PRÉFACE TITI
de notre littérature. L'intérêt des œuvres de ce genre est surtout local. D’autres ont reproduit les principaux chefs-d’œuvre de l'architecture et de la sculpture de notre province de Bretagne — et le nom des d'Espinay y est mêlé ; un autre à étudié en Noël du Fail l'influence de Rabelais sur un prosateur breton, presque compatriote et contemporain de d'Espinay. Notre poète nous fournira l’occasion d'étudier l’histoire de la renaissance poétique bretonne dont il est un des rares témoins. L'histoire de notre Renaissance ne sera complète que lorsque tous les centres provinciaux auront été ainsi étudiés en fonction du foyer central.
Ce travail est beaucoup plus complexe qu'il ne semble à première vue. Pour retrouver les racines par où Charles d'Espinay à puisé/sa sève poétique, j'ai dû creuser assez loin autour de lui dans les littératures néo-latine, italienne et surtout française; pour refaire l’histoire de sa vie et reconstituer le milieu où il s’'épanouit, il m'a fallu me livrer à un travail d'archéologie nouveau pour moi et assez ardu. Ce m'a été une occasion d’éprouver la complaisance des hommes charmants que sont les archéologues. M. Pocquet du Haut-Jussé, le distingué historien de la Bretagne et Président de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, à mis à mon service sa science si sûre de l’histoire bretonne, son expérience de correcteur et surtout les pages de sa savante Revue; tandis que son fils exécutait pour moi à la Bibliothèque Nationale les recherches et les vérifications nécessaires. M. Bourde de la Rogerie, conservateur des Archives d'Ille-et-Vilaine, m'a guidé dans la recherche des documents et souvent m'a suggéré des idées originales sur l’histoire de l’art breton qu’il connaît à merveille. M. Bougenot a mis à ma disposition une copie très précieuse d’un manuscrit du XVI° siècle relatif à la famille d'Espinay. M. l'abbé Duine qui connaissait déjà mon héros, comme il connaît tout ce qui touche à histoire de Dol, m'a fourni la bibliographie du chapitre où je raconte la vie épiscopale de Ch. d’Espinay. M. l’abbé A. Bourdeaut, avec un désintéressement généreux, a bien voulu me communiquer les notes recueillies par lui au cours de longues recherches aux archives de Nantes et dans les archives particulières de la région et que sa compétence dans l’histoire de la Renaissance bretonne
me rendait plus précieuses encore. Je les prie tous d’agréer mes bien respectueux remerciements.
Leur amabilité eût suffi à me réconcilier avec l’archéologie pour laquelle j'avais auparavant quelque dédain. Mais j'ai remarqué surtout au cours de ce travail que je me faisais de cette science une idée tout à fait fausse. Les vieux textes et les vieilles pierres ne sont pas seulement des grimoires à déchiffrer, ils représentent l’idée que nos pères se firent du beau. Pour dégager de ces textes et de ces documents, souvent-peu artistiques, les idées générales et l’esthétique des temps passés, j'ai été heureux d’avoir les encouragements de M. Abel Lefranc. Il a admiré Champeaux ; puisse-t-1l le retrouver dans mon livre ! J'ai été heureux surtout que MM. J. Vianey et G. Cohen aient bien voulu guider mes recherches avec la sagacité critique qu'on leur connaît et leur science de la Renaissance et du Pétrarquisme. Si ce livre est autre chose qu’un recueil de documents d'érudition locale, c’est à eux en grande partie qu'il le doit. Puisse-t-il n'être pas trop indigne de ces savants maîtres ! Je serai assez payé si le lecteur en le fewilletant a quelquefois la surprise que je ressentais lorsque, en compagnie de M. l’abbé H. Duval, je parcourais la campagne vitréenne. En cherchant des pierres, nous trouvions des sculptures; en déchiffrant des inscriptions, nous découvrions des vers. Les pierres de tous les temps et de tous les pays parlent; les pierres de France, et surtout celles du XVI° siècle, chantent. Heureux serai-je, si l’on a parfois l'impression que dans mon livre les promenades archéologiques se transforment vite en pèlerinages vers la Beauté :
Châteaugiron, le 23 Mars 1922.