‹ Dans l'trainChapitre 8 sur 30 · AFFAIRES ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

AFFAIRES ÉTRANGÈRES

« Ministre : La chevalière d'Éon.

a Ministre adjoint : Un rédacteur du Gau- « bis, choisi par ses pairs.

« Sous-secrétaires d'État ; MM. Jules Ferry « ET Richelieu.

postes et télégraphes

1 Ministre : Mercure.

a Ministre adjoint : Un rédacteur du Ga»- I lois, choisi par ses pairs.

« Sous-secrétaires d'État : MM. Gociiery

« PÈRE, FILS, petit-fils ET NEVEU.

PRÉFECTURE DE POLICE « Préfet : TORQUEMADA.

« Préfet adjoint : Un rédactedr du Gath c lois, choisi par ses pairs.

c Secrétaire. généra) : M. Rang.

c Ministre : Le général Bodh.

e Ministre adjoint : Un hédacte c lois, choisi par ses pairs.

« Sous-secrétaire d'Ëtat : H. Tib < Le Gaulois devient journal ofll

TODT k LA JOIBt

Les affaires séiîeuses réglées, Salvator !<:'' veut que sa première réception laisse dans les fastes de l'histoire un impérissable souvenir.

LejardinderÉlysée,entièrementcouvertd'un vélum, est transformé en un véritable paradis terrestre. Des plates-bandes die fraises embaument l'air. Partout, des pécbers couverts de tiniits, des cerisiers roses et des pommiers blancs. Des vignes, chargées d'admirables grappes de raisin, pendent le long des grilles ou s'enroulent autour des arbres. Au milieu des fleurs, voltigent des oiseaux merveilleux; des tapis de Smyme sont étendus dans les allées. Les eaux du bassin(parfuméespourlacirconstance) s'élèvent dans les airs en gerbes odoriférantes

ift DANS L TRAIN

. retombent en pluie sur les sirènes, qui, à ?ini sorties des flots, appellent doucement . Arthur Meyer,

Sur chaque marche de l'escalier est un Cenlirde, plus brillant et plus doré, plus écrasé icore sous les ornements, que le Cent-Garde npérial.

Au premier, sont les salons où l'on danse; tux-là tout remplis de roses; puis une galee, transformée en salle de spectacle ; le a salon î jeu », où on joue tous les jeux de cartes ' compris le loto et l'oie qji n'en sont pas), . le « salon des mœurs pures, » où l'on joue IX jeux innocents.

Puis un mystérieux salon, spécialement ré- ;rvé au corps diplomatique et aux invités de mte distinction; M. Duhamel et un rédacteur 11 Gaulais en défendent la porle.

A l'entrée des salons, se tient « Stentor b, >rrectement vêtu de noir, ayant au cou la laine des huissiers et aboyant les noms des 'rivants avec une maestria admirable.

DiglIMbyGOO^IC

Puis vient l'introducteur des ambassadeurs, « M. LE DUC DE fiiSACCiA. », debout près de la porte d'entrée du salon d'honneur.

A deux pas plus loin, le Dictateur entouré des Ministres, d'ÉcÉRiE, de MM. de Pèhe et PopiNOT et d'AsPASiE, qui a été choisie {par un plébiscite ouvert dans le Gaulois) aiin d'aider M. Arthur Meyer h faire les honneurs de la fête. Derrière lui est le membre masqué du Parlement chargé de lui répéter : « Souvienstoi que tu es un homme! »

Aux pieds de Salvator I" est coiiché un lion de Numidie, présent d'AHiLCAR.

Tous les arrivants entrent ornés de lunettes bleues; on les distribue à la porte d'entrée, alla que les invités ne soient pas éblouis par la vue du dictateur dans toute sa splendeur. En eûet, M. Arthur Meyer est admirable à voir.

Sa culotte blanche le moule. Sur son habit rouge, une Heurs de lys de diamants est posée à la place du cœur. A son cou auguste brille fa Toison-d'Or; de la main droite, il Uent avec

^ l'"f.*ll

ce son bonnet phrygien, le dissimulant de mieus, tandis que la main gauche joue ligemment avec la poignée de l'épée (1).

TENTOR annonce : MoÏseI qui entre vêtu ne robe de flanelle blanche, portant contre cœur les tables de la loi.

loïsE, très émuj s'avançanl vers M. Arthur ler et lui donnant une vigoureuse accolade.

Cher enfant!... Quel honneur pour nous!...

ille joie pour mon cœurl... Âh! je suis un slateur bien heureux! {Il l'embrasse avec sion.)

ï. Arthur Meter, à part, peignant douceit ses favoris, ébouriffés par la chaleur de reinte, — Ce vieillard est insupportable!...

du tout homme du monde!...

JuGUSSE, toisant Mo'ise. — Voul'vous ponne jnette, voul'vous?...

ÏOÏSE, pirouettant sur ses talons et prenant ')ras de M. de Pêne. — A présent que les

) Voir la date de l'article.

DiglIMbyGOO^lC

LA. TRfiVB DES PARTIS 109

effusions de famille sont terminées, présentezmoi h Sarah? Je ne suis veau que pour la voirl... J'en ai tant entendu parler!... On nous fait espérer une tournée... là-bas... mais je crains bien qu'à ce moment-là, elle ne soit plus qu'un vieux rossignol d'exportationll...

M. DE Pêne, scandalisé. — Quel langagell..

PopiBOT, terrifié. — Que va dire la clientèle spéciale du Gaulois???

AspAsiE, à M. Arthur Meyer. — Je voudrais bien voir un peu la fête, moi!... Est-ce que je peux m'en aller?...

M. ARTHUR Mever, vivement. — Ah! mais non!... Un plébiscite vousa fait l'hooneur de vous choisir pour recevoir à mes côtés !

ÂSPASIE, étouffant un bâilletnent. — Non!...

Ce que je m'embête !H

M. DE Pêne. — Voyons, madame, il faut vous faire une raison!.,,

Ëgérie, dévorant le dictateur du regard. — Elle peut rester près de lui et elle songe à le quitter! Cette femme n'a pas de cœur I

DiglicJbïGoOglc

110 DAMS L TBAIK

Elle se faufile près de M. Arthur Heyer et| loi serre tendrement le bras.

H. Arthur Meyer, un jmt brusquement. — Qu'est-ce que c'est?... Vous voulez quelque chose?...

Égémb^ troublée, -~ Non... C'est-à-dire si...

Elle lui parle à l'oreille.

M. Arthur Meyer. — Oui... c'est bon!... Je De promets rien... Si vous me laissez tranquille,... ce soir, nous verrons... {A part.) Pourquoi m'a-t-on affublé de ça. Seigneur? Ça empoisonne mon règne!!!

Voix de Stentor. — WA. Zola, Hargue et L&boze!

Ces messieurs entrent dans la pose du groupe des trois Grâces.

H. Le duc de Bisaccu, s'apprvchant du dictaleur. — Adam et Eve sont là...

H. Akthdr Meïes. — Qu'ils entrent!...

Saluons, messieurs I C'est la plus vieille ariatocratie de France... et d'ailleurs!

LA TRfiVE DES PARTIS 111

M. LE DUC DE BisACCiA. — C'est que M. de Pêne n'a pas cru devoir...

M. BE Pêne, arrivant essoufflé. — Ils sont dans un costume I...

PopiNOT, — A faire frémir la clientèle spéciale du Gaulois!...

M. Pasteur. — N'y a-t-il donc plus de feuilles de vigne?... Il me semble pourtant que, grâce à moi...

GuGUSSE. — Gràceà monsieur]] Oh] la, lal des emblèmes II

M. Arthur Ueter. — Veuillez prier Adam et Eve de faire aux usages une légère concession... {A part, regardant l'introducteur des ambassadeurs qui s'éloigne.) Ai-Je bien fait de le choisir?... Lui seul pouvait servir de trait d'union entre les contemporains et ces grands morts 1

M. Henri Rochefort, eo m^icien, parcourt les salons en lisant l'avenir dans les mains et en disant la bonne aventure. Au fond de la galerie, sur le théâtre, H. Jules FerrïjÛcéana,

lia DANS h TRAIN

tJM GRODPB d'opportunistes et M™* Saqui, font des tours d'équilibre sur la corde et le fil de fer.

La foule les blâme ou les admire.

M. Jules Simon, émerveillé. — C'est épatant! I

Le général Billot. — Fectivement... fecii- Tement {A M. John, Lemoine), n'est-ce pas?...

M. JoHH Lemoine, chantant l'air de Fm'tunio :

Si vous croyez que je vais dire?...

MoîSE, revenant s'adosser à quelques pas du dictateur, dans l'embrasure d'une porte et caressant sa barbe en couvant de l'œil son descendant. — Quel homme 1 1 quel génie ! il n'y a que lui!

Le Membre masqué du Parlement fait entendre un grognement sourd; cette extrême admiration l'agace évidemment.

M. Arthur Heyer, offrant le bras à Madame deParabèr£, gui vient (Centrer. — Permettez, belle dame, que je tous fasse moi-même les

DigilicibïGoO^lc

honneurs de la modeste niche où la France m'a placé?...

Madame de Parabèhe, complètement sous le charme, à part. — C'est pas le régent qui aurait su arrondir une pareille guirlande!...

AspASiE, saisissant vivement l'autre bras du dictateur. — Tu sais 1 n'en faut pas, d'femmes du monde!...

M. Arthur Meveb, ahuri. — Mais...

AspAsiE. — Allonsl lâche ça!... ou j'ameute le Parlementl... J'suis plébiscitée! c'est à moi seule que vous avez â faire ce soir! Ah! il faut que je reste à m'embêter à côté de vous! à recevoir un tas de vieux bonzes que je ne connais pas, quand je meurs d'envie de voir de près les petits modemesl... sans parler de ce pauvre Périclès qui me fait des. signes depuis une heure!... et pendant ce temps-là, monsieur s'amusera à offrir son bras à des... je ne veux pas dire quoi... par respectpourM.de Pêne!...

M. Arthur Meïer, ïrés «nn.i«/^. — De grâce...

TiiouAS Vireloque. — Ksssl..." ksss!... Et

DANS L TRÀIK

re que j'ai été beau comme ça... et aîraé imme ça!...

L'entrée d'Adam et Eve met un à t'iacident.

. Arthur Meyer va avec empressement à leur incontre.

Eve tient & la main la pomme. Elle semble es à l'aise dans sa toilette; mais Adam est mche en habit et manque complètement de istinction.

M. Arthur Hetea, très gracieux. — Comme tus arrivez tard!...

ÈvE. — N'est-ce pas?... C'est que nous avions pas reçu notre invitation.

Adam. — Le service de la poste est encore lus mal or^nisé qu'avant vous...

M. Arthur Meter. — J'ai pourtant conservé )us lesCochery...

ËVE, bonne fiMe. — Abl... tu nous en diras intl... (Elle mord joyeusement dans lapomme ! la présente à M. Arthur Meyer pour l'y faire wrdre à son tour.)

H. Arthur Meter, à part. — Adorable, cette

LA TBtTK DBS PARTIS HS

Véniel... Un oKMilant!.» {R va pour ntûrdre.

Le Membre masqué 4». ParlemaU Parrêie vivevetnetU par U bras.)

ÉGtÊOX, venant aussi te mettit m travers. — Halfaeureiul... (pi'allaîs-tu foire?.»

M. Abibob Meter, — Encore ce cranip<m!

(Avec une intonaiMn à la Dupais.) La <hUi U glmrel... Laoilàl.»

Pendant ce temps, Adam, embarrassé, tourne ses épaules et se balance sur ses handiœ.

M. Arthur Metea, à M. de Pêne. — Débarrassez-moi d'eux... Pariez-leur de MiMiseigneur le comte de Paris et de Mesdames de France... et faites-leur prendre un abonnement au Gaulois!... {M. de Pêne s'&npare avec agilité dit bras ^Ève.)

H. HeNRi RocHEFORT, ayoMt à la main une bouteille magique et interpolant les assistants. — De cette merrrilleuse fiole, je fais sortir ce qui manque à chacunt... pour M. Tirard, un budget en équilibre!... BoumI...ServezI... A vous, là-bas, M. Perrin!!... des femmes tra-

lis DAKS L TRAIN

giquesI.-.etM. le ministre de l'intérieur!... Use cache!...C'estdelamodesUet... il ne veut pas jouirde son triomphe!... Ah t c'est vrai!... j'oublie qu'il n'a pas l'habitude de répondre aus questions qu'on lui pose!... Enfin I... On peut toujours lui servir le lot de préfets honnêtes... dont le besoin se fait vivement sentir...

ToRQUEKADA, s'approchdnt du dictateur. — Un homme de mauvaise mine est au buffet.., et il mange!... il mange, que c'en est dégoûtant!...

M. Arthur Meïer, ton prince, — Dame, écoutez donc, mon cher préfet, cette fête est un peu mêlée, et...

ToRQUEHABA. — Ge n'est pas tout... Non seulement il mangé sans pudeur, mais il fait disparaître les petits fours les plus réussis et les fruits les plus veloutés dans un cabas...

M. Arthur Meyer. — Un cabas?...

ToRQUEMADA. — Et quel cabas!... Si vous voyiez ça!... C'est profond «omme un puits... ça fa>* frémir !...

bïGoo^k'

M, Arthur Meïer, très digne. — Qu'on 1 rête!

Torquemada s'iDcline profondément et loigne en courant.

Sur le théâtre, Madame Saqui, Océa>a, M.

les Ferry et le groupe d'opportunistes e tinuent leurs équilibres prodigieux. La k les applaudit, le dictateur lui-même qui, puis que tous ses invités sont arrivés, dai se promener dans les salons, s'arrête s'amuse un instant à contempler ces toun force.

M. ÂNDRiEUx s'avance entouré des trois [ ques; il semble aux petits soins pour ellei finit par enlacer tendrement Atropos.

Atropos, se tortillant avec de petites mi effarouchées. — Finissez! Ça m'chatouill j'vais crier!...

M. Andrieux, câlin. — Voyons, ma pe Atropos?... Sois gentille... laisse-moi faire

Atropos, même jeu. — Non!... Je n'v pasi... Mon capital est intact jusqu'ici...

) DANS L TBAIS

'.. Andriedx. — Eh! il s'agit bien deçall...

e demande de me laisser prendre tes ci-

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