‹ Dans l'ouest canadien: la Pointe-aux-RatsChapitre 10 sur 20 · LA SCIERIE DE LA RIVIÈRE EAU-CLAIRE · texte numérisé non relu

LA SCIERIE DE LA RIVIÈRE EAU-CLAIRE

Elle s'était avancée sur le seuil et regardait au loin, par delà l'extrémité du petit coteau de sable blanc, fouillant des yeux, entre les troncs des pins, la lisière de Ia grande épinettière sombre, et s'inclinant légèrement pour écouter. Mais rien ne bougeait autour d'elle; pas même le plus léger souffle ne faisait frissonner la cime des grands arbres; pas un bruit, pas un murmure, ne troublaient le silence absolu de cette belle et calme soirée de printemps, et l'immense forêt, immobile et muette, semblait ne recéler aucun être vivant.

Elle resta cependant plusieurs minutes dans la même attitude, tendant toujours l'oreille et regardant dans la même direction. Puis elle

eut un joli geste d'impatience et fit la moue :

« Comme il est long, ce soir! murmurat-elle. Mon poisson ne sera plus bon!»

Et elle s'assit sur le seuil de la cabane de troncs d'arbres d'un air mécontent et boudeur.

Car il n'y avait là, au sommet de ce petit coteau de sable blanc, qu'une assez grande ‘ cabane de troncs d'arbres écorcés recouverte d'une toiture de planches. Un peu plus loin, un vaste hangar fermé, construit avec des planches mal sciées et inutilisables, abritait le petit moteur à vapeur, la grande table à glissière et les quelques lames qui composaient tout le matériel de la minuscule scierie.

Le soleil était couché depuis quelque temps.

Une grande lueur rouge éclairait bien encore le ciel du côté où il avait disparu, mais l'ombre envahissait déjà le bois de pins clairsemés entourant la cabane, et l'épinettière, la grande épinettière touffue, toujours ténébreuse, qui encadrait presque entièrement le mamelon de sable, ne semblait plus à cette heure qu'une haute muraille noire.

Soudain plusieurs craquements de bois mort

se firent entendre dans une direction opposée à celle que la jeune fille avait surveillée jus-

qu'alors. Elle tressaillit et tourna la tète :

« Qui vient là?» murmura-t-elle,

Presque aussitôt disparut subitement son air mécontent et boudeur; un doux et gai sourire détendit ses lèvres, et elle eut une exclamation de joyeuse surprise :

« Richard! »

Un grand et beau jeune homme, encore presque imberbe, à la figure franche et loyale, venait de tourner l'angle de la maison et s’arrêtait devant elle, s'appuyant sur une carabine à répétition.

« Vous ne m'attendiez pas, Marthe, dit-il en souriant gaiement... Je suis bien sûr que vous ne m'attendiez pas.

— Pas si tôt, dit-elle en affectant un ton de reproche démenti par l'éclat joyeux de ses yeux... Pas si tôt, Richard! Nous ne sommes pas en mai et les peaux d'ours sont encore bonnes.

— Les ours courent partout, Marthe, et l'on en trouve par ici tout autant qu'au bord du lac Rond, mais ils auront la paix cette année. Toute notre pelleterie de l'hiver est déjà vendue, et nos trappes sont détendues depuis huit jours. J'arrive de New-City.

— Déjà!

— Est-ce vous qui me le reprocherez, Marthe? dit le jeune homme avec une certaine fierté. J'ai eu vingt ans au début de seotembre, et j'ai fait six cents dollars depuis. »

Marthe rougit légèrement et baïssa la tête en souriant. Elle le savait bien, elle aussi, qu'il avait eu vingt ans au début de septembre, presque en même temps qu'elle en atteignait dix-huit, Il y avait si longtemps qu'ils attendaient cette époque, tous les deux! Et elle savait bien aussi que Richard arriverait à gagner dans le courant d'un seul hiver la somme nécessaire pour s’outiller lui-mème et pouvoir travailler à son compte.

« Jusqu'au jour où ils auront vingt ans, avait dit le père Foster, le vieux trappeur irlando-américain, mes garçons travailleront pour la famille. S'il leur convient de rester ensuite, ils toucheront part égale dans les profits. »

Marthe savait tout cela. Et elle savait bien aussi (il y a si longtemps que c'était convenu!) que Richard venait maintenant la chercher pour la conduire à la paroisse de Saint-Éloi, à 30 milles de la petite scierie, et qu'avant le retour d’un hiver ils seraient établis tous les deux, dans un chantier à eux, quelque part

sur les bords de la rivière Eau-Claire, du petit lac Rond, ou du prand lac des Cèdres.

Aussi Marthe, émue et troublée, ne répondit pas.

« Votre père n'est pas 14? » demanda Richard.

A cette question Marthe reprit un instant son air de mécontentement :

« Il m'a dit qu'il allait jusqu’à la rivière tendre une trappe à castors, fit-elle avec son joli geste d’impatience. Voilà bientôt deux heures qu'il est parti, et mon souper sèche sur le coin du poële!

Ne vous fachez pas, Marthe! la nuit le

ramènera bien vite.

— C'est pour lui que je me fàche! Il aime tant manger bon!... Rentrons, Richard, vous devez être fatigué. »

Un énorme poële de cuisine ronronnait doucement au fond de la petite pièce ou ils entrèrent. Dans un des angles du même côté se dressait une échelle de planche par laquelle on accédait au grenier. Une grande table, une demi-douzaine d’escabeaux et un petit buffet, le tout construit sur place avec les matériaux fournis par la forêt environnante, complétaient le mobilier.

Contre les murs de troncs d'arbres écorcés, de longues planches posées sur des chevilles de bois supportaient les rares ustensiles de cuisine ct les grandes boites de fer-blanc contenant les provisions courantes. A d'autres chevilles de bois étaient suspendus des vêtements d'homme, quelques outils, un fusil de chasse à piston, et une Winchester à répétilion.

Le couvert était déjà mis sur la table : une théière émaillée, deux assiettes de fer battu, deux tasses, deux couteaux et deux fourchettes à manches de bois noir. Marthe alluma la petite lampe à pétrole, ajouta un couvert et posa le pain à côté de la théière. Puis elle s'approcha du poële, regardant d'un air lamentable les deux grands poissons, les pommes de terre et les tranches de lard qui se desséchaient devant le cendrier, et la grande bouilloire de fer-blanc à fond de cuivre d’où s’échappait un long jet de vapeur qui fusait par le bec en sifflant.

« Je serais même venu plus tôt, reprit Richard en s'asseyant sur un escabeau; mais le père était arrêté depuis le 15 avril, sur la dénonciation d'un gredin, pour avoir vendu de l'original au magasin de Saint-Andrew.

Vous connaissez ses idées et son entêétement : il refusait de payer l'amende et allait rester deux mois en prison. Je suis allé payer pour lui.

— Votre père a tort de s'entêter à violer la loi sans raison, Richard; je le lui ai déjà dit bien des fois : que lui importe le prix d’un original?... Mais dénoncé à $Saint-Andrew!

Qui peut avoir fait cela? Vous avez vu le dénonciateur?

— Je l'ai forcément vu lorsqu'il a témoigné, dit Richard d'un air de mépris : un homme des pays d’en bas, un certain Charbonel qui, parait-il, travaille souvent dans les établissements des environs et n'a fait cela que pour toucher la prime.

— I me semblait aussi que ce ne pouvait pas être quelqu'un du pays, Richard; il n'y a pas de traitres à Saint-Andrew... Et votre mère, que devient-elle ?

— La mère et la sœur sont toujours au lac Rond, mais je crois bien que ma sœur le quittera bientôt pour se marier à Saint-Andrew.

Mon frère ainé lui-même va quitter le bois, Marthe. Il vient d'acheter une terre près de Saint-Éloi.

— Et vous, Richard, dit Marthe en souriant, quand quitterez-vous le bois?

— Je n'en sais rien, répondit Richard simplement. Vous savez bien que je vivrais sans plus de peine dans les établissements. lPourtant j'aime trop ces bois-ci pour désirer les quitter : j'y suis né, sur les bords du lac des Cèdres; j'y ai toujours vécu: j'y retrouve partout des traces et des souvenirs de votre enfance, et tous ceux que j'aime sont ici.

Pourquoi voudrais-je m'éloigner sans raisons?... Une «seule chose pourrait me faire quitter nos bois sans regrets, Marthe, et vous le savez bien. »

Elle le savait assurément bien, Marthe, car elle détourna la tête, souriant toujours et rosissant un peu; mais celle releva bien vite ses beaux yeux limpides sur son compagnon :

a Ce n’est pas moi qui vous les ferai jamais quitter sans raisons, dit-elle avec émotion.

Comme vous je suis née dans les bois, sur les bords de cette rivière Eau-Claire où j'ai toujours habité ; nous y avons été élevés tous deux ; j'espère comme vous que nous y resterons. »

A ce moment le couvercle de la bouilloire se souleva sous une pression trop forte, et la vapeur, fusant par l’étroite ouverture, produisit un léger bruit semblable à un long soupir.

Marthe se retourna vers le poële, renfonca

le couvercle de la bouilloire, et regarda ses poissons qui se desséchaient de plus en plus.

“ Et le père qui n'arrive pas! dit-elle. Que peut-il faire ce soir?

— Voulez-vous que j'aille le chercher, Marthe?

— $i vous voulez, Richard, mais ne tardez pas trop.»

Richard sortit. Marthe rechargea le poële; puis elle s'assit sur un escabeau, s’accouda sur la table, la tête appuyée sur sa main, et se mit à songer, les yeux au plafond, à quelque chose qui ne devait pas être désagréable, car de temps à autre un léger sourire venait errer sur ses lèvres.

Soudain un choc devant la porte arracha Marthe à sa réverie et lui fit tourner la tête : un homme était là, heurtant le seuil du pied pour attirer l'attention de la jeune fille.

« Que voulez-vous? demanda-t-elle.

— L'hospitalité pour cette nuit si cela se peut, répondit l'homme; ou, sinon, un peu de farine et de lard que je paierai.

— Asseyez-vous, dit Marthe, le père va rentrer...»

Tandis que l'étranger déposait dans un coin la couverture et le sac qu'il portait sur l'épaule

et s'installait sur un escabeau, Marthe examinait avec une certaine curiosité ce visage inconnu. L'homme était petit, paraissant plus nerveux et plus agile que fort; tout dans sa figure et dans ses yeux gris d'acier indiquait un tempérament brutal non dépourvu d'énergie.

Bientôt des voix se firent entendre au dehors, et Marthe se leva vivement : « Voilà le père! » dit-elle.

Le père entrait en effet : bel homme à cheveux gris et à longue barbe grise, dont Ia haute taille était déjà légèrement voütée par l'âge et la rude vie des bois.

“ Un voyageur qui vient camper ici, père.

— Salut, dit le père Fournier en regardant de ce côté, il y a toujours de la place pour ceux qui passent. »

Richard entrait à son tour. En voyant l'étranger, 1l fit un geste de surprise, en même temps que l’autre avait un mouvement de méfance.

Tous deux s'’examinèrent un instant sans bouger, les yeux durs et les sourcils contractés, puis les traits de Richard se détendirent et il sourit.

« Salut, monsieur Charbonel, dit-il d’un

ton railleur. Je ne comptais guère vous retrouver ICI.»

En entendant ce nom, le père Fournier tourna vivement la tête et lança vers Charbonel un regard de mépris, mais il reprit aussitôt son aspect ordinaire et ne s'occupa plus de son hôte.

« Moi non plus, monsieur Foster, dit carrément Charbonel; je vous croyais quarante milles plus au sud.

— Je n'y suis pas en ce moment, comme vous voyez, mais mon père x est encore, et mon père n'est pas commode, monsieur Charbonel; il pardonne rarement à ceux qui l'ont vendu... Si par hasard, pour des raisons que je ne puis comprendre et qui ne me regardent pas, vous avez l'intention de rejoindre la voie ferrée en traversant le bois, vous le rencontrerez probablement. Vous serez forcé de passer par les coteaux du lac Rond, monsieur, ou de vous perdre dans les marais tremblants... Méfiez-vous des coteaux du lac Rond, monsieur Charbonel : passez-y de nuit si vous en êtes capable... Méfiez-vous des coteaux du lac Rond!

— Merci, monsieur Foster, mais je ne vais pas de ce côté-là.

— Vous allez donc chez les Indiens du lac des Cèdres? dit Richard goguenard.

— Je vais où bon me semble, monsieur Foster.»

Charbonel se leva et s’approcha du père Fournier.

« Pouvez-vous me vendre vingt livres de farine et un peu de lard? demanda-t-il.

— Îl est bien tard, dit Fournier. Pourquoi ne pas camper ici ?

— Je ne le peux plus.

— À votre gré, monsieur. »

Le père Fournier décrocha d'une cheville de bois, où il était suspendu par une corde- Jette, un sac de farine aux trois quarts vide et le posa sur la table en mème temps qu'un morceau de lard salé.

« Cela peut-il suffire? demanda-t-il.

— C'est plus qu'ilne faut. Combien dois-je?

—— Rien du tout.

— Je ne puis accepter sans payer, monsieur Fournier.

— Et je ne puis accepter d'argent de vous, monsieur Charbonel. »

Un éclair de fureur étincela dans les yeux gris-bleu de Charbonel, ct son visage eut une crispation passagère.

« Soit! dit-il en ramassant son sac et sa couverture, je m'en passerai. Je ne mendie pas, monsieur Fournier, mieux vaudrait voler.

— Ou trahir, ajouta négligemment Richard.

— On ne trahit pas qui ne vous a rien confié, dit Charbonel en sortant. Que chacun sc garde!

— (Gardez-vous donc des coteaux du lac Rond. »

Mais Charbonel était déjà dehors et disparaissait sous les pins.

« Un serpent à sonnettes dans nos bois, dit Richard; attention aux piqures!

— Elles ne pourraient être très dangereuses, répondit Fournier en souriant, quoiqu'il m'ait lancé un bien mauvais regard tout à l'heure. »

Cependant Marthe avait posé sur la table les deux grands poissons, les pommes de terre, les tranches de lard et une tarte aux pommes sèches qu'elle tira du buffet. Elle versa l'eau bouillante sur le thé et prit place à côté des deux hommes.

« Benoit n'est donc pas ici? demanda Fournier à sa fille.

— Non, père, répondit Marthe. Je ne l'ai pas vu.

— C'est surprenant, car il est dans les environs. J'ai relevé une trace au bord de la rivière qui ne peut provenir que de lui.

— Vient-il toujours aussi souvent? demanda Richard.

— C'est la seconde fois, depuis vingt jours que les bücherons sont partis, qu'il abat ses cinquante milles pour venir. Ah! les chantiers de Sharp sont bien gardés en été! Benoit est presque toujours ici, au lieu d'être à son poste. Et plus il va, plus il parle de ses ombres.

Sharp ne devrait pas laisser cet homme-là au bois, voilà mon idée.

— Sharp ne sait rien, père, fit doucement Marthe; et que pourrait faire ailleurs, le pauvre homme, estropié comme il l'est?

— Et que peut-il faire au lac des Cèdres, sinon perdre le peu de raison qu'il a? Ge n’est pas l'homme qu'il faut, Marthe.

— Non, dit Richard, ce n’est pas l'homme qu'il faut, et je ne comprends pas qu'il s'obstine à rester; car c'est lui qui s'obstine à rester, et je sais bien que Sharp lui donnerait volontiers du travail autre part. Il est trop habitué aux villes pour pouvoir vivre absolument seul dans les bois, et ce n’est pas étonnant que sa tête se dérange; il a besoin de

compagnie, c'est pour cela qu'il vient si souvent ici. Songez-y, Marthe, vous qui la connaissez : elle est terrible, la forêt, pour ceux qui ne peuvent la comprendre. Moi-même qui ne l'ai jamais quittée depuis ma naissance, qui la comprends et l'aime, j'ai peur d'elle quelquefois, lorsque je suis tout seul.

— Pauvre Benoit! soupira Marthe. »

Il n'est généralement pas long, le souper des forestiers. Bientôt les deux hommes s’éloignèrent de la table pour s'approcher du poêle et fumèrent silencieusement la pipe du soir, tandis que Marthe lavait et rangeait les couverts. Puis le père Fournier se leva pour faire sa ronde habituelle autour de la scierie.

Marthe et Richard sortirent après lui et l’attendirent devant la porte ouverte.

La nuit froide était sereine et sombre.

Toutes les étoiles, jusqu'à la plus fine poussière de lumière, scintillaient sur le ciel noir. L'atmosphère était d’un calme absolu. Mais la forêt, toujours immobile, n'était plus muette : des bruissements légers, des frôlements doux, des craquements à peine perceptibles, décelaient la présence de milliers d'êtres s'agitant aux alentours sous la voûte obscure des grands arbres; dans une clairière lointaine, un renard

glapissait; et de toutes parts, à cette époque printanière, résonnaient les battements d'ailes sonores des petits cogs de bois.

Soudain, malgré l'obscurité, Marthe crut voir, à l'extrémité du coteau, quelque chose de noir se mouvoir une seconde sur le sable blanc.

« N'ya-t-il rien là qui bouge, Richard?

Non, Marthe, dit le jeune homme après avoir attentivement regardé. 1l n'y a que les troncs des pins et des cyprès. Un animal quelconque se verrait bien sur ce sable.

— C'est vrai, dit Marthe eu souriant, Mais depuis quelque temps je deviens comine Île pauvre Benoit : il me semble à chaque instant voir remuer des ombres au bord de l’épinettière. »

Le père Fournier revenait après avoir fait sa ronde ct cadenassé la scierie. Marthe quitta Richard, alluma une autre lampe et se retira dans la seconde pièce du rez-de-chaussée qui lui servait de chambre. Les deux homines fermèrent la porte et montèrent s'installer au grenier.

Bientôt la dernière lumière, celle qui brillait à Ja minuscule fenêtre de la chambre de Marthe, s'éteignit; tout mouvement cessa dans la petite maison forestière qui s'endormait sous

les tranquilles étoiles, et le tambourin des coqs de bois troubla seul le silence nocturne.

Alors quelque chose remua réellement vers l'extrémité du coteau : une ombre sortit des ténèbres de l’épinettière, s’avancant sur le sable blanc, et traversa sans bruit le petit bois de pins clairsemés. Flle fit lentement le tour de la maison en rasant les murs, et finit par s'arrêter à la fenêtre de la chambre de Marthe, où elle vint s'appuyer. Longtemps elle resta là, dans une complète immobilité. Puis elle s'éloigna tout doucement, se retournant souvent du côté de cette fenêtre qui semblait l'attirer. Enfin elle s'accroupit à une vingtaine de mètres de la cabane, au pied d’un grand cyprès, et aussitôt une voix rauque, sourde, s'éleva dans la nuit, prononçant presque bas, d'un ton lent et mélancolique, des paroles inintelligibles.

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