‹ Dans la lumière antique (volume 3)Chapitre 3 sur 13 · A LAIS · texte numérisé non relu

A LAIS

Ton charme et ton dédain ont divise ma rie !

Ta paissante beauté tient mon âme asservie.

Mais ta froide hauteur la repousse et l'exile,

Et mon faible vouloir, distrait et malhabile,

Inégal à F attrait de ta grâce suprême.

Laisse mon cœur, trop lâche a quitter ce qu'il aime.

Boire a longs traits un vin de honte et d'amertume,

Dans cet abaissement auquel il s'accoutume.

Sans perdre le dessein d'y mettre enfin un terme.

L'ordre qui retentit dans mon âme peu ferme

Me donne la pudeur et le tardif courage

De rompre les filets d'un étrange esclavage,

Et d'aller loin d'ici redevenir le maître

De ce qu'un jeu pervers m'a laissé de mon être.

Mais l'heure du départ me découvre sans force.

Le vœu libérateur est moins sûr que l'amorce,

Et mon cœur est si bien dépouillé d'énergie

Qu'il retourne à l'opprobre et qu'il s'y réfugie.

Pour trouver un abri contre sa délivrance.

Ainsi vit dans sa peine et dans sa déchéance

Mon âme tour à tour repoussée et séduite ;

Je m'enfuis loin de toi d'une étemelle fuite,

Et reste à tes cotés comme auprès d'une source.

Pour dernier témoignage et dernière ressource,

Ma dignité n'a plus qu'un effort si futile

Qu'il prend peur de lui-même et qu'il cherche un asile

Dans l'invincible affront dont l'excès l'a fait vivre !

Et même ces souhaits d'un jour qui me délivre

Ne me traversent plus que par visites rares !

Où sont-ils les clairons ardents dont les fanfares Précédaient et chantaient ma jeunesse orgueilleuse, Enguirlandés de myrte et de feuilles d'yeuse? Où sont-ils les clairons de triomphe et de fête Qui marchaient vers la vie ainsi qu'à leur conquête ? Ils sont là-bas, au loin, derrière la colline Où le soleil atteint mortellement s'incline,

L AMANT DK LAIS. 1 1 1

Ainsi que les buccins d'une année en déroute Que les soldats blessés ont jetés sur la route ; Ils sont dans les cailloux, la poussière et les boucs. Les chariots les ont écrasés sous leurs roues !

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