p. 152). Celui de Rennes était le jésuite Odon Pigenat. Il se compromit près du Parlement par ses violences de langage et dut fuir (Information, p. 21, 290); celui de Dol est demeuré inconnu. Les registres du chapitre le nomment; son nom, très mal écrit, me semble être Fallon. (Arch. d'Iile-et-Vil.. G. 367, F0 XCIX.)
(4) DUINE, Hist. civile de Dol, p. 54.
(5) Arch. d’Ille-et-Vil., G. 367, FO XCVII (6) 2bid., F9 cIx.
Après l'escalade du château (11 mars), Pont-Briand rentra avec sa compagnie à Saint-Malo. Dès lors, l'évêque dut songer à défendre sa ville. N'ayant pas à Dol de quoi résister, 1l se tourna vers Saint-Malo, riche en hommes et en argent. Les Malouins, de leur côté avaient intérêt à défendre leurs voisins, dont la ville commandait les routes de Bretagne et de Normandie allant vers la mer . Le 8 juin 1590, donc, Ch. d'Espinay envoya à Saint-Malo un exprès avec des lettres, demandant qu'on lui prêtàt de l'argent. « À quoi fut respondu qu'il luy seroit presté deux mil escus pour six moys, baillant cauüon de les rendre dans ce temps de six moys, et le Procureur commis pour aller à Dol vers led. sieur evesque pour luy faire celte offre et conferer avecq luy et confirmer une mutuelle correspondance pour les affaires communes et le bien des deux villes ® ». En retour, Pont-Briand (château situé en Saint- Briac) ayant passé aux royalistes en juin 1590, l'évêque de Dol envoya une compagnie se joindre aux Malouins pour en faire le siège %. Au mois d'août, au contraire, l'évêque de Dol soupçonna une offensive royaliste prochaine; les Malouins lui envoyèrent sur sa demande, mais pour huit jours seulement, le capitaine La Coudrays 4.
. Pendant ce temps, Mercœur assiégeait Montgommery dans Pontorson. Six cents volontaires de Saint-Malo allèrent l'aider par le Couesnon. Mais on n'en put venir à bout. Mercœur leva le siège à la mi-septembre et s’en revint mélancoliquement vers Dol. Il n'entra pas dans la ville, mais resta dans le faubourg de la Chaussée. Le prince de Dombes le suivait
(1) FROTET DE LA LANDELLE (Mémoires, p. 293 et 327) note que les Malouins se rendaient bien compte de cette importance stratégique et commerciale. Les marchands de Fougères qui allaient à Saint-Malo prenaient des passeports à Dol pour ne pas être dévalisés par les garnisons de Châteauneuf ou de Plessis-Bertrand. Ce n'était pas toujours une sauvegarde suffisante (1bid., D. 187, avril 159,0).
(2) 1bid., p. 219.
(3) Ibid., p. 221-292.
(4) Ibid., p. 938.