‹ Dans l'trainChapitre 4 sur 30 · POURPARLERS · texte numérisé non relu

POURPARLERS

D. — Que fait le Monsieur après Fentrevue, lorsque la jeune ftlle lui paraît acceptable f

R. — Le Monsieur ne se laisse pas aller à l'attendrissement et se garde de tomber dans les bras de la famille; il s'informe ave un soin infmi des moindres détails de fortune, car il n'a généralement, au moment de l'entrevue^ que les principaux renseignements.

D. — A qui faut-il s'adresser p(»ir obtenir des renseignements sûrs?

R. — Il ne faut s'adresser ni aux parents, ni aux amis, ni aux ennemis de la famille dans laquelle on veulenti-er; de ces cdtés-là, on est certain d'être trompé, volontairement ou pas. Le mieux est de demander au notaire le détail

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de la forlune; quand on a ce détail od l'étudié consciencieusement et, si ta jeune fille est jolie ou a vraiment plu, on s'interdit formellement de penser à elle et de la voir à travers les chilires.

D. — Quels arrangements doil-on accepter pour le paiement de la dot?

R. — La dot doit être exigée comptant le jour du mariage; on n'accepte aucun arrangement; ce serait fort imprudent, car, étant presque toujours brouillé peu après le mariage avec les beaux-parents, on risque de compliquer les affaires et d'en arriver à regretter une brouille qu'on a appelée de tous ses vœux.

D. — En quoi doit consister la dot?

R. — £n rente française, acdons de la Banque de France ou obligations de chemins de fer. Sous aucun prétexte, on ne se laissera glisser < la propriété i> qui (soi-disant) rapporte tant et coûte, en réalité,plus qu'elle ne rapporte. On écoutera respectueusement l'énumération des gains de l'année, sans faire observer que,

les pertes, ni les assurances, ni l'enlrctien bâliments, ni les récoltes gâchées ou mânes, ne sont comptées au tableau. On se dera d'ajouter qu'on dépense autant, sinon s d'argent qu'à Paris, et qu'on est plus nourri et moins bien logé ; que tout est .uyeux et compliqué et qu'on aimerait mieux er éternellement garçon que de vivre là lement pendant deux mois par an ; on répond'un air doux et attristé : c qu'on regrette fondement de ne pouvoir profiter des manques bénétices qu'on entrevoit, mais qu'on malheureusement incapable de faire prore à cette superbe terre ce qu'elle produit re les habiles mains qui, jusqu'à présent, it fait prospérer;» lafamitte fera la grimace, s se décidera probablement à donner la !ur du revenu fantaisiste qu'elle garantissait, ignant, par un refus, de faire soupçonner lonne foi.

t. — Ne peut-on accepter des fermes au des isonsf

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R. — Jamais, jamais, jamais! Les chaumes s'écroulent; les bêtes meurent; les colzas coulent; les blés ne se vendent pas; les rats mangent t'avoine, qui n'a pas non plus trouve d'acheteur. Les foins sont brûlés, et le fermier écrit régulièrement tous les six mois qu'il est au désespoir, mais qu'il lui est impossible de payer son terme, et le plus fort, c'est que c'est absolument vrai et qu'il n'y a rien à faire; on ne touche pas un sou.

Quant aux maisons, elles restent sans se louer pendant des années entières. Les locataires demandent continuellement des réparations, sans parler de celles que demande la maison elle-même. Les cheminées fument; l'eau ne monte pas; le gaz fuit; les tuyaux crèvent; le tapis de l'escalier s'use un nombre invraisemblable de fois ; les locataires se plaignent des conciei^es, qui se plaignent des locataires; on a beaucoup d'ennui et très peu d'ai^ent.

D. — Avec qui tratte-t-m la questioii <t argent?

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DANS L TRAIM

— Si on a à faire à des gens extrêmement , on traile avec le notaire, auquel cas on montrer carrément une rapacité inouïe, ter pied à pied pour quelques milliers de s pendant plusieurs heures consécutiTes, her sou par sou une somme plus ronde-

que celle qu'on voulait donner tout <rd; en un mot, s'assurer les avantages lesquels uniquement on fait un mariage iDvenance. On peut être révoltant, le none s'en étonnera pas, il est fait à ça et onservé que peu d'illusions sur le mariage irne.

— Quand im ne traite pas avec lenotaire^ qui traite-t-onf

— Avec le père défiant, qui se réserve in et ne s'en rapporterait à personne.

— Quelle attitude doit-on avoir vis-àrvis re défiant?

— On doit ne pas sembler se douter qu'il ;he à vous fourrer dedans, et surtout ne ui laisser voir qu'on est animé des mêmes

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intentions à son égard. On écoute, impassible, les bourdes les plus insensées et les promesseâ les plus invraisemblables; on s'efforce de riposter du tac au tac et d'éblouir, si faire se peut. On ne perd pas un détail ni un chiffre, mais on affecte une physionomie distraite et rêveuse. On pense k t l'ange qu'on aura peutêtre le bonheur de posséder I » on tressaille comme au sortir d'un songe, lorsqu'il faut répondre à une interpellation. On tâche de paraître absolument désintéressé et généreux ; ça ne trompe personne, et pourtant ça prend toujours quelqu'un. On donne ensuite d'un air détaché le nom des gens d'affaires ou des amis, auxquels on désire c que la famille s'adresse pour plus amples renseignements ï, et on ajoute, d'un ton h la fois modeste et assuré, qu'on préfère que les précautions de la partie adverse soient bien prises, afin d'éviter dans la suite tout ce qui pourrait compromettre < le bonheur de l'aimable enfant qui... que... > etc., etc...

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D. — Quels sont les actes, papiers, etc., inàispmsables pour le mariage?

R. — L'acte de naissance, et, si les parents sont morts, leurs actes de décès, le tout légalisé par le tribunal. On aura soin de payer les petites sommes dues dans les mairies pour les copies desdits actes, afin qu'un jour, dans le feu de la discussion, la famille adverse ne vous reproche pas d'avoir acquitté cette dette minime à votre place.

Au cas où on ne pourrait obtenir facilement l'acte de naissance (ce qui est fréquent depuis l'incendie de l'Hôtel-de-Ville), on s'entêtera et on fmira par se le procurer; dans tous les cas, on évitera de se présenter muni d'un simple passeport ou permis de chasse, ce serait insuffisant. Lorsqu'il est impossible de présenter l'acte de naissance, on produit un acte de notoriété signé par sept témoins, qu'on a soin de choisir < très chics » ; on peut même, au besoin (si l'on tient à stupéfier la famille par l'éclat des relations qu'on a), faire en sorte de

montrer cet acte de préférence à l'acte de naissance banal et régulier, qui est à la portée de tout le monde.

D. — Doit-on dire à la partie adverse, la vérité sur l'âge, les relations, la façon de vivre et les habitudes bonnes ou mauvaises qu'on a eus jusqu'à ce jour?

R. — 11 ne fout jamais dire la vérité, même si elle est plus favorable que ce qu'on invente ;. lorsqu'on se laisse aller à la fianchise, on le regrette toujours.

U faut, si l'on a eu une jeunesse mouvementée, de nombreuses aventures et des culottes célèbres, affirmer qu'on adore la vie de famille, qu'on ne comprend pas le monde, l'agitation, « l'éreintement i qui s'appelle le plaisir; on dira cela d'un air calme, doux et enjoué cependant, afin de ne pas laisser croire à une nature morose; on affinnera aussi qu'on ne joue pas et que la vue seule des cartes fait horreur, et l'on plaindra de tout cœur les malheureux qui se laissent entraîner dans le

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tourbillon fotal ; oD aura le vertige, rien qu'en c arrêtant une seconde sa pensée sur le gouffre € qui engloutit tant d'existences ». On fera adroitement valoir les immenses avantages qu'a, pour une une jeune Me, la possession d'un mari chaste par goftt, sinon par tempérament; ahl comme on remuera i pleines mains les trésors de tendresse enfouis an fond d'une âme privilégiée, etc., etc., etc.

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CODB

rit faire le candidat lorsqu'il est

commencer k faire « sa cour *, présenter régulièrement chez la

aimable pour les parents, char- ^nds-parents et absolument en e sujet, même si le sujet lui insacible répulsion. Dans ce cas didat devra paraître absolument

i4l pas plusieurs façons de faire

1 y a plusieurs façons de faire varient suivant l'âge, le tempé-

DiglIMbyGOO^IC

it, l'esprit et le physique du candidat et jet auquel il s'adresse.

— Si le candidat est une nature timide, ée et pudibonde, que doit-il faire?

— Il doit se faire passer pour un séducaccompll, un duelliste émérite et un r passionné. Il mettra sur le compte de tanche les petites rides, semblables i des i imperceptibles, qui défraîchissent, ^on : et ses mains et la fatigue qui ternit ses Il parlera des femmes en connaisseur, et 1 en blasé; il émaillera son discours de lestes et aura l'air de chercher i les rat- ' dès qu'ils lui seront échappés, malgré forts qu'il affirmera faire pour les re-

II déplorera d'un ton sérieux et un tannélancolique, les étourderies de sajeu- ; s'il peut parvenir à persuader, à force sions discrètes et de soupirs étouffés, f a dans sa vie un cadavre (enfant na- 3U fille séduite), ça ne nuira pas, au lire. On saura de quoi il est capable, la

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jeune fille s'intéressera à lui et s'efforcera d'y intéresser sa famille. Notez que si le sujet avait réellement fait le demi-quart de ce qu'il s'attribue ou se laisse attribuer, on le prierait immédiatement de passer au large.

D. — En présence d'un sujet romanesque, quelle doil être l'attitude du candidat?

R. — Il'doit affecter une profonde indifférence, un mépris absolu pour l'idéal, blaguer les grands amours, les grands dévouements, toutes les grandes choses et les grands sentiments; placer sur un piédestal le vice et fustiger k vertu; cela, bien entendu, dans des termes aussi crus que le permet la présence et la qualité du sujet. 11 afûnnera hautement les idées les plus en contradiction avec celles du sqjet et ne se lassera de lui faire comprendre qu'il sera surtout aimé matériellement. Le candidat aura soin aussi de faire sonner bien haut les mérites de son excellente santé; il parlera d'un air modeste de son formidable appétit, qu'il ne peut jamais complètement assouvir, etc.

DANS L TR&in

!s jeunes filles romanesques, sentimentales réies, raffolent des hommes vigoureux, iriels et rubiconds et, si le candidat est D, il se rendra immédiatement compte de !tat d'esprit.

— Avec un sujet jovial et sensuel, quelle être la tenue du mwUdat?

. — Il doit se faire sentimental, élégiaque île, — autant que possible. — S'il a le )S, il. serait même assez habile à lui de se maigrir.

affectera des attitudes penchées, des sou- . langoureux, des regards perdus; il ne era pas échapper une occasion de témoi-

son mépris profond pour l'affreux réa- }, qui tend à envahir la France; il parle langage des fleurs ; récitera des vers de artine, citera fréquemment Bernardin de t'Pierre, au besoin même Virgile et M. Paul 'getl Si, comme c'est probable, le sujet é ne comprend pas un mot à ce pathos ige, il sera utile de redoubler dans le

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