‹ Dans l'trainChapitre 2 sur 30 · CONVENANCES · texte numérisé non relu

CONVENANCES

D. — Quand est-on vraiment prêt pour le mariage de convenances?

R. — On est vraiment « en condition » pour le mariage de convenances, lorsqu'on est fatigué de la vie de garçon.

B. — Qu'appelk-t-on être fatigué de la vie de garçon?

R. — On appelle, en langage parlementaire :

«i être fatigué de la vie de garçon », être aus trois quarts ruiné, tout à fait même, si on le

préfère; être fini, grincheux, fané, malade «l surtout complètement écœuré des femmes.

D. — Que cherchent ceux qui, fatigués de la vie de garçon, se décident à se marier?

R. — Ceux qui se décident à faire cette irréparable boulette, veulent trouver réunis sur une seule tête (jolie autant que possible) tous les avantages qui constituent le <i beau mariage de convenances. »

D. — En quoi consiste le beau mariage de convenances f

R. — Généralement, le beau mariage de convenances consiste en ceci :

Prendre une jeune fUle de 17 à 2-1 ans, sortant du couvent, fraîche, innocente, naïve, avide d'apprendre à aimer, et la déposer dans les bras d'un monsieur qui aspire uniquement k un repos laborieusement gagné et devenu ibsolument nécessaire.

D. — Toutes les jeunes filles, destinées par !es familles prévoyantes au mariage de conve- 'lances, sont-elles dam les mêmes conditions?...

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GODE DU HAni&GE 27

R. — Non ; quelquefois, la jeune fille, au lieu d'être innocente et naïve, est rouée comme une petite potence; au lieu d'être avide d'apprendre ce qu'elle ignore, et d'aimer de tout son cœur et toute sa vie celui qui le lui apprendra, elle s'apprête simplement h mettre en pratique tout ce qu'elle devine, et ne considère te mari que comme l'initiateur obligatoire, imposé par la religion et la loi; comme une sorte de port d'armes qui permet de chasser légalement.

D. — Croyez-vous qu'il m soit toujours ainsi f

R. — Oui. De quelque côté que l'on se tourne, on se trouve, au lendemain des mariages de convenances, en face de révélations imprévues, de surprises grotesques. La pauvre fillette honnête et aimante pleure ses illusions perdues; le Monsieur qui s'est marié < pour vivre tranquille » est vaguement inquiet.

D. — N'y a~t-il que ce genre de mariage de convenances ?

R. — 11 y a encore celui qui unit h un jeune

DAMS L TRAIN

mme candide, vertueux et un tantinet souris élevé chez les bons Pères, une Hlie de igt-cinq ans, délurée, ruisselante de santé et magination, coquette en diable et ayant acrdé de droite el de gauche. . . tout ce qui peut donner plusieurs fois.

D. — De quelle façon s'y prejid-on pour faire ', beau mariage de convenances ?

R. — On s'y prend de plusieurs façons; on ut s'adresser : \° A sa famille.

S" A ses amis.

3° Aux bons Pères.

4» Aux vieilles marieuses, 5" Aux agences.

6" Au hasard. C'est souvent ce qu'il y a de us sûr et de mieux.

D. — Baiis quelles conditions dott-on choisir le femme f

R. — Si on a la chance de rencontrer une ■pheline, il faut la prendre sans hésiter; à ■faut d'oi-pheline, choisir de préférence une

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ûlle dont la mère soit déjà dans un monde meilleur. Le père suffira pour se disputer lorsqu'on le souhaitera, et, au moins, te reste du temps on pourra être tranquille.

D. — Faut-il chercher une très grosse dot?

R. — Une belle dot : un million, par exemple; mais pas de ces fortunes dégoûtantes, qui suent l'aident et sentent à plein nez le pétrole ou les conserves de Cincinnati. La femme épousée dans de telles conditions a beau être adorablement jolie et séduisante, on dégringole forcément à la situation du : « Monsieur qui a fait une aflaire. >

D. — Ne peut-on épouser une veuve ?

R. — JamaisI —à moins d'être exlrêmement sûr de soi et du prestige que l'on a. Mieux vaut (à ta rigueur) une femme qui ait eu plusieurs aventures qu'un seul mari, parce que, au moins, elle n'en parle pas.

D. — Doitron choisir une très jolie femme-?

R. — Non. — 11 faut choisir de préférence une jeune fille, plutôt élégante el agréable que

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très jolie; on sera tout aussi heureux et muniment plus tranquille, ou, du moins, oa croira qu'on pent l'être, ce qui revient exactement au même.

D. — Doit-on épouser un« femme intelligente f

R. — L'idée d'épouser une femme un peu sosotte ne devra pas effaroucher un homme d'esprit, au contraire; les connaisseurs affirment qu'une femme douce, vertueuse, insignifiante, voire même niaise, fait toujours le bonheur, ou peut s'en faut,

D. — Comment doit-on agir, lorsqu'on s'adresse à sa famille pour être marié?

R. — On doit se garder de s'en rapporter à elle pour les renseignements sérieux, et aller soi-même aux informations avec un soin minutieux; il faut ^ir de même si on s'adresse aux amis.

B. — Si on s'adresse aux bons Pères, quelle conduite faut-il tenir?

R. — On peut s'en rapporter ahsolument

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aux bons Pères, si c'est à eux qu'on s'est adressé ; si, au contraire, ils représentent la partie adverse, il faut agir avec la prudence du serpent et l'habileté de Machiavel. Témoigner néanmoins d'une confiance sans bornés dans leurs affirmations, et riposter du tac an tac par de contre-renseignements.

D. — Comment s'y prend-on quand on s'adresse à la vieille marieuse?

R. — Avec la vieille marieuse, faire « cehii qui ne se doute derimv. Ne jamais soupçonner la source de ses revenus. Lui parler à cœur ouvert, avec des sanglots dans la voix et des intonations filiales, de la vie triste et isolée du célibataire. < On a horreur de cette existence vide et absurde; de ce foyer désert, qui semble toujours glacé 1... Ahl... Si on pouvait rencontrer une jeune fille I... (Suit l'énumération des qualités que devra posséder ladite jeune fille). SJais voilà !. . . personne ne s'intéresse au viveur, duquel on ne connaît que les folies, la vie extérieure et tapageuse... Personne ne se donne la

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peine de lire dans cette âme brisée... et pourt... etc., etc... »

t. — Quels sont les résultats produits par 'iscours ému f

{. — On est presque certain de recevoir, au lemain de cette intéressante et touchante versation, un petit billet ainsi conçu :

« Mon cher enfant,

Votre sincérité m'a touché I Je connais une eune fille, une charmante enfant que j'ai u nailre, et qui, sans aucun doute, vous pporterait les joies calmes que vous rêvez, lais puis-je vraiment croire à votre converion? N'aurai-je pas lieu de me repentir de na confiance?

( Marquise de X. s

: Venez diner chez moi jeudi, elle y sera.

ie dites surtout pas que vous êtes bonapariste, il n'y aurait rien de fait I »

D. — Que doit-on faire quand on s'adresse aux agences?

R. — Avec les agences, c'est moins cher et plus net; et puis, on a la consolation de pouvoir le prendre de haut; on peut poser, on le doit même, car si on était poli, on n'aurait aucune valeur; on serait immédiatement placé avec le négociant de la rue du Petit- Carreau, le provincial ridicule et le rastaquouère besoigneux. Ce n'est pas au monsieur humble et courtois qu'on offrirait « la demoiselle de i8 millions » (sans faute !) ou la veuve da 44 ans. avec iS millions (en terres.) »

Hiitiu.v

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