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avec une parle de l’armée royale. Il attaqua les faubourgs de Dol pendant une semaine. Ses insuccès répétés et la sécheresse extrême le découragèrent et il emmena son armée vers Rennes (septembre 1590) . Le Due de Mercœur de son côté « après avoir donné quelque ordre pour la seureté de cette villette de Dol se retira à Dinan et renvoya les siens aux garnisons ® » (début d'octobre 1590).
Dol craignait tcujours Montgommery resté en Normandie: aussi l'évêque, le 6 novembre, demanda du secours à Saint- Malo %. On lui envoya 150 mousquetaires commandés par le marquis de Chaussin, frère de Mercœur, et par le sieur de la Bardelière. On y joignait de la poudre et des munitions. Les Malouins restèrent deux mois dans la ville de Dol. En plus de ces secours étrangers, l’évêque avait avec lui son frère Antoine, sieur de Broons. Dans l'après-midi du ï ou 8 janvier 1591, l'armée royale de Pontorson fit contre Dol une incursion qui fut funeste à Antoine d'Espinay. Frotet de la Landelle nous a laissé de sa mort un récit fort pittoresque et qui éclaire par certains détails la vie de notre héros dans cette période. « Pendant le sejour que feist le capitaine Bardeliere à Dol, une apres disnée (, la sentinelle qui estoit sur le clocher pour decouvrir sonna l'alarme et donna advis de nombre de cavallerie qu'elle
(1) FROTET DE LA LANDELLE, Mémoires, p. 252-253, 255-956,
(2) Ibi4., p. 262.
(3) Ibid., 293; Rég. des délibérations de Saint-Malo, F9 45. Le 9% novembre, il réitère sa demande (Rég. des délib., Fo 67). Plus loin (FROTET DE LA LANDELLE, P. 311: Délib., F0 48 vo), Ch. d’Espinay demande qu’on prolonge la durée du secours accordé; le % janvier, il remercie la ville (FROTET DE LA LANDELLE, D. 320-321; Délib., Fo 115). Sur le marquis de Chaussin, voir Rég. des délib., F0 50 (14 novembre 1590). Le 21 janvier 1591, le conseil de Saint-Malo autorise de la Bardelière à quitter Dol (Rég. des délib., Fo 110 vo). :
(4) 7 ou 8 janvier 1591: voir Journal de Pichaït, D. MORICE, Preuves, TIT, 1720. C'est probablement au cours de ce même hiver que Monigommery étant venu avec ses troupes camper non loin de la ville se présenta vers minuit à la tour qui donnait sur le jardin des Carmes pour s’aboucher avec la sentinelle. Ce soldat était un traître, et Montgommery prétendait entrer avec sa troupe dans le couvent des Carmes et s'y fortifier. Mais la cloche du couvent ayant commencé à sonner matines, il crut que c'était le tocsin et il s'enfuit, si effrayé qu'au lieu de prendre la route de Pontorson il descendit dans le marais et s’y égara. Il ne retrouva son régiment que le lendemain matin (Hist. des Carmes en Bretagne, publiée par A. DE LA BORDERIE, D. 24).
voioit du costé de Pontorson dans le Terrain, car cette ville est pour grand partye environnée de marrests. Ce qui causa que le sieur marquis de Chaussin frere du sieur duc de Mercueur, prend les armes et avec luy le sieur de Broon, frere de l’evesque dud. lieu, lequel sejournoit v avoit jà longtemps aud Dol avec led. sieur evesque, et avec eux environ trente cavaliers armés el quelques gens de pied, entre autres le capitaine Bardeliere et bonne partie de sa troupe. Lesquels gens de pied marchans au grand pas ne voyans encores paroistre aucun de l'ennemy et $e trouvans en une plaine sans fossés, un peu esloignés au dehors du forbourg de la Porte d’ahaut, la cavalerie de Dol qui avoit advancé un peu plus que les gens de pied voit paroiïstre sur un petit tertre environ de cinquante chevaux, lesquels sans les marchander fondent sur ceux de Dol inferieurs en nombre. Ceste cavalerie avoit sorty de Pontorson conduite par le sieur de Lorges, puisné du comte de Montgommery, aisné de cette maison, lequel aveq sa troupe se fourra pesle-mesle parmi cette cavalerie de Dol où d’abord le sieur de Broon fut tué de quinze à vingt coups d’espée, n'ayant pas en montant peu endosser ses armes, ayant nourry un peu de cuisine pendant le sien sejour à Dol qui l’'empescha de se pouvoir armeér, et estoit seulement couvert d’une casaque de velours violet toute chamarrée de croix de Lorraine et clinquant d'argent. Aussi fut tué un gentilhomme appellé Pont- Belle-Noüe et quelques chevaux-legers jusqu'à deux ou trois. , Finalement ces huguenots faisoient tres-mal les affaires des catholiques, sans que le duc de Lorges, qui estoit meslé n'ayant point de culotes, fut frappé dans les reins de deux ou trois coups d’espée..., dont il tumba roide mort. Ce que voyant son frere puisné, à present comte de Monigommery, ralie tous ses compagnons et se retire ) ». Il s’en alla à Pontorson, abandonnant le cadavre de son frère. Après la bataille, on
(1) FROTET DE LA LANDELLE, Mémoires, p. 293-294.
reconnut, en levant sa visière, le sieur de Lorges, « ce qui ayda à oublier la perte du sieur de Broon ( ».
La légende raconte que Charles d'Espinay aurait devant le cadavre de son frère brandi une épée et crié : « Votre évêque sera Votre Capitaine ® ». La légende prête toujours aux héros les gestes qu'ils auraient dû faire et les paroles qu'ils auraient dû prononcer. Si Ch. d'Espinay n’a jamais poussé ce cri, du moins il le réalisa. Un mois après la mort de son frère (8 février 1591), il avertissait les habitants de Saint- Malo que le duc de Montpensier faisait le siège d'Avranches près de se’ rendre; que, cette ville forcée, il se tournerait probablement contre Dol. Il demandait dons de la poudre et des soldats. On lui en envoya 4). Quelques jours après (14 février), en accusant réception du secours, Ch. d'Espinay avait le plaisir d'annoncer qu'il était inutile, le duc de Montpensier et son fils, le prince de Dombes, ayant disloqué leurs forces après la prise d’Avranches et S'élant dirigés l'un vers Rennes, l’autre vers Caen. Le 1% juin, Mercœur demanda à Ch. d'Espinay de lui envoyer les quelques soldats restés à Dol. Des lors la ville était exposée à toutes les surprises. Une dernière fois, l'évêque se tourna vers les Malouinsi qui lui envoyèrent une compagnie de 120 hommes des meilleures familles, sous la
(1} Ant. d'Espinay avait épousé en 1566 Renée Hérisson dont il eut un garçon et une fille, puis la veuve du comte de Duylly, Jeanne de Scepeaux, fille puisnée du maréchal de Vieilleville, dont il n'eut pas d'enfants (Bibl. Nat. ms fr. 20224, F0 136). La Bibliothèque Nationale (Cabinet des Estampes) possède de lui deux por: traits à la pierre noire, Il a le visage allongé de son frère Charles, mais le regard franc, le nez plus droit et les traits plus rigides Jui donnent l’air d’un vrai soldat. I1 avait combattu à Saint-Denys (1567), Jarnac et Moncontour (1569). Voir sur ce personnage DE CARNÉ, Chevaliers bretons de Saint-Michel, p, 125-196.
(2) La légende à été gravée par Doutreleau pour l'album qui accompagne l'ouvrage de B. ROBIDOU, Hist. et panorama d’un beau pays. B. Robidou raconte la scène d’une façon mélodramatique, I, 291-292.
(3) Au début de cette même année 1591 (le 21 mars), les Etats Ligueurs s'étaient réunis à Nantes. Ch. d'Espinay n'y alla pas, mais il s’y fit représenter, ainsi que son chapitre. Les Archives d'’Ille-et-Vilaine possèdent sa procuration, datée du 7 février 1591 et signée de sa main (C. 3189). Le serment des ligueurg porte la signature du chanoine Th. Faverel (Arch. d'Ille-et-Vil., C. 3188).
(4) FROTET DE LA LANDELLE, Mémoires, p. 397; Rég. des détib., F° 122, Le lendemain 9 février, nouvelle lettre de Ch. d'Espinay au conseil de Saint-Malo demandant qu'on pressât l'envoi du secours demandé (/bid., 334; Rég. des délib., 123 vo et 197).
(5) FROTET PE LA LANDELLE, 335-336; Rég. des délib., Fo 130 vo.
conduite de Nicolas Frotet de la Landelle. Ils y restèrent un mois W), Quelques jours après leur arrivée ils essuyèrent de la part de Montgommery un véritable désastre. Le 13 juin 1591, jour de la Fête-Dieu, une trentaine de soldats s'étaient rendus comme à une promenade au petit port du Vivier pour accompagner à son retour à Dol le chirurgien Lourmaye qui revenait par mer de Saint-Malo. Ils s’installèrent, en attendant le bateau, dans les masures situées près du pont du Vivier. Survinrent 50 cavaliers de Monigommery suivis de 26 hommes à pied. Après une lutte héroïque, les soldats malouins durent se rendre; on leur promit la vie sauve. Mais en dépit de cette promesse, lorsqu'ils sortirent, ils furent massacrés ou faits prisonniers par les soldats de l’armée royale. « Le bruit de cette attaque venu à Dol au temps qu'on aloit à la procession du Saint Sacrement, le capitaine Landelle envoie advertir le sieur evesque de Dol lors malade au lit, et luy demande permission de sortir, ce qui luy fut accordé, et led. evesque commanda à Ville Halin, capitaine de ses gardes, car tout le monde en ce temps là faisoit le roy, quil eust aussy sorty. Si bien que le tout recueilli Landelle sort, el avec lesd. gardes faisoit environ six vingtz hommes, sans aucune cavalerie Îors quatre gentilshommes normans refugiés à Dol qui monterent à cheval. Et les premiers arrivez au Vivier retournent dire aud. Landelle et gens de pied qui s’advançoient au grand pas que c'estoit fait et qu'il y avoit des morts tant des uns que des autres quelques vingt cinq hommes. Neantmoins il donna jusques là et donna ordre de faire apporter les siens à Dol qui furent enterrez en l’eglise des Carmes à Dol. Quant à ceux de l’'ennemy, 1ls demeurerent pour partage des chiens et des corbeaux... ® ».
(1) FROTET DE LA LANDELLE, 369; Rég. des délib., Fo 192. Te 2 juillet, de la Landelle écrit au conseil de Saint-Malo que l’évêque voudrait qu'il reste ou que Saint-Malo lui prête de l’argent pour lever une autre compagnie. Saint-Mal:: adopte la seconde solution (Rég. des délib., Fo 916).
(2) FROTET DE LA LANDELLE, Mémoires, p. 382 à 384. Ville Hatin nommé dans ce récit doit être Villehalay, de Landéan, mentionné aussi par Guy Meneust (voir JOUON DES LONGRAIS, Information. p. 143, note).
. Au début de juillet, Saint-Malo retira la compagnie de la Landelle, mais accorda à l’évêque sur sa demande 300 écus pour sa garnison 0. C'est le dernier acte publie que nous connaissions de Ch. d'Espinay.
La vie du poète s'achevait done au milieu des luttes civiles dont il ne pouvait prévoir l'issue. Même ceux qui n'approuvent pas la Ligue reconnaïtront la droiture de ses intentions. Il était fort difficile d’ailleurs de s'orienter dans les courants politiques d'alors. Le Parlement de Rennes lui-même — fidèle au gouvernement royal — en était réduit, le 30 décembre 1590, à demander au roi de laisser les Anglais descendre en Bretagne pour les opposer aux Espagnols qui venaient d'y débarquer ®. Mercœur était entouré de lraîtres qui voulaient livrer à Philippe IT le duché de Bretagne et beaucoup de seigneurs bretons, par crainte de l’hérétique, soutenaient cette politique. Le cousin de Ch. d’Espinay, Gabriel de Goulaine, écrivait au roi d'Espagne, le 19 septembre 1591, pour le remercier et lui offrir ses services ®. Pour l'honneur de notre poète, son nom ne figure point dans ces négociations.
Ch. d'Espinay était malade le 13 juin. Il ne se releva pas. Le 10 août 1591 1l fit son testament; il désignait pour exécuteur testamentaire Fernand Vivien, prieur du Brégain en La Boussac ®. Le lendemain, le prieur rendit compte au chapitre
(1) Rég. des délib., Fo 216 vo. La lettre de d'Espinay demandant ce secours est datée du 3 juillet. L'évêque remercie le conseil du secours accordé par une lettre du 16 juillet (Zbid., Fo 998).
(2) Arch. d’Ille-et-Vil., C. 2643, Fos 85-86.
(3) On trouvera le détail de ces négociations dans la préface du livre de G. DE CARNÉ, Correspondance du duc de Mercœur et des liqueurs bretons avec l'Espagne, M. POCQUET en a donné un tableau d'ensemble dans son Hist. de Bretagne, Y, ch. XIII, p. 182 et suiv. Sur Gab. de Goulaine, voir DE CARNÉ, Chevaliers bretons de Saint-Michel, p. 146-147.
(4) Fernand Vivien était aussi recteur de Gahard, dont Ch. d’Espinay était prieur. Il était ligueur (/nform., p. 204).
des dernières volontés de l'évêque et lui demanda de l'aider. Les chanoines répondirent qu'ils l'assisteraient « pour ce qui dependroit de leur diligence », lui laissant la saisie des biens meubles et par contre la charge des dettes W. Le 12 septembre 1591, Ch. d'Espinay mourut ®. Il fut inhumé le 22, dans son église cathédrale, sous un « honorable et riche tombeau enlevé », el son cœur fut transporté en l’église de la Madeleine de Champeaux comme il l'avait demandé dans son testament #) Son obit consistant en un libera chanté au chœur de la cathédrale de Dot se célébrait le 15 mars W.
Par ce même testament il laissait sa chapelle et ses ornements à l’église de Dol. Parmi les bijoux remarquables on peut citer deux anneaux où étaient enchassés « un saphir monté en or » et un « saphir blanc que l’on appelait ung diamant », une coupe en porcelaine montée sur un pied d'argent doré, d'Oiron, je suppose ©); une « orloge en forme de custode faicte en façon de cuivre doré », « une boite d'argent en rond où mettre de la dragée en RE avec un cuiller d'argent, le tout pesant demy marc ® ». On reconnaît à ces cadeaux la somptuosité et la ee d'Espinay.
Son frère Jean avait, dans le même esprit, renoncé à toute prétention sur son héritage M. Il mourut lui-même, le
(1) Arch. d’Ille-et-Vil., G. 367, délibérations de 1579 à 1597, FO CXIx rv.
(2) … « quel sieur evesque deceda en son chasteau de Dol le 12% jour de septembre mil cinq centz quatre vingtz unze et fut enterré... le vingt deuzième jour dud. moy et an (G. 367, F9 Cxx r°).
(3) Du PAZ, Hist. généalogique, p. 301.
(4) Arch. d'Ille-et-Vil., G. 295, Registre d’obits, non folioté.
(5) Pr. D'EsPINAY (Mariage de J. d’'Espinay, p. 61) : on a retrouvé dans un grenier en 1869 deux coupes de faïence d'Oiron aux armes d'Espinay. L'une a été acquise par M. Alph. de Rotschild, l’autre par M. Basilewski. Jean Juste qui fit le tombeau de Guy III fit aussi celui de Gouffier à Oiron; serait-ce lui qui indiqua aux d’'Espinay ces belles coupes ?
(6) Arch. d'Ille-et-Vil., G. 367, F0S 1921 vo et 122. On trouvera dans les Annales de Bretagne, janvier 1911, un article documenté de M. l’abbé DUINE sur le testament de Ch. d'Espinay et les procès auquel il donna lieu. Je n'ai rien à y ajouter. Les documents sont aux Archives d'Ille-et-Vilaine, G. 881 et G. 163. En 1594, son curateur, Gme Le Roux, était encore en procès avec ie chapitre (Arch. d'’Ille-et- Vil., chap. de Dol, liasse non cotée).
(7, G. 367, F9 CXXXIV, dél. du 18 septembre. La lettre du marquis est du 14 septembre.
9 décembre 1591 @, Ainsi trois fils de Guy III moururent dans celte fatale année.
En 1742, les chanoines de Dol, trouvant les tombeaux des évêques gênants pour les cérémonies, les firent scier ©, Ainsi disparut sans laisser aucune trace le monument élevé à notre héros. En 1793, on trouva dans le caveau funéraire de la famille d'Espinay, dans l’église de Champeaux, deux châsses et un cœur de plomb. Ils contenaient les restes de Jean d'Espinay et de Marguerite de Scepeaux, et le cœur de Charles d'Espinay.
Notre poète était dès lors disparu tout entier. Il étaït de ceux qui selon l'ironique remarque de Pasquier « ont survecu leur livre ® ». La Croix du Maine et Du Verdier lui consacrent une courte notice : Goujet le trouve inconvenant 4 : puis le silence se fait sur son nom. Sa famille elle-même s'éteint au début du XVIT siècle et le vieux château passe à des mains étrangères qui laissent périr et disperser les merveilles d’art qu'il contenait. La vieille collégiale est supprimée et en partie saceagée à la Révolution. « Assur, dit le saint prophète, s’est élevé comme un grand arbre, comme les cèdres du Liban...: voyez sa ruine et sa décadence... Les branches de ce grand arbre se verront rompues dans toutes les vallées...; ces terres et ces seigneuries... se partageront en plusieurs mains... 6).
(1) Bibl. Nat., ms. fr. 20224, Fo 136. Sa veuve, Marguerite de Scepeaux, fit cons truire en 1594 par Ricand le caveau funéraire qui subsiste encore et la chapelle qui le surmonte. Elle fonda en sa mémoire 33 obits et un: anniversaire (Arch, d'Ille-et-Vil., G. 449).
(2) Arch. d’ille-et-Vil., G. 281, La collection Gaignières, qui contient la reproduction de plusieurs tombeaux de Dol (Bibl. nat., ms. latin 17095), ne possède pas celui de d’Espinay.
(3) Recherches, VII, BII, p. 611.
(4) LA CROIX DU MAINE, Bibl. fr., I, 105-106, ne connaît que ie premier recueil de d'Espinay; DU VERDIER, Bibl. fr., I, p. 296-297, signalg la seconde édition; GOUJET, Bibl. fr., XV, T7, est bien dur pour Ch. d’Espinay : « Ces poésies ne répondent ni à la gravité de ses occupations, ni à la sainteté de l’état qu'il avait embrassé. La dame à qui l’auteur les adresse avait peut-être ses raisons poux en être satisfaite; je n’en ai aucune pour les trouver même supportables. Ronsard, Belleau, M. CI. de Butter, G. des Autels et Jacques Grévin, qui en font l'éloge, sont de mauvais garants de leur bonté et des talents poétiques de leur auteur »,
(5) BOSSUET, Sermon sur l'ambition, II.
Mais sur ces terres, leurs possesseurs éphémères avaient bâti des œuvres d'art. Elles subsistent en partie; le château a été restauré avec goût au cours du XIX° siècle; le tombeau de Guy IIT et celui de sa fille, ainsi que les deux verrières de Champeaux sont classés depuis peu comme monuments historiques. C'était bien le moment de remettre au jour la figure si curieuse et si complexe de l'évêque de Dol. Artiste, humaniste, poète, évêque, politique, soldat, il réunit en sa puissante personnalité tous les aspects de l’homme de la Renaissance, et tenta en sa vie agitée tous les rêves de celle génération si ambitieuse. De lui aussi il ne subsiste que ce qu'il estima peut-être le moins : les élégies où soupira son cœur de vingl ans. Et cela est très bien ainsi. Les œuvres que réalisent l'argent ou la violence passent,
DE L'art robuste Seul a l'éternité.
Dans le chœur de l'antique collégiale, Guy IT d'Espinay et Louise de Goulaine ont vu leurs statues somptueuses brisées par les marteaux révolutionnaires. On n’a respecté que leurs statues tombales. Pourtant il n'y a aucune ironie dans la promesse de leur fils : Fama mortalibus una superstes. Leur gloire est autour d'eux, dans les stalles de chêne, dans les tombeaux de marbre, dans les vitraux dont ils ont doté l’église où 1ls reposent. Nus et maigres, leurs torses
S'allongent aux carreaux de marbre blanc et noir;
IIS gisent là sans voix, sans geste et sans ouïe, Mais de leurs yeux de pierre ils regardent sans voir La rose du vitrail toujours épanouie.