POP ANTON UN
Heureux tousiours ie chanteray le lieu, Et la saison, et la force du Dieu Qui m'a serré dans si douce demeure :
Et enyuré du plaisir d’vne attente, le publierai cet œil qui me contente, Et les beautez qui veulent que ie meure.
Sur le patron de la saincte couronne
Que Pallas met au front du Delien,
Lorsque touchant son luc musicien
D'vn doux accord vne chanson fredonne :
Cypris la belle vne telle façonne
D'vn laurier verd resserré d’vn lien,
Et en l’honneur de son pris ancien
Par toy chantée à bon droict te la donne. GouLLAINES done aimé de ces grands Dieux,
Et couronné des lauriers si heureux,
Qui dessus toy emportera la gloire?
D'vn tret semblable au Poete Vandomois
Tes chants iront s’esgalant à la voix
De cil qui chante au reply de ton Loyre.
Ce beau coustau à long chef verdissant, Qui va cernant l'email de tant de prees, Et ce ruisseau qui au bas des vallees
D’yn long reply va leur beautez croissant :
XXVIII, 1-2. — Cf. DU BELLAY, Olive, I, début : Je ne quiers pas la fameuse couronne, Sainct ornement du Dieu au chef doré, etc;
Est. JODELLE, sonnet limin. des Amours de RONSARD (1552) : sur le patron de tous les dieus ensemble; ibid., sonnet limin. de N. DENISOT : Mignardement au champ Italien (Amours, éd. Vagarnay, p. L-Li). Les rimes de cette dernière pièce rappellent celle du sonnet de d'Espinay. \
XXVIII, 9. — Sur Beaudouin de Goulaine, voir plus haut, ch. II, pages 46-47.
XXVIII, 14. — Il ne semble pas que lel Loyre ici mentionné puisse être le Loir. Du reste cette rivière est encore assez éloignée de Pomerieux où habita plus tard B. de Goulaine. Il ne peut s'agir que de la Loire, masculin au XVIe siècle, sur les bords de laquelle était le château de Goulaine: et le poète visé à ce dernier vers est du Bellay, voisin des Goulaine. Le second recueil de d’Espinay s'inspire
d’ailleurs beaucoup des Regrets.
Me font renaistre, et me vont nourrissant, Le souuenir de ces Graces sacrees, Quant au blanc sein de Madame esgarees, De cent beautez le vont embellisant.
Donque soyez mes tesmoins, Ô coustaux, Et vous, ô prez, et vous gentils ruisseaux, D’vn grand plaisir qu'vn penser me donnoit, Lorsqu'appuyé dessus vne fenestre, D'vn fort chasteau, ce songer faisoit naistre Vn long trauail qui mon cueur consommoit.
Vn iour Amour reuenant d’vne queste Sa trousse au flanc, et son arc dans le poing, Dedans vn bois m’aduisa de bien loing Ou ie suyuois les erres d’vne beste Tout aussi tost ce petit Dieu s’arreste Me contemplant franc et libre de soing, Me tire vn tret, et mon cueur est tesmoing De quelle playe il feit sur luy conqueste.
Estant nauré de ce dur decocher, Ie cour soudain me cuidant approcher
XXIX, 13. — Il s’agit du château-fort d'Espinay, bâti aü bord d’une rivière et duquel on aperçoit les collines qui forment la vallée de cette rivière, Faut-il con- Clure que Ch. d’Espinay était rentré à Champeaux après la publication de son premier recueil; ou ce sonnet n’aurait-il pas plutôt été composé avant le départ de d’Espinay pour Paris ?
XXX. — Mise en scène anacréontique courante après 1554. Le portrait de l'Amour se trouve dans ANACRÉON, Odes, 3 (L'Amour mouillé); ibid., 14. RONSARD est provoqué par l'Amour : É
11 me tira premier une fleche acerée
Droit au cœur, puis une autre, et puis tout à la fois
Il décocha sur moy les traits de son carquois. (Amours, IT, IT; Laumonier-Lem., I, D. 134-135; BI. I, 150).
Voir aussi une attaque semblable, Amours, II, Madgrigal; Bl., I, 206-207; Laumonier-Lemerre, I, p. 183. :
Une autre fois c’est en courant après un chevreuil que le poète est pris au piège. (Amours, II, 1v: B1., I, p. 151: Laumonier-Lemerre, I, 135.)
XXX, 1: — Queste : chasse.
XXX, 6. Libre vivois en l’Avril de mon aage, De cure exempt soubz celle adolescence, (Délie, äiz VI).
3 De cest Enfant lequel m’auoit blessé :
L Mais le priant de quelque allegement,
i À creu mon mal d’vn horrible tourment, . Êt dans ma playe vn cruel feu laissé.