IV. — 3 : vouldrois
dans PÉTRARQUE, sur la mort de Laure :
Valle che de lamenti miei se piena, (Sonnet XXXIII, rima 260), Amor che meco al buon tempo ti stavi.
(Sonnet XXXV, rima 262).
Mais ni Second, ni Sannazar, ni Pétrarque ne font de la nature un intermédiaire entre eux et leur amie. La source du thème tel qu’il est traité dans d'Espinay est ASTEMIO BEVILACQUA (Rime di diversi, 64. 1548, p.55). On en trouvera une traduction dans VIANEY, Le Pétrarquisme en France, P. 152-153. IL ne semble pas que d’Espinay ait utilisé ces sources italiennes. Parmi les Français son premier modèle était Ronsard (A7ours, I) qui traduit textuellement Bevilacqua. D'Espinay l'a certainement lu, mais non imité. En effet, chez Ronsard et son modèle, la nature est priée de dire adieu à l’amie de la part du poète, chez d’Espinay elle doit seulement lui déclarer les souffrances de l'amant. Le thème ainsi transformé est de MAGNY (Amours, 2, Courbet, p. 33). Le mouvement du sonnet, notamment le 5e vers : « s’ell’vient un jour » et certains détails de la description sont aussi dans Magny et n'existent pas dans Ronsard. La filiation est donc certaine. On trouvera le texte de Magny au chapitre II de ce volume. Toutefois, le ton du sonnet, les apostrophes'du début sont imités de Ronsard et par lui de la tradition italienne. Voici à ce titre le sonnet de Ronsard :
Ciel, air et vents, plains et montz descouvers, Tertres fourchuz et forets verdoyantes, Rivages tors et sources ondoyantes, Tailliz rasez, et vous, bocages vers, Antres moussus a demy front ouvers.
Prez, boutons, fieurs et herbes rousoyantes, Cousteaux vineux et plages blondoyantes, Gastine, Loyr, et vous mes tristes vers, Puisqu'au partir, rongé de soing et dire, A ce bel œil, l’adieu je n’ay sceu dire, Qui pres et loing me detient en esmoy, Je vous supply, ciel, air, vents, monts et plaines, Taillis, forests, rivages et fontaines, Antres, prez, fleurs, dictes-le Iuy pour moy. (Amours, éd. 1552, p. 33; BL., I Ne 66, p. 39; Laumonier-Lemerre, I, p. 32; VIANEY, Pétrarquisme, p. 153). 3
IV. — Le thème de ce sonnet est fort banal. Tous les amoureux ont demandé. qu’on les aime, même Pétrarque (Sonnet XLII, rima 50, fin). Parmi les contemporains de d'Espinay, voir TYARD : Erreurs amoureuses, I, X (M.-L., p. 18): BAÏF, Amours de Méline, XLV (éd. Augé-Chiquet, p. 79); GRÉVIN, Olympe, p. 43 (éd. de 1560). Mais le détail des vers montre que les sources en sont nombreuses.
IV, 1. — L'expression et l’idée font songer à M. SCÈVE (Délie, Diz. CLXVIII, éd, Parturier, p. 193)
Toutes Les fois qu’en mon entendement Ton nom divin par la memoire passe, L'esprit ravi d’un si doulx sentement, En aultre vie, et plus doulce trespasse.
Si donc, Amour, tu as eu la puissance De me serrer d’vn lien tant heureux :
Fay qu'à iamais i’en souspire amoureux, Et que mon eueur luy rende obeissance.
Si donc, Amour, par tes flesches 1e iure, De luy garder tousiours amitié seure, Avance l’heur qu’en ceci ie pretends :
Ne laisse point flotter mon esperance, Haste ce bien par vne ioüissance, Tant que soyons l’vn et l’autre contens.
IV. — 7 : en la Seruant soigneux,; 8 : De tout mon cueur luy...; 9 : Et puisqu'ainsi: de toi piqué, ie jure; 11 : pretens.
IV, 3-4. — La source première de ces vers est PÉTRARQUE : Pasco la mente d’un si nobil cibo, Ch’ambrosia e nettar non invidio a Giove; Che sol mirando, oblio nell’alma piove D'ogni altro dolce, e Lethe al fondo libo.
{sonnet CXLI, rima 160).
Mais la source immédiate est Baïf ou Ronsard, plus probablement ce dernier, à cause du dernier vers de ce sonnet qui rappelle particulièrement le vers 4 de d'Espinay. Voici le texte de Baïf :
Doux restaurant, dousucree ambroisie, Qui ne doyt rien a celle qui es cieux Des immortelz la bouche resazie, Plus doux manger ne gouttent, non les Dieux : Si ce repas me sustente la vie, Je ne seray sus le leur envieux.
(Amours de Méline, XXV, éd. Augé-Chiquet, p. 53). Voir le texte de RONSARD (Amours, I, X) Je pais mon cuœur d’une telle ambrosie
(B1., I, 7; Laumonier-Lemerre, I, 7) au chap. II. Voir aussi DU BELLAY, Jeux rustiques, bayser II, autre baysez; p. 346-347.
IV, 5 et 9. — Cf. SCÈVE, Délie, diz. CXIV Si donc le cœur au plaisir qu'il reçoit.
IV, 9-14. — Même mouvement dans BAIF, Amours de Méline, XLV (Augé-Chiquet, p:79)5:
Si pour avoir mescogneu ta puissance J'en ay j'en ay trop rude conoyssance T'ayant Ô Dieu foilement irrité, Bande ton arc, enfonce une sagette Au cueur mutin de ta fiere sujette,
Qui se gaudit de ta grand’deité.
IV, 13. — Voir Ch. II de ce volume.
Œil trop mignard emprunté de Venus, Le seul flambeau de mon ame raule, Grace qu'Amour de suyure me conule, C’est de vous déux que mes maux sont venus, S1 quelquesfois vous ont esté cogneus Tous ces trauaux qui consument ma vie, Ottroyez moy pour tromper mon enuie, Vos moindres dons si longtemps retenus :
Puis, si mon corps trop las de poursuyuir, Et trauaillé de si long temps seruir Merite auoir plus grande recompense :
Ce soit, au moins, sâns trop l’entretenir En ceste peine, et me puisse auenir Ou bien la mort, ou bien la ioüissance.
V, = 3 : suiure...; 5 : congneus; 9 : poursuivir; 14 : ou la breue allegeance.
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V, 1-3. — Pour le procédé imité de Ronsard, voir ce volume, Ch, II.
V, 4. — Peut-être souvenir de MELLIN DE SAINTI-GELAIS (Bl1., Il, 67. Huitain XXXI, vers 5-6) :
Lors tournant l'œil j’ay veu a vostre porte Le tout seul bien d’où mon mal est venu.
V, 14 — Le mot final indique l’origine sans le moindre doute. C’est la reprise de l’Ode de du Bellay contre les Petrarquisants. Voir ce texte et d’autres semblables dans ce volume, Ch., II, Y ajouter cette finale d’un sonnet de l’ami de d’Espinay, Grévin. Le sonnet de Grévin a paru en 1560. C’est précisément entre 1559 et 1560 que d’Espinay a changé la finale du sien. N'y a-t-il là qu’une coïneidence ?
Non, non, ie suis content seulement que l'Amour Nourrisse vostre cueur d’vn aussi dur seiour, Et ie m'’asseure bien que i’auray iouissance.
(Olympe, éd. 1560, p. 43; sonnet : Non que ie prise tant la recompense heureuse).
VI, 5-8. — D’Espinay était vraisemblablement à la cour, d'après ces vers. Le premier quatrain semble signifier qu'il songeait à la quitter. Cela explique que dans la seconde partie du sonnet il fait serment de ne pas oublier son amie.
Il n’est possible estre long temps, Mamie,
Sans te reuoir, ou bien songer en toy,
Tout mon ennuy, tout mon plus grand esmoy,
C’est quand il fault sans toy passer ma vie.
Ni ma ieunesse en ce temps est suiuie
D'autre plaisir qu’en ce lieu ie reçoy,
Ne pense pas que tout ce que 1e voy
Me peust tirer d’où l'amour me conuie.
Plustost la mer sans les poissons sera,
Et le soleil d’esclairer cessera,
Que de par moy telle foy se corrompe.
Ie croy qu'Amour, en ieunesse entrepris,
De telle erreur ne peult estre surpris,
Si on pouruoit que le neud ne se rompe.