DEUXIEME PARTIE. PS. LXXXVII
Me voici enferme, je ne puis sortir,
Le chagrin obscurcit mon regard.
II est maintenant si has qu'il sent la mort toute proche; deja on le considere coname un mort; et avant meme d'etre descendu dans la tombe, il est comme enseveli dans la memoire des hommes.
Lui-meme, il sent les liens de ce monde se relacher, et il se voit enfoncer avec terreur, sans aucun appui, dans les profondeurs de la Fosse, dans les tenebres, dans les abimes . Et qui est mon intime? s'ecrie-t-il. Les tenebres!
Un sursaut d'horreur le saisit a 1'entree de ce royaume des morts, dont il nous fait une description peu engageante.
Les Enfers, c'estla contree des tenebres (i), la region de 1'abandon, le pays de 1'oubli. Les ombres qui y resident sont oubliees des hommes; elles paraissent meme delaissees par Dieu, qui ne semble plus en avoir souvenir et qui ne les garde plus en main. Et ellesmemes ne sont plus temoins de 1'action merveilleuse de Dieu, elles sont exclues des assemblies de son culte : Les ombres se leveraientelles pour te louer? Gar les Enfers sont aussi le lieu du silence (a).
Le vivant, le vivant, c'est lui qui loue Gomme je le fais aujourd'hui ,
s' eerie le roi Ezechias, dont le cantique (3) peut se comparer en bien des points a noire psaume. De meme, avons-nous deja recueilli ce cri sur les levres d'un des psalmistes :
Ge ne sont pas les morts qui louent Dieu,
Ni aucun de ceux qui entrent dans la contree du silence.
Mais c'est nous qui benissons Dieu, Maintenant et a jamais (4).
Et nous entendrons le peuple d'Israel chanter fierement :
Non, je ne mourrai pas, je resterai en vie, Ann de publier les exploits de Dieu (5).
(i) Comparer Job, x, 22.
(a) Is., xixvin, ii.
(3) Is., xxxvin, 10-19.
(4) Ps. GXIII, dernier verset.
(5) Ps. cxvn, v. 17. Ce psaume est commente plus has.
8o DANS LA BEAUT:E- RAYQNNANTE DBS PSAUMES
Ne nous 6tonnons pas plus qu'il ne convient de cet aspect un peu surprenant sous lequel les livres saints de TAncien Testament presentent la vie d'outre-tombe. Le sejour des morts, ils nous le decrivent en Jonction de la vie sensible, par opposition a I'activite joyeuse de ce monde. G'est a ce point de vue qu'il est vrai de 1'appeler une region de tenebres et de silence, puisque les ames des defunts n'ont pas d'yeux pour voir et de langue pour parler. On peut dire aussi que les morts y menent une existence sans plaisir (sensible), une existence , languissante sans activite (sensible).
Les morts y sont oublies des hommes, ce qui, helas, n'est que trop vrai ; ils y semblent delaisses par Dieu, qui ne parait plus se soucier d'eux commeil le faisait lorsqu'ils etaient en vie. Pourtant Dieu connait les Enfers qui sont a nu devant lui, et les ombres tremblent devant sa majeste (i).
Les morts ne louent plus Dieu d'une maniere sensible, ils ne prennent plus part au culte liturgique qui, nous le verrons au cours de cet ouvrage, etait une des grandes joies du peuple Israelite.
En commentant le Psaume XLVIII, nous constaterons que le sort des mauvais et des bons aux Enfers etait tout different. Les mauvais et les bons sejournent aux Enfers, mais sur les mauvais les justes domineront . En outre, les mauvais sont parques dans les Enfers par la Mort, qui est leur pasteur, d'une maniere definitive. Mais les justes echapperont aux Enfers car Dieu les prendra .
Pour les justes, les Enfers constituent les limbes des Peres , lieu d'attente avant la recompense finale que devait leur procurer Notre- Seigneur Jesus-Christ ressuscite et monte aux cieux. 11 daigna auparavant descendre aux Enfers , alors que son corps reposait dans le s6pulcre, pour precher aux esprits en prison et leur annoncer que leur delivrance etait toute proche (2).
Le Nouveau Testament a mis en pleine lumiere cette recompense d'outre-tombe dont la revelation n'avait ete qu'esquissee dans les ecrits les moins recents (3) de 1'Ancienne Loi. Aussi, lorsque la mort
(1) Job, xxvi, 5-G. .
(2) I Pet., in, 19.
(3) Je fais cette restriction a cause du livre de la Sagesse, ecrit peut-6tre vers avant Jesus-Christ, ou la doctrine des fins dernieres est deja Men precisee.