DEUX HEURES
Cem qui restent au cotillon viennent pren-
dre des forces. Ceux qui partent mangen avant de s'en aller.
Le beau Namur, en arlequin, à une de:
tntss SALICOK en Esméralda. — Qu'est-C( que vous voulez manger?
Miss Saucok. — Une caille en caisse.
Le beau Namur. — Alors, vous ne voule; pas me donner le cotillon?...
Miss Salicok. — Puisque je vous dis qui je l'ai promis...
Le beau Namur. — Au prince?... Vous sa^ vez qu'il n'a pas le sac, le prince?. . .
Miss Salicok. — Et vous, est-ce que vou; l'avez?
Le beau Namur. — Fichlre non!
Miss Salicok, — Eh bien, alors?
M. Baptiste, passant à Namur la caille ei caisse. — Monsieur le vicomte ne veut pas autre chose?
Le beau Namur. — Si... de la salade russe, du pâté de bécasse... et du corton... de celui du coin... lA-bas...
lis DANS L TRAIN
M. Baptiste. — Oui, Monsieur le vicomte...
(Il se dirige vers le coin au carton...) Un vrai repas, quoi!... Pané, val...
Un valet de chambre. — Vous cherchez quelque chose, M'sieu Baptiste?
M. Baptiste. — Le corton?... où diable l'at-on fichu?... C'est c'pané d'Namur qui l' demande et y a plus d'verres servis...
Le valet de pied, fourrageant dans les bouteilles. — Y en a pas là... tenez, collez-y du musigny, y n'y verra qu'du feu... {Il lui passe une bouteille.)
M. Baptiste, indigné. — Où as-tu pris ça?...
Veux-tu bien r'cacher ça tout de suite... du musigny à 15 francs la bouteille I .. .
Le valet de pied. — Ben, qu'est-ce que ça nous fiche, puisque c'est pas nous qui l'payons?
M. Baptiste. — Non... Mais c'est nous qui l'boirons... c'est pour nous que j'I'ai rais d'côté... [Il prend une bouteille de vin ordinaire et en verse un verre qu'il passe respectueusement au beau Namur.) Voici. Monsieur
le vicomte... (Retournant au fond et le regar~ liant boire.) Volé! hein? mon pauv'vieux?...
t'as pas eu ton corton... et j'crois qu't'auras pas non plus ton Américaine... {Le valet de pied rit.) Oui... é'm'a l'air de s'défiler, la miss aux millions!...
Le valet de pied. — Elle a tort!... il a du galbe, Namur!
M. Baptiste. — Oui, mais elle guigne le prince t.. .
Le valet de pied. — Elle aussi?...
M. Baptiste. — Oui... elle ne fait qu'l'aguicher tout l'temps... C'est bête, les femmes!... çaaimelegalonl...
Le valet de pied. — Et puis, il est beau, très beau, Tprince!...
M. Baptiste. — Possible! Mais y marque mai. . . Seulement on l'appelle « monseigneur. . .» et voilà!...
Le pdince de Madère s'approche du bufTet; il donne le bras à Madame de Frask en odalisque et semble très ennuyé.
— Qu'est-ce que vous voulez prendre?...
Madame de Frask. — Rien... je veux vous oir, monseigneur...
Le prince, souriant. — Pour cela, nous lions aussi bien au salon...
Madame de Frask. — Mais c'est vous, moneigneur, qui m'avez dit que vous veniez au uffet...
Le prince. — Dame!... je meurs de faim!...
Madame de Frask. — Alors, je vous ai acompagné...
Le primce, souriant toujours, mais légèrelenténervé. — Je sais manger seul !,.,(A part.) ette vieille a l'air d'une excellente femme... lais elle est tenace...
Madame de Frask. — Pardonnez-moi, moneigneur, mais je suis si heureuse de vous egaixler... Je n'en demande pas davantage!...
Le pniHCE, à part. — Heureusement I {Haut ) In vérité, Madame, je suis confus...
M. Baptiste, servant au prince ce qu'il a emandé. — Voilà, Monseigneur!...
AU BUFFET ISl
Le valet de pied, regardant manger le prince avec admiration. — Quelle belle fourchette I... C'est égal, on dira c' qu'on voudra, il n'est pas piqué des vers... Ça à l'air d'un rude lapin!...
. M. Baptiste, se retournant. — Oh I quant à c'qui est d'ça!... L'ennuie-t-elle assez, sa vieille?... Tenez! regardez-le? Y bout!... positivement, y bout...
Madame DE Frask, au prince. — Il faut que je parte, Monseigneur, mes pauvres chevaux m'attendent depuis si longtemps... Jamais ils n'ont autant attendu!...
Le valet de pied, saisi. — Oh I Je crois qu'elle a tutoyé Tprincel... Elle a dit :
i entends-tu? »
M. Baptiste, impassible. — Ben, crois-tu pas qu'elle l'appelle Monseigneur?...
Le prince, à M'^o de Frask. — Permettezmoi, madame, de vous reconduire jusqu'à la porte du salon?...
Le VALET DE PIED, les regardant ^éloigner. ■~-
b;Googk
Comment!... elle l'envoie s'coucher?... et il y va!.,,
M. Baptiste. — Il n'ose pas trop rétiver...
Si elle coupait les vivres, y serait forcé... de retourner au Cambodge... et dame!... C'est égal!... il aimerait mieux s'faire lever par la petite Sallicok, que coucher par la mère de Frask!
Madame de Recta, s' approchant de M. Baptiste. — Baptiste, dès qu'on commencera à danser le cotillon, vous fermerez les portes et vous organiserez rapidement vos tables. C'est bien convenu, les petites tables toutes servies?
M. Baptiste. — Oui, madame la marquise...
Consommé chaud et froid; cailles en caisse; salade vénitienne; foie gras; sorbets; perdreau ; charlotte russe ; coupe de fruits assortis et coquille de bonbons, le tout servi sur les tables à étagère, à côté de chaque table de deux ou de quatre couverts.
Madame de Recta. — Est-ce que tout tiendra sur l'étagère?
AU BUFFET lo3
M. Baptiste, — Madame la marquise, on serrera un peu!.,. (Quand, M''^^ de Recta est partie.) Est-elle laide, hein?... quand arrive trois heures du matin. . .
Le valet de pied, — Le fait est qu'ça doit pas être un régal d'ia regarder pioncerl