‹ Dans l'orbe de la PléiadeChapitre 26 sur 45 · XXIV. — 5 : Soubdainement; 9 : doulceur · texte numérisé non relu

XXIV. — 5 : Soubdainement; 9 : doulceur

XXIV. — L'heure, le temps, le lieu est l’un des thèmes les plus traités de la Renaissance. D’Espinay l’a ici compliqué assez habilement, en le répétant à la fin du sonnet par l’antithèse des deux tercets (voir plus haut, chap. LI): C'est PÉTRARQUE qui à popularisé cette formule (rima 47, sonnet XXXIX) :

ou encore :

Benedetto sia’l giorno e’1 mese e l’anno Et la stagione e’l tempo e’l’ora e’1 punto E’1 bel paese e’1 loco ov'io fui giunto

Da duo begli occhi che legato m'hanno:;

I benedico il luogo e’1 tempo e’l’ora Che si alto miraron gli occhi miei (Rima 12, sonnet X).

Au sonnet CXXIII, PÉTRARQUE par un procédé analogue à celui de d'Espinay, mais non antithétique, reprend la formule initiale au dernier vers. Les premiers vers semblent avoir inspiré d'Espinay :

Quando mi vene innanzi il tempo e’1 loco Ov'io perdei me stesso, e’l caro nodo Ond’Amor di sua man m'avvinse...….

E cosi di lontan m'alluma e’ncende,

Che la memoria ad ogni or fresca e salda Pur quel nodo mi mostra e ioco el tempo

Voir aussi rima 6, canzone II.

On voit desia les douces colombelles Bec-contre-bec baisant s’enamourer, Et à l’escart deux-à-deux s’esgarer Se chatouillant de leurs flames iumelles :

On voit desia de ses legeres aelles ; Progne qui vient le printemps asseurer, Et par son chant lamentable augurer Le doux plaisir de ces saisons nouuelles.

XXV. — 1 : Desia on voit les doulces colombelles; 4: chatouillans; 8 : Le fruict si doux.

SANNAZAR (Rime, seconda parte, p.338) se plaint avec la même formule : Senza’1 mio sole in tenebre, e martiri, Trapasso i giorni, e i momenti, e l’hore….

Chez les Français, je relève : M. ScÈvE (Délie, diz. CXIV); M. DE SAINT-GELAIS (BL., II, 143. Au Kalendrior d’unes Heures) : Las quand sera le mois, le jour et l'heure; DU BELLAY, Olive, sonnet 33, 2° quatrain : O l’an heureux, le mois, le jour et l’heure; MAGNY : Amours, LXIX, 2 tercet (Courbet, p. 65); Souspirs, XIX, (Courbet, p. 17) :

Bien heureux soit le iour, et le mois et l’année

La saison et le temps, et l'heure, et Je moment,

Le pays et l’endroict où bien heureusement

Ma franche liberté me feust emprisonnée; TYARD : Erreurs amoureuses, I, XXXI, (M.-L., p. 41).

BAÏF en use si souvent que je n’ose reproduire ici tous ces textes superflus : Amours de Francine, 11, XXXIII (M.-L., I, p. 156); 4b., II, LIV (M.-L., I, p. 164); 4b., II, LV (M.-L., I, 165); 40., II, LXXXIV (M.-L., I, p. 176). i

RONSARD enfin l’emploie au 1er livre des Amours (sonnet CXI, Bl., I, p. 63; Laumonier-Lemerre, I, 52) :

Heureux le jour, l’an, le mois et la place L'heure et le temps où vos yeux m'ont tué;

et DU BELLAY dans ses Regrets, postérieurs probablement à la composition du sonnet de Ch. d’Espinay, mais non à son édition, s’écrie :

Malheureux l’an, le mois, le jour, l’heure et le poinct,

Et malheureuse soit la flateuse esperance,

Quand pour venir icy j'abandonnay la France.

(Regrets, XXV; M.L., p. 179; Chamard, II, p. 71). Entre tant de modèles qui se ressemblent « devine si tu peux et choisis si tu l’oses ».

XXV. — L'’antithèse qui fait le sujet de cette pièce entre l'amour printanier des êtres et la tristesse du poète et la froideur de son amie $Semble un procédé bien italien. Pourtant je n’en ai pas trouvé d'exemple parmi les Italiens. PÉTRARQUE (Sur la mort de Laure, rima 269, sonnet XLII : Zephiro torna, e’1 bel tempo rimena) oppose la joie du printemps à sa propre tristesse, Mais c’est la mort de Laure et non son indifférence qui le rend triste, SANNAZAR développe au contraire la même opposition que d'Espinay dans les 50 vers de sa fer Æglogue. Philomèle et Procné y sont, mais le dernier vers, qui résume la pièce, manque. C’est Ronsard qui a été le modèle de d’Espinay. Trois fois au 1er livre des Amours il a tenté le

LL à

Mais las! du froid englacé de Madame, Ni ce printemps, ni son plaisir m’enflame Ni ces tesmoins qu'on voit ores arriuer :

Car cest Amour ialoux de ma ieunesse, D'vn si grand mal si doucement me presse, Que d’vn printemps il me fait vn hyuer

Loing escarté d’vn si doux Orizon,

Et de l’ardeur d’vn flambeau si heureux,

Cent fois le iour, ie resonge à ses yeux,

Les seuls moyens de ma longue prison : :

XXV. — 10: m'enflämne:, 11 : ore; 13 : mon cueur enchaine et presse. XXVI. — 5 : poulsé; 6 : d'eux.

sujet, en sens inverse de d'Espinay. Cassandre lui fait dans le cœur un printemps éternel, voire un été au cœur même de l'hiver, Je vey ma nymphe entre cent damoiselles, Si qu’en despit de l’hyver froidureux, Par la vertu de ses yeux amoureux Un beau printemps s’engendra de sa face (Amours, I, XCIII; B1., ". p. 64; Laumonier-Lemerre, I, p. 53) Bref, ny l’esté, ny ses flames, ne font Ce chaud brasier qui mes veines consume.

Vos chastes feux, esprits de vos beaux yeux, Vos doux esclairs qui reschauffent les dieux, Seuls de mon feu eternisent la flame.

Et soit Phœbus, attelé pour marcher Devers le Cancre, ou bien devers l’Archer, Vostre œil me fait un esté dans mon âme.

(1b., I, CXXV; B1,, I, 70; Laumonier-Lemerre, I, p. 59).

Le dernier vers permet de supposer que c’est le sonnet 169 (B1., I, p. 97; Laumonier- Lemerre, I, p. 59) qui à servi de modèle à d’Espinay; voir le texte plus haut, ch. II, et en même temps l'étude de la transformation que d'Espinay a fait subir au thème chanté par Ronsard.

XXV, 1-8. — Description de printemps classique dans les pastorales : SANNAZAR, ArTcadia, Egloga prima et Prosa settima; PÉTRARQUE, rima 269, sonnet XLII, Sur la mort de Laure, et rima 28, sonnet XXII : solo e pensoso i più deserti campi; DU BELLAY, Olive, sonnet 84; cf. Œuvres poétiques, éd. Chamard, I, p. 98, qui donne le texte de Sannazar en note; RONSARD, AMours, II, XXVII (BL, I, p. 171; Laumonier- Lemerre, I. p. 152); BELLEAU, Seconde journée de La Bergerie (M.-L.,II, 98); BAIF, Amours de Méline, II (M.-L., I, p. 70, Augé-Chiquet, p. 118). On trouvera ceux de ces textes qu’a pu utiliser d'Espinay plus haut, ch. Il.

XXVI. — Sonnet dont quelques vers sont obscurs, mais dont le sens général est clair : le poète a quitté sa maitresse et ne peut l’oublier, Orizon et Aspect, avec des majuscules et placés à la fin du 17 vers du sonnet et de celui des tercets, contiennent certainement le nom de l’amie de d’Espinay, Je n'ai pu le découvrir.

XXVI, 5. — Le débat entre Sensualité et Raison est une des ressources des poètes pétrarquistes, Voir Œuvres de Madame Helisenne de Crenne, Paris, 1551, Songe de

Et neantmoins (poussé par la raison)

Que sois contrainct de me separer deux, L’astre sur moy de tout temps enuieux Rentre tousiours en sa triste maison.

Puis cest Amour se ioignant à l’Aspect, Braue sur moy me retient si subiect, Qu’aultre beauté ne peult serrer mon ame :

Et tant plus suis de ses flambeaux absent, Tant plus l’ardeur de leur doux feu cuisant Transi me brusle, et tout froid me renflame.

Encore un coup, mon RoNsARD, ie veux dire Le doux orgueil qui part de ces beaux yeux, Que 1’ay chanté et dict en tant de lieux Estre mon mal, et mon plaisant martire.

Ne pense pas que desia saoul d’escrire, l’emprunte rien d’vn tas de glorieux, Qui ne pouuant de leur Dame auoir mieux Bruslans au cueur font bien semblant de rire :

XXVITI. — L'édition de 1559 a ici la chanson qu'on trouvera au n° 47, suivie des sonnets liminaires Il, V et VI, et ne contient pas d'autre pièce.

la dicte dame; SPERONI, Dialogue d'Amour; M. SCÈVE : Délie, Diz. CLXXIX et CLXXX. Le premier finit par ces vers :

Dont pour t’oster, et moy d’un si grand doubte, Fuyant Amour, je suivray la Raison.

C’est là un souvenir du Roman de La Rose où Raison fait à l’amant deux discours — dont l’un de 3.000 vers — pour le dissuader de poursuivre la conquête de la Rose.

XXVI, 7-9. — Cf. MAGNY : Souspirs, sonnet IX (Courbet, p. 10) : Bien feust Carle, vraiment prodigue à ta naissance Le favorable aspect de ton ästre ascendant, Tant et tant de tresors dessus toi respandant Par la sainte vertu de sa sainte influence.

Of. aussi TYARD, Érreurs amoureuses, I, XXXV (M.-L., p. 41).

XXVI, 8 — Maisons du ciel : douze divisions que les astrologues faisaient dans le ciel, auxquelles ils attribuaient diverses propriétés, et qui correspondaient aux douze signes du zodiaque.

XXVII, 9-10. — Voir sur ce procédé le sonnet XXIV.

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