VI. — Dans l'édition de 1559, ce sonnet est ajouté à la fin
Pourtant, mon D’EspiNaY, si tu n’has autre bien Decelant la beauté, la grace, le maintien, Et les perfections d’vne Dame rebelle :
Si as-tu entre tous gaigné ce poinct heureux, Que tes diuins escrits t'aduouront aux nepueux Poëte autant parfaict que ta Maistresse est belle. I. GREvIN.
Si le pouuoir d’vne rare beauté T’a sceu toucher iusqu’au centre de l’ame, Si les vertus qu’on voit luyre en ta Dame, À Te font vn temps sentir leur cruauté :
Si, doctement chanter la loyauté Par tes Sonets, ou par quelque epigramme, N'ont sceu encor esteindre ceste flamme, Si seras tu quelquefois contenté
On voit par temps l’eau cauer bien la pierre, On voit sortir d’vne mortelle guerre Souuentesfois vne seure amitié :
Plus aiseement (seul Nestor de Bretaigne) Ne verras tu celle qui te desdaigne Te rechercher pour son autre moitié ?
Pressis BErarD Ang.
VIII, 9 — Imité de Baïf ; O vous mes yeulx, pleurez desus ce cuœur :
. Si par le temps l'onde les roches mine, Minez minez le roc de sa rigueur,
(Amours de Méline, édition 1552, Augé-Chiquet, VIII, 12-14, p. 29). Mais la source , première est BION, Idylles, XI.
LES SONETS de
Breton
le veux chanter heureux et plus qu'heureux
Ce iour auquel Amour me feit la playe,
Aux autres faulse, à moy certaine et vraye,
D'ou sont venus cent mille nouueaux feux.
Ie veux chanter estre present des Dieux
Cest heur que Îay de cest’Ame si gaye,
Quant tant de fois pour mon confort i’essaye,
De m'approcher doucement de ses yeux : Ces yeux qu’on dit les fenestres de l'ame,
Par ou me vient la vertu de sa flame
Se joindre au vif de mon feu plus ardent.
O que Fatten de bon heur en ma vie,
Si recueillant les douceurs de Mamie,
Ce plus grand bien me dure longuement!
VARIANTES. — I, — 1 : Dire ie puis ce iour fatal heureux; 2? : Auquel Amour me feit si douce playe: 5 : Dire ie puis; 6 : L’heur que reçoy; S : Et pour mon bien m'’approcher:; 12 : j'attends; 13 : doulceurs.
1, 1. — Imitation de Ronsard :
Je suis vraiment heureux et plus qu'heureux De vivre aimé et de vivre amoureux.
(Amours, I, CCXX, 9-10; BL, I, D. 193). L'expression a été reprise Par du Bellay : Qu'heureux tu es (Baïf) heureux, et plus qu'heureux De ne suivre abusé, ceste aveugle deesse… (Regrets, XXIV, M.-L., p. 179: Œuvres poétiques, édit. Chamard, II, 70).
I, 9. — Image courante chez les Petrarquisants (Source, Pétrarque) :
Io avro sempre in ‘odio la fenestra Onde Amor m’avvento già mille strali; (Sonnet LVII, rima 65).
Pour l'étude des images d’origine pétrarquiste très fréquentes dans les sonnets de d'Espinay, notamment dans les sonnets 1, 2, 30, se reporter à VIANEY : Le Pétrarquisme en France, p. 113, qui cite comme modèle le 6e sonnet de l’Arioste. On les trouvera réunies aussi dans pu BELLAY, Olive, 10, qui traduit l’Arioste. Voir encore une page de MARIO EQUICOLA (Libro di natura d'Amore, Venise, 1531) très caractéristique de ce style dans M. SCÈVE, Délie, éd. Parturier, introduction, D. XVII-XX.
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Et de ce front, et des rays de ces yeux, Et des coustaux de ce sein blanchissant, Ce ieune Amour, ce ieune Archer puissant Tire sur moy ses trets plus gracieux.
Il me feit estre en vn coup desireux D'aller tousiours ceste beauté cherchant, Et coup-sur-coup il alla descochant Cest heureux tret qui me fait malheureux :
Tant, qu’à cest’heure vne amoureuse flamme De peu-à-peu se r’allume et s’enflamme, Qui va bruslant et consumant mon cueur Comme la fleur de la plante arrachee Pallit son teinct, et se voit deseichee, Aïnsi ce feu a changé ma couleur.
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Il. — 4 : plus venimeux; & : envieux: 13 : Pallist…. desechee.
ET 3: Car quant Amour jeunement cauteleur.
Voicy la fraulde, Ô Archier invincible
(Délie, Diz. CCXIIT; éd. Parturier, p. 150).
Pour le portrait de l’amie qui est dans les trois premiers vers, on en trouvera du même goût et dans les mêmes termes, mais beaucoup plus développés, chez tous les élégiaques des environs de 1550. Voir notamment : M. DE SAINT-GELAIS, Sonnets, V (Bi., I, 285-6); DU BELLAY, Olive, 71, Regrets, 91; RONSARD. Amours, I, 183 (BI. I, p. 104; Laumonier-Lemerre, I, 91): BAÏïF, Amours de Francine. DENOSE NET 180), MAGNY, Amours, 38 (Courbet, p. 44). La source est ARIOSTE, sonnet XXI. Voir aussi MARULLE, Epigram, II : Cum tu candida sis magis ligustro (Ed. de Florence de 1487, fo Dixij vo). Voir VIANEY, Le Pétrarquisme en France au XVIe siècle D. 138. IL est évidemment impossible de savoir quelle est la source immédiate de Ch. d’Espinay, On trouvera un autre portrait sémblable au sonnet 49.
IT, 4. — Les flèches lancées par l'amour sont une métaphore trop banale pour qu'il soit possible d’en rechercher l’origine. Voir cependant MARULLE, Epigram. XI, Ad amorem : Cum tot tela die proterve spargas. (édit. de Florence, 1487, fo CIxij)
II, 12-14. — Source possible : RONSARD (Amours, REX TIo NBI D 136: Laumonier-Lemerre, I, p. 30); voir le texte chap. II. RONSARD à repris cette comparaison (Amours, II, chanson: Laumonier-Lemerre, I, 182; B1., I, 205) :
Et comme un lys par trop lavé De quelque pluye printaniere, Panche à bas son chef aggravé Dessus la terre nourriciere, Sans que jamais il se releve, Tant l'humeur pesante le greve; Ainsi ma teste à tous les coups Se panche de tristesse à terre.