LA FORÉT CHANTE
Marthe, le cœur plein d'allégresse, est descendue avant le jour au bord de la rivière.
Une grande lueur blanche envahit l'horizon du côté de l’orient. Le tout petit oiseau du matin module depuis déjà longtemps dans l'air calme son appel prolongé, et ce cri doux et fréle, mille fois répété au fond de chaque buisson, produit une mélodie continue qui s'élève de la forêt entière.
La grande lueur blanche s'étend, s'étend avec vitesse, éteignant une à une les étoiles sur le ciel d'un bleu pur; puis elle devient rose à sa base, et le jour s'insinue peu à peu sous la voûte encore bien obscure des bois.
L'air est maintenant plein de gazouillis, de pépiements et de gloussements; de froissements d'élytres et de frémissements d'ailes ; de sifflements et de bavardages. Tout buisson a son orphéon. Tout arbre a son orchestre.
Toute branche a sa chanson. Pas un des ra-
meaux rigides et sombres des épinettes, des pins et des cyprès; pas une des brindilles flexibles des trembles et des bouleaux où pointent les bourgeons verts; pas une des grêles tiges des pembinas et des osiers qui n'ajoute sa petile note à la grande symphonie matinale. C'est l'aurore, la Forêt chante.
Marthe, le cœur plein d'allégresse, s'est assise sur une souche morte et regarde, aux premiers rayons du soleil qui viennent de fuser sur le ciel, le paysage sauvage et grandiose qu'elle connait si bien, qu'elle à tant aimé depuis son enfance, et qu'elle va cependant quitter aujourd'hui pour aller s'établir ailleurs. Derrière elle c'est la grande épineltière. A sa gauche c'est la cyprière. Devant elle, sur l'autre rive, c'est un talus presque à pic, encombré d’éboulis, qui se termine par un chaos d'énormes roches arrondies accumulées pêlemêle : quelques arbres difformes ont pris racine dans les profondes crevasses, se sont frayé un passage à force de contorsions à travers les gros blucs, et jaillissent de cet amas. Un peu plus loin, sur une pointe basse, il ÿ a des grands ormes noirs .. Et puis des bouleaux et des saules qui viennent plonger leur pied dans l'eau. De chaque côté du monticule rocheux
commence la vaste tremblière, si belle en été quand elle est pleine de fleurs, qu'elle a si souvent parcourue en tous sens à la saison des fruits. Et de tout cela s'élèvent en ce moment mille et mille bruits joyeux qui s'entremélent, se fondent, et montent vers le ciel en une har. monie puissante ct douce : la Forêt chante.
Marthe, le cœur plein d'allégresse, songe que tout à l'heure son père et Richard vont venir la chercher; qu'ils descendront tous trois en canot cette jolie rivière Eau-Claire, qui clapote à ses pieds ; qu'ils cacheront le canot dans un fourré auprès des dunes de sable conduisant au lac des Bouleaux; et qu'ils iront à pied jusqu'au camp des chasseurs de racine où ils doivent trouver des chevaux. Elle songe que le soir même ils feront en voiture une partie de l'étape qui les sépare de Saint-Éloi; que demain dans Ja journée ils arriveront à la petite colonie où il y a une chapelle de troncs d’arbres et un vieux curé à grande barbe; et que le jour suivant...
Autour d'elle les oiseaux s’ébattent, gazouillent et bavardent. Une brise vive et légère qui s'est levée en même temps que le soleil taquine les rameaux, se faisant quelquefois toute petite, toute pelite, pour siffloter dans les bou-
leaux, s'enflant soudain pour gronder dans les arbres creux, faisant semblant de se plaindre en passant sur les aiguilles des épinettes, s'arrêtant tout à coup pour prendre un nouvel élan, et repartant de plus belle pour bourdonner dans les trembles. La petite source limpide qui court dans la mousse chuchote et rit en dégringolant vers la rivière. Une bande de canards cancane lout doucement près du bois.
Les lapins sautent, se roulent et culbutent autour des fourrés. Des coqs de bois, ivres de la jeune sève des bourgeons naiïssants, se trémoussent dans les pousses nouvelles avec des gloussements joyeux. Des écureuils bondissent dans les pins, se balancent aux brindilles, se poursuivent le long des troncs, se laissent tomber de branches en branches, et s’immobilisent soudain, le nez au vent, la queue en l’air, pour faire : Kiruirui... Ki ri ki ki ki... Knn...
Kiin... : la Forêt chante.
Le soleil vient d'apparaitre, radieux, audessus de la tremblière et s'élève dans un ciel pur, inondant la forêt de lumière blonde et faisant étinceler la rivière. En même temps la barque du père Fournier sort de la erique où elle était dissimulée, et une voix pousse un cri d'appel. Marthe se lève et répond.
La barque se laisse glisser le long de la rive; Marthe y saute légèrement au passage, et, tandis que le père prend les rames, elle s’assied auprès de Richard, s'appuyant sur sa robuste épaule. Pourtant, à ce moment même, elle a soudain tourné la tête, croyant voir une ombre noire s’agiter dans un buisson de la tremblière. Mais dès qu’elle a dirigé ses regards de ce côté, l'ombre s’est évanouie, et elle ne voit que les coqs de bois qui se trémoussent en gloussant, les écureuils qui bondissent en jacassant, et les petits oiseaux qui s'ébattent et gazouillent : la Forêt chante.
CHARBONEL S'APPROVISIONNE
La barque glissait avec vitesse sur les eaux transparentes de la rivière Eau-Claire, tantôt avançant à force de rames entre un double rideau de bois dans les grands biefs tranquilles, tantôt filant d'elle-même entre de hauts talus presque à pic dans les rapides bouillonnants, tantôt bondissant de côté et d'autre dans les chenaux rocheux striés de filets d'écume.
Elle arriva au pied d’une falaise à demi éboulée où s'accumulaient par places de gros blocs de granit, obliqua vers la rive, et aborda sur une petite plage de sable fin. Richard sauta à terre, un sac de provisions à Ja main, et aida Marthe à débarquer.
« Attendez-moi là, Richard, cria Fourmier, en repoussant l’'embarcation dans le courant... Il est inutile de monter le canot sur la côte. J'aurais d’ailleurs trop de peine à le remettre à l'eau, puisque je reviens seul de Saint-Éloi. Je vais le laisser plus bas, sous les saules du ravin. »
La barque disparut daus le tournant, et les deux jeunes gens s'assirent sur une large roche.
« Oui, Marthe, disait gaicinent Richard continuant une conversation commencée, je veux vous mener jusqu'à New-City. Vous verrez comme la ville a changé depuis si longtemps que vous n'y êtes allée! Il y a maintenant de grandes maisons de briques presque partout sur la rue Principale et le Broadway. Beaucoup ont quatre étages, Marthe, et la banque de Z... en fait même construire une qui aura jusqu'à six étages!
— Six étages, Richard!
— Six étages, Marthe, pas moins! El presque tous les hôtels sont aussi construits en briques à présent, ou avec de la pierre blanche qu'on amène des montagnes du Nord. Et tout le long de la rue Principale on ne voit que des grands magasins pleins de lumière le soir, avec des châssis dont chaque vitre a plus de six pieds de large, Marthe!... EL il y a aussi la nouvelle église, tout en brique, dont le clocher a plus de cent pieds de haut!...
— Gent pieds de haut, Richard!
— Plus de cent pieds, Marthe! »
Marthe, les yeux perdus dans le vague, un léger sourire sur les lèvres, et jouant machinalement avec les doigts de Richard, écoutait avec un plaisir manifeste l'énumération de tant de merveilles qu'elle allait bientôt contempler, essayant en vain de se les représenter d'avance. Mais un cri d'appel du père Fournier qui revenait en grimpant déjà la falaise leur fit tourner la tête, et ils escaladèrent la pente roide derrière lui.
A peine eurent-ils disparu au sominet qu'un homme se dressa au bord de la rivière, sortant avec précaution d'une anfractuosité des roches. Il regarda un instant la hauteur et s'y engagea à son tour. Mais il s'arrêta au-dessous de la
crête, ne laissant dépasser que sa tête, et suivit des yeux les trois personnages qui s'en allaient sur le grand coteau de sable dans la direction du lac des Bouleaux, et qui bientôt disparurent parmi les cyprès.
« Ah! ils vont tous à Saint-Éloi! murmurat-il. J'ai le temps de m'approvisionner. »
Sans plus s'occuper d'eux, Charbonel redescendit la falaise et longea la côte jusqu'à un ravin plein de gros trembles et de buissons fourrés. Il fouilla la lisière de saules nains qui bordait sur ce point le terrain bas et qui s’avançait jusque dans la rivière. Peu après il eut un petit rire de satisfaction en apercevant, au plus épais du rideau de saules, le canot de Fournier :
« Ah! ah! fit-il. Avec cela je serai vite làbas! »
Charbonel s'installa dans la barque et la dégagea des buissons : il s’éloigna de la rive et se mit à ramer avec énergie comme s'ilétait pressé d'arriver, avançant rapidement dans les grands biefs tranquilles, faisant ployer les avirons en luttant contre les rapides, se jetant à l’eau et poussant l’embarcation sur les hautsfonds rocheux où le courant devenait trop fort.
En arrivant à proximité de la scierie, il se
rapprocha de la rive, ramant plus lentement et sans bruit, et aborda un peu avant le dernier tournant...
Se glissant avec circonspection sous les épinettes, Charbonel atteignit l'extrémité du coteau, et s'arrêta pour examiner les alentours. Mais ne voyant rien bouger auprès de la cabane assurément abandonnée, il se décida et traversa le petit bois de pins.
Un loquet de fer, fixé par un gros cadenas, maintenait la porte close; les fenêtres étaient bouchées par d'épaisses lames de bois vissées à l'intérieur ; les planches de la loiture étaient fortement clouées, et Charbonel n'avait aucun outil, pas même la hache toujours nécessaire en forêt. Il ramassa une lourde pierre et en frappa violemment le cadenas, essayant de le briser. Mais la solide fermeture résista.
Charbonel laissa retomber sa pierre et réfléchit. Puis il eut un geste de résolution :
« Bah! murmura-t-il, il n’y a probablement personne dans les environs... Et d'ailleurs que m'importe ! »
Il sortit de sa poche un puissant revolver de ranchman, ajusta le cadenas ct fit feu. Une seconde balle sur le rivet acheva d'arracher la plaque de fer et de broyer le mécanisme.
Charbonel en retira les débris et la porte s'ouvrit.
Il courut d'abord au buffet où il trouva du pain et du lard, et se mit à manger comme s'il était à jeun depuis longtemps. Puis il fouilla toutes les pièces de la maison, depuis la chambre de Marthe où il n'y avait qu'un lit, deux escabeaux, des vêtements pliés sur des planches, et une petite table supportant une cuvette de métal, jusqu’au grenier où étaient accumulées Îles provisions nécessaires pour les six mois d'été.
Le père Fournier avait emporté sa carabine, ne laissant que le fusil à piston. Charbonel décrocha celui-ci et l'examina. Mais presque aussitôt, il le rejeta dans un coin :
« Non, dit-il. Les collets font moins de bruit. »
Il mit de côté une hache, un petit filet de péche et les quelques ustensiles de cuisine dont il avait besoin ; il prit tout ce qu'il pouvait porter de farine et de lard salé ; il disposa le tout dans un sac et le transporta sur le coteau de sable.
Alors il examina de nouveau la lisière de la grande épinettière sombre, et tourna ensuite ses yeux gris et durs vers la cabane solitaire :
« Fournier, mon ami, dit-il entre ses dents, tu n'es pas près de revoir a maison. »
Là-bas, sur les longs coteaux conduisant au lac des Bouleaux, Fournier, Richard et Marthe s'en allaient, joyeux et tranquilles, causant gaiement et discutant bien des projets d'avenir. Ils franchirent ainsi la Grande-Butte peu avant le milieu du jour, et arrivèrent au camp des chasseurs de racine où la forét s'endort sous le grand soleil doux.
ENCORE CHARBONEL
Le soleil flambait encore tout en haut d'un ciel bleu foncé, déversant sa nappe de lumière sur le sombre infini des bois. La forêt dormait encore dans le lourd silence et l'immobilité médiévale morne. Cependant le wagon avait quitté le camp des chasseurs de racine et roulait déjà péniblement sur le dur chemin de Saint-Éloi : tantôt ses roues enfoncçaient et tantôt elles plongeaient ailleurs et elles cahotaient plus loin, s'enfonçant tantôt dans le
sable mou et tantôt dans la mousse épaisse ; plongeant ailleurs dans l'eau croupie et la vase visqueuse de marécages couverts d'herbe ; cahotant plus loin sur de longues moraines de granit dont les blocs arrondis émergeaient partout du sol.
Toujours la même succession de mêmes paysages. Toujours l'éternelle épinettière moussue et presque impénétrable dans les basfonds humides. Toujours la haute tremblière fourrée de buissons sur les plateaux où s’accumulait la terre végétale. Toujours les pins et les cyprès sur les grandes dunes arides.
Soudain un homme, aux vêtements boueux et ruisselants, sortit d’un bouquet d'arbres et s'arrêta devant les chevaux.
« Chevrier! s’écria Richard surpris.
— J'espérais bien vous devancer encore en coupant par le grand marais, dit Chevrier en approchant. Fournier, ta maison brüle. »
Fournier se leva et sauta sur le sol.
“ Comment le sais-tu ?
— En passant le sommet des coteaux, j'ai vu, par-dessus le bois, une grosse fumée qui ne pouvait provenir que de chez toi. J'ai couru jusque-là : tout est en feu.
— La scierie?
— Brülée. »
Fournier, suffoqué, baissa la tête et se mit à réfléchir :
« Qui peut m'avoir fait cela? » gronda-t-il.
Richard lui toucha l'épaule du bout de son fouet :
« Charbonel est par ici, père.
— Charbonel est par ici? s’écria Ghevrier.
Oh ! alors!
— Tu le connais donc? demanda Fournier.
— Qui ne le connait maintenant à Saint- Éloi? Poursuivi pour vol par l'hôtelier et signalé dans tous les établissements, ne pouvant plus s'approvisionner nulle part, il a dù en effet prendre le bois pour atteindre la voie ferrée.
— Continuez votre chemin, enfants, cria Fournier; je retourne à la rivière Eau-Claire.
— Non, père, dit doucement Richard ; nous retournerons avec vous. »
Fournier, paraissant hésiter, se mit à marcher de long en large, les poings serrés et les yeux étincelants de fureur; puis il fit un.geste de résolution et remonta dans le wagon.
« Que le bandit se fasse casser la tête par d’autres, reprit-il, ce n’est pas la peine de nous attarder pour lui, et tout ce que nous
pourrions faire là-bas serait inutile. En route pour Saint-Éloi, Richard; je reviendrai avec du monde.
— Si je le rencontre aux environs, dit Chevrier, il n'ira pas plus loin.
— Soyez sans crainte, répondit tranquillement Richard, il ne passera pas les coteaux du lac Rond. »
LA FORÈT VIT
Maintenant, le soleil a disparu dans la direction de Saint-Éloi, et les ténèbres se sont peu à peu déroulées sur la forêt. Le wagon est dételé dans une toute petite clairière circulaire entourée d’épinettes, non loin d’un ruisseau qui court sous des buissons fourrés. Tout autour, la masse confuse des bois, toujours immobile, semble la haute paroi d’un puits creusé dans du noir, au-dessus de laquelle on aperçoit un pan de ciel étoilé.
Au centre de la clairière, auprès d'une petite tente destinée à Marthe, un grand feu
de camp, dont les flammes tournoient et se balancent lentement dans la nuit calme, éclaire vagucment la base des rideaux d'arbres. De tous côtés résonnent sourdement les battements d'ailes réguliers des coqs de bois, et de temps à autre vibre la cloche des chevaux qui paissent plus loin dans un bas-fond plein d'herbe.
Richard vient de disparaître parmi les buissons, à la recherche de bois sec. Fournier quitte à son tour la clairière, un seau à la main, et se dirige vers le ruisseau. Restée seule auprès du feu, Marthe se lève et termine à la hâte l'installation du camp.
Autour d'elle, sous les voütes obscures où rien ne parait bouger, les bruits impercepübles de la forêt en éveil : légers craquements de brindilles sous des pas furtüfs, froissements de feuilles sèches et frôlements très doux dans les broussailles, s'élèvent distinctement dans le silence sonore du soir. Parfois aussi éclate la inarche retentissante d'un élan dont les sabots broient les branches mortes, le miaulement étouffé d’un lynx, ou le choc sourd des énormes troncs renversés que retournent les ours.
Mais Marthe, la forestière, reste insensible
à tous ces bruits trop connus pour qu'ils puissent l'émouvoir. Elle continue machinalement son travail autour du feu de camp, suivant toujours des yeux, avec un léger sourire, les séduisantes visions qui pour elle se déroulent dans la nuit entre les troncs rugueux, évoquant toujours les mêmes phases de son même vieux rêve qui demain va commencer à se réaliser.
C'est pourtant l'heure, elle le sait bien, où tous les hôtes de la forêt sont aux aguets; où l'oiseau tremble sur la branche avant de s’endormir; où le lapin se mâte et hume le vent avant de s'engager sous un couvert; où l'écureuil, blotti au fond de son nid, tressaille au moindre frémissement des feuilles.
C’est pourtant l'heure, elle le sait bien, où sous tous les buissons des yeux brillent ; où des formes imprécises s’allongent et rampent dans l'épaisseur des fourrés; où toute racine est une embuscade; où chaque rameau dissimule un ennemi.
C'est l'heure où sous les froides étoiles les drames se multiplient dans l’ombre; l'heure où de toutes parts se livrent au même instant mille combats sanglants et silencieux ; l'heure où tout, dans l'apparente tranquillité de la
nature, s'étouffe, se déchire et s'égorge... La Forét vit.
Marthe sait tout cela et ne s'en émeut pas.
Ce qu’elle voit, ce qu'elle entend, elle l’a vu et entendu presque chaque jour de son existence. Il n’est pas un bruit dans Ia forêt dont elle ne sache aussitôt la provenance; pas un mouvement dans les buissons dont elle ne puisse immédiatement déterminer la cause; pas un animal qu'elle ne reconnaisse à première vue, malgré l'obscurité, et dont l'apparition soit capable de la troubler.
Et cependant Marthe vient de tressaillir, arrachée à son rêve. Elle abandonne son travail et tourne vivement la tête, croyant encore avoir vu, à la lueur incertaine du feu de camp, une ombre étrange se dresser à la lisière du bouquet d'arbres.
Fournier est au bord du ruisseau : il se baisse pour y puiser. Richard est dans la tremblière : il soulève un tronc d'arbre mort. Soudain leur mouvement à tous deux s'arrête à demi ébauché : un cri aigu vient de traverser l'air et les immobilise :
« Richard! Rich...!»
Mais la voix de Marthe se tait, subitement étouffée, et tout retombe dans l'im-
mense et inquiétant silence nocturne : la Forêt vit.